‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 93 sur 494 · LIMON, FANGE, BOUE, BOURBE, CHOTTE · texte numérisé non relu

LIMON, FANGE, BOUE, BOURBE, CHOTTE

Ces termes désignent également une terre imbibée d'eau, mais non de la même manière.

Le limon est propiement une terre délajée, entraînée, et enfin déposée par les eaux. Les rivières charrient et déposent du limon. Le timon rend l'eau trouble ; la liqueur rassise , le limon reste au fond. Le limon se pétrit : nous sommes tous pétris du même limon , du limon dont Adam fixt formé. Ce mot s'emploie noblement, au figuré, pour exprimer notre origine.

La nature vous a forme' D'un limon moins grossier que le limon vulgaire.

Madame Deshoulièhes.

La fange est une terre très-délayée , prestjue liquide, plus étalée que profonde , et assez claire. Ce qui est fange dans les campagnes, est boue dans les villes, c'est-ài-dire , plus épais, plus sale , plus noir. M. de Voltaire ne suppose que de la fange dans les sillons des champs.

Dans les sillons fangeux de la campagne liumi'<ïe. Le roi marche incertain , sans escorte et sans guidé.

Boue renchérit sur fange ; et c'est pourquoi Port-Royal dit, il m'a tirti d'un abîme de fange et de boue. L'homme bas rampe dans la fange : l'animal immonde se vautre dans la bou^. L'homme d'une très -basse origine est né dans la fange i 1 homme vil par ses' mœurs est une âme de bout.,

8o LISIERE.

La boue est une teiTe détrempée plus ou moins épaisse, sale, noire et puante, telle que celle qui s'amasse dans les rues des villes après la pluie. En fait de bassesse > il n'y a rien' audessous de la boue. On traîne dans la 6oue celui qu'on tvaite avec la dernière ignominie. Celui qui passe- d'un état élevé ou honoré à un état vil et mépi-isé , tombe dans la boue.

La bourbe est une boue profonde, entassée, très-épaisse, telle que celle qui se forme dans les eaux croupissantes , les étangs, les marais , ou qu'on laisse amonceler dans les campagnes : on y enfonce , on n'y sauroit marcher, on ne s'en tire pas , on s'y embourbe , elle forme un bourbier. Un amas de 6oue s'appelle bourbe ; au figuré, une affaire embarrassée est un bourbier.

La crotte est une terre détrempée, fange ou boue, une pous- •ière liée par les eaux de la pluie , qui rejaillit quand on y marche pesamment , s'attache aux vêtements , à la personne , etc. , et les salit, les tache, les gâte. C'est dans les rues et autres lieux où l'on «narche qu'il y a de la crotte; on s y crotte. C'est la crotte qu'un carrosse , un cheval , font jaillir sur le pauvre passant. (R.)

Limon est le dépôt des eaux courantes.

Bourbe est le dépôt des eaux croupissantes; boue est de la terre détrempée, telle que celle qu'on trouve dans les rues.

Fange est une vraie onomatopée qui peint le bruit que fait le pied sortant de la boue où il s'est empi-eint.

Crotte est moins la cause que l'effet; c'est le verbe crotter qui le fournit, et qui donne l'idée de taclies sales , de portions de boue attachées aux souliers , aux vêtements : on se crotte avec de la boue, et souvent on ne se crotte pas en marchant dans la boue.

Le Nil dépose le limon: c'est au fond des mares d'eau croupissante qu'on trouve de la bourbe. C'est après la pluie qu'on trouve de la boue dans les rues ; sa différence avec fange ne se fait pas sentir : la boue ne devient crotte que lorsqu'elle ai taché ou gâté vos vêtements. (Anon.)

yaS. LISIÈRE , BANDE , BÀHRE.

Ces trois termes peuvent être considérés comme syno- Bjrjtues j car ils désignent une idée gér.érale qui leur est corn--

LISTE. 8i

miine , beaucoup de longueur sur peu de largeur et d'épaisseur ; mais ils sont difiei-enciés par des idées accessoires. La lisière est une longueur sur peu de largeur , prise ou levée sur les extrémités d'une pièce ou d'un tout. La bande est une longueur sur peu de largeur et d'épaisseur, qui est prise dans la pièce, ou même n'en a jamais fait partie. La barre- est une pièce , ou même un tout qui a beaucoup de longueur sur peu de largeur, avec quelque épaisseur, et qui peut faire résistance. Ainsi l'on dit la lisière d'une province , d'un drap, d'une toile; une bande de toile, d'étoffe, de papier; une barre de bois ou de fer. {Encijcl. , II, 57.)

^26. LISTE, CATALOGUE, ROLE, NOME:yCLATUrtE , DÉNOMBREMENT.

Liste est une siiite plus ou moins longue de simples et brièves indications , mises ordinairement les unes au-dessous des autres.

Catalogue est un mot grec, qui signifie recensement ou état détaillé. Le catalogue est fait avec un certain ordre, une certaine distribution, un dessein partierdièr , et iricine avec des explications et des éclaircissements. Ce n'est pas une simple liste, il contient plus d'indications; il est même quelquelois raisonné et accompagné de discours. On a fait un ouvrage très-savant sous le titre de Catalogue des Papes. Un catalogue est bien ou mal fait , selon que les indications sont ou ne sont pas justes et suffisantes.

B.ôre, autrefois roole, est Xemotrotulus, rotulum, de la basse latinité, petit rouleau; car on rouloit autrefois ces sortes de listes , comme toutes lés expéditions de justice écrites sur des parchemins collés ou cousus à la suite les uns des autres. On dit le rôle des tailles , le rôle des causes à plaider, le rôle des soldais, le rôle des ouvriers, etc. Ces applications sont d'autant plus convenables , qu'il s'agit d'objets qui roul-ent, pour ainsi dire, ensemble, qui viennent chacun à leur tour, qui sont renfermés dans un certain cercle. Le rôle est une soi'te de registre qui marque le rang, le tour, l'ordre à observer à l'égard des personnes qui soxit engagées dans le même état, assujetties à la même condition , soumises à une règle commune.

Tiotnenclalure signifie manifestation, exposition, dénombrement des noms. Les Romains appeloient uoinenctateursces ^cbs

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