SOURIS, SOURIRE
Le souris est proprement un acte , l'effet particulier de sourire ou du sourire : le sourire est l'action S|^)écifique de sourire, la manière babituelle de sourire , ou enfin une espèce de rire. Si souvent on les confond, souvent on les distingue;* et un usage vicieux ne fait point que l'un ne soit préférable k l'autre , selon les cas.
Le souris est une des expressions les plus énergiques dw sentiment : le sourire est un des attraits les plus touchants de la figure. Le sourire est la manière d'exprimer une joie douce , modeste , délicate de l'âme : le souris en», est l'expression actuelle et passagère. Avec un souris fin , il j a.^de l'esprit jusque dans le silence ; avec un sourire gracieux la laideur disparoît. Le souris est en quelque sorte plus moral, et le sourire plui (physique : je veux dire qu'on applique plutôt les qualifies-
Dict. des S/uonyme». II. 3y
pfi SOUVENT.
tiens morales au souris, et les qualifications physiques ao sourire. Vous ne concevez pas le souris saris une intention , un motif, un sentiment, une pensée qui l'anime: vous concevez le sourire comme un jeu naturel de la figure , comme un trait ou une habitude du corps, comme un genre d'action physique familier à l'homme.
Les grâces ont toujours le sourire sur ks lèvres : le souris ' n'est pas de même, si l'amour allume ou éteint son flambeau.
On voit le sourire, il repose sur le visage : on aperçoit le souris, il s'évanouit bientôt. Le souris prolongé devient sourire. Le sourire se fixe, et le saurls s'échappe. On étale le sou- . rire; oji cachera son souris. Le souris est au sourire ce que l'accent est à la voix : je veux dire que le souris n'est qu'un acte léger, un trait fugitif; au lieu que le sourire est une action suivie , un état de la chose.
La peinture fixe le sourire en développant avec aisance ses formes gracieuses et les effets qu'il produit sur toute là figure. EJlc esquisse si finement le souris, qu'il semble se dissiper à l'instant où on le voit écloi-e.
Une femme artificieuse compose habilement son sourire : mais à un souris général de l'assemblée , je vois que personne ne s'y trompe. Le sourire doit être naturel ; sinon c'est une grimace : le souris est naïf; il échappe du cœur, à moins qu il ne soit malin. (R.)
1093. SOUVEST, FRÉQUEMMEST.
L'abbé Girard estime que « souvent est pour la répétition ^es mêmes actes ; et fréquemment, pour la pluralité des. objtts. On déguise , dit-il , souvent ses pensées. On vencouiie fréqueinmenl des traîtres. »
Il me semble qu'on rencontre aussi souvent des traîtres ; et qu'on àé^nisc fréquemment ses pensées, ses desseins , ses sentiments, sa marche, tout à la fois. Fréquent signifie ce qui se fait souvent ; fréquence exprime la réitération rapide des pulsations, des vibrations et des mouvements; fréquenter, c'est voir ou visiter avec assiduité le même objet; fréquentatif piarque r'-pétition des mêmes actes. Fréquemment a donc , comme tous ces termes, la propriété de désigner cette répétition.