‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 345 sur 494 · RENONCER · texte numérisé non relu

RENONCER

On doit rendre exactement , remettre fidèlement , et restituer entièrement. On emprunte pour rendre • on se charge d'une chose pour la remettre; mais on ne prend guère à dessein de restituer.

L'usage emploie et distingue encore ces mots dans les occasions suivantes. Il se sert du premier à l'égard des devoirs civils , des faveurs interrompues , et des présents ou monuments de tendresse : on rend hommage à sou seigneur suzerain ; son amitié à qui en avoit été privé ; les lettres à tine maitresse abandonnée. Le second se dit à l'égard de ce qui a été confié , et des honneurs , emplois ou chai-ges dont on est revêtu : on remet un enfant à ses parents ; le cordon de l'ordi'e, le bâton de commandement , les sceaux et les dignités au prince. Le troisième se place pour les choses qui , ayant été ou ôtées ou retenues , se trouvent dues ; à l'innocent accusé , son état et son honneur ; on restitue un mineur dans la possession de ses biens aliénés. (G.)

I003. RESOXCER, nENIER, ABJUnER.

On renonce à des maximes et à des usages qu'on ne veut plus suivre , ou à des prétentions dont on se désiste. On renie le maitre qu'on sert, ou la religion qu'on avoit embrassée. On abjure l'erreur dans laquelle on s'étoit engagé et dont on faisoit profession publique.

Philippe V a renoncé à la couronne de France. Saint Pierre a renié Jésus-Chrjst. Henri IV a fait abjuration du calvinisme.

Abjurer se dit toujoui'S en bonne part ; c'est l'amour de la vérité et l'aversion du faux , ou du moins de ce que nous regardons comme tel , qui nous engage à faire abjuration. Renier s'emploie toujours en mauvaise part ; un libertinage outré ou un intérêt criminel fiait les renégats. Renoncer est d'usage de l'une et de l'autre façon , tantôt en bien , tantôt en mal : le choix du bon nous fait quelquefois renoncer à nos anciennes habitudes pour en prendre de meilleures ; mais il arrive encore plus souvent que le caprice et le goût dépravé nous font renoncer a ce qui est bon pour nous livrer à ce qui est mauvais.

L'hérétique abjure quand il rentre dans le sein de l'Eglise : le chrétien renie quand il se fait Mahomttan : le se lismatique

3i8 RENONCIATION.

genonce a. la communion universelle des fidèles pour s'attacher à une société particulière.

Ce n'est que par formalité que les princes renoncent à leurs prétentions : ils sont toujours prêts à les faire valoir quand It force et l'occasion leur en fournissent les moyens. Tel résiste aux persécutions ql^i n'est pas à l'épreuve des caresses ; ce qu'il défendoit avec fermeté dans l'oppression , il le renie ensuite avec lâcheté dans la faveur. Quoique l'intérêt soit très-souvent le véritable motif des abjurations , je ne me défie pourtant pas toujours de leur sincérité , parce que je sens que l'intérêt agit sur l'esprit commme sur le cœur. (G.)

1004. RE>'OÎ*CIATION , nENOîlCEMENT.

La désappropriation est l'effet de l'un et de l'autre , et tous deux sont des actes volontaires : voici en quoi ils diffèrent.

Renonciation est un terme d'aflfaires et de jurisprudence ; c'est l'abandon volontaire des droits que l'on avoit ou que l'on prétendoit avoir sur quelque chose. Renoncement est un terme de spiritualité et de morale chrétienne; c^est le détri- ^ chement des choses de ce:monde et de l'amour-propre.

La renonciation est un acte extérieur qui ne suppose pas toujours le détachement intérieur. Le renoncement , au contraire, est une disposition intérieure qui n'exige pas l'abandon «xtérieur des choses dont on se détache.

La profession de la vie religieuse exige dans l'intérieur un renoncement entier de soi-même et de toutes les choses de et monde,' et emporte, par le fait, la renonciation à tous Irs droits de propriété que l'on pouvoit avoir avant la prononciation des vœux. (B.)

I005. UENCE, REVENU.

On dit également qu'une pei'sOune jouit de dix mille livres ds rente, ou d'un revenu de dix mille livres , sans égard à Ja aature de ses biens, qu'il est inutile et impossible de distinguer dans le courant de la conversation. L'idée commune de ces deux termes est celle d une recette annuellement renouvelée.

La rente est ce qu'on vous rend) ce qu'on vous paje annuel-

RENTE. 3i9

lemeat , comme prix ou intérêt d'un fonds ou d'un capital aliéné ou cédé : le revenu est ce qui revient, ce qui est annuellement reproduit à votre profit, comme fruit de votre propriété et de vos avances productives. L'Académie a fort bien observé que rente vient de rendre ; c'est le latin reddilus : quant au mot revenu, ce qui renaît après avoir été détruit; c'est à peu près le proventus des Latins. Vous direz que votre rente vous revient chaque année ; oui, le paiement de votre rente, et il vous revient par une nouvelle distribution d'argemt. Mais le revenu revient dans toute la force du terme ; il est reproduit : ce sont les fruits qui repoussent sur l'arbre. La terre. ne vous donne pas une rente, mais elle vous donne un revenu par ses productions renaissantes annuellement. On vous paye une rente , et vous recueillez un revenu. Pour payer chaque année une rente, il faut, chaque année, an ret-e/m nouveau ou une richesse nouvelle; car, sans cela, sur quoi payer? Or quel autre revenu annuellement régénéré, que le revenu territorial ?

Les rentes ne sont que des charges du revenu. Les rentes publiques sont des charges du revenu public : sans le revenu, on ne peut payer les rentes. La rente est la représentation d'un droit sur le revenu.

C'est une recette très-commode que celle des rentes ; il est vrai que de toutes les rentes constituées à perpétuité, il y en a très-peu qui se maintiennent jusqu'à la troisième ou quatrième géiîération. Ily a bien de l'embarras et des inconvénients dans le revenu des terres : il est vrai que la terre ne vous manquera jamais, et que quand vous voudrez vous enrichir de plus en plus , vous n'aurez qu'à vivre heureux sur voti'e domaine et à le soigner.

Il n'y a qu'à créer des rentes pour détruire le revenu ; car. en attirant par l'appât d'un gros intérêt les capitaux de l'agriculture et du commerce , vous tarissez d'un côté la soui'ce de votre ret'enu^ pendant que, de l'autre-, vous le surchargez de rentes.

Je sais fort bien qu'on dit le revenu d'une charge , d'unoffice , d'une place comme d'une terre , et qu'on assimile ainsidès choses qui ne peuvent être comparées. Les émoluments des places ne sont pas plus revenus que rentes- ce sont des salaires,.des bénéfices. (R.)

3ao REPONSE.

-1006. HÉP05SE, RÉPLIQUE, REPAUTIE.

La réponse se fait à une demande ou à une question. La réplique se fait à une réponse, ou à une remonti-ance. La repartie se fait à une raillerie ou à un discours offensant..

Les scolastiques enseignent à proposer de mauvaises difficultés , et à y donner encore de plus mauvaises réponses. Il est plus grand d'écouter une sage remontrance et d'en profiter, que d'y répiuiuer. On ne se défend jamais mieux contre des paroles piquantes, que par des reparties fines et honnêtes.

Le mot de réponse a, dans sa signification , plus d'étendue que les deux autres : on répond aux questions des personnes qui s'informent; aux demande^ de celles qui attendent des grâces ou des services ; aux interrogations des maîtres et des juges ; aux arguments de ceux qui nous exercent dans les écoles ; aux lettres qu'on nous écrit , et aux difficultés qu'on nous propose touchant la conduite , les aflaires et les sentiments. Le mot de répiujtie a un sens plus restreint; il suppose une dispute commencée à l'occasion des diverses opinions qu'on suit, ou des différents sentiments dans lesquels on est, ou des partis et des intérêts opposés qu'on a embrassés : on réplique à la réponse d'un auteur qu'on a critiqué; aux répri- < mandes de ceux dont on ne veut pas i-ecevoir de coi'rection , et aux plaidoyers ou aux écritures de l'avocat et de la partie adverse. Le mot de repartie ?i une énergie propre et particulière pour faire naître l'idée d'une apostrophe personnelle contre laquelle on se défend , soit sur le même ton , en apostrophant aussi de son côté ; soit sur un ton plus honnête , en émoussant seulement les traits qu'on nous lance : on fait des reparties aux gens qui veulent se divertir à nos dépens ; à ceux qui cherchent à nous tourner en ridicule , et aux personnes qui n'ont , dans la conversation , aucun ménagement pour nous.

La réponse doit être claire et juste ; il faut que ce soit le bon sens et la raison qui la dictent. La réplique doit être forte et convaincante ; il faut que la vérité y paroisse armée et fortifiée de toutes ses preuves. La repartie doit être vive et prompte ; ïY faut que le sel de l'esprit y domine et la fasse biil'tr, . .

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