‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 441 sur 494 · TOUJOURS · texte numérisé non relu

TOUJOURS

Il^a. TOUJOURS, CONTINUELLEMENT.

Ce qu'on fait toujours se fait en tout temps et en toute occa- «iion. Ce qu'on fait continuellement se fait sans interruption et I saivs relâche.

Il faut toujours préférer son devoir à son plaisir. Il esti diflScile d'être continuellement appliqué au travail.

Pour plaire en compagnie , il faut j parler toujours bien , mais non pas continuellement. (G.)

I143. TOUn, TOURNURE.

Le tour donne la tournure : la chose reçoit la tournure donnée par le tour. La tournure est la forme qui reste à la chose tournée ou changée par un certain tour. Les mœurs prennent un certain tour, et il en résulte une habitude , une tournure particulièi'e. Avec un tour d'imagination , on voit les choses comme on veut les voir : avec une certaine tournure d'imagination ou telle manière habituelle de voir, on est heureux ou malheureux dans toutes sortes de positions , quoi qu'il arrive.

Toute forme est un certain tour, mais la tournure annonce la forme caractéristique ou habituelle , la manière d'être ou l'état des choses.

Vous direz plutôt un tour de phrase, et la tournure du stjle.

Les formes ordinaires de la langue ne sont que des tours : mais i'appellerois plutôt tournures ces tours singuliers xjui , contraires aux formes communes, et même contraires aux. règles ou de l'analogie ou de la grammaire, mais reçus, servent, par leur singularité même et leur désordre grammatical , à donner plus de force à la couleur, plus de mouvement à la passion, plus de philosophie à l'arrangement des idées, plus de grâce à l'expression.

Il44- TOUR , CIRCONFÉRENCE, CIRCUIT.

Dans l'acception présente , le tour est la ligne qu'on décrit, ou l'espace qu'on parcourt en suivant la direction courbe des parlées extérieui-es d'un corps ou d'une étendue, de manière h revenir au point d'où l'on étoit parti. La circonférence «st la 'igné courbe décrite ou formée par les parties d'un

corps ou de l'espace, les plus éloignées du centre. Le circuit est la ligne ou le terme auquel aboutissent et dans lequel se renferment les parties d'un corps ou d'une étendue, en s'éloîgnant de la ligne droite ou en fonnant des tours j des détours, des retours.

Vous faites le tour de votre jardin : des remparts font le tour de la ville. Vous ne faites pas la circonférence d'un corps, mais le corps a sa circonférence • elle est marquée par l'extrémité de ses parties , de ses rayons. Vous ne faites pas le circuit de la chose; mais la chose fait un circuit dans lequel elle se renferme , ou vous tracez le circuit qui doit former en quelque sorte son enceinte. (R.)

I l45- TOUT, CHAQUE.

Ces deux mots désignent également la totalité des individus de l'espèce exprimée par le nom appellat'f avant lequel on les place. Voilà jusqu'où va la synonymie de ces deux articles.

Mais tout suppose uniformité dans le détail, et exclut les exceptions et les différences : chaque, au contraire, suppose et indique nécessairement des différences dans le détail.

Tout homme a des passions ; c'est une suite nécessaire de sa nature. Chaque homme a sa passion dominante: c'est une suite nécessaire de la diversité des tempéraments. (B. Gramm. jftii.liv. II, ch. ni, art. 2.)

II46. TOtTT, TOUT LE, TOUS LES.

Quoique le mot tout désigne toujours une totalité, il la marque cependant diversement, selon la manière dont il est construit.

Tout, au singulier , et employé sans lartiole te avant un nom appellatif, est lui-même article universel collectif; il marque la totalité des individus de l'espèce signifiée par le nom, et les fait considérer sous le même aspect, et comme susceptibles du mtme attribut, sans aucune différence distinctive.

Tout, au singulier, et suivi de l'article indicatif te, avantim nom appellalif , est alors adjectif physique qui exprime la totalité , non des individus de l'espèce , mais des parties intégrantes qui constituent l'individu.

De-là vient l'énorme différence de ces deux phrases : Tout homme est sujet à la mort , et tout l'homme est sujet à la mort. La première veut dire qu'il n'y a pas un seul homme qui ne soit sujet à la mort; vérité dont la méditation peut avoir une influence utile sur la conduite des hommes. La seconde signifie qu'il n'y a aucune partie de l'homme qui ne soit sujette à la mort; erreur dont la croyance pourroit entraîner les plus grands désordres.

Tous , au pluriel, et suivi àetes avant un nom appellatif , reprend la fonction d'article universel collectif, et marque la totalité des individus de l'espèce, sans exception , comme tout sans te au singulier: voici la difiérence qu'il y a alors entre les deux nombres.

Tout, au singulier, marque la totalité physique des individus de l'espèce , dans le cas où l'attribut est en matière nécessaire : et c'est pour cela qu'alors on ne doit pas le joindre à le, qui a , comme on vient de le dire dans l'article pi-écédent . la même destination ; il y auroit périssologie , puisqu'il y auroit inutilement double indication du même point de vue. Tous tes, au pluriel , marque la totalité physique des individus de l'espèce, dans le cas où l'attribut est en matière contingente. Les, on vient de le voir, est alors le signe convenu de la possibilité des exceptions : mais cette possibilité peut •exister sans le fait; et pour le marquer, quand il est nécessaire, on joint tous avec les, afin de déclarer formellement exclues les exceptions que les pourroit faire soupçonner.

S'il est question, par exemple, d'un détachement de trois tsents hommes, que l'on a d'abord crus enlevés avec leurs ■équipages, il y aura bien de la difféi-ence entre dire : Les soldats reparurent , mais les bagages ne revinrent pas ; et ^iTC : Tous les soldats repaTurent , mais tous les bagages ne revinrent pas.

Par la pi^mière phrase , on fait entendre seuleinent que le gros de la troupe reparut , sans répondre numériquement des trois cents ; et que rien des bagages ne revint , ou du moins qu'il en revint bien peu de choses : par le seconde phrase , on fissure , sans exception , que les trois cents soldats reparurent ; mais on fait entendre qu'il ne revint qu'une partie des bagages. Pans la première, on affirmée la renti'cc de la totalité morale des

soldats , et Ion nie le retour de la totalité moi'ale des bagages : dans la seconde , on affirme la rentrée de la totalité physique des trois cents soldats , et Ion nie le retour de la totalité pliysique des bagages. ( B. Grammaire générale, livre II , ch. 3 , art 2. )

Page 1