RÉPONSE
Il faut élever les enfants à faire toujours, autant qu'il se peut, des réponses précises et judicieuses, et leur faire sentir qu'il j a plus d'honneur pour eux à écouter, qu'à faire des réplUjues à ceu-x qui ont la bonté de les instruire : mais il n'est pas toujours à propos de blâmer leurs petites reparties , quoiqu'un peu contraires à la docilité, de peur d'émousser leur esprit par une gêne trop sévère.
Les réponses, les réplicjues et les reparties doivent être promptes , justes , judicieuses , convenables aux personnes , aux temps, aux lieux et aux conjonctures. Donnons des exemples de chaque espèce.
Une belle réponse est celle de la maré«hale d'Ancre , qui fut brûlée en place de Grève comme sorcière. Le conseiller Courtin , interrogeant cette femme infortunée, lui demanda de quel sortilège elle s'étoit servie pour gouverner l'esprit de Marie de Médicis : « Je me suis servie, répondit la maréchale, du pouvoir qu'ont les âmes fortes sur les esprits folLîcs. »
Une femme vint le matin se plaindre à Soliman II que la , nuit, pendant qu'elle dormoit, ses janissaires avoient tout emporté de chez elle. Soliman sourit , et répondit qu'elle avoit donc dormi bien profondément, si elle n'avoit rien entendu du bruit qu'on auioit dû faire en pillant sa maison. Il est vrai , seigtieur , répliqua cette femme , que je dorinois profondément, parce que je crojois que ta hautesse veilloit pour moi. » Le sultan admira cette réplicfuej et la récompensa.
Dans le procès de François de Montmorency , comte de Luze et de Boutteville , M. du Chàtelet fit pour sa défense un mémoire également éloquent et hardi. Le cardinal Je Richelieu lui reprocha fortement d'avoir mis au jour ce mémoire pour condamner la justice du prince. « Pardonnez-moi , lui répliqua-t-il , c'est pour justifier sa clémence, s'il a la bonté d'en user envers un des plus honnêtes et des plus vaillants hommes de son royaume.
Saint Thomas d'Aquin entroit dans la chambre du pape nnocent IV, pendant que l'on comptoit de l'argent; sur quoi ce pape lui dit : Vous voyez que l'Église n^est plus dans le siècle où elle disoit, je n'ai ni or ni argent. Le docteur ingélique repartit : Il est vrai , Saint Père , mais elle ne