‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 342 sur 494 · I\É5ri?ÏI3CEN(SE , HESSO^JVESIE , SOUVEXITl , AKMOXRJi · texte numérisé non relu

I\É5ri?ÏI3CEN(SE , HESSO^JVESIE , SOUVEXITl , AKMOXRJi

Voy. Mémoire, art. 775.

Est-il vrai , comme on l'a dit dans l'Encyclopédie , à la suite des synonymes de l'Abbé Girard, et dans le nouveau Dictionnaire de Trévoux, est-il vrai que la mémoire et le soiwenir expriment fouyoH/i une attention libre de l'esprit à des idées qu'il n'a point oubliées , quoiqu'il ait discontinué de s'en occuper, et qu'on se rappelle la mémoire et le souvenir des choses quand on veut et parce qu'on le veut , par choix , et uniquement par une action libre de l'urne? Est-il vrai que le ressouvenir et la réminiscence n'expriment également qu'une attention fortuite à des idées que l'esprit avoit entièrement oubliées et perdues de vue , et qu'on n'a le ressouvenir comme la réminiscence des choses que quand on peut , par des causes indépendantes de notre liberté , sans concours de notre part , 1 âme étant entièrement passive ?

Je crois que la mémoire et le souvenir ne sont pas toujours I volontaires et libres : je crois que le ressouvenir n'est pas toujours involontaire et indélibéré, comme la réminiscence; et dès-lors la distinction , tirée de la part que la volonté prend ou ne prend pas à ces différents actes, s'évanouit. Il y a des

Bi2 RÉMINISCENCE.

objets dont la mémoire ou le soui'enir nous revient à notre insu, nous impoi'tune , nous poursuit malgré tous nos efforts; en songeant qu'il faut qu'on les oublie, on s'en souvient. L'affinité d'un objet présent à notre esprit avec un autre imprimé dans notre meraotVe^ l'éveille naturellement l'idée de celui-ci. sans notre participation.

Réminiscence , latin reminiscenlia, vient de mens, esprit, intelligence , mt-muire. La mémoire, latin memoria, est, mot à mot , l'esprit , l'intelligence qui retient, qui garde, de mens, esprit, et de mor , arrêter, retenir, ha réminiscence, chez les disciples de Socrate , étoit le souvenir des clioses purement intelligibles , ou des connoissances naturelles que les âmes avoient eues avant d'ècre unies aux corps : tandis que la mémoire s'exercoit sur les choses sensibles , ou sur les connoissances acquises par les sens. Ainsi , les Latins disoient que la réminiscence n'appartient qu'à l'homme , parce qu'elle est pu^ vemcnt intellectuelle , et que la mémoire est commune à tous ies.aiximaux , parce qu'elle n'est que le dépôt des sensations. Mais cette métaphysique n'a point passé dans notre langue et tlans nos opinions. Mémoire est un mot générique : toute idée rappelée à l'esprit est la mémoire de la chose ; comme toute idée retenue dans l'esprit est un dépôt de la mémoire. La réminlsccnce est des choses qui n'ont fait qu'une impression si foiblc , ou dont l'impression a été si fort effacée, cjii'à peine est-il possible d'en retrouver ou d'en r^connoitre les traces.

Le souvenir est littéralement ce qui revient dans l'esprit. Le ressouvenir est manifestement un souvenir nouveau ou renouvelé. Le souvenir qui se renouvelle, suppose que l'oubli se renouvelle également, et par conséquent il s'affoiblit ; et dcs- Jors il faut se rappeler souvent la chose , et à la fin il faut des efforts pour s'en ressouvenir. Alors on ne s'en souvient plus qu'imparfaitement; car a force d'oublier la chose, on en oublie totalement , tantôt une circonstance , tantôt une autre, on s'en souvient lïiaL Ainsi l'on dit, assez mal à propos à la vérité , qu'on a des ressouvenîrs, c'est-à-dire , des ressentiments de quelque mal , lorsqu'on en éprouve de temps en temps âe légères atteintes. On dit que le souvenir est d'un temps plus voisin , et ressouvenir d'un temps plus éloigné : distinction que iCicéion fait entre inem.oria et recordailu. Le soui^enir pur est

plutôt d'une chose plus ou moins prcsente à l'csjîi'it , plus mr inoins facile à rappeler, plus ou moins fidèlement représentée : le ressouvenir est plutôt d'une chose plus ou moins oubliée, plus ou moins difficile à retrouver, plus ou moins iraparfaitement retracée. Le souvenir est d'une mémoire fraîche ; le ressouvenir^ d une mémoire caduque.

Ainsi donc la réminiicence est le plus léger et le plus foible des souvenirs; ou plutôt c'est un ressouvenir si foible et si léger, qu'en nous rappelant une chose , nous ne nous rappelons pas ou nous ne nous rappelons qu'à peine d'en avoir eu peut-être quelque idée. Le ressouvenir est le souvenir renouvelé d'une chose plus ou moins éloignée, du moins de notre esprit, oubliée autant de fois que rappelée, et difficile , soit à retrouver, soit à reconnoitre. Le souvenir est l'idée d'une chose qui , plutôt détournée de notre attention qu'absente de notre esprit , nous redevient présente par la mémoire et rappelle notre attention. La mémoire est un acte quelconque de cette faculté qui nous rappelle nos idées. (R.)

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