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RASSURER

d'assurance. Il doit , au contraire , paroître singulier qu'on ne puisse pas dire d'un homme qui a de V assurance , qu'il est assuré • et qu'on dise d'un homme qu'il est rassuré , quand il n'a pu être assuré. D'aillevirs assurer signifie propi-ement affermir, rendre ferme, inspirer de l'assurance : et ne rend-on pas une personne ferme tout comme une chose? Et pourquoi enfin ne diroit-on pa-, selon l'usage de l'elocution figurée, assurer l'esprit de quelqu'un , assurer quelqu'un , s assurer, comme on dit , au propre , assurer sa main , ses pas , sa tète , son corps ? Madame de Sévigné dit fort bien, en parlant de M. de Pomponne : (( En vérité , je ne m'accoutume point à la chute de ce ministre ; je le croyois plus assuré que les autres , parce qu'il n'avoit point de faveur. »

La poésie a donc eu raison de conserver la manière de parler que la prose a laissé perdre.

L'emploi poétique d'assurer ainsi justifié, il ne diffère, dans ce sens , de son composé réassurer, que par la préposition re, r , qui marque la réitération , le doublement , le retour, le rétablissement de la chose dans son état , ou le redoublement d'action et d'efforts pour l'y ramener. Ainsi vous assurez celui qui n'est pas ferme ou résolu ; qui n'a pas assez de force et de confiance; qui n'est pas dans un état de sécurité: yous rassurez celui qui est abandonné à la crainte ou à la terreur ; qui est tout-à-fait hors de l'assiette naturelle ; qui ne peut être ramené et tranquillisé qu'avec beaucoup de soins , de secours , de réconfort. Le premier n'a pas , dans l'état où il est , toute l'énergie dont il a besoin : le second a perdu , dans la crise où il se trouve , celle dont il éprouve la nécessité. La différence est du plus au moins.

Je suis debout, assez ferme pour ne pas tomber, si on ne me pousse pas violemment : je crains l'impulsion ; je me roidis , je me mets en défense , je m'assure : j'ai reçu le choc ; je m'ébranle , mon corps chancelé , mes mains cherchent un soutien ou un appui , je redouble d'efforts , je me rassure. Transportez au moral ou appliquez figurément cette image.

Dans les Horaces , Camiile , en exposant les vicissitudes qu'elle a éprouvées en un seul jour, dit :

Un oracle m'<:i5ç«rf , un songe me travaille, La pai\ calme ! 'effroi que me fait la bataille.

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