‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 289 sur 494 · rnODlGE, MIRACLE, MERVEILLE · texte numérisé non relu

rnODlGE, MIRACLE, MERVEILLE

Le prodige est une chose qui prédit, annonce d'avance, présage , de pro , en avant , devant, et die , montrer, indiquer. Cicéroii , 1. 2 , âfi I\atur. Deor., dit formellement que les signes

PROCHE. aG3

ces choses futures sont appelés prodUjes , parce qu'ils prédisent ou présagent. Le prodige est ce qui est mis au jour, ce oui fait spectacle, ce qui excite la curiosité, ce qui va plus avant , plus loin , au-dessus.

Le miracle est une chose que l'on regarde avec étonnemeut , q!'e l'on contemple , que l'on admire. Le miracle est, comme le dit Valère-Maxime , un effet dont on ne peut découvrir lu tause ou donner la raison; ou selon saint Augustin, ce qui I asse notre espérance et notre conception ; ou , dans l'acception riiioureuse de la théologie , ce qui est au-dessus des forces de la nature et conlraiie à ses lois. Meri^eiZ/e^ chose admirable, digue d'admiration. La merveille est grande, belle, sublime, admirable : c'est 1 ouvrage qu'on regarde comme un chefd'oeuvre et avec des sentiments d'approbation et de satijjlaction.

Ces trois termes indiquent quelque chose de surprcuairl et d'extraordinaire :mais le prodige est un pliénomène éclatant qui sort du cours ordinaire des clioses ; le miracle, un étrange événement qui arrive contre l'ordre naturel des choses ; la meri>>eille, une oeuvre admirable qui efface tout un genre de choses. Le prodige surpasse les idées communes; le miracle, toute notre intelligence; la merveille, notre attente et notre imagination. Le prodige annonce un nouvel ordre de choses, et les grandes influences d'une cause secrète : le miracle annonce un ordre surnaturel de choses , et les forces irrésistibles d'une puissance supérieure : la merveille annonce le plus bel ordre de choses, et les c;irieux artifices d'une industrie éminente. Ainsi une cause cachée fait les prodiges ; une puissance extraordinaire, les miracles; une industrie rare, les merveilles.

Que , sans cause connue , le soleil perde tout à coup sa lumière, c'est un prodige. Que, sans moyen naturel, le muet parle au sourd étonné de l'entendre, c'est un double miracle. Que , par un savant artifice , l'homme s'élève dans les airs et les parcoure , c'est une merveUte.

Les magiciens de Pharaon font des prodiges : Moïse fait des miracles : saint Paul , ravi au troisième ciel^ voit des merveilles iaénarrables.

A mesure que la nature nous a révélé ses lois , ses phéno-

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mènes efFrajants , tels que les apparitions de nouveaux corps cél-estes , les éclipses, les lumières boréales, les feux électriques, ont cessé d'être des prodiges ., et le ciel, en perdant ses signes prophétiques, n'en a pas moins publié la gloire de son auteur. A mesure que la religion chrétienne s'est étaLîic et affermie siiv des fondements inébranlables, les miracles j moins nécessaires , sont devenus plus rai-es ', et ils ont laissé la foi se reposer, pour ainsi dire, sur le miracle ^ toujours subsistant de son établissement. A mesure que les arts ont été portés à une haute perfection , ses premières merveilles n'ont plus été que des instruments et des inventions communes, et nous ji'en jouissons plus qu'avec ingratitude. (K.)

g^5. PRODIGUE, DISSIPATEUR.

Le proc/ig'Me pousse sa dépense à l'excès, au-delà des bornes. Le dissipateur ne garde dans la sienne ni règle, ni mesure , ni bienséance. Le premier s'écarte des règles de l'économie; le second donne dans l'extrémité opposée à l'avarice. Les dépenses du prodigue peuvent être en elles-mêmes brillantes et bennes, mais il y a.excès : l'homme trop libéral est prodigue. Les dépenses du dissipateur s'ont folles et extravagantes : \e prodigue devient dissipateur. Toute dépense inutile , toute profusion peut être regardée coiûme prodigalité : toute dépense destructive est dissipatioji. La prodigalité commence la ruine, la dissipation la consomme.

C'est ordinairement la vanité qui fait le prodigue : le dérèglement fait le dissipateur.

Dissipateur ne se dit qu'en mauvaise part. Prodigue, suivant l'application qu'on en fait , ne prend pas ce caractère : on dit, en forme de louange , prodigue ^e ses soins, de ses services, de son sang , de sa vie , etc. (R.)

Le prodigue ne fait pas toujours des dépenses inutiles, mais il j met d-e la profusion. L'avare, en certaines occasions, est prodigue; mais il n'est jamAis dissipateur. On est prodigue toutes les fois que la dépense est nécessaire , mais qu'elle est jioussée trop loin. On a dit d'un général qu il étoit prodigue du sang de ses soldats , en opposition avec celui qui en étoit avare. Le caractère de ce dernier est de ne pas faire assez; celui du pro^ tfî'^tte est de f&ire trop.

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