TRAVAIL
Mais on dit transférer un prisonnier du Ghâtelet à la Conciergerie , un coi'ps mort d'un cimetière dans un autre , des relique» d'une châsse ou d'une église dans une autre, une juridiction d'une ville dans une autre, pour marquer que les objets transférés résidoient auparavant, de droit ou de nécessité, dans les lieux d'où on les tire : c'est par la même raison que l'on dit la translation d'un évêque , d'un concile, d'un siège , d'un empire, d'une fête , etc.
Quand on transfère un magasin de marchandises précieuses, il faut tâcher de les transporter sans les gâter. ^ Constantin n'eut pas plutôt transféré le siège de l'empire de Rome à Constantinople , que tous les grands abandonnèrent l'Italie pour se transporter en Orient. (B.)
Transporter et transférer supposent également l'action de porter d'un lieu à un autre ; mais transférer se prend dans un sens figuré.
Yous dites transporter toutes les fois que vous voulez rendre l'idée propre de porter, et vous dites transférer lorsqu'il s'agit de faire changer de place à un objet sans le porter. On transporte des denrées , des marchandises , de l'argent , qu'on porte , qu'on voiture , et on ne les transfère pas : on transfère un marché, une fête, une résidence qu'on change, qu'on place , qu'on établit ailleurs ; et on ne les porte ni ne les voiture.
Voilà pourquoi on transporte ses marchandises, et on transfère son magasin ; on transporte ses meubles , et on transfère sa résidence ; on transfère les ciTietières et on transporte les ossements. On ne porte pas la résidence , les magasins , le cimetière , comme on porte les meubles , les marchandises , les ossements.
On transporte enfin des choses mobiles : on transfère des objets stables par eux-mêmes. Vous transportez des provisions , des secoui'S , tout ce qui est portatif : vous transférez un tribunal , un établissement , ce qui a par soi une consisunce fl&e.
Il58. TRAVAIL, LABEUR.
Ces termes ne se distinguent , dans l'usage ordinaire , que paf les difFérentfr degrés de peine que donne un ouvrage. Le
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travail est une aj)pliration soigneuse; le labeur est, un travail pénible. Le tras>ail occupe nos forces; le labeur exige des efforts soutenus.
L'homme est né pour le travail : le malheureux est conrdamné au labeur. Travaille ou pcris,yoiUi l'ordre de la nature : travaille et péris , voilà le vœu de l'injustice humaine.
Le labeur est proprement un travail , un exercice de la main et du corps : l'art mécanique fait un labeur. (R.)
IIO9. A TRAVERS, AU TnAVEUS.
^f/'<iç'ers marque puremeiii et simplement l'action de passer par un milieu , et d'aller par-delà , ou d'un bout à l'autre. Au travers marque proprement ou particulièrement l'action et l'effet de pénétrer dans un milieu , de le percer de part en part ou d'outre en outre. Vous passez à travers le milieu qui vous laisse un passage, une ouverture, un jour : vous passez au travers d'un milieu dans lequel il faut vous faire un passage, faire une ouverture, vous faire jour pour passer. Là, vous avez la liberté de passer, rien ne s'y oppose : ici, vous trouvez de la résistance , il faut la forcer.
Il est constant que nous disons plutôt passer son épée au travers du corps , et passer à travers les champs. L'épée passe au travers d» corps en le perçant d'outi-e en outre •,. et vous passez à travers les champs en les parcourant ^dans un sens d'un bout à l'autre.
Vil espion passe habilement et adroitement à travers le camp ennemi , et se sauve. Le soldat se jette tout) au travers d'un bataillon et l'enfonce^
Une liqueur passe à travers une chausse par les interstices qae les fils laissent entre eux. La matière fulminante passe au travers des corps qui lui résistent et qu'elle renverse.
Ces deux locutions servent à distinguer deux acceptions différentes du verbe traverser, mais peut-Otre trouveroit-ou encore quelque différence entre traverser ticius l'un ou dans l'autre sens, et passer à travers ou au irave s. Les deux manières de parler semblent ajouter au verbe un«- circonstance particulière , sirrgulière , exti'aordinaire. Vous traversez ia rivière eu bac; c'est le chemùî : vous passez à travers les champs ,^ c'est une voie extraordinaire ou détournée que vous prenez. S'il
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faut de la loioe pour cai'un clou traverse une planche , ce n'en est pas moins une chose ordinaire; mais il y a quelque chose d'extraordinaire dans la violence qxi'on luit en passant 1 épée au travers du corps. (R.)
I160. TREBUCHER , BnOSCIlEP..
Ces mots désignent l'accident de faire un faux pas. C'est en ce sens que trébucher est sjnonyme de broncher, qui ne se dit que des animaux, au lieu que tnbucher se dit des choses; mais alors il signilîe tomber.
On trd'uche lorsqu'on perd l'équilibre et qu'on va tomber.
On bronche lorsqu'on fait un faux pas, qu'on cesse d'aller droit et ferme, pour avoir chope, heurté contre un corps pointu ou émiiicnt.
Celui qui n'a pas le pied ferme est sujet à trébucher' celui qui marche dans un mauvais chemin est sujet a broncher. Il ne faut qu'un petit caillou pour vous faii-e broncher : si vous perdez l'équilibi-e , vous trébuchez. On peut broncher et se redresser tout de suite : si l'on ne tombe pas en trébuchant , du moins on chancelle. (K.)
I161. TEÉPAS, MORT, DÉCÈS.
Trépas est poétique , et emporte dans son idée le passage d'une vie à l'autre. Mort est du stjle ordinaire , et signiiie précistm.ent la cessation de vivre. Décès est d'un stjle plus re-' cherché, tenant un peu de l'usa'ge du palais, et marquant proprement le retranchement du nombie des mortels. Le second de ces mots se dit à l'égard de toutes sortes d'animaux, et les deux autres ne se disent qu à légard de l'homme. Un trépas glorieux est prélérable à une vie honteuse. La mort est le terme commun de tout ce qui est animé sur la terre. Toute succession n'eat ouverte qu'au moment du décès.
Le trépas ne présente rien de laid à l'imagination ; il peut même faire envisager quelque chose de gracieux dans l'éternité. Le décès ne fait naître que l'idée d'une peine causée par la séparation des choses auxquelles on étoit attaché ; mais la mort présente quelque chose de laid et d'affi^eiix. (Gr.)
Le trépas est donc le passage de cette vie à une. autre vie, le grand passage. La mort est l'extinction de la vie, la perte