SIMULACRE, FA5TÔME, SPECTRE
Simulacre ne signifie pas seulement ce qui est semblable, ressemblant , similis • mais encore ce qui est simulé, feint, contrefait , du verbe simulare. On a particulièrement appelé simulacres les idoles ou les fausses représentations de faux dieux. L'image est une représentation fidèle d'un objet ; et c'est particulièrement l'ouvrage de la peinture : la statue est ia représentation d'une figure en plein relief ; c'est l'ouvrage de la sculpture : le simulacre est une représentation ou fausse ou grossière , informe , vaine , qui ne rappelle que quelques traits d'un objet figuré , si l'objet existe ou a existé. On dit un simulacre de ville , de république , de vertu , eto , pour indiquer de faiftses ou de vaines apparences. Le simulacre vain , «elui d'un objet qui n'a rien de l'éel, devient sjnonjme de fantôme et de spectre.
Fantôme ) mot emprunté du grec , désigne, en philosophie , l'image qui se forme des objets dans notre esprit, lorsqu'ils frappent nos sens. Dans l'usage commun , c'est un objet ou une apparition fantasticjue, ouvrage de l'imagination , sang aucuno réalité.
Ce terme s'applique aussi à tout objet destitué de réalité , ou à toute idée destituée de raison. On dit un fantôme de roi , un fantôme de puissance.
Spectre est une figure extraordinaire qu'on voit en effet, ou qu'on croit voir; mais une figure horrible, affreuse, effrayante. 11 se dit proprement des objets qui apparoissent même dans la veille; on le dit aussi d'une personne extrêmement décharnée et défigurée.
Ainsi le simulacre est l'apparence trompeuse d'un objet vain : le fantôme est l'objet fantastique d'une vision extravagante : le spectre est la figure ou l'ombre d'un objet hideux ou effi-ajant qui frappe les }'eux ou l'imagination.
SINCÉRITÉ. 4o3
Le simulacre n'a qu^un caractère vague , et il se dit cle tous les objets vains , vides ou faux , et des choses comme des personnes^. Le fantôme est caractérisé par des formes ou des traits bizarres , étranges , et qui ne sont point dans la nature ; et il se dit particulièrement des objets qui paroissent vivants. Le spectre a cela de caractéristique, qu'il représente des objets défigurés et faits pour inspirer de l'horreur ou de l'efFroi par leurs traits et par tout ce qui les accompagne; et il se dit proprement de ces objets qui semblent évoqués, suscités, envoyés par une puissance supérieure, pour avertir, menacer, tourmenter les hommes.
Le sinudacre nous abuse ; le fantôme nous obsède; le spectre. nous poursuit.
Les vapeurs ou les nuages élevés dans le cerveau y forment toutes sortes de simulacres , et ces simulacres font illusion. L'imagination forte et exaltée crée des fantômes, et ces fantômes l'aveuglent. La peur fait des spectres, et les spectres font peur.
Le rêve nous représente toutes sortes de simulacres. Les visionnaires sont sujets à voir des fantômes dans la veille comme dans le sommeil. L'histoire rapporte beaucoup d'apparitions de spectres vus par des hommes qni n'étoient point foibles d'esprit, mais qui néanmoins ont pu ne pas bien voir. (R.)
106^. SIISÎCÉRITÉ^ PRÀRCHISE, HAÏVETÉ, IBGÉUriTÉ.
La sincérité empêche de parler autrement qu'on ne pense ; c est une vertu. La f: anch.se fait parler comme on pense ; c'est un effet du natui-cl. La naïveté lait dire librement ce qu'on pense; cela vient quelquefois d'un défaut de réflexion. L'in- ^énuité fait avouer ce qu'on sait et ce qu'on sent;^ c'est souvent une bêtise.
Un homme s'ncère ne veut point ti'omper. Un homme franc ne sauroit dissimuler. Un homme naif n'est guère propre à flatter. Un homme ingénu ne sait rien cacher.
La sincérité fait le plus grand mérite dans le commerce du cœur. La franchise facilite le commerce des affaires civiles. La naïveté fait souvent manquer à la politesse : l'ingénuité fait },éclicv contre la prudciice.
4o4 SINGULIER.
Le sincère est toujours estimable. Le franc plaît à tout le monde. Le naif oSense quelquefois. Uin^énu se trahit. (G.)
;1068. SINGtJllEIl, EXTRAOJIDINAÏIIE..
Il y a quelque chose de singulier dans ce qui est extraordinaire, et quelque chose à' extraordinaire dans ce qui est sinouUer, sort en Lien , soit en mal.
Singulier, seul , unique , rare , distingué des autres , sans concurrence, sans parité. Extraordiwaire, qui est hors de l'ordre commun ou de la mesure commune, liors de rang, hors de pair, non commun , inusité.
Le singulier ne ressemble pas à ce qui est ; il est d'un genre particulier : l'extraordinaire sort de la sphère à laquelle il appartient j il est particulier dans son genre. Le singulier n'est pas de l'ordre commun des choses ; il fait , pour ainsi dire , classe à part : Vextraord naire n'est pas dans l'ordre courant des choses; il fait exception à la l'ègle. II J a quelque chose d'original dans le singulier, et quelque chose d'extrême dans V extraordinaire. Des propriétés rares, des qualités exclusives, clés traits distinctils et uniques, forment le singulier : le plus ou lemdins, l'excès ou le défaut, la grandeur et la petitesse en tout sens , au-dessus et au-dessous d'une mesure établie , caractérisent l'extraordinaire. Singulier exclut la comparaison; extraordinaire la suppose.
On appelle loi singulière celle qui est seule et linique sous un titre; un combat d'homme à homme s'appelle combait sin- -^ulier : le singulier est opposé au pluriel. On appelle extraordinaire au palais ce qui ne suit pas la marche oi-dinaire des procédures ou des jugements : on appeloit question extraordinaire la rude torture qui ne se donnoit aux accusés que dans certains cas : un courrier ou un ambassadeur extraordinaire est chargé , dans un cas pressé , de ce que le courrier ou l'arabasaadeur ordinaire feroit dans un autre cas , etc. Le singulier est «ne sorte de nouveauté : l'extraordinaire est une sorte d'exlension de» choses.
La boussole a une propriété singutière. La vapeur de l'eau bouillante a une force extraordinaire.
Tout homme qui a un caractère propre , a nécessairement
qfliclque chose de s-nyulier. Tout homme qui a un caractère éner"^if|ue et fortement prononcé a quelque chose d'extraordinaire.
Un homme paioît singulier, qui vit seul. Un homme paroît extraordinaire d-ans le monde , qui ne fait pas comme tout le monde.
Un sa^e est toujours quelque ctose de fort singulier, d'unique, quelque part; et toujours quelque chose d'extravrdinalre, de fort peu commun partout.
On a dit qu'un homme singulier dans ses habillements a quelque chose de singulier dans l'esprit. On a dit que le peuple pardonne plutôt un vice commun qu'une vertu extraordinaire.
Le singulier a donc quelque chose d'original ou de nouveau , de propre ou d'exclusif, de curieux ou de piquant, tandis que ['extraordinaire a des traits plus forts ou plus marqués , un caractère de grandeur ou d'excès, une sorte de supéviovitc ou d'érainence.
1069. SI5CEUX,"^TÔHTUEtJX.
On dit sinuosité et on ne dit guère sinueux qu'en poésie. On ne dit pas tortuosité, mais plutôt tortueux. Voilà ce qui s'appelle bizarrerie.
Sinueux, ce qui fait des 5, des plis et des replis , des courbures et des enfoncements ; comme le serpent qui rampe , la rivière qui serpente, la robe qui flotte. Tor/ueux^ qui ne fait que tourner, retourner, se contourner, qui va de biais , obliquement , de travers , comme un sentier qui va et vient d'un sens à un autre , un labyrinthe qui a des tours et des détours , un corps qui seroit tout tortu.
Sinueux indique plutôt la marche, le cours des choses; tortueux, leur forme, leur coupe. Le cours de la rivière est sinueux ; la forme de la côte est tortueuse. La rivière, en couplant, s'enfonce dans les terres et fait elle-même ses sinuosités; et la côte , enfoncée de toutes parts , en demeure tortueuse. On fait des replis ^i/îuea.r^ et on va par des voies tortueuses. On dit que les canaux abrègent, avec une grande utilité pour la aavigation , le cours sinueux des rivières ; le son , en frappant les lieux tortueux, en devient plus éclatant. Cette observation
4o6 SITUATION.
est conforme à l'usage le plus ordinaire des termes , sans être
«xclusif.
Sinueux n'a point un mauvais sens ; tortueux se prend surtout en mauvaise part. L'objet sinueux est plutôt dan» l'ordre naturel ou commun de la chose; l'objet tortueux est plutôt tel par une sorte de violence, de contrainte , de désordre. Le sinueux n'est pas fait pour aller droit ; mais le tortueux ne devroit pas aller de travers. Aussi ce dernier terme ne s'emploie-t-il, au moral, que xians le stjle du blâme et de la censure.
Le serpent forme naturellement des plis et des replis sinueux. Le monstre , lancé par Neptune contre Hippol jte , recourbe avec furie sa croupe en replis tortueux.
Il semble que l'auteur du poème des Jardins ait voulu faire cette distinction dans les descriptions suivantes ; Le bocage, moins fier, avec plus de mollesse, Déploie à nos regards des tableaux plus riants , Veut un site plus doux, des contours plus liants j Fuit, revient et s'égare en routes sinueuses , Promène entre des fleurs des eaux voluptueuses. .,,.,.... Enfin le parc anglais.
D'une beauté plus libre , avertit les Français, Dès-lors on ne vit plus que lignes ondoyantes, Que sentiers tortueux^ que routes tournoyantes.