i4 aËMiSSION
Revenons à k langue vulgaire. L'idée propre de rémission est celle de se désister de là peine qu'on a droit d'exiger de quelqu'un. On remet une peine , une dette dont on fait grâce : G est renoncer à exercer son droit. La rémission est entière ou partielle ; car ce mot signifie quelquefois modération , diminution , relâchement.
L'idée propre d'abolition est celle de détruire , d'effacer , d'anéantir le crime , comme si la chose étoit nulle ou non avenue.
L'idée prbpre d'absolution est celle de délier l'accusé ou de îe délivrer des liens par lesquels il étoit enchaîné. On dit les tiens du péché , les liens des censures , etc. : l'absolution rompt ces tiens.
L'idée propre de pardon est de faire la rémission entière de la faute qu'on a droit de punir comme supérieur, ou de l'offense qu'on est dans le cas de ressentir, comme si on l'ouhlioit et s'il n'en restoit aucune trace. Pardonner^ c'est à la lettre donner parfaitement ou sans réserve , remettre sans restriction.
L'idée propre de fjrdce est ici celle d'accorder un pardon purement gratuit, et de recevoir le coupable en grâce , en iaveur. Je n'ai pas besoin d'expliquer encore la signification de ce mot.
La rémission est un acte de modération : l'a^o/ifroH est l'acte d'ime volonté absolue et d'une insigne faveur : l'absolution est l'acte d'un juge équitable ou propice : le pardonest un acte ou de clémence , ou de générosité : la gracs est un acte d affection et de bonté.
La rémission produit l'effet de décharger le coupable de la peine qu'il avoit encourue. L'abolition produit l'effet de soustraire le coupable à la justice, et de le faire jouir des droits de l'innocence. h'ab.\olution produit l'effet de rétablir l'accusé on le pénitent dans son innocence et dans la jouissance de toute sa liberté et de tous ses droits. Le pardon produit l'effet doter la division entre l'offenseur et l'offensé, ou de ramener l'inférieur dans les bras du supérieur. La grâce produit l'effet de remettre le coupable en grâce.
B.em£ttreesX ici opposé à exiger; abolir, à faire justice; a6-
RENAISSANCE. Si5
«oudre, à condamner ; pardonner, à puniv ou poursuivre la peine : la ^rnce exclut la justice rigoureuse. (R.)
1000. nENAlSSANCE, HÉOÉN JiH ATION.
L'un et l'autre marquent une nouvelle existence, mais soi:s tics aspects différents.
Renaissance ne s'emploie qu'au figuré, et se dit du renouvellement d'une chose , comme si , après avoir cessé , elle naissoit une seconde fois. Réijénération s'emploie au propre et au figuré : au propre , il se dit , dans les traités de chirurgie , pour la reproduction delà substance perdue; au figuré, c'estun terme consacré à la religion , où il marque une nouvelle vie.
Depuis la renaiisance des lettres en Europe, la rusticité de.^ barbares qui l'avoient inondée a fait place à des mœurs plui polies et plus douces ; mais on y est encore aussi entêté cu'eux-mêmes dans leurs absurdes préjugés.
Dans les parties molles de l'animal , il ne se fait aucune '.''jtnérationr, et l'opinion contraire a été fiineste aux progrès de l'art ; mais il j a des exemples de régénération d'os dans des sujets jeunes et qui n'avoient pas encore pris tout leur accroissement. (B.)
lOOI. RENCONTHER, TROUVER.
De modernes vocabulistes reprennent l'Académie et leurs confrères, d'avoir avancé , conformément à l'usage, que re«contrer et trouver se disent des personnes et des choses, soit qu'on les cherche, soit qu'on ne les cherche pas. Et sur quoi f<>ndent-ils leur censure? sur l'autorité de l'abbé Girard, qui, sans preuve et sans motif , décide que nous trouvons les choses inconnues ou celles que nous cherchons; et que nous rencontrons les choses qui sont à notre chemin, ou qui se présentent à uaus , et que nous ne cherchons point.
Cependant l'Académie a raison, et l'abbé Girard a tort. Ces deux verbes ne supposent ni n'excluent l'idée de chercher, soit une chose, soit une autre. Est-ce que^ quand vous allez dans une maison , vous n'y trouvez pas votre ami tout comme un: personne inconnue qui s'v trouve, et sans le chercher'
3i6 RENDRE.
Et quand vous allez à la rencontre de quelqu'un , n'est-ce pas
pour le rencontrer?
L'abbé Girard avoit saisi lidée propre de rencontrer' mais pour lexpliquer il l'abandonne. Rencontrer expiùme sensiblement l'idée de trouver en allant à Y encontre, contre , dans la direction contraire à celle de l'objet, face a face. Trouver est exactement le latin invenire , venire in, parvenir dans le lieu, à l'endroit où est la chose , où on vouloit atteindre.^
Ainsi vous rencontrez une chose dans votre chemin , eu chemin faisant , et vous la trouvez à sa place , où elle est.
La personne que vous allez voir chez elle, vous ne ne Vj rencontre-^ pas , vous l'y trouvez : vous la rencontreriez dans les rues. Vous allez à la promenade dans l'espérance d'y re«confrer votre ami : vous indiquez à celui qui cherche quelqu'un le li^u où il le trouvera. Un torrent entraine tout ce qu il rencontre iur son passage : des voleurs emportent tout ce qu'ils trouvent dans une maison. Des armées se rencontrent ^el trouvent :SOUS leurs pas un effroyable cimetière.
Le moyen de rencontrer est d'aller au-devant ; le moyen de trouver y c'est de chercher^ Mais vous trouvez aussi ce que vous ne cherchiez pas, vous rencontrez aussi ce que vous cherchiez, ■et par une sorte de bonne fortune , par un cas fortuit , par un hasard heureux, qui fait qu'il se trouve comme en passant sur le chemin où vous passiez.
Je me trouve mieux, dit agréablement Montaigne, quand je me rencontre que quand je me cherche. On trouve donc en ne cherchant pas comme en chercliant : il y a toujours quelque hasard à rencontrer, et beaucoup plus quand on ne cherche point.
Les gens qu'on rencontre partout, on ne les trouve nulle part.
Rigoureusement parlant , on ne rencontre que ce qui se ffom'e en face , en allant au-devant, et contre ou à l encontre, comme pour le heurter. (R.)
1002. RENDRE, nEMETTIlE, RESTITtlER.,
Nous rendons ce qu'on nous avoit prêté ou donné; nous remettons ce que nous avons en gage ou en dépôt; nous resliluous ce que uous avons pris ou volé.