MER
Cependant Ton pouvait direct l'on disait : les marins de la garde, comme l'on peut dire et Ton dit, les marinades équipages de ligne, les marins de l'inscription, parce qu'il s'agît de corps et non plus d'individus. — Un homme a le pied marin, lorsqu'il sait agir, marcher, sans perdre l'équilibre, sur le pont d'un vaisseau et surtout d'un petit navire, malgré les mouvemens les plus violens de tangage et de roulis. — On dit aussi d'un bâtiment, ou même d'un canot, qu'il est ou n'est point marin, selon qu'il se comporte bien ou mal à la mer, surtout dans les gros temps.
MARINE, s, /. Lien principal des relations sociales entre les peuples que sépare l'immensité des mers, et, à ce titre, élément primordial de civilisation ; moyen d'échange des produits des diverses parties du globe, et, par suite, véhicule incessant, tant des explorations des navigateurs, en vue de l'extension du commerce des nations auxquels ils appartiennent, que des perfeclionnemens de l'agriculture et des progrès de l'industrie, de ceux des plus hautes sciences ; tels sont les caractères spéciaux avec lesquels la marine se présente à l'attention des esprits sérieux, ainsi quelle s'est offerte aux méditations de tous les hommes éminens qui ont dirigé les affaires de leur pays, comme formant la base essentielle de la puissance politique des états, non moins que la source de leur prospérité matérielle, comme ayant
MAR
coDstamment exercé, et devant toujours avoir une influence de premier ordre sur leurs destinées.
Si ces vérités ne sauraient être et ne sont point contestées, il s'en faut toutefois beaucoup qu'elles obtiennent la force do conviction nécessaire dans plusieurs des pays dont la situation est telle, que leur bien-être dépend essentiellement, et que leur nationalité même peut dépendre du degré d'intérêt qu'ils attachent à leur marine.
Ainsi, en France, les hommes éclairés ont toujours reconnu, individuellement, qu'en outre de la protection due au commerce maritime, la considération des grands intérêts auxquels le pays est inévitablement appelé éprendre part, exige d'une manière impérieuse l'entretien d'une force navale imposante, et cependant la plus désastreuse parcimonie n'a point cessé, pendant très' long-temps, de disputer à la marine les faibles allocations budgétaires qui lui étaient indispensables pour soutenir les restes de vitalité qui lui étaient laissés. 11 a fallu que des complications notables, que des mauvais vouloirs précurseurs d'hostilités ouvertes se soient manifestés, de plusieurs côtés de l'Europe, et qu'une collision partielle, doù une conflagration générale pouvait sortir, ait été imminente, pour dessiller les yeux sur la portée, sur l'énormité des fautes commises, sur l'espèce de suicide presque consommé, et sur ses déplorables effets.
C'est, malheureusement, que la marine, que ses éventualités, ses conditions de vie et de force réelles, ne sont pas, ne peuvent être assez connues des hommes, dés diverses autres catégories de connaissances, ou même de talens et de capacités, que la forme actuelle de nos institutions politiques appelle à décider sur les questions qui la concernent; et c'est aussi ce qui explique que tel ou tel député, d'ailleurs consciencieux, ait pu s'applaudir d'avoir, dans les discussions du budget de ce département^ conservé à l'État les quelques faibles sommes dont il parvenait à obtenir le retranchement; c'est, enfin, ce qui explique que Ton ait été contraint si longtemps d'user de toutes les ressources dé la politique administrative la plus habile, afin d'arracher, par lambeaux, à des législateurs prévenus, Tallocation la plus mesquine pour un service dont les hommes d'état
d'alors refusaient de comprendre la haute utilité. Maintenant il n'est presque personne qui ne reconnaisse que la France ne peut se passer d'une marine fortement constituée; les événemens qui ont surgi pendant Jessik derniers mois de 1840 ont, comme nousTavons dit plus haut, modifié, d'une manière très notable, sur ce point, les opinions les plus adverses.
Mais il ne suffit pas que la réaction soit vive, il faut, déplus, que ses effets soient durables, que les déterminations à en résulter nesoiontpoint entravées, notam-
ment, par les dissidences au sujet du nouveau système de navigation créé par l'invention des bateaux k v/ipëur, et dont on doit attendre le résultai fnëvitable. selon les uns, fort problématique, selon les autres, d'enlever à nos rivaux la prédominance que, déniais ph assez granA nombre d'années, ils ont acquise sur tes mers.^Xù dire âes premiers, on ne devrait pliis s'attacher qu'à accroître nos ressources en bâtimens à vapeur.de .la pluk grande force, au lieu d'employer les fonds dubudjget a construire et à armer de nouveaux vaisseaux.
En reconnaissant les avantages immenses que pourra présenter l'emploi des bâtimens à vapeur comme instrumens de guerre, surtout si des perfectionnémens, quant au poids des machines, quant à la consommation â'u combustible, et, sous un autre rapport capital, quant à un moyen de transmettre la force d'impulsion du moteur autrement que par un appareil extérieur, s'accomplissaient, on ne saurait admettre que ces tâtiAiens puissent tenir lieu de toute autre force navale, et on doit en conclure que, très longtemps encore, rartillérie formidable des vaisseaux et des frégates restera ïe gage principal des succès dans les combats de mer.
Mais si les vaisseaux, les frégates et les grands balîmens à vapeur qu'on leur adjoindra continueront de représenter, de signaler et de maintenir au dehors là puissance maritime des elats, ils ne constituent pas les élémens, les bases fondamentales de celte puissance. C'est dans les institutions, c'est dans tes forcés d'organisation du personnel, soit administratif, soit militant de là marine d'une nation , c'est surtout dans te degré d'extension de son commerce naviguant^ dans l'importance et le régime économique de ses colonies^ dand Télat progressif de son industrie, dans rapprëciatîon\ enfin, des productions indigènes applical)les k Tapp^ovisionnement de ses arsenaux et de s'a flotte, (^u'il'faut chercher les sources d'une forcé réelle et durable. NoiÀ aborderons plus tard cette étude, en Véclaîrant par un examen attentif des élémens de la même torce navale des divers états de TlEurope, et plus particulièremenl de ceux qui isont réputés comme possédant une mari ne des premier et deuxième ordres ; nous pourrons ^ puiser d'utiles enseignemens. {f^oy, PtissJiNCB ukÀu