SOMBRE
doctrine et de controverse. Tout le monde sait que le dialogue est spécialement pris pour un genre particulier de composition ou d'ouvrage, qu'il a son art propre, qu'il se divise en plusieurs espèces , etc. Le dialogue est la manière la plus naturelle et peut-être la plus efficace d'instruire , mais surtout de disc-Uter : c'est celle que les premiers auteurs, les philosophes gi-ecs , les pères de l'Église , ont le plus souvent employée dans leurs traités , et surtout dans la dispute. (R.)
Io8l. SOMBRE, MORNE.
En général , sombre a quelque chose de plus noir, de plus triste , de plus austère ou de plus horrible que morne. Sombre est synonyme de ténébreux, et non morne. Avec une très-forte teinte de noir , une couleur est sombre : sans lustre et sans gaité , une couleur est morne. Nous disons les roijaun\es sombres, pour désigner l'enfer des païens, le lieu le plus obscur ou plutôt ténébreux , le lieu des ombi-es ; morne seroit une épithète trop foible. Le soleil est morne quand il est fort pâle et sans éclat : par elle-même , la nuit est sombre autant qu'elle est profonde. Les mêmes nuances distinguent Ces termes dans le sens figuré.
Voulez -vous parfaitement connoitre le caractère sombre, voyez le portrait du pic, tracé par M. de BufTon, son air inquiet , ses mouvements brusques , ses traits rudes , son naturel farouche, son éloignement pour toute société. La cigogne a l'air triste et la contenance morne , mais sans avoir la rudesse et la farouche insociabilité du pic.
Le tyran est sombre j il est farouche, il effraie!; l'esclave abruti n'est peut-être que morne; il aiïlige, on le plaint. Le sombre Cromwel ne peut exciter dans le^ accès çle sa gaîtë bouffonne qu un rire faux et démenti par des visages marnes.
On est morne dans le malheur : dans le malheur et le crime, on est. sombre. Les passions ardentes e.t concentrées vous rendent sombre : les passions douces et trompées vous rendent morne. (R.)
SOMME. iji