‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 234 sur 494 · PERPÉTUEL, CONTINUEL, ÉTERNEL, IMMORTEL, SEMPITERNEL · texte numérisé non relu

PERPÉTUEL, CONTINUEL, ÉTERNEL, IMMORTEL, SEMPITERNEL

Perpétuel, appliqué au temps , à la durée , désigne proprement l'action de traverser, pour ainsi dire, toute l'étendue d\i temps , d'aller toujours , de ne pas finir.

Continuel marque proprement l'action qui se fait avec tenue, suit*, constance , sans relâche, sans interruption, ce à quoi on tient la main et long-temps , qui ne cesse pas.

Eternel désigne l'état, la qualité de ce qui est de tout temps, en tout temps, dans tous les temps. Mais ce mot ne signifieroit-il pas plutôt l'être, celui qui est, celui qui est même avant et après le temps? car l'Éternel, proprement dit, n'a pas commencé d'être.

Immortel. Il marque la qualité de ce qui ne meurt pas , de ce qui vit toujours.

Sempiternel. Ce mot qualifie ce qui est à jamais , ce qui existe toujours , ce qui ne s'évanouira pas.

Ainsi perpétue! désigne le cours et la durée d'une chose qui

2i4 PERPETUEL.

va ou qui revient toujours : continuel , le cours ou la durée prolongée d'une chose qui ne s'arrête pas, ou une suite longue de choses qui se succèdent rapidement : éternel, la durée de l'objet qui n'a ni commencement ni fin, ou du moins qui n'a point de fin : immortel ^ la durée de l'être qui ne meurt pas ou ne passe pas : sempiternel, la durée de la chose qui existe toujours ou qui ne périra pas.

Par la valeur propre des termes ,' perpétuel et continuel expriment une action ou un cours de choses , avec cette diffe'rence que perpétuel exclut toute home à la durée de la chose dans l'avenir , et que continuel marque une chose commencée et suivie, sans rien déterminer sur sa durée future. Éternel, immortel, sempiternel , ne font proprement qu'annoncer un état permanent et illimité dans sa durée; mais avec cette différence c^u éternel exprime littéralement la durée du temps ; immortel, la durée de la vie; sempiternel, la dui-ée de l'existence. Dans un sens strict , éternel exclut un commencement , de même qu'une fin ; immortel et sempiternel font abstraction du commencement.

Le mot perpétuel n'exclut ni n'exige la continuation rigoureuse et absolue, sans interi'uption et sans intermission: ainsi nous disons également le mou\^ement perpétuel (et il ne cesse jamais) , et des rentes perpétuelles (et elles ne font que revenir à certaines époques).

Le mot continuel ne souffre point d'intei'ruption, ou il veut ■«ne succession rapide sans autres accessoires : ainsi, des pluies sont longues ou continuelles, dans une saison, mais à la fin elles cessent. Si des maux continuels , ou qui ne laissent point de relâche , duroient toujours , ils seroient perpétuels.

Le mot éternel réunit les idées de continuité et de perpétuité, toujours avec upe idée plus ou moins sévère et même effravante ; ou plutôt il emporte toute la continuité et la perpétuité du temps : c'est dans ce dernier sens que Dieu est éternel; dans un autre sens, les peines de l'enfer sont éternelle' , ou sans cesse et sans fin.

Le mot immortel marque la sorte d'éternité de l'être vivant ou d'un être personnifié , et de tout objet à qui l'on attribue la vie : l'âme est immortelle; la gloire qui ne passe point , qui vit dans la mémoire des hommes , est immortelle , etc.

PERSÉVÉRER. 2x5

Le mot sempiternel rappelle une sorte d'éternité succetssive qui parcoui-t, comme par degrés, toute la suite des temps, pour ainsi dire, jour par jour, tous les jours, toujours (seinper), pour ne jamais finir; mais ce mot , purement latin , n'est point usité, et il ne se dit qu'en raillant , d'une femme très-vieille, et qui, ce semble, ne peut mourir.

Ces termes se relâchent de leur sévérité , et ne marquent souvent qu'une durée, ou un temps plus ou moins long. Ainsi un supérieur de couvent est perpétuel^ lorsqu'il l'est pour sa vie; et on érige des monuments perpétuels qui durent tant qu'ils peuvent : des plaintes très-longues et très-fréquentes sont continuelles ; ce qui dure outre mesure, contre notre attente ou l'ordre commun , de manière à fatiguer, à excéder, est éternel; ce qui mérite ou laisse une longue^et glorieuse mémoire , est immortel : la personne qui passe les bornes de la vie , et qu'on semble ennuyé de voir vivre , est sempiternelle. Ces applications en disent assez pour que le lecteur distingue aisément ce qui se prend en bonne ou mauvaise part. (R.)

Page 1