PESTILENT, PESTILENTIEL, PESTILENTIEUX , PESTIFÉRÉ
Pestilent, qui tient de la peste, du caractère de la peste, qui est contagieux. Pestilentiel, qui est infecté de peste, qui est propre à répandre la contagion. Testilentieux , qui est tout infecté et tout infect de peste, qui est fait pour répandre de tous côtés la contagion. Pestiféré, qui produit, porte, communique , répand partout la peste , la contagion.
Une chose est pestilente, qui peut exciter ou communiquer un venin : on dit une fièvre pestilente , un souffle pestUeut, un
D:< t. des Synonymes. II, IQ
■mH peu.
air pesident, etc. Cicéron oppose les \\enx pe&ti lents b^ws. lieux salubres : leur infection peut causer ou communiquer la contagion.
Pestilentiel tient à pestilence, et pestilence marque le règne de la peste, une contagion établie, une influence épidémique. Des maladies pestilentielles, comme les fièvres malignes et les petites véroles pourprées , sont propres à engendrer de funestes épidémies : des exhalaisons ou des vapeurs pestilentielles sont les miasmes ou les émanations propres de la corruption, de la coHragion; ce qui les distingue fortement des vapeui'S pestilentes.
De tous ces mots, celui de pestilentiel nous est le plus familier.
Pestileutieux marque, par sa finale, la force, l'activité, l'opiniâtreté de la contagion : mais ce mot , adopté dans le dernier Dictionnaire de l'Académie, n'est pas usité; et s'il est quelquefois employé, il paroit , par les citations de l'Académie, que c'est dans un sens religieux ou moral. Ainsi on dira des discours pestilentieux , des sentiments pestileutieux , une doctrine pestilentieuse. C'cs't ainsi que le sens moral peut être utilement distingué du sens physique. Les Latins , qui n'avoient que les m.ots pestilens et pestifer, disoient au figuré, des citoyens pestiférés, un tribunal pestiféré, des vices pestiférés, une joie pestiféré.
Dans notre langue , pestiféré est un terme didactique , comme somnifère, mortifère, etc. Une odeur pestiféré, une vapeur pestiféré communique, apporte en effet la peste, la contagion, l'épidémie. (R.)
89J. PEU, GuàRE.
Peu est l'opposé de beaucoup , et guère en devient une forte négation. S'il n'y a guère d'une chose, non-seulement il n'y en a pas beaucoup, mais il n'y en a pas assez, il n y en a pas ce qu'il faut, il y en a trop peu, fort peu, il n*y en a presque point. L'usage est parfaitement conforme à cette observation.
Mais je dois remarquer d'abord que peu affirme positivement la petite quantité , et que guère ne fait que l'indiquer ou la supposer. Peu détermine une petite quantité ; et dès-lors il convient au ton positif,, à l'assertion formelle, à l'opinion dé-
PKUR. a 19
cidée. Guère ne détermine rien sur la petite quantité, et dèslors il laisse nécessairement un doute et quelque chose de vague dans l'idée de peu. A la vérité, dès qu'il exclut la quasilité , il laisse bien peu de chose.
Qui ne voit guère, dit La Fontaine, n*a guère à dire : ce n'est pas à dire que qui sait peu parle peu. Savoir peu et parler peu, expriment l'opposition formelle à beaucoup; ne voir guère , n'avoir guère à dire , indique l'idée vague de pas grand' chose;- mais l'esprit invite , par cette manière de parler, à diminuer l'objet , le réduit presque à rien.
Il y a différents degrés de peu : bien peu, fort peu, trop peu, très-peu, tant soit peu, siyeu que rien. Il n'en est pas ainsi de guère , il désigne le peu comme indivi ible : il exclut donc naturellement, par son emploi négatif, tout ce qu'il peut exclure, et il ne laisse du peu que ce qu'il est obligé d'en laisser, le moins.
Avec peu, on fait quelquefois beaucoup : avec trop peu , on ne fait guère , on ne fait pas gi-and'chose.
L'Académie observe que guère se met souvent pour presque, presque point, comme quand ce mot est suivi d'un que. Par exemple, il n'j a guère que lui qui fût capable de faire cela; c'est-à-dire ,. il est presque le seul, peut-être le seul homme capable de le faire: s'il j en a d'autres, ily en a fort peu.
Enfin , il est très-ordinaii'e <f emplo-'er le mot guère pouv adoucir la force et modérer l'énergie de la négation absolue pas ou pqint, par un air d'exception ou de doute. Ainsi , pour ne pas dire sèchement qu'une femme est laide, vous dites qu'elle n'est guère jolie; et vous diriez qu'elle n'est pas fort jolie , pour dire qu'elle l'est peu ou qu'elle ne l'est que p^u. (H.)
8i;8. PEUR, FiiAYETin, TEimEun.
Ces trois expressions marquent par gradation les divers états de 1 âme , plus ou moins troublée par la vue de quelque danger. Si cette vue est vive et subite, elle cause la peur; si elle est plus frappante et réfléchie, elle produit la frayeur; si elle abat notre esprit, c'est la terreur.
La peur est souvent un foible de la machine pour le soin