IV PRÉFACE
empêchent de dormir, si, paraven ces bonnes phrases de Tolède, si chJ venait à te faire défaut, sitamémoi:
ouvre ce Uvre, tu y trouveras tOQ veras, travaillerais-tu dans le cl ou dans le romanticiue le plus éche'
Si, par hasard, tu fais dans la Berquinade, ou dans le faux t Rousseau, précurseur du sentîme mesque de Sand, tu rencontreras t
Tu le rencontreras encore si tu t littérature de l'empire, à voler avec Jes ailes <le Loysou, ou à décrocher la lyre de Baour ou le mirliton de Népomucène.
. Et toi, jeune avocat, futur Démosthènes, tu n'auras qu'à étenîre la main pour saisir toute une gerbe de 'A vieilles fleurs 3e rhétorique dont les exhalaîsoiis i empestent depuis cinq ou six cents ans le sanctuaire de Thémis.
Tu apprendras comment, eu plaidant la cause de la veuve et de l'orphelin, un avocat qui a de l'ambition ne doit jamais oublier qu'il a toujours sous sa robo l'étoffe d'un député, et que tout député peut devenir itiinistre. Tu apprendras que dans ta position il faut savoir quelquefois, pour préparer sa fortune politique, sacrifier la tête d'un client.
Puisses-tu, ô jeune homme, parler un jour sur une tombe très politique, ton affaire sera faite, heureux mortel 1 " ~"
Ah 1 ai tu pouvais seulement te faire administrer Cayenne ou la Nouvelle-Calédonie pour intempérance de tangage extra-républicain 1 Ah I oui, je te comprends, ce serait trop beau ! Mais tu es si jeune ; pour le
ce recueil, et de puiser
îhés. Le reste viendra
[ui en êtes réduite? au la lecture de ce livre otre sensibilité. Voua ' de sentiments tout , taille de toutes les
tu professorat, méditezinent la base de cette jour le plus bel ornement.
Halte-là !... me dira-t-on : ceci sent quelque peu le boniment. Pourquoi pas? Qui donc a la prétention de ne pas taper plus ou moins sur le ventre de la frrosse caisse, à moins qu'un autre se charge pour lui de ce soin ?
Mon excuse est que je ne suis pas fabricant,je ne suis qu'un simple dêpositaire.,qu$]4U£-i4tuiS6Comn){;.lc ftiirant d'une Belle-Jardinièra de fleurs de rhétorique, ilcurs plantées, les unes par quelques" hommes supê^ rieurs, les autres par beaucoup d'imbéciles.
DBS
« Il est des lieux commuRS, et cependant fort beaux ,
« Qui depuis deux mille ans semblent toujours nouveaux.
(Coin«t. L'/irt de diner en vUlet ebrat 111.)
Nk sjIlVoîr ni a NT B. — Vieille locution qui signifie être très ignorant. Cela n'empêche pas de faire fortune.., au contraire. Quand l'ignorant est doublé d*un imbécile, il a beaucoup de chance de réussite dans tout ce qu'il entreprend.
« Oultre qu'il ne savait ni à ni b, comme on dit. »
(De Gaufreteau. Chronique bordelaise f t. II. p- 1611.)
a Ci-dessous ^t monsieur Tabbé « Qui ne savait ni a ni b. »
(Ménage, Poésies.)
4c Et je veux, si jamais on engage ma foi, « Un mari qui n'ait pas d'autre livre que moi, tt Qui ne sacne a ne b, n'en déplaise à Madame. » (Molière. I^ Femmes savantes^ acte V, se* ir.)
Abâtardissement. Abatabdissement des peuples. — Le résultat d'une certaine politique chez certains gouvernements pour lesquels l'opium, l'absinthe ou la démoralisation sont un instrumentum regni.
Abolition. L'abolition de l'esclavage est la plus belle conquête de la cwilisaHon moderne. — Belle phrase à effet sous la ptume d*un publiciste, qui ne partage pas l'opinion de Montesquieu sur les nègres. Des goûts et des couleurs il ne faut disputer.
Abrf. La religion offre un ahri tuiélaire aux malheureux, — On voit des malheureux se jeter dans les bras de la religion pour j chercher un abri, comme d'autres se {i^cipilent dans les bras de la Seine pour y trouver la mort.
A Vabri de ^adversité. — Tous les parapluies contre Tadversité mis à la disposition du public par les philosophes n'abritent personne. .
c Car qui peut s'assurer d*ètre toujours heureux. »
(La FonUine. £« lÀêert et tti Perdrix.)
A l'heure de l'adversité, ces mêmes philosophes crient plus fort que les autres ; Us crient deux fois plus fort : une fois comme hommes, une fois comme pliilosophes.
Absinthe. La vie est mêlée de nUel et d'absinthe. — Pour la majorité, de beaucoup trop d'absinthe et de pas assez de miel. Si le sujet prêtait à la plaisanterie, j'sgouterais que c'est la raison pour laquelle on compte tant d'ivrognes.
«L*absinthe est une liqueur d'autant plus dangereuse quMne fois qu^on s'y est adonné on ne peut plus s*en passer. )> {Propos de Geronte.)
Abstenir. Bans le doute abstiens-toi. ^ Et la variante introduite par les amis de la muse verte : Dans le doute absinthe-toi.
Le conseil de s'abstenir dans le doute remonte au temps de Zoroastre; on le trouve dans son Zend-Avesta, Cicéron l'a traduit par : quod dubites non feceris.
AccLikMATioN. Loi votée par acclamation. ^ £t «,n avant la musique de Chambre ! Heureux le ministre qui peut faire voter une loi par acclamation ! U e.st à peu près sûr de conserver encore un mois son portefeuille , le temps de voir promulguer la loi.
Acclamation du peuple, — Sous l'Empire , ce cpie les journaux appelaient acclamation du peuple n'était autre que l'acclamation de quelques braillards en blouses blanches à la solde de la police. Depuis, une demidouzaine de voyous ont remplacé les blouses blanches.
Acclamer. Le souverain sur tout son parcours a été acclamé par la foule dont Venthousiasme ne connaissait pas de bornes, ~ (Langage des journaux officieux.) L'enthousiasme de la foule est alimenté par une douzaine de polissons dont dix au moins émargent à la rue de Jérusalem.
Accomplissement. Le plaisir qu'il trouve dans l'accomplissement du devoir est la plus belle récompense d'un cœvi honnête. — Phrase à conserver pour la placer un jour de distribution de prix de vertu à l'Académie française. C'est une de ces phrases qui ne se perdront jamais.
Accord. L'accord des partis est impossible en "France. — Je crois bien, dans un pays où chaque parti prétend conduire Torchestre I Et c*est toujours le pauvre peuple qui danse.
AcccsÉ. La défense de l'accusé est sacrée. — Belle parole d'un avocat, laquelle s'est perpétuée d'âge en âge.
« Accusé, levez-vous ! » Injonction présidentielle qui se répercute chaque jour, plusieurs fois, sous les voûtes du temple de Thémis.
AciEH. Homicide acier. — Un homicide acier a tranché le fil de ses jours, — Il faut remonter jusqu'aux écrivains d'avant 1830 pour rencontrer encore des exemples do l'homicide acier et ses suites.
4c J'ai senti tout à coup un homicide acier
« Que le traître en mon sein a plongé tout entier. »
(Racine. Athalie.)
Aujourd'hui l'on ne permet plus ces choses-là, à moins de vouloir se faire enfermer à Gharenton, section des gâteux.
Acquitter.
« Oui, messieurs, impénétrables à tous les bruits du dehor», n'écoutant que votre conscience , vous acquitterez l'accusé parce que vous êtes la plus haute expression de la justice humaine. »
{Péroraison de Vaooeat défendant la tête d'un affreux coquin qui a fait de» essais anatomiques sur sa victime.)
Acteur. Cet acteur dont le rôle effacé n'a pas moins produit le plu» grand effet, — Phrase où l'on voit que l'acteur et le journaliste sont dans les meilleurs termes et font la partie de billard ensemble au café.
Il y a des gens qui ont la camaraderie terrible, et qui cherchent à persuader qu'on peut produire au théâtre le plus grand effet rien qu'en disant : « La voiture de madame la comtesse est attelée,» ou encore: « Le dîner de madame la marquise est servi. » Surtout ne pas se tromper et ne pas dire : a Madame la comtesse est attelée. »
€ Pour former dés acteurs, il faut des écrivains. »
(Dorât, i^ Comédie, Chant IL)
Activité. AcHmté dévorante. — Accouplement ministériel dû à un certain Ghevandier de Yaldrûme, un des derniers ministres du second Empire.
AcTOALiTÉ. L'actualitéj cette nourriture de la presse périodique. — Sous le nom d'actualités, que de vieilleries l'on réimprime chaque jour, que de vieilleries l'on fait avaler au lecteur.
Danton s'écriait : « de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace ! » Aujourd'hui le cri de nos rédacteurs en chef est : de l'actualité , encore de l'actualité , toujours de l'actualité !
— Mais quand il n'y en a pas ? - On en invente.
A la porte de chaque bureau de rédaction de journal devrait être écrit ce vers de la Clyméne de La Fontaine :
« Il me faut du nouveau n*en fût-il plus au monde. »
Adieu. Adietix touchants. — Adieux déchirants.
«Adieu ! noble cœur dont le passage fut trop court sur cette terre semée d'écueils, adieu! nous nous retrouverons dans un monde meilleur. » (Paroles qu*on prononce sur la tombe d*un ami.)
Administration. Vadministration éclairée. — Ne jamais oublier d'accoler cette épithète au substantif administration quand on écrit dans un journal officieux. Les subventions tiennent à si peu de chose ! Inutile d'ajouter que ce conseil ne s'adresse qu'aux apprentis journalistes.
Notre administration que l'Europe nous envie. — Vraiment, il n'y a pas de quoi, disent les gens grincheux. - Trop de lenteur, trop de guichets , et trop de sans-géne de la part des employés.
Admirateur.
« Admirateur passionné de tout ce qui est beau, ce n'est pas sans une profonde émotion qu'il m*a été permis de contempler la vue de tant de charmes unis à tant de grâces. »
(Pour faire suite au Parfait secrétaire des amants.)
Cette phrase, ou toute autre de la même bêtise, accompagnée de quelques promesses sérieuses, est d'une grande portée auprèsdes demoiselles de magasin sensibles à la perspective d'un petit présent; parce que les petits présents eulretieniicnl et l'amitié et les femmes... qui ne sont pas trop exigeantes.
Adonis. Mon bel Adonis. — 11 n'y a qu'une vieille douais rière du vieux faubourg Saint-Germain qui soit capable
d*appeler son amant : « MonbelAdonis, »en lui passant Ja main dans les cheveux.
(RéminUcence mythologique^)
Adoucir. Adoucir les contours, — Quand on annonce à un mari qu'il est trompé, on doit chercher à adoucir les contours. Quand on annonce à quelqu'un que sa position est désespérée, on doit chercher également à adoucir les contours. 11 y a même des gens si bien élevés qu'ils n'empruntent jamais d'argent sans adoucir les contours de leurs demandes.
Adversaibe. Adversaire courtois. — Soit à la tribune, soit à la barre, soit dans une polémique, l'adversaire courtois tomjbera son homme à grands renforts de périodes ronflantes et du meilleur goût, saupoudrées d un peu de sel attique. Sur le terrain, sa mise sera correcte, son maintien grave, ses gestes seront sobres et ses gants gris foncés. Il donnera ou recevra courtoisement un coup d'épée dont il guérira ou mourra selon les règles de la courtoisie et du manuel du bon ton.
Adversité. Supporter dàgnerrient les coups de Vadversité. — Il y a des gens qui supportent deux cents livres d'adversité sans broncher, d'autres qui ne peuvent pas en f>orter vingt livres. — En général, ceux qui supportent e plus dignement les coups de l'adversité posent toujours un peu pour la galerie, et se font d'autant plus Slaindre qu'ils ont l'air de ne pas se plaindre. Il y en a 'autres qui, après avoir joui pendant vingt ans de cent mille livres de rente, crient sur les toits qu'ils supportent dignement les coups de l'adversité, le jour où leur budget est réduit de 50 %. Nous avons connu un original qui, ayant perdu sa belle-mère , prétendait qu'il supportait dignement les coups de l'adversité.
a C'est dans l'adversité qu'on connaît les amis. ^
(Euripide. Hécube, acte V, se. m.)
c Dans le besoin on reconnaît quel est Tami. >
(Jean Bodel. Le Jeu de Saint-Nicolas, 1260.)
L'adversité est l'école des grands hommes. — Dans le nombre il y en a qui meurent tellement de faim qu'ils • n'en reviennent pas et disparaissent grands hommes incompris.
> C'est la destinée des hommes de génie de s mesurer avec l'adversité. »
(Tchang-Koue-Pin. ikz Tunique confrontée, acte I, 8Ç. m, traduc* tiOD da chinois par Bazin aîné.)
Aérien. Navire aéinen. Monstre aérien. Ballon. — On prétend que, dans un temps à venir, on voyagera en ballon comme on voyage en chemin de fer. A cette époque, tous les caissiers auront des ballons à eux pour parer aux événements, et les banqueroutiers, au lieu de prendre la route de Belgique, prendront le chemin de la lune. Alors Texpression fuire des trous à la lune, ne sera plus un vain trope. Le navire aérien a été mis dans la circulation par M. Nadaud qui est bien capable de ravoir imaginé.
Affaires. Les affaires sont les affaires. Les affaires vont mal, — Rengaine de tous ceux qui de près ou de loin touchent au commerce, depuis le plus petit boutiquier jusqu'aux princes de la fînance. En avez-vous jamais entendu un seul ne pas se plaindre de ce que les affaires allaient mal? Us ont tous peur qu'on fasse appel à leur bourse.
Quand on est dans les affaires , on ne s'a]^rtient pas. Rengaine à l'usage des commerçants qui, arrivent en retard à un rendez-vou&, oi| qui n'y arrivent pas du tout.
Affluer. Les curieux affluent autour de la table des pièces à conviction.
(Compte rendu des journaux judiciaires.)
C'est ordinairement pendant une suspension d'audience que ce bon public se paye le spectacle des viscères de la victime et se repaît de la vue des « fers homicides. » Il faut bien, pendant les entr'actcs, entretenir un peu les émotions qu'on est venu chercher en Cour d'assises. Bon public!
ApE. — Quel h^l âge! disent les vieillards parlant des enfants ou des adolescents, tandis que ces derniers trouvent que leur âge commencera à n'être beau que lorsqu'ils en auront uni avec l'école ou le collège.
c Quinze ans!... Thémire, 6 le bel âje I « Des doux plaisirs c'est la saison. »
(Maréchal. L'Age peur r amour ^ chans.)
Chaque âge a ses plaisirs.
Titre et refrain d'une chanson de J. Lagarde :
« Pourquoi g-émir lorsque nous vieillissons ? « Il est des fleurs pour tous les âges.
« Rappelons-nous, malgré de vains désirs, tt Que tour à tour, chaque âge a ses plaisirs. »
Agriculture. L'agriculture manque de bras, — Connaissezvous un seul Prudhomme qui, chaque fois qu'il est
question d'agrîculturt, ne vous lance pas cette phrase à la tête? Tenez-vous pour heureux et quitte à bon marché, s'il n'entreprend pas une diatribe sur la domesticité envahissante. « Monsieur, s'écriera-t-il, tous ces grands gaillards, tous ces fainéants qui désertent la charrue pour grimper derrière nos carrosses, voilà une des plaies du siècle. » Et pourquoi donc aussi avez-vous des carrosses , Monsieur Pmdhomme?
Aigle. L'aigle de Meaux. — C'est-à-dire Bossuet dans le
style métaphorique comme Fénelon est le cygne de
Cambrai ou encore le doux Fénelon, comme Virgile
est le cygne de MantoueetRossini le cygne de Pezzarre.
Que de cygnes pour un aigle !
« L*aigle d'une maison n*e8t qu'un sot dans une autre. »
(Gresset. Le Méthant, ac. V, se. th.)
Aiguillon. Le9 aiguillons de la gloire, — Très à la mode sous le premier Empire, à une époque où Ton était aiguillonné par lesappas de la gloire, comme de nos jours oh est aiguillonné par l'appât du^gajja^ Alors les fennp3tp,s . aimaient la gloire eflesTronimes voulaient être glorieux; aujourd'hui, elles oréfèrent J'axgent, et les hommes aussi... pour leur Taire plaisir.
Aiguiser. Aiguiser l'appétit. Il y a des rémouleurs d'appétit comme il y a des rémouleurs de couteaux. Ce sont les fabricants d*apéritifs. Les pauvres gens ont toujours l'appétit aiguisé, un appétit tranchant comme un couteau de boucher, parce que la plupart du temps ils se serrent le ventre et que, le reste, ils dansent devant le buffet.
Ailes. Les Ailes de la Renommée, — Métaphore mythologique peu en usage aujourd'hui et remplacée par la trompette de la renommée.
LesaUesdu Temps sont moins démodées. Chez certains faiseurs de livres, on fuit encore sur les ailes du Temps, tandis que les écrivains relis^ieux mettent leurs lecteurs sous l'aile du Seigneur. Chez quelques bourgeois arriérés la Renommée avec sa trompette , le Temps avec ses ailes et sa faux, figurent encore en bronze ou en pseudo-bronze comme sujets de pendule. Très peu appréciés à l'hôtel Drouot.
Aimer.
« Aimez qu'on vous conseille et non pas qu'on vous loue. »
(Boilcau.)
Et la variante non moins consue :
X Aimez qu'on vous conseille et non pas qu'on vous floue. •»
Pour les philosophes, T. Corneille a dit dans l'Inconmi :
<c Quand on n'a pas ce que Ton aime, « 11 faut aimer ce que l'on a. »
Plus je te- vois, plus je t'aime.
<c Quand je t'ai dit que mon amour, « Pour toi, Lisis, était extrême « Je t'abusais : de jour en jour «c Plus je te vois et plus je t'aime. »
{Chansofis choisies. 1783.)
Tout le monde connaît, la belle variante de Gavarni :
« Plus je le vois, plus je t'aime. »
Adressée à son jeune amant par une femme à la tête de deux commanditaires, un jeune et un vieux.
Je n'aimerai jamais que vous au monde.
(Style du Parfait secrétaire des amants.)
« Souvenez- VOUS que je vous aime, que je n'aimerai jamais que vous au monde. »
( Oumanoir et d'Ennery. La Paysanne pervertie, acte IV, se. iv.)
a II est si doux d'être aimé pour soi-même. »
(Beaumarchais. Le Barbier de Séville.)
Air.
Air embaumé de la brise du soir.
Air embaumé du parfum des fleurs.
Air embaumé de suaves parfums.
c Je ne les verrai plus ces riants paysages, « Ces coteaux couronnés d'ombrages, « Où du parfum des fleurs tout l'air est embaumé. »
(De Bonnard. Poésies.)
Airain. — Ce métal (classique) était encore énormément travaillé par les poètes et les littérateurs consciencieux du commencement du siècle. Ils ont battu et rebattu : le cœur d'airain, graver sur l'airain, l'airain résonne, plus durable que l'airain, l'airain tonne, les sons lugubres de Vairain, tous plus ou moins renouvelés des Grecs et des Romains:
« Le tamboui bat et l'airain tonne. »
(Dorât. Les Baisers.)
€ L'airain contre l'airain tonnant avec fracas. »
(Gilbert. Odes.)
c J'entends Fairain pieux, dont les sons éclatants « Appellent la prière et divisent le temps. »
(Euoéuard. La Navigation, chant Yl.) *
« Pourquoi donc le son de Tairain a-t-il pris quelque chose de si lugubre ? »
(M-« Cottin. Claire d'Albe.)
« En vain la voix prophétique de Tairain leur annonce rapproche de Téternité. »
(X. de Maistre. Voyage autour de ma chambre,)
Cœur d'airain,
* Attendez.... mais comment, avec un cœur d*airain, « Refuser un billet endossé de ma main ? »
(RegDard.Z« Jouew^ acte II, se. ht.)
■ Rien ne touche son cœur d'airain. »
, (Bernis. Poésies diverses,)
il Tous les cœurs sont d*airain... »
(Gilbert. Qtusrts d'heure de misanthropie.)
« n est donc vrai (iu*il y a des cœurs d*airain que le temps ne peut amollir. »
(Empis. Julie, acte I, le. vi. ~ 1837.)
A.isAN'CE. Une honnête aisance. — C*est Yaurea mediocritas d'Horace. Le gredin, qui a su se soustraire au coun*oux des lois, mettre le masque de Tartufe, en imposer à ses amis et connaissances, peut passer pour jouir d'une honnête aisance, 8*il se contente d'une dizaine de m ille francs de rente mal acquis. — Par une heureuse interprétation de ces moû, un filou notoire, retiré des affaires avec une certaine fortune, peut afQrmer qu'il
Ï possède une honnête aisance, s'il entend honnête dans e sens de modeste et chacun sait que chacun comprend rhonnêtelé à sa manière.
« Le produit de son labeur procurait une honnête ai* sance au ménage. »
(Gaulois du 39 août 1878.)
Affection. Dégagé des affections terrestres.
« Il est un dernier asile où l'on se retrouve après la vie, où les âmes, dégagées des affections terrestres, s'ouvrent à des jouissances plus pures. »
{Procès de Descoutures , jaw, iSfl^Déf, de M* Mauguin.)
Alabme. jeter l'alarme dans les cœurs, scuer l'alarme. Très bien porté de nos jours. On jette l'alarme dans le cœur d'un avare à qui l'on demande vingt francs. — On sème l'alarme dans le cœur de certaines femmes en disparaissant la veille du terme.
Albâtre. — Shakespeare a dit: « Plus pflle que Talbêtre des tombeaux, » et une nuée de vautours littéraires se sont jetés sur l'albâtre pour en couvrir les épaules des hé ruines de leurs romans. De là, Valbdtre de son cou, ses
seins d'albâtre. Plût au ciel qa*ils s'en fussent tenus à l'albâtre, mais voici les innovateurs qui ont plongé au fond des mers d'où ils sont sortis avec le coi^ail des lèvres et les dents de perle; voici les chasseurs d'éléphants munis des dents d'ivoire et du cou plus blanc que l'ivoire ; les jardiniers avec leur teint de Us et de rose, la bouche fraiche comme une grenade entr'ouverte, la taille souple comme une liane, le duvet de la pêche qui Couvre les joues; les joailliers avec leur assortiment d'yeux qui brillent comme des escarboucles ; les dessinateurs avec leurs lèvres ombragées d'un léger duvet et leurs nuages qui estompent le ciel ; les naturalistes avec leurs cheveux plus noirs que l'aile du corbeau;\es voyageurs rapportant de l'Orient les pieds de Chinoise, le regard langoureux des Odalisques; et les archaïques avec leurs profils grecs, leurs profils de camée. Tous les mondes, tous les éléments ont été mis à contribution pour dire qu*une femme avait les cheveux noirs, la taille One, les pieds petits, les dents blanches, la bouche appétissante, le regard tendre, les yeux vifs, ce qui est cent fois plus facile et cent fois plus clair.
Voici un modèle du genre :
« Je vis de ses beaux flancs l'albâtre ardent et pur,
« Lis, ébène, corail, roses, veines d'azur. *
(André Chénier. Elégies.)
c< Au mois de la récolte je descendrai vers ton col d'albâtre, et j'y moissonnerai tous les lis dont il est semé. »
(Dorât. Imitations de poètes latins, Caralier Marin.)
Albion. La perfide Albion. — L'Angleterre ainsi baptisée par nous sous le premier Empire et qui devint notre'alliée sous le second. Logique des gouvernements impériaux. E. Parny n'appelle jamais FAngleterre « qu* Albion. »
Aléa. — Akajacta est: Le sort en est jeté. Paroles mémorables de César au passage du Rubicon, et renouvelées des Grecs. Un des clichés dont on a le plus abusé en politique. Il est même des gens parmi ceux qui ont fait un peu leurs classes qui ne peuvent pas arrêter une nouvelle domestique sans accompagnement de Valea jacta est. Les campagnards traduisent volontiers : Le lait est dans la jatte.
c Chez les Grecs, les sorts estoient le plus souvent des espèces de dcz sur lesquels estoient gravez quelques caractères ou quelques mots dont on allait chercher l'cxplicatlon dans des tables faites exprès. »
(PontettèUc. Hist. des Oracles.)
DES LTEUX COMMUNS. Il
Ordinairement on jetait soi-même les dés; d'où l'expression usitée chez ies Grecs : Le sort en est jeté, aîea jacta est des Romains.
Aliment. Aliment de l'esprit. — Heureuses les productions littéraires dignes de ce surnom. Pour une denrée de ce genre saine et réconfortante comme un bon roastbeaf, combien de viandes coriaces, mal apprêtées et d'une digestion difficile, sans compter les viandes faisandées et les viandes trychineuses !
Allumer. Allumer un brasier dans le cœur. — Le très indifférent Hippolyte avait allumé un brasier dans le cœur de la très inflammable Phèdre. Celui qui, de nus jours,en allumerait un pareil dansles trois mondes connus, à savoir: le grand monde, le monde de tout le monde et le demi-monde ; celui-là pourrait se flatter d'être un ce rude lapin » comme a dit Gavarni.
« Crains qu'il n'allume dans ton cœur, € Ces feux dont tu me fais un ciiine. »
(Parny. Poésies méiées.)
Allumer le feu des passions.
« Descoutures combla' les distances par la correspondance la plus propre à allumer dans le cœur de la jeune Anna tout le feu des passions. »
{Procès de Descoutures, 18f7. Plaidoirie de M* Henncquin.)
Altérer. Altérer la vérité. — La Vérité, la déesse à qui l'on fait manger le plus d'épices. Elle est tellement altérée que c'est pour cela, prétend Alphonse Karr, qu'elle est représentée sortant d'un puits.
Ame. — « J'ai pas mal disséqué de cadavres, disait un illustre chirurgien et je n'ai jamais pu découvrir l'âme. » L'âme, un mot qui a rendu de grands services à la poésie.
« Pourquoi le ciel ne lui a-t-il pas donné une dme qui comprît la sienne. »
(Sophie Gay. Un mariage sous l'Empire, 183*.)
« La rage concentrée qui dictait ces mots trahissait assez le sentiment qui remplissait Tâme d'Àdhémar. »
(Idem, idem,)
« Nos deux âmes confondues ensemble. y>
(M-oCottin. Âfalvina.)
« Son âme, confondue dans celle de son amant, nago dans un torrent de volupté. »
(Idem, idem.)
« Songpz que nos âmes se réuniront dans ce séjour im
iî DICTIONNAIRE
mortel, où Tamour, aussi pur qu*immuable / est à jamais sans trouble et sans inquiétude. »
(M"« de Genlis. Pétrarque et Laure,)
Régner sur l'dme.
« Jeune fille aux yeux aoirs, tu règnes sur mon âme. »
(Betourné. La jeune fille aux yeux noirs.)
« Vous seule vous régnez sur mon âme. »
(Hoffknann. Le Boman d'une heure, scène n. — Î9QS,)
Disposer l'Ame à la rêverie.
« Nous arrivâmes à Unterseen, et> le bruit de PÀar, qui tombe en cascades autour de cette petite ville, disposait l'âme à des impressions rêveuses. »
(M"" de Staël. VAHemagne, tome I, ch. xx.)
Aller à l'âme,
« L'organe le plus beau privé de cette flamme, c Forme un stérile bruit qui ne va pas à l'âme. •
(Dorai. L'Opéra, chant III.)
En poésie, âme rime toujours à flamme, c'est fatal et traaitionneL
Ame de ma vie.
« Toi pour qui j*ai tout fait, toi l'âme de ma vie. »
(Voltaire. Alxire, acte II, ac. m.)
Idole de mon âme.
« moitié de moi-même ! idole de mon âme ! »
(Idem, acte III, se it.)
Et dans Topera de Guillaume Tell :
« Matbilde I idole de mon âme ! »
A-Mi. Entre amis tout doit être commun. — Cette pensée, tirée d'un fragment du Myconien de Gratinus, a été depuis partagée par tous les amis qui... n*ontrien.
Amitié.
(( L*amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux. »
Un vers que Corneille à mis dans Cinna et que, chaque jour, les courtisans répètent aux plus petits des roitelets. Quand Talma disait ce vers, si Napoléon était au théâtre, Tacteur se tournait toujours vers le souverain : solennelle flagornerie.
AMORCES. Amorces du plaisir. — Les beaux yeux d'une jolie femme, amorces pour Thomme à tempérament amoureux ; une poularde truffée , amorce pour le gourmand ; — la perspective d'un bout de ruban , amorce pour Tambitieux ; — une consultation de médecins, "«.morce pour les héritiers ; — un riche héritier, amorce
DES LIEUX COMMUNS. i'^
pour les demoiselles à marier. L'humanité passe sa vie à être amorcée. 11 n'y a pas jusqu'à l'idée d'une vie éternelle qui ne soit une amorce pour le moribond.-
Amour. — Le mot qui a été le plus prononcé depuis la création du monde, la chose qui empêche le monde de Unir, le mouvement perpétuel.
tt Mais cet amour que tu m'as inspiréi cet amour qui fait le charme de ma vie... cet amour no trouvera-t-il pas un écho dans ton cœur. » '
(F. Cornu et H. Anger. Pauvre mère, 1837. )
Étemel amour.
« C'est marquer plus que de la froideur pour une femme à qui vous avez jure devant Dieu un éternel amour. »
hoirie, Carmoticbe et Ponjol. Les deux forçetts, acte II, scène t. — 48S2. )
Couronner Vamour,
c Je vous aime depuis longtemps, vous le savez^ et vous couronnez un amour qui est né le premier jour où j'ai eu le plaisir de vous voir. >
( Hoffmann. Le Roman d^une heurCf scène xvi.)
« « Voilà le moment de voir couronner mon amour. »
(Yalory et Maurice Alhoy. La belle limonadièret acte 111 , scène uv. — 1839.)
Folâtres amours,
« VcdiA vous plaisez aii.v jeux de ce berger de seine, « De ca g-alant bercer en qui ftirent toujours « Avec les jeunes ris les folâtres amours. »
(Segrais. Églogues.)
L'amour ni il prêté ses ailes. — Ce que disent les amoureux qui volent dans les bras de leurs amoureuses.
« Et j'y seiais encor dans des peines mortelles, « Si l'amour pour vous voir ne m'eût prêté ses ailes. »
( Kegnard. Le Joueur, acte II, scène it.)
L'amour embellit tout.
(Adam de la Halle. Le Jeu d'Adam, scène d'Adam et de Riquier, ziij* siècle.)
« Ah ! que l'amour est agréable « II est de toutes les saisons. >
Ce sont les deux premiers vers d'une chanson très appréciée de nos pères : La barque à Caron.
Selon Parny, qui s'y connaissait, l'amour n'a qu'un temps.
« C'est quand on est jeune et jolie, • « Qu'il faut aimer. »*
( Jl faut aimer» )
AlkoDR-PROPBE. — J'ai lu au bas d'un dessin de... Grévin,
I \ MCTIONNAIRE
je crois, cette pensée : « L*amour-propre ! Est-ce qu'il y en a un autre qui ne l'est pas ? »
• La nour-propre offensé ne pardonne jamais. »
(E.Lebrun. Epitres.)
Et voyez comme les beaux esprits se rencontronl : « L*amour-propre offensé ne pardonne jamais. »
(Tigée. Les Aveux, scène rii.)
Amoureux. Amouretuc des Muses, amant des neuf sœurs . — S'il en existe encore parmi ceux qu'on cjualiflait jadis de ce litre , ils doivent joliment soupirer à saint.- Perrine :
« Amants des muses, pauvres diables
« Qui courez à la gloire au milieu des sifllcls. »
(Dorât. Epitres, 1. II. )
Amphitryon.
« Le véritable amphitryon
« Est l'amphitryon où 1 on dîne. »
( Molière. Ampkitryùn,
Voulez-vous mériter le beau nom d'Amphitryon ? Que votre table soit toujours ouverte à vos amis et même ù vos ennemis, que la chère soit exquise, les vins purement authentiques , le service silencieux, les liqueurs hoi*s ligne, le café merveilleux, les cigares exceptionnclîji. Semez de temps en temps , avec à-propos , quelques louis dans la poche de vos convives , allez jusqu'au billet de mille dans les grandes circonstances, et gardezvous bien , non seulement de jamais redemander votre argent, mais encore de jamais faire la moindre allusion aux services que vous aurez rendus.
Analyse. L'analyse des intestins confiée au docteur X*** a signalé la présence du poison, — Ainsi s'expriment les journaux judiciaires lorsqu'il s'agit d'une expertise à la suite d'un empoisonnement. — Devant lejury, les docteurs se battent à coups de citations sur le dos du défunt. ^ « Il n'y avait pas de poison, dit le docteur Blanc; il y en avait, prétend le docteur Noir. — Les intestins en ont fourni 1^2 milligramme. — Voulez-vous que j'en trouve 40 milligrammes dans le fauteuil de M. le président? -^ Voyez Trousseau! — Voyez Orfila! — Voyez Velpeau! — Voyez Cullerierl » — Le soir, si le hasard vous conduit près d'un cabaret à la mode, vous verrez les docteurs Bianc et Noir assis béatement devant une table en train de savourer un chaufroi de perdrix, ce qui est le dernier mot de la science... culinan^e.
Analyser. Analyser ses sensations. — Depuis la découverte de la vapeur et la propagation des chemins de fer, bien peu de gens ont le temps d'analyser leurs sensations. D'ailleurs, on a si peu de sensations ; on a des besoins que Ton satisfait plus ou moins, selon que les moyens le permettent plus ou moins.
Anacréon. L'Anacréon moderne. — Lui a-t-on assez donné de TAnacréon moderne à Béran^er, quand on ne l'appelait point le chantre populaire!
« Cet Anacréon moderne apprit h lire dans une imprimerie. »
(Chronique indiscrète du XIX' iiêele.)
Aujourd'hui le chantre populaire n'est plus Kuère goûté que de quelques bourgeois en goguette. La jeune phalange républicame ne se pnve pas de l'appeler « faux Donhomme. » Quelle belle occasion pour nous de placer ici le sic transit gloria mundi,
A>xaE. Ancre de salut. — L'apparition d'un commanditaire sérieux est une ancre de salut pour le négociant dont la barque va s'engloutir dans les eaux de la faillite. Une pièce de dix sous, pour celui qui meurt de faim, est une ancre de salut ; pour un souverain, la guerre est quelquefois une ancre de salut.
Ange. Mon bel ange 1 ange aux blanches ailes I Ange
__ première heure. Mais le lendemain, l'ange ,,
démon 9 une gourgandine. C'est qu'en vingt-quatre heures — une moyenne — a été comblée la distance qui sépare une illusion d'une réalité.
4L Et Virnnie, voyant la mort inévitable, posa une main sur ses habits, Fautre sur son cœur, et, levant en haut des yeux sereins, parut un ange qui prend son vol vers les cieux. »
(Bernardin de Saint-Pierre. Paul et Virginie.)
« Non, ce n*e8t point une mortelle I c'est un ange descendu du ciel pour captiver la terre. »
(Dncray-Dttnifnil. Petit-Jacques et Ge&rgette.)
« Marie s'offrit à mes regards, non plus comme la coiripagne de mes premiers jours, mais comme Tange qui devait me consoler de mes peines. >
(F. Coma et H. Aogcr. Pauvre mère.)
u C'est un anse de phis au ciel. » — « Dieu nous Ta prise, il avait besoin (Tun ange de plus au ciel. »
{J^Utérature de cimetière,)
te ^ DICTIONNAIRE
Joli comme un ange.
« Deux enfants, jolis comme des anges, et bien pointants comme des paysans, avaient dès lors doublé cette heureuse famille. »
(Ch. Nodier. Souoenirs de jeunes^,)
ANIMAUX. Le roi des animaux. — Le lion, à ce que prétend cet autre « animal à deux pieds, sans plumes, » qu'on . appelle Thomme et qui s'est modestement intitulé : le roi de la création. Quelques-uns se sont môme crus des dieux^ plus que des dieux :
« Le sanff des martyrs nous inonde,
« La vieille Europe est toute en feu ;
t Qui donc pourra sauver le monde ?
« Lhomme ! l'homme est plus grand que Dieu I »
a chanté un poète inconnu, mort, à l'hôpital, de faim, de haine et d'envie à la suite d'une insolation poétique.
xVnneau. — A joué et joue encore, avec le portrait de fna mère, la croix de ma mère, un grand rôle dans les mélodrames où il contribue au dénouement.
« Sawt Jean. — Mais avant de mourir peut-être, il m*a dit de venir vous chercher... et m'a remis cet anneau, pour que vous n'hésitiez pas à me suivre. »
« Jeanne. — Cet anneau, oui, c'est bien le sien !... Et Yvon est en danger... Où le retrouver? Par où ? De quel côté ? »
ÇPaul Foucher et Alboise. La Salpétrière, acte I, se. ii, 1812.)
Anonyme. Soulever le voile de l'anonyme. — Un voile qui doit être joliment usé depuis le temps qu'on le soulève.
La lettre anonyme est l'arme des lâches, — C'est aussi et principalement l'arme des domestiques ou des anciens domestiques qui cherchent à se venger de leurs maîtres. Les lettres anonymes adressées aux maris sont à. peu. près toutes calquées sur le même modèle.
« Mari aveugle,
€ Pendant que vous iravaillpz pour soutenir le luxe do votro « femme, elle vous trompe indignement. Tous les soirs, à ■ six heures, elle sort pour se rendre à tel endroit. Suivez-la, « vous serez convaincu de son infidélité. C'est un de vos amis, «c touché de votre malheur, qui veut vous ouvrir les yeux. Je « vous plains. »
JV. B. -^ Rien n'est p4us vrai qu'une lettre anonyme.
Antan. Mais où sont les neiges d'antanl
Bien placée, pour exprimer un regret, cette citation ne fait pas mal et prouve que si l'on ignore la ballade de François Villon^ on a au moins la mémoire du perroquet. Quelques ignares écrivent ou prononcent : <c. Neiges d'autan. »
Antigone. La moderne Antigone. — C'est un parfum poétique^ un souvenir des temps fabuleux. Gela veut dire, pour ceux qui ignorent l'histoire d'OEdipe : Jeune fille qui conduit un vieillard aveugle. Ce rôle touchant est aussi souvent confié à de simples caniches. C'est plus émouvant et, peut-être, plus pittoresque. Au point de vue de l'exploitation de l'attendrissement public, le rôle du chien est énorme, témoin le succès du Convoi du pauvre, de Vigneron.
Antre. L'antre de l'usure. — Devrait être relégué dans le magasin aux accessoires pour ne plus en sortir. Il n'y a plus d'antres. L'usure se pratique sous des lambris dorés. Gobseck est jeune, il a trente ans. Passionné pour les arts, il raffole des femmes et des bibelots ; on le voit à toutes les premières représentations, aux courses et au Bois ; il va aux eaux, tient un grand train de maison et égorge ses victimes soit à la Bourse, soit dans les bureaux de sa maison de banque.. D'autres fois, c'est le boudoir de l'usure, quand c'est la courtisane oui revend d'une main à ses amants ce qu'elle leur a pris de l'autre.
Apogée. Atteindre à l'apogée de la gloire, -- Pour un écrivain, c'est entrer à l'Académie française quand il n'en est pas digne, du ne pas y entrer quand il en est digne. Pour un médecin, c'est avoir eu beaucoup de malades plus forts que la médecine, beaucoup de malades qui ont résisté à la puissance de la médecine. Pour un général, c'est avoir gagné une bataille qui a balayé de la surface du globe un nombre considérable de braves gens qui ne demandaient qu'à vivre. Pour le simple soldat, c'est avoir sauvé la vie à son général.
Appareil. Appareil respiratoire. — Ce sont de ces mots techniaues qui ne doivent sortir que de la bouche d'un grave àoçteur. Ça en impose encore aux gens impressionnables. Ces diables de médecins, depuis Molière, ils n'ont pas fait un pas I
Dans le simple appareil.— En chemise. Réminiscence de ces deux vers de Biitannicus de Racine, acte II, se. ii. « Belle sans ornement, dans le simple appareil « D'une beauté qu'on vient d'arracher au sommeil. »
A.PPÂRENCE. Il ne faut pas se fier aux apparences. L'apparence est souvent trompeuse.
€ On se laisse aujourd'hui tromper par Tapparence. »
(Abeille. Crispin, acte 1, se. i.)
€ On est souvent trompé par Tapparence. »
(Chéron. Tartufe des maure, acte lU, se. ».)
Appas. Les appas de la gloire. — Il en est des appas de la gloire comme de ceux de certaines femmes : aussi trompeurs les uns que les autres.
Divins appas, — Les appas de la femme aimée, souvent des pièges grossiers.
« Ta courageuse adresse à ses divins appas
« Vient de rendre un secours que leur devait mon bras. >
(Corneille. Théodore j acte IV, se. ti.)
tt Oui, je souffrirai tout de vos divins appas. »
(Molière. Les Fâcheux, acte 1, se. tiii.)
« Sans ses divins appas rien ne m'est précieux. »
(Idem. MéUeerie, acte II, se. y.)
« J'aime une belle blonde tt Qui channe tout le monde « Par ses divins appas. »
(Recueil d'airs sérieux et à boire, 168S.)
c Mais j'ai craint le pouvoir de vos divins appas. » (Dcstoaches. L Homme singulier, acte Y, se. ix.)
Appel. Appel au peuple. — C'est le » prenez mon ours » des bonapartistes.
Faire appel au dévouement de quelqu'un. Autre cliché politique également moderne et dont la traduction est: appeler quelqu'un au poste de ministre, un beau poste, le rêve de tout homme politique. Il y en a qui veulent être ministre, ne fût-ce que pour quelques jours, pour pouvoir répéter qu'ils Font été, pour le répéter à toute heure de la journée, pendant toute leur vie et, peutêtre, dans Tautre monde. Dieu vous préserve de leur rencontre et de leurs conversations. Ils sont aussi tannants, aussi insupportables que répicier qui compte un ffénéral dans sa famille ou que le concierge qui a un irère notaire.
Appeler. — Ce verbe a inauguré nombre de discours de réception à l'Académie française.
c Vous êtes appelé au milieu de nous , Monsieur, par le libre suffrage de FAcadémie. »
[Réponse de H. Jouy à M. de PongcnriUe. Séance de V Académie française, 29 juin 18$0,)
DES LIEUX COMMUNS. yj
t Appelé par votre indulgence bien plus que par mes faibles titres à l'honneur dont je viens jouir aujourd'hui. »
(Lamartine. Discours de réception à l'Académie française.)
M. Sardou lui-même, peu partisan des phrases toutes faites, n'échappe pas à la contagion.
4c Une année s'est écoulée depuis le jour où vous avez daigné m'appeler à l'honneur de partager vos travaux. »
(Victorien Sardou. Diicours de réception à V Académie française, 93 mai 1878.)
C'est ainsi que Tauteur de Rabagas salue d'un des plus aimables clichés académiques les académiciens ses confrères.
Le pur cliché académique débute ainsi :
« Appelé, Messieurs, à l'honneur de faire partie de cette illustre assemblée, c'est avec un légitime orgueil que, etc. »
Si , ce qui arrive quelquefois , le nouvel académicien est un homme de lettres ou simplement un journaliste, il aura soin d'intriguer auprès des feuilles publiques pour que MM. les typographes composent Assemblée avec un grand A.
Pour un souverain plus ou moins usurpateur, lorsqu'il monte sur le trône, cest toujours « appelé », ditril, par les vœux de la nation.
« Appelé par le vœu de mes concitoyens au milieu de cette grande crise, o
{Réponse du duc d'Orléans au discours de bienvenue du premier président de la Cour de Cassation ^ 7 août 1830.)
Apprentissage. Apprentissage de la vertu. — Si je n'avais pas la prétention d'écrire un ouvrage sérieux pour la
Î postérité la plus reculée, je n'hésiterais pas à dire que e meilleur apprentissage de la vertu consiste à voir lever l'aurore.
Dejaure, dans Montano et Stéphanie, n'a-t-il pas dit avec accompagnement de musique :
tt Quand on fut toujours vertueux, On aime avoir lever Taurore.»
Maïs comme j'écris un ouvrage sérieux, je ne me fais aucun scrupule d'avancer, non pas avec Bru tus, que la ^'ertu n'est qu'un mot, mais bien que l'appren lissage de la vertu constitue un non-sens. On naît vertueux comme on naît borgne ou bossu ; et Ton n*apprend pas la vertu comme on apprend à tailler des bouchons ou à faire des godivcaux. Donc, il faut envoyer le cliché de l'apprentissage de la vertu rejoindre la grande armée des mots
pompeusemeut vides de sens. En fait d'apprentissage, parlez-moi de Vapprentisage du malheur; en voilà un de non aloi I L'apprentissage du malheur, pour les neuf dixièmes des hommes, commence au berceau et finit à la tombe , et dans ce métier-là on a beau se croire fort, on en rencontre encore toujours de plus forts que soi.
parole
pensée». On peut dire la même chose cle ce que nos journalistes, dans un compte rendu de séance, politique ou littéraire , entendent par « flatteuses approbations de l'auditoire» une série debravos, de « très bien » discrets, de « hum, hum » délicatement poussés, que l'on peut traduire par : « N'aura-t-il pas bientôt fini de nous ennuyer ? Quel raseur 1 »
Appuyer. S'appdybr sur son droit. — Un mot qu'on sort dans les grandes occasions; un peu théâtral, mais encore fort de mise à la tribune et à la barre. Ne pas oublier de se cramponner à la tribune en le prononçant, cela double reflet.
Apiieté. Apreté du gain. — Signe caractéristique de nos modernes Phrynés, des modernes hétaïres et dés auvergnats venus à Paris pour faire fortune.
Apre a la curée. — Nos modernes hétaïres, nos modernes Phrynés , les Laîs du jour sont âpres à la curée ; les anciennes Tétaient également. Rien de nouveau sous le soleil. — C'est la curée des daims.
Arbitre. L'Arbitre de nos destinées. — Une des métaphores pour désigner Dieu, le souverain maître de toutes choses, Varchitecte de Vunivers, le créateur du ciel et de la teire^ le sublime artiste; celui que les libres-penseurs n'ont pas craint d'appeler <( le nommé Dieu />, et un philosophe non moins libre-^penscur, « une sécrétion du cerveau. »
Arborer. Arborer des principes siibversifs*
« Monsieur, Touvrier n*est pas heureux au jour d'aujourd'hui, son salaire est insuilisant ; comment voulez-vous qu'avec 4 ou 5 francs, il puisse, lui et sa famille?...— Taisez-vous, vous arborez des principes subversifs. »
Quand on a bien arboré une certaine quantité de principes subversifs, on finit par arborer le drapeau de la révolte , et de là on s'en va à Cayeuue aux frais de
l'Etat... quand on n'est pas le plus fort. Et, au bout de quelques années, on est amnistié, à moins qu'on ne soil mort.
Arbre. Secouer les rameaux de l'arbre de la liberté. — C'esl une de ces phrases que peut se permettre un maître de conférences à l'Ecole Normale. Neseraitpas déplacée non plus un SI Décembre dans les colonnes d'un journal libéral. Demandez à un républicain de choix et d'imagination, il vous dira que, sous le second Empire, les gourdins des sergents de ville étaient taillés dans le bois 6 l'arbre de la liberté.
Arc. Avoir plusieurs cordes a son arc. — Les petites actrices, certaines parfumeuses, certaines marchandes de gants, ont au moins une corde de rechange... Une corde avec laquelle on devrait les pendre au nom de la morale publique.
Arche. L'Arche sainte. — En général, la femme n'aime pas qu'on la regarde comme une arche sainte. — Le coil'refort d'un avare est pour lui l'arche sainte.
Pour le bourgeois : La famille, la propriété, la religion, voilà l'arche sainte.
Architecte. L'Architecte de l'univers, l'architecte du monde.
a Ce dôme, c'est le monde dont Dieu est l'architecte. »
(Marquis de Custine. La Russie en 48S9, tome I.)
Ardeur. Ardeur mutuelle.
« Tous deux épris d'une ardeur mutuelle. »
(Vergier. EpithaUmes , 1750.)
En prose, on se contente de dire : amour partagé ; c'est déjà bien joli.
Archives. Nos glorieuses archives nationales. — Un bon patriote doit être presque aussi fier en prononçant ces mots qu'en regardant la colonne.
Aréopage. L'austère aréopage. — N'est plus guère employé que par les vieux débris du journalisme de province, pour désigner la Cour de Cassation toutes Chambres réunies.
Argent. — Regnard a dit, il y a beau jour, que l'argent
tt Est le neiT de la guerre ainsi que des amours. »
{Les Folies amoureuseSt acte I, ic. th.)
£n attendant qu'on ait trouvé le moyen de faire la guerre gratis pro Deo, la mort d'un homme en bataille rangée revient, en moyenne, en tenant compte des non» valeurs, à une pièce de cent francs. Quand la casse s'élève, dans une seule séance, à dix ou quinze mille hommes de chaque côté, on obtient un total fort respectable. Aussi n'y a-t-il que les princes qui puissent se payer avec l'argent du peuple, un jeu aussi dispendieux.
On rend l'argent en sortant, si l'on n'est pas content.
Cette phrase, la dernière du boniment de MM. les saltimbanques, date de loin. Nous trouvons dans La Fontaine^ fau5le du Singe et du Léopard :
< Si vous n'êtes pas contents, « Nous rendrons à chacun son argent à la porte. »
On ne fait rien sans argent. — On n'a rien sans argent. — « Pecuniœ obediunt omnia. » (L'Ecclésiaste,)
« Vous demandez toujours de l'argent et déjà... — « C'est que l'on ne fait rien, mon ami, sans cela. »
(Andrieui. Le Trésor, acte I, se. ii.)
L'Argent n'a pas d'odeur. — Le mot de Ye^asien poui justifier un impôt sur les latrines.
«... Lucrl bonus est odor ex re quàlibet. »
(JuTénal. Sot. XIY.)
C'est en vertu de cet axiome de Vespasien que nous voyons les caisses de tous les Etats qui se respectent recevoir, avec la même philosophie, le produit de la patente de l'honnête boutiquier et le produit de la patente des maisons de tolérance. On dit même que, dans certains Etats, ces dernières sont pour le Trésor d'un bien meilleur rendement.
L'argent ne fait pas le bonheur, ont l'habitude de dire les imbéciles, et d'autres imbéciles ne manquent jamais de répondre, d'un air capable : « Mais il y contribue. »
Arg ENTER. La lune argentait les flots. — Poétique et vieille expression ; elle montre que l'argent ne coûte rien, en paroles, aux amoureux des Muses, Auti^ement, il y aurait belle lurette qu'ils en seraient réduits à cette variante plus en rapport avec leur position : La lune ruolzait les flots.
AncENTiN. Un son argentin. — Est comme un beau visage qai prévient tout de suite en sa faveur. Il y a la petite et la gi'ande musique, la musique de pocbe et la musiqiie de banque; les trois ou quatre pièces de cent sous qui bavardent dans le gousset et les flots de pièces de cent sous qui déferlent en cascade sur la table du garçon de recettes.
II 7 a quelques amoureux de la vieille école qui préfèrent le son argentin de la voix de la bien-aimée.
« 11 entendait, en effet, dans l'éloignement, les tons argentins d'une voix jeune et pure. »
(lima de Genlis. Pétrarque et Laure.)
Argile. Pieds d'argile. — Les pieds des ministres sont d'argile. — On a môme vu des ministres être tout argile.
Argument. Argument sans réplique. — Ici, j'ai prié un avocat de mes amis de me donner son opinion: En droit, m*a-t-il dit, il n'existe pas d'argument sans réplique ; en fait, c'est un soufflet bien appliqué, qu'on encaisse sans mot dire.
L'argent est un argument in'ésistible.
€ Ce diable d'homme a toujours ses poches pleines d*arguments irrésistibles. »
(Beaumarchais. Le Barbier de Séville.)
Argus. Yeux d'Argus. — Des yeux mythologiques dont on a gratifié la police. Des yeux que devraient bien emprunter certains maris.
Ahistarque. — Le Pédeloup des critiques : sévère mais juste; l'opposé du Zoïle qui est sévère mais injuste.
Armes. Armes courtoises. — Luttes oratoires de haut goût, petites taquineries académiques les jours de réception, polémique sérieuse dans un journal sérieux. C'est la langue ou la plume changée en épée loyale.
Rendre les armes à la, beauté, — Beaucoup de femmes préfèrent qu'on les leur présente.
( Belle orgtiei lieuse et qui croit qu'à ses charmes, « Tout doit cuder, loin doit rendre les armes. »
(Vergier.)
Cédant ai'ma togœ. — Cette citation cicéronienne (de Officiis), lancée à propos par un militaire devant un tribunal, produit toujours une flatteuse impression.
Arracher. Arracher l'amour du cœur. — Opération plus
difficile que celle qui consiste à arracher une dent dont on souffre. « Madame, on ne m'arrachera Faniour du cœur qu'avec la vie » est une heureuse fin de tirade que le public souligne toujours par des applaudissements. Un jeune auteur peut encore s'en servir fort convenablement.
Arrêter. Arrêter l'élan tumuUuetix des passions. — Les passions comparées à une écuyère crevant des transparents, s*élançant à travers des cercles, ne manquaient pas d'originalité, il y a quelques cents ans.
Arrêts. Les arrêts de la providence. — Des arrêts contre lesquels il n'y a de recours ni en appel ni en cassation.
Arrêt du sort.
« Si c'est l'arrêt du'sort, la volonté des dieux» »
(Demie. CEnéide, l. IV.)
« Et je verrai dans peu la mort « Exécuter l'arrêt du sort. »
(Chualieu. Vie dum^pêtrey 1707.)
< Mais c'est l'arrêt du sort... »
(Longepierre. Médée, actelY, se. v. — 1694.)
Arriver. On ne sait posée qui peut arriver. — Titre et refrain d'une chanson de Goupart.
Avec l'addition d'un vers, on a fait le célèbre distique :
Ayez toujours du pai)ier dans vos poches, On ne sait pas ce qui peut arriver. (bis.)
(Air dans >m grenier.)
Arrondir. Arrondir une période. — J'ai connu un pseudohomme de lettres qui a passé sa vie à arrondir une période. Du reste, il en est mort. Ce n'est pas à l'arrondissement des périodes que les hommes de lettres d'aujourd'hui perdent leur temps. « Vite beaucoup et court » semble être leur devise.
Arsenal. — Les romanciers connaissent principalement l'arsenal de la coquetterie, l'arscTial des mauvaises passions, l'arsenal des ruses.
Art. Tous les arts sont frères. — C'est très vrai, mais il est encore plus vrai que chaque art veut être Falné et primer son frère. Demandez plutôt au peintre, au sculpteur, au poète, au musicien, à l'architecte. Chacun soutiendra que son art est le premier des arts. Je
ne parle pas des artistes en cheveux, qui ont un amourpropre exagéré; eux aussi no peignent-ils pas?
« Approchez, diles-lui que tous les «iils sont û*ère8. »
(Colnct. VArt de diner en ville, chant 1.)
L'art le dispute à la nature, — L'art rivalise avec la nature, « Ars œmula naturie. »
(Apulée. Métamorph, 1. II.)
« I/art le plus innocent tient de la perfidie. »
(Yoltaire. ZaXre, acte IV, se. ii).
Artichaut. Cœur d'artichaut. -- Le proverbe dit: U a un cœur d'artichaut, il en donue une feuille à tout le monde. Dans presque tous ces cœurs-là, on trouve encore plus de foin que de feuilles.
Article. Etre a l'article de la mort. — D'un bon usage dans le style familier. Dans le style tout à fait sans façon, on dit, pour avoir plus tôt fait: « Etre à l'article. »
Artij-lerie. L'Artillerie des beaux yeux d'une femme. — l^cs galantins romantiques, les Parnassiens se servent de cette artillerie, tout en riant des anciens bouquets à Chloris. Estime-toi heureux, ô lecteur, quatid ils n'ajoutent pas : a Elle met le feu aux poudres emmagasinées dans la soute du cœur. » Tu ne comprends pas, ni uioi non plus. Parbleu I voilà la force.
Artisan. L'artisan de sa fortunk. — C'est le même qui, il y a vingt ans, répétait à tout propos et hors de tout propos : Je suis venu à Paris en sabots, avec une montre en argent et trente francs dans ma poche.
Ascendant. Ascendant irrésistible. — Deux vocables inséparables, Oreste et Pylade grammaticaux. U n'est pas d'élève de sixième qui ne fasse usage de Pascendant irrésistible. C'est un de ces clichés avec lesquels on berce les enfants et ou endort les grandes personnes.
Amatique. Luxr asiatique. — Encore deux inséparaliles. Quelque? innovateurs ont tenté d'acclimater le luxe princier, mais c'est peu dire à une ô.poquc oti il y a tant do princes qui en sont réduits aux «expédients, à de tels expédients qu'on en a vu arrêter des diligences. C'est pourquoi « luxe asiatique » tient toujours la corde.
« Quel lu.ve asiatiijuc, hein? il faut que Gilbert ait dévalise un nabab. »
(f.h. ne»I\s et Ch. Barbara. Le Pont fiouge^ acte IV, se. ». -1858.)
Asile. Le dernier asile, l'asile de la paix, asile de la MORT. — C'est la dernière demeure où l'hoinme vient dormir le sommeil éternel, lorsque la toile est tombée sur cette tragédie, ce drame, ce mélodrame, cette comédie, cette bouffonnerie, qu'on nomme la vie.
« Et pourquoi donc me conduis-tu si près de ces asiles de mort?
(Joseph Bouchardy. La Sœur du muletier.)
« Un cortège ftinèbre,
« Que le peuple suivait avec recueillement, « Vers Tasile des morts s'avançait lentement. »
(H">« de Girardin. Madeleine.)
V asile de la douleur. — L'bôpital.
« ... Alors, il fautau malheureux l'espérance. Elles (les idées religieuses) en font luire les rayons dans l'asile de la douleur; elles éclairent la nuit même du tombeau. »
(Jourdan. Discours sur la liberté des cultest conseil des Cinq-Cents, i7juin ^797.)
Aspiration. L'aspiration de l'âme vers les régions éthérées; Vaspiration de l'âme vers le créateur, — Excellent dans une œuvre mystique.
Les aspirations du peuple. — MM. les économistes politiques ne manquent jamais de parler des aspirations du peuple d'une manière qui les fait prendre tantôt pour des utopistes, tantôt pour des anthropophages. Les aspirations du peuple sont tournées vers le bien-être, la juste rétribution des salaires et la liberté. Nous en sommes tous là, même MM. les économistes politiques.
Assaisonner. Assaisonner un discours avec le sel de la plaisanterie. — Assaisonner un discours avec une pointe de sel attique. — C'est peut-être quelque cuisinier littéraire qui aura mis l'expression à la mode ?
Assaut. Faire assaut d'esprit. — Assaut de compliments. — Se battre à coups de bons mots, d'aimables réparties, s'encenser mutuellement. — Prendre d'assaut le cœur d'une femme. — C'est assez rare aujourd'hui. Il n'y a guère que les petites niaises dont on puisse prendre le cœur d'assaut. La plupart du temps on achète la place, et le cœur n'a rien à voir dans la capitulation.
Assemrlée. La docte assemblée. — Cela veut dire, pour ceux qui ne s'en douteraient pas, « l'Académie des sciences, l'Académie de médecine»; dans le langage des
revues scientifiques, des académiciens et des médecins. Encensons-nous les uns Jes autres.
Nos assemblées délibérantes, — Des usines à paroles.
« Il désespéra de pouvoir servir son pays clans nos Assciii* blées délibérantes. »
(1<.-B. Picard. L'Honnête homme ou le Niais.)
Asseoir. Asseoit* son jwjement sur des bases solides. -C'està-dire, la plupart du temps, s'appuyer sur une sottise, une erreur accréditée de longue date.
Asservissement. L'asscimssement des jïcuples est la honte de la civilisation, — Utie de ces phrases toutes faites à Tusage des recueils d'économie politique. I.cs peuples qui soulTrent l'asser^s^ement le méritent. Déjà Montesquieu avait dit : « Les peuples n'ont que le gouvernement qu'ils mentent. »
AssiErrE. I/assiette de l'impôt. — Une assiette à laquelle un tas de mangeurs viennent piquer.
Conserver son assiette. — Le cavalier novice et riiommc ivre ne conservent ni l'un ni Tautrc leur aôsietle.-
Htte^ (ions son assiette, •— Que d'hommes feraient nif'tîur de dire, avec plus de raison : être dans son plat.
Assises. Les assises populaires.
« Le peuple réuni dans ses assises tient entre ses mains, armées des bulletins de vote, le sort du la nation. »
Cette phrase dont l'exhibition a lieu la veille d'un jour d'élections générales ne manque jamais de produire un ^ certain effet dans les colonnes d'un journal.
Les sanglantes assises. — C'est le nom que les écrivains dévoués au trône et à Tautei donnent au tribunal révolutionnaire.
Association. L'association des idées. — Comme dans presque toutes les associations, il y a une dupe et un fripon. — Le théâtre doit à l'association des idées nombre d'clucubrations vaudevillesques et dramatiques. — Quelle est votre part dans l'association des idées? demandait- 011 à «un faiseur de pièces en collaboration. — Je fais travailler mon collabo, répondit ce génie modeste.
Assouvissement. L'assouvissement des passions. — Une d» CCS expressions qu'affectionnent les honorables organes du ministère public tonnant contre l'accusé.
u 11 cherchait dans le jeu et les femmes l'assouvissement
• de ces passions qui conduisent un homme sur la pente fatale du crime. »
{Béqiàsitoirû du Proc, de la B.)
Assurance. Recevez, je vous jprie, l'assurance de ma parfaite considération, — Les derniers mots d'une lettre. Et dii*e qu'on s'exprime ainsi en s'adressant à quelqu'un que, souvent, on méprise profondément, mais dont on a besoin.
Astre. L'astre du jour, l'astre lumineux. — Pendant plus de trois cents ans, c'est ainsi que les poètes et quelques prosateurs ont appelé le soleil :
« Sur les ilôts agités par les vents et Torage,
c L'astre brillant du jour ne peint point son image. »
.' , Çbéme, EpUre.)
Quelle image pour dire simplement que le soleil était caché par les nuages.
« Dès que l'astre du jour a brillé dans les airs. »
(Esménard. La Navigation.)
« Nous implorions \^ clémence de l'astre du jour. »
(Ducray-DaminO.)
u Vers le nord, formant un glorieux triangle avec Fasti'e du ' jour et celui de la nuit, une trombe brillante des couleurs du prisme s'élevait de la mer. »
(Chateaubriand. Le Génie du ehristianisme.)
« Cet astre bienfaisant dont la lumière s'étend sur tout l'univers. »
(Bapport du oitcyen David §wr la eérémanie projetée pour le 40, août. — ISjuiUet 1793.)
« Je veux que, dès demain, l'astre brillant du jour *
« Ait vu ifartir Médée en commençant son tour. » • (Longepierre. Médée^ acte I, scène m. — 1694.)
' Avec une légère variante, Lamartine, qui est un innovateur, a trouvé convenable d'appeler le soleil, ce bon soleil dont le nom seul est si chaud, « le roi brillant du
. jour. »
« Le roi brillant du jour se couchant dans sa gloire « Descend avec lenteur de son char de victoire. »
[Méditations poétiques.)
Par contre^ l'astre de la nuit signifie la lune. L'astre des nuits propice aux larrons et aux amoureux,
« Et l'astre de la nuit
u Dont les faibles rayons nous guident sous l'ombrage. »
(C. Delavigne. Le Paria, acte I, scène i.)
Femme belle comme un astre, — Dans la conversation.
les gens qui n'ont pas présent à la mémoire d'autre terme de comparaison, font usage de cette phrase qui ne prouve rien, mais qui a Tair d en dire long.
Athlète. Le vaillant athlète qui combat pour le progrés. — Recommandé à MM. les journalistes dans un compte rendu des débats de la Chambre.
Athlète courageux,
« n (Barnave) avait été tenté plusieurs fois d'aller lui offrir (à Mane-Antoinette) un athlète courageux qui connût l'esprit du siècle et celui de la nation. y>
(M"« Campan. Mémoires.)
Les formes athlétiques, — Ceci est du ressort de MM. les Salonniers. Deux mots qui font toujours rêver les femmes.
Atlas. Nouvel Atlas, il a porté le monde sur ses épaules, — Napoléon I", dans le jargon des panégyristes de ce grand homme a qui coûta tant de sang à la France et fit verser tant de larmes aux mères^ » comme disent les panégyristes de Louis XVIII.
Athosphère. Vatmosphére tout embaumée des senteurs du soir, — Ames tendres des lectrices, à ces mots vous avez reconnu le prélude de la scène d'amour, l'aurore de la déclaration brûlante qui va suivre. Un orage, pentrétre, éclatera au cours de la déclaration, on cherchera un refuge dans la cabane du vieux pâtre, la foudre tombera à deux pas, et alors... « ô ma mère, ma mère ! »
Atome. Les hommes sont des atomes dans l'univers, ^ Belle
f»ensée philosophique, d'autant plus belle que ceux qui 'ont propagée se croient beaucoup au-dessus desdjts atomes, tandis que lesdits atomes les appellent des rêveurs.
€ Que sommes-nous? Hélas!... atomes, grains de sable. »
(Sophocle. Fragments.)
« Moi, faible atome perdu dans la foule des «*Hres qui habitent cette vaste contrée, to
(M«« Cotlin. Claire d'Albe.)
c Pauvre atome perdu, point dans l'immensité.»
(Tb. Gautier. Départ pour V Espagne.)
Attachement. L'attachement d'un sexe pour Vautre est le plus beau plaidoyer en faveur du mariage. — Quatrevingt-dix Ibis sur cent, c'est un auteur célibataire qui promène ce cliché à travers les colonnes de sou livre*
Attaquer. Attaquer unijuihus r(rosfro.. — Cela fait touiours bon effet, car les citations latines, si vieilles qu elles soient, ont l'avantage de donner, à ceux aui en usent, un certain relief d'érudition aux yeux... des imbéciles, c'est-à-dire aux yeux des neuf dixièmes. — Un criti<jue grincheux ne manquera pas une si belle occasion d'attaquer l'auteur de ce livre unguibus et rostro»
Attente.
c Qu'en Tattente de ce qu'on aime « Une heure est fâcheuse à passer. •
(Corneille. La Suivante, acte lY, ic i.)
« Quand on attend sa belle, « Que Tattente est cruelle! »
Attendrir. Attendrir le c(2ur le plus dur. — Il y a des gens qu'on mortifiera mais qu'on n'attendrira jamais. — Quelquefois le cœur le plus dur sera attendri par une situation bien bête mais bien rendue, d'un mélodrame idiot, tandis que la même situation le laisserait parfaitement froid dans la vie réelle. Logique du cœur humain.
Attentat. Attentat criminel. — Le qualificatif semblerait constituer. un pléonasme aux yeux de tous ceux qui n'admettent pas, avec les jésuites et MM. les régicides, qu'il puisse exister des attentats vertueux.
Pourtant la force de l'habitude a prévalu et un honnête homme d'écrivain n^ manquera pas de s'écrier, le cas échéant, en sortant de son cerveau un cliché indigné : « L'attentat criminel contre la personne sacrée du roi. »
S'a?it-il d'un crime dans des régions moins élevées, toute la presse le flétrira par ces mots : « L'horrible attoiilcit ou l'udieux attentat dont le souvenir seul nous fait frémir d'indignation. » Gomme s'il y avait des attentats aimables. Mais on ne lutte pas contre un cliché.
Attirer. Se sentir attiré vers. — Cliché emprunté par les dramaturges au Parfait secrétaire des amants. D'ailleurs, les dramaturges empruntent tant de choses...
« C'est singulier comme à première vue, je me suis senti attiré vers elle. »
(Ad. d'Ennery et Ferd. Dugué. Marie de Maneinif acte II, ac. ii, 3">« tableau )
Attiser. Attiser le feu de la révolte. — En général, ceux cxui attisent le feu de la révolte sont les premiers
DES LIEUX COMMUNS. Si
à décamper au moment de régler les comptes, laissant les pauvres dupes se débrouiller comme elles peuvent.
Attraits. Attraits naissants.
« Déjà, sous sa robe d'indienne, on voyait palpiter ses attraits naissants. »
(Âug. Ricard. La GrUette, 1829.)
Les attraits naissants mettent Feau à la bouche des vieux polissons.
Albe. Déjà l'aube blanchissait le sommet des plus hautes montagnes. — Encore assez de mise dans un roman
gastoral. Un peu de patience, et le lecteur va voir déler le troupeau guidé par le jeune pâtre, suivi de son chien fidèle.
Aubépine. L'aubépine en fleurs. — Forme, avec la rose et la violette, le fond de tous les bouquets poétiques. Ce que cette aubépine en fleurs a été de fois cueillie, c'est fabuleux 1 et que de fois avons-nous vu, au coin d'une page, les amoureux aller cueillir^ le long des haies, Vauhépine en fleurs ! Il semble qu'il ne devrait plus en rester, et toujours il en reste.
« Le jeune oiseau chantait sur Taubépine en fleurs. »
(A.. Soumet. La pauvre fille.)
Audacieux. Audacieux et fluet. — Nos pères avaient érigé en sde ces deux mots, tirés d'une comédie de Scribe :
a Audacieux et fluet et Ton arrive à tout. »
(Scribe, Ymbert et Warner. Le Solliciteur, se. v. 1817.)
C'est, sans doute, le « médiocre et rampant et l'on arrive à tout : » du Mariage de Figaro, qui a inspiré à Scribe cette pensée.
Après Scribe, L. Festeau a chanté :
« Audacieux et fluet,
« rai rœil vif, le pied agile :
« Partout mon oreUle habile ^
« Est à Tafiût d'un secret. »
{Monsieur Bampant, chans. 1829. )
Auditoire. Le sympathiaue auditoire. — Souvent une réunion de gens trop oien élevés pour manifester leur ennui et quitter la place.
« Le sympathique auditoire éclata en unanimes applaudissements n, ou « Le sympathique auditoire fit entendre un
murmure flatteur. »
{Stjfle de journaliste,)
Augure. J'en accepte l'augure. — Gela se prononce avec
une belle voix de basse-taille, dans le genre de celle de Joseph Prudhomme. « mon cher ami ! je jure que je te serai fidèle. — J'en accepte l'augure. » — Les gens que Ton mène à Thôpital en leur annonçant qu'ils en sortiront guéris, peuvent soupirer, avec une légère variante : Nous en acceptons tauspice.
« Que bien m'en soit, j'en accepte l'augure. »
(Y^ier. Fables.)
« J'en accepte l'augure. »
(Corneille. Ctima, acte Y, se. m.)
« J'en accepte l'augure. »
(CoUin d'Harleville. LeslMceurs du jour, acte II, se. t. — ^1800.)
Aumône. Ce n'est pas Vaumône, c'est du travail qtte le peuple demande. Cri d un économiste indigné.
L'aumône humilie celui qui la reçoit. Ceux qui la demandent ont déjà l'air assez humble et assez humilié quelquefois.
— Madame, au nom du ciel! ne me ferez-vous pas l'aumône d'un sourire ? Phrase que les jeunes gens de 1830, genre Werther, se permettaient de soupirer à l'oreille e leurs danseuses, entre la poule et la pastourelle.
Auréole. L'auréole du génie, — Combien de gens sur la tête desquels on a attaché l'auréole du génie oui resplendit à travers les siècles, combien ont crevé ae froid et de faim pendant leur vie, privés souvent de Fauréole d'une chandelle pour travailler, la nuit, quand l'inspiration les saisissait?
Aurore. — La môme que les poètes, ces Babins du mot propre, appellent l'Aurore aux doigts de rose, et à laquelle ils font ouvrir les portes de l'Orient.
{Renouvelé des Romains.)
« Au moment que l'aurore, avec des doigts de rose, « Sépare en souriant la nuit d'avec le jour. »
(Bernis. Poésies diverse.)
« Toujours l'aurore, avec des doigts de rose, « Ouvre à Phœbus les portes du matin. »
(M. Ségoier. La Naissance de la mode,)
« Commodum punicantibus çhaleris aurora roseum qua-, tiens lacertum, cœlum inequitabat. » Déjà sur son char vermeil, l'Aurore aux doigts de rose était montée dans lescieux.
(Apulée. Métamorph. Uy. III, trad. Bétolaud.)
Les larmes de Vaurore, Humide des larmes de l'aurore, — Pour ceux qui n'ont pas un monde de poésie dans
l'âme, les larmes de l'aurore, les larmes du matin signifient la rosée, ce qui est beaucoup plus court et tout aussi compréhensible.
Ta fleur moins célébrée a pour moi plus de charmes^ L'aurore te forma de ses plus douces larmes. »
^ (Michaud. Le Printemps <fun proicrit.)
« Tendre fhiit des pleurs de l'aurore, « Objet des baisers du zéphyr, « Reme de l'empire de Flore, « Hâte-toi de t'épanouir. »
(G. Bernard. La Base, chau .)
« J*allai cueillir une rose de ma^olia , et je la déposai , humectée des larmes du matin, sur ta tête d'Atala. »
(Chateaubriand. Atala.)
La variante « humectée » ne vautpas le vieil « humide ». Respect aux anciens ! On trouve souvent dans Chateaubriand de ces petits écarts du droit chemin de la banalité, écarts bien naturels chez le père dû romantisme. Son école en a commis bien d'autres.
L* Aurore naissante pour « le point du jour », et, avec une nuance plus poétique, « la naissance deTaurore ».
u Le magasin d'Henriette devait être le théâtre de grands événements avant la naissance de l'aurore. »
(Aug. Ricard. La Grisette, 4899,)
N'oublions pas TAurore de la vie, souvent bien sombre.
AusTÉRiTé. Vaustérité doit être la ^première vertu d'un magistrat vraiment digne de ce nom, — C'est entendu. Un magistrat doit être austère comme le sucre doit être doux. Laubardemont lui-même était quelquefois austère.
AusTERLiTz. Le soleil d'Austerlitz. ^ Les détracteurs de TEmpire en ont voulu faire une chandelle.
Autel. Condtùre au pied des autels, — D'un assez joli style noble que l'on rencontre encore de nos jours, çà et là, chez certains auteurs pour oui Chateaubriand est un idéal. Pauvres gens! Quand il leur serait si facile de ne pas admirer ce phraseur de Chateaubriand et de dire tout simplement : Epouser I Scribe lui-même a reculé devant Je pied; il a lâché pied quand il a fait dire 4 un de ses personnages :
«... J'ai promis jadis à mon vieux ptoe.
Quand aux autels il vint pour nous unir, Se la défendre et de la soutenir. »
(Scribç. Une Faute, acte U,te, tu, 4S80.)
Ne lui sachoQS pas trop de gré : peut-6tre ce pied eût gêné la marche du vers. Plus libre dans ses entournures que son confrère Scribe, Aniier se garde bien , lui, de laisser ce pied en chemin.
« Mais demain , peut-être , en présence de toute la ville , aux pieds des autels, je pourrai dira à voix haute ces mots qai feront Tenvie et le désespoir de tous mes rivaux : elle est à moil »
(Antier. L'Agrafèt acte II, se. m, 1837.)
« Je rai souvent invoquée, cette sainte bénédiction raçuc aux pieds de Tautel. »
(Ad. d*Ennery et Ch. Edmond. L'AietUe^ acte I, se. vu» 1863.)
« Et vous, mon Adèle, venei au pied des autels fonner le
nœud qui doit rendre à notre Adolphe et Thonneur et son
rang. »
(Victor Ducange. Adolphe et Sophie, acte III, se. xh.)
« J*ai bon nombre d*ennemis... Dans quel camp, madame, dois-j[e ranger celle qui porte mon nom, et qui m*a juré affection au pied des autels? »
(Al. Dumas et Aug. Maquet. La Berne Margot, 1847.)
« Ce serment aux pieds des autels ! dit il avec solennité, le prononcerez-vous sans crainte? »
(Vicomte d'Arlincourt. Les trois Châteaux, ch. s.)
« Et tu veux qu'aux pieds des autels « Nous formions des vœux solennels ! »
(Parny. Poésies mêlées.)
« C^est assez, pour cela, de Quelques larmes oui couleront des yeux de Geneviève, et qu'elle versera au pied de TauteA.»
(Bourdaloue, Panégyrique de sainte Geneviève.)
L'autel est paré, la victime est prête. — Ne peut raisonnablement guère plus s'aj^pfîquer aujourd'hui qu'au pigeon qu'une hétaïre entraîne dans un cabinet particulier avec piano, canapé, etc
Quelques mauvais plaisants pourraient, seuls, voir, dans ce bon vieux cliché, une allusion à la célébration du mariage.
« Viens! Tautel est paré : viens I la victime est prête ; « Descends du haut des cieux, bienfaisante Gérés! »
( Bertin. Les Amours, I. lU. — 1783. )
Ce grand citoyen à qui la Grèce eût élevé des autels.
« L'antiquité eût élevé des autels à ce vaste et puissant génie (Franklin), qui, au profit des moitels , embrassant dans sa pensée le ciel et la terre, sut dompter la foudre et les tyrans. »
Mirabeaa. Diaeourt â VAuemMée natioMik. )
AoTOHiDON. L'habile automédon. ^ Ne pas s'aviser d'appeler un cocher de fiacre « automédon », il pourrait croire qu'on Tinsulie.
Avare. L'avare meurt sans avoir joui de ses richesses. — Ce ne sont, toujours pas, ses héritiers qui s'en plaignent.
Avenir. L'avenir n'est à personne. — C'est fort heureux ; on ne sait trop que faire du présent.
Cest ce que Vavenir nom apprendra.
Qui sait ce que l'avenir nous réserve ?
Il nous réserve quelques mesures de terre sur le corps. Tout le reste est incertain.
Aveugle» — L'aveugle multitude.
« Tu poursuis ce fantéme efifrayant et colossal que l'aveugle multitude a nommé la gloire. »
( M"" de Genlis. Pétrarque et Laure, )
Aveuglement. L'aveuglement des partis, — Inutile de faire remarquer que le parti auquel on appartient est, au contraire, très clairvoyant.
« . . .Tel est des partis Taveuglement fatal,
Qu*au sien tout est vertu, qu'en l^antre tout est vice. »
(Saurin. Blanche, ac. II, se. vr.)
L'aveuglement des masses. — Elles sont quelquefois bien assez clairvoyantes pour apercevoir que la misère et le dur travail sont leur partage.
L'aveuglemetU des passions.
L'aveuglement humain. — Et que de désillusions quand le bandeau vient à tomber , quand un événement quelconque se charge de faire l'opération de cette cataracte !
AzuH. L'azur des cieux qui se reflétait sur la plaine liquide. — Trop pur, trop beau pour y toucher. U'est un cliché bijou. Le régent des clichés.
En voulez-vous, de l'azur et de l'azuré?
Voici : l'azur de ses yevûc^ et la voûte azurée] et la plaine azurée, et les lacs azurés.
« Que dans la voûte azurée
« Les dieux s'étaient allé cacher. »
( Scanron. Gigantomachie, ch. rr. )
tt Elle considère avec effroi ce noir tourbillon de fumée s*élevant en spirales et se dessinant sur l'azur de la voûte des cieux. »
( M"" de Genlis, Pétrarque et Laure. )
« Plongeur. n*a8-lu oas vu, sous Teau du lac d^azur, « Les reptiles grouiller dans le limon impur ? »
( Th. Gautier. D^i^art pour VEipagne, )
« Pbœbé, tremblante, s*est voilée; « L^hnagt» a perdu son azur. »
( Poésie» de Joseph Ddorme. )
« Adieu Téclat des deux ! leur bel azur s*altère. »
( Turqaety. )
« Et par Tamertume des larmes « Se terniraient ces yeux d'azur ? »
(RebouL)
« Bt Tastre du matin blanchit Tazur des cieux. »
( BerUn. L» Amwn, 1. III. — 4783. )
« Ces espaces d*azur et d*or ne montrent plus que la nuit au bout d*un court crépuscule. »
( Toq>ffer. Nomelles GéMvoùe», )
« Jamais deux yeux plus beaux n*ont du ciel le plus pur « Sondé la profondeur et réfléchi Tazur. »
( A. d« Musset.)
En voilà assez pour montrer en (juelle estime les poète» ont tenu l'azur. C'est à faire croire qu'ils sont, comme les ivrognes de barrière, voués au bleu « quoiqu'ils paraissent avoir horreur d'écrire le mot.
Eabylonb. La moderne Babylcne. La nouvelle Babyfene, — Sous le titi^ de « La nouvelle Babylone », M. Pelletan a écrit un livre un peu prudhommesque quoique légèrement ennuyeux.
« L'image delà dissolution révoltante de la nouvelle Baby« lone. »
( Mémoirtt ée foMdbe, i8S4. )
Babinagb. Innocent badinage, — Plaisanterie qui sent la Berquinade. Les bourgeois vertueux donuent le uom d'innocents badinages aux plaisanteries qu'ils font sur les bossus et autres infirmes. Rteu de plus cruellement
DES LIEUX C0MMIJ58. 37
bête quelquefois qu*un innocent badinag^e. — Rire des maris trompés passe pour un innocent nadinage.
Baigner. Baigner dans son sang,
« Dans le sang de son frère il semble se baigner. »
(Racine.)
« Songez-vous dans quel sang vous allez vous baigner?»
(Bacine. Britannieutt acte lY, se. m.) « La malheureuse tomba baignée dans son sang. »
{Petit Journal du 20 aoât 1878.)
Se baigner dans le sang d'une innocente victime. — C'est le propre des traîtres de mélodrame.
Baiser. Baiser de Judas, — Fausses démonstrations d'amitié, fausses promesses, et toutes les pattes de velours de la trahison dont les hommes sont si prodigues, et encore plus prodigues les femmes.
Baisser. Baisse la tête, fier Sicambre ! — Se dit comiquement en parlant à un orgueilleux humilié, à un orgueilleux obligé de faire des concessions. C'est une allusion aux paroles dites par saint Rémy à Glovis au moment du baptême de ce prince.
« Fier Sicambre, humilie-toi et baisse la tête; brûle oe « que tu as adoré, et adore ce que tu as bi*ûlé. »
(Peyronnet. Bittoire det J^tma.)
Balancer. Entre les deux mon cœvr balance, — La vie de rhomme se passe souvent à balancer entre les deux ; voilà pourquoi tant de gens meurent sans avoir rien fait de bon ni de mauvais.
Vaisseau qui se balance sur les ondes.
« La vaste mer se découvre à ses regards; elle porte un vaisseau qui -se balance majestueusement sur les ondes !.. w
(M»* de Genlis. Pétrarque et Laure.)
Balances. Les balances de Thémis, — Des balances où le faux poids cslinconnu,o(i il n y a pas de coups de pouce. Que d'épiciers, dans ce monde, ne peuvent pas en dire autant 1
Faire pencher la balance de la jîistiee,
ft Plein de confiance dans vof^ lumières (des jurés), il (raccusé) est convaincu que nulle considération étrangère ne fera pencher la balance de votre justice. »
{Procès Contra fatto. Défense de M* Saunière, 4827.)
Handkac. Le Bandeau de Verreur, Bien souvent préférable
DM UZDX COHMCNS. 19
Ironre des beautés incomparables dans les romans de chevalerie, et des beautés piquantes dans les romans modernes sans prétentions. —Une femme qui estd'une beauté piquante para sou amant est généralement laide pour les indifférenla. Il y a encore la bemlé sérén et imposante, au profil grec. Ce genre de beauté n'est guère apprécié que des archéologues, des hellênisi'-s^t de quelques peintres qui s'aebarnent encore après l antique. '^
Bille. «
■ La Tauie en est aux dieux
■ Qui la firent si belle. •
(Jmb de Li«p«d». iru. lislc.)
Voici la stance où figurent ces deui rer» :
j «Si c'est un crime de Taimer.
• On n'en doit justement blâmer « Que les beauiés qui sont eu elle.
U mCnONNAlBX
au rayonnement de la Yérité. Ce bandeau de Terreur, c'est ta joie du ménage, la tranquillité des parents.
Bandeau royal. Une couronne que le souffle populaire jette k bas.
« Du bandeau royal son front élait orné. »
Banouet. Le banquet de la vie, — Que de plats passent sous le nez de oien des conviTes à ce banquet-là! Quelle aifreuse cuisine on j sert, et combien qmtlent la table avant la fin !
(t Au banquet de la lie, infortuné conTÎire.. . »
(Gilbert.)
Baptèmk. Le baptême du feu, — Je te baptise au nom du canon, du sang et de la mort.
« Le prince impérial a reçu le baptême du feu. «
{Prenùèrt dépêeke 4ê la ptem dt 497êt Vorbtch.)
Babbb. Une barbe de sc^peur. — Hélas ! pleurez, cuisinières sensibles! le sapeur a vécu. Çà et là on voit encore quelques beaux spécimens de ce genre de barbe au menton des ébénistes du feubourg Antoine.
S'il faut en croire Molière :
« Du côté de la Itarbe est la toute-puissance. »
(L'i^eo/« dët fkmmtê, acte 111, te. n.)
Molière, d'ailleurs, n'a fait qu'encbAsser en unTers une pensée très ancienne.
BAaoMèTRs. Le cours de la Bourse est k baromMre de fopînion pubUque. — C*est du moins ce que prétendent les bulletin iers financiers et autres desservants du temple de Plutus.
Barrière. Barrière infiranchissahle. — Le bonbeur parfait, voilà une barrière infranchissable !
Bascule. Bascule gouvernementale, — L'essentiel est de se maintenir, et de conserver l'équilibre. A ce jeu4à, que de gouvernements se sont casse les reins 1
Base. La justice est la base d'un AcU. — Atoc pas mal de baïonnettes autour, ce qui ne g&te rien.
Base fondamentaie. 11 y a tant de bases superficielles !
Baume. Baume consolateur. Verser du baume dans fâme.
« Puissent-elles (les dernières paroles des juges) Ter^^er dans ton âme le baume précieux des consolations ! » (Lairan. Diteomn prommeé itm» leptoeit Comlfc.)
Beauté. Beauté incomparable^ beauté piquante. — Ou
DES LIEUX C01fMT758. 89
trotnre des beautés incomparables -dans les romans de chevalerie, et des beautés planantes dans les romans modernes sans prétentions. —Une femme qui est d'une beauté piquante pour son amant est généralement laide pour les indifférents. Il y a encore la beauté sévért' et imposante, au profil grec. Ce genre de beauté n'est ffuère ^précié que des archéologues, des hellénistes et de (quelques peintres qui s'acharnent encore après Tantique.
Bbllb. ^
« La faute en est aux dieux « Qui la firent si belle. »
(Jean de Lingendee, xtii* efède.)
Voici la stance où figurent ces deux vers :
« Si c'est un crime de Taimer, * « On n'en doit justement blâmer « Que les beautés qui sont en elle.
« La faute en est aux dieux « Qui la firent si belle, « Et non pas à mes yeux. »
« ...La plus belle enfin , quelques traits gu'elle assemble, « fVest pas celle qui Test, mais celle qui le semble. » (T. Coroeille. Le Charme de la volm, acte II, se. i.)
Vulgairement traduit par : Tout ce qui plaît est beau.
Un vieux proverbe provençal donne :
« Es pa béou oé qu*e^ béou ; es béou ce qu'agrado. »
Bkllone. Enfant de BeUone.
« Notre héroïne qui, depuis la disparition de son époux, n'accorda quelques faveurs qu'à des enfants de Bellone. »
(Mars et Raban. Les Cuisiniêreg, 4837.)
L'enfant de BeQone est ce modeste troupier qui sert son pays et verse son san^ pour lui, . moyennant une hante paye d'un sou par jour. Il est vrai qu'on lui a dit qu'u avait le bâton de maréchal de France dans sa giberne. C'est le gros lot du tirage... au sott.
Bercail. Betoumer au bercail. — Ordinairement on retourne au bercail, tondu et désillusionné.
Berceau. La Grèce fut le berceau des arts et de la civilisation. — Aujourd'hui les prudhommes appellent Paris la capitale des arts et des belles manières.
Bien. Le bieri mal acquis ne profite jamais. — Cette pensée
de Ncevius (an de Borne 549) n'a jamais empêché,
Quoique devenue proverbe, la moitié du ^enre humain e vivre aux dépens de Tautre. Il faut croire que le bien mal acquis profite quelquefois.
Bienfait. — Machine à faire des ingrats, disent les philo* sophes.
c Un hienlkit perd sa grftce à le trop publier. I
(CoraeiUe. Tkéodort, ade I, se. n.)
Vers imité par Bacine dans Ipkigénie.
« Un bienfait reproché tient toujours lieu d*offense. >
BiENFATTEua. Générettx bienfaiteurs, ^ Des gens qui entretiennent la paresse. — Les bienfaiteurs font des ingrats, parce que les bienfaiteurs ont une manière d'obliger qui blesse la dignité de celui qu'ils obligent* — Le bienraiteur et l'obligé se détestent mutuellement, Fun parce au'il obli)gpe, presque toi^ours, à sa bourse défendante, 1 autre parce qu'il n'est pas dupe de cette mauvaise gréce.
Bistouri. Promener k bi$t(ntn du bon sens sur les pkries morales. — Cliché romantique échappé de quelque amphithéâtre d*anatomie. Genre Hem^ Murger.
Blessure. Les blessures de Vàme. — Les blessures de Ttee saignent douloureusement. C'est triste à dire, mais que de coquines font saigner les blessures de l'âme 1
Blessures du conir.
« Mais je sais le remède aux blessures du cœur. »
(Corneille. ClitOHért, «de Y, k. rr.)
Bocage. Mystérieux bocage, —Très fréquenté par les poètes élégiaques continuateurs de Millevoye.
« Le bocage résonnait encore des chants de Philomèle. » « Le bocage, témoin discret de leurs tendres aveux. «
Voilà des phrases qui portent l'âme vers des régions poétiques l
Bois. On n'est pas de 5oî5.— Gela veut dire qu'on n*est pas insensible aux charmes de la beauté, que l'aiguillon de la chair se fait sentir.
Molière a traduit par :
« Qu'on n'est pas aveugle et qu'un homme est de chair. »
(le TartugiB, icte 111, k. w.)
Bonheur. Bonheur sans mélange. — Bonheur idéal. Le
comble du bonheur. Des mots 1 des mots I — Le comble du bonheur, c*est souvent bien peu de chose. Un sourire
DES LIEUX COUMUNS. h\
ane promesse de sa belle, .sont, pour Tamoureux, le comble du bonheur, à ce qu'il dit.
Il n'y a pas de bonheur parfait.
Le bonheur parfait n'est pas de ce monde. — Serai ^ce une insinuation philosophique et consolante pour donner à entendre qu'il est de l'autre monde ?
« Le bonheur n^est pas fait ^our notre nature. »
'Euripide. Jthénu, acte l, se. m.
a II n'est point pour lliomme de bonheur durable. »
(Plaute. Le Charançon, acte I, se. m.)
a Au faite du bonheur ou pousse des soupirs, « Et l'amertume natt dans le sein des plaisirs. »
(Ix>ngepierre. Afédée, aete III, se. u.)
Bonheur sans nuages.
tt Le bonheur des nouveaux époux semblait devoir être sans nuages. »
{Qaulùii du S9 ai»At 1878.)
Le bonheur est passager, — Condensation de la pensée du poète indien Bhavahouti :
« Trop souvent le bonheur que nous pouvons goûter comme
{parents, comme amis ou amants, est aussi passager que la ueur fugitive de l'éclair. »
(Le Mariage par surprûet acte VIII.)
« La peine est déjà loin, quand le bonheur èommence. »
(Dorât. Le Célibataire, acte I, se. rji.)
Borner. Borner ses désirs. — Affaire de tempérament. — Pour celui-ci, c'est avoir tous les honneurs qu'un homme puisse avoir. Pour celui-là, assez de fortune pour éclipser son entourage, triste entourage I souvent aussi triste qu'un entourage de tombe. Pour cet. autre, c'est posséder et honneurs et richesses à faire crever de jalousie tous les amis et connaissances. Pour les amou^» reux de l'ancienne école: «une chaumière et 5on cœur. »
Bosse. La bosse du crime. — Une bosse que, malheureusement poâr les autres, celui qui en est doté ne porte pas derrière le do^'. 11 y a encore un nombre infini de bosses plus ou moins morales : la bosse du calcul^ la bosse du travail, la bosse de V amitié et la bosse de l'amour, une des plus saillantes de la phrénologie.
Bouche. Etre porté sur sa bouche. — Mauvaise expression employée par les puritains du langage pour dire : '< être porté sur sa gueule. » (V. Rabelais et Montaigne.)
La déesse aux cent bouches. — Ce n'est plus la trompette
4S DICTIONNAIRS
de la renommée; c'est la trompette de la réclame. (Voir aux annonces.) Cette déesse aux cent bouches fait vivre un certain nombre de courtiers et de fermiers d'annonces.
Bouche vermeiUe.
« Heureux qui peut ouvrir cette bouche vermeille 1 »
' (Parny. Poésies wtélées,)
« Il avait sa bouche vermeille , « Le teint aussi vif que le sien. »
(Houdard de LamoUe. VAmawr rétmUé.)^
BoucHKRiB. Mener des soldats à la boucherie. — C'est co qu'une métaphore militaire traduisait jadis par « conduire ses troupes à la victoire ». Il faut bien dorer la pilule pour la faire avaler... surtout quand les pi* Iules sont grosses comme des boulets.
« Mais surtout je voudrais que vous eussiez vu la mine de mon neveu et de mon valet, qui croyaient que je les avais menés à la boucherie. »
(Voiture. Lettres,)
BoucuER. Le bouclier des lois. — Un bouclier forgé par nos honorables, un bouclier à claire-voie et û'op souvent mis à la refonte.
Boudoir. Boudoir tout imprégné du parfum de la femme aimée. — Le populaire traduit cette odeur de femme.
odore di femmina, par l'énergique : « Dieul que ç a pu
/ ^bûj^ » C'est l'amour en collaboration avec la pan u me
// "tHTO 1 extrait d*Qpoponax I bouquet du jokey-club ! ea»*
/ ~ de Lubin I que de tètes masculines vous avez fai*
tourner! "* ' —
(Lire les oànrres de Baudelaire, ce panégyriste de 1a parfumerie et du fard.)
Boue. Ame de boue. — C'est une de ces âmes qui ont traîné des siècles dans le magasin aux accessoires du bon
- , Dieu, et qu'un malin cfief d'accessoires de l'autre monde aura passée en fraude au Père-Eternel. « Ame de boue, es-tu donc consciente ?»
« Fabrice — âme de boue et front d'airain — subit sans pâliretc. »
(X. de Montépin. Le Médecin des folles, IV* partie, 4878.)
Bouillant. — Il y a : le bouillant polémiste, le bouillant adversaire et le bouillant prélat ; ce dernier désignait feu l'évêque d'Orléans, M^' Dupanloup ; tous renouvelés du bouillant Achille aux pieds légers.
BoniLLONrosHENT. Le bouillonnement des passions. — Tel bouillonnement des passions serait de force à faire éclater une locomotive de chemin de fer. — Le torrent impétueux des passions bouillonne dans le cœur de cet hcmme. 11 y a des gens qui possèdent la chute du Niagara dans le cœur. ^
Boulanger. Il vaut mieux payer le boulanger que le méde- I cin. — C'est beaucoup moins cher, d'autant moins cher / que certains pédecins pratiquent la visite forcée, à^ » \
1 exemple de cet illustre docteur qui, invité par des^' / amis à faire le réveillon, leur persuada qu'un ae leurs^^, / enfants étàîrmaTa3e,Te fit coucher, trouva moyen d'aller lui tâter le pouls avant de partir, et porta cette //. t soirée en compte sous la rubrique :
Une visite de nuit 40 francs
Boulet db canon. — Comme s'il y en avait d'autres I Et dire que cette locution est fatale 1
BoDLEVA&D. La Pologne, ce boulevard de la chrétienté. — Un boulevard qui a été longtemps bouleversé, et sur lequel ont piétiné trois nations.
BouRRELé. Bourrelé de remords. — Les gredins disent qu'il y a des consciences timorées comme il y a des estomacs délicats. Pour ces consciences, une mauvaise action est comme un homard pour un estomac difficile.
Bouteille. — Chez les poétaillons, bouteille rime à treille ou à vermeiUe. — Les glouglous de la bouteille. Bouteille^ ma mie.
« Que de poètes à jeun ont chanté la bouteille I »
(V. le Pauvre diable, de Voltaire.)
Bouton^ Fraiche comme un bouton de rose. — Le bouton de rose est très cultivé par les poètes erotiques, parce qu'il offre un sous-entendu libertin.
« Georgette allait compter treize ans, et déjà la nature lui faisait part de ces boutons charmants, que l'hymen seul a le droit de cueillir. »
(Ducray-Dumfnfl. Petit-Jacques et Georgette.)
« Flore a-t-elle dans sa corbeille un bouton de rose plus frais que celui de ton sein ? »
(Dorât. Imitations de poètes latins. Théodore de Bèze.)
Brandon. Allumer, agiter, promener le brandon de discorde. — En valeur dans le style héroïque, dans les poèmes héroïques.
Ki DICTIONNAIRE
Bras. Le bras de Dieu* — J^.f4,^ partie de l'auftiomie *divine. — Le bras vengeur. Lé bras séculi€t\ Livrer au bras ^ 'secuHer, — Dans mes bras, ma fiUe 1
(ExclunatioB des pères de théâtre ^ retrouToit le«n llles.)
^R.vv£. yiouB brave. — Dix campagnes, huit, blessures, ^ décore sur le champ de bataûle, couvert de rhumatismes, historien militaire en chambre ; ce que le vulgaire appelle : « une vieille culotte de peau ».
' , Cest un brave ! Cliché impérial qui terminait presque toutes les proclamations de Napoléon I*' k l'armée.
« Il vous suffira de dire : Tétais à la bataille d'Auateriiti, pour que Ton réponde : Ycilà un brave! »
{ProeUamiim, S déc IMS.)
« Que Ton dise de vous : U était à la grande bataille sous les murs de Moscou 1 C'est un brave I »
{ProeUmatiom, f sept 1811.)
^ ' Brave comme son ipée. — Fait bien au théâtre, dans • Ii4 t\'f U iJ ^P^ tirade. Réminiscence du beau temps des roman- / ' tiques ; rappelle « la bonne lame de Tolède ».
Brids. Lécher la bnde à ses passions. — Ce qu'il y a encor^j peut-étre, de plus prudent, dans certains cas. Si fon ture trop sur la bride, elle peut casser, et voilà le pauvre cavaher à terre. J^ ^ ^ ^ ^^^^
Briller. DriUer d'un éclat sans pwreiL — Le soleil, le ^-
nie, les yeux de la femme aimée, une conversation
; savante, un illustre orateur, une belle rivière de dia-
,* '^ • mants, voilà des gens et des choses qui, à des titres divers,
• , [ ^ brillent d'un éclat sans pareil, suivant Texpression des
faiseurs de romans à la mode.
Briller aux dépens des autres. C*est la seule satisfactipn des esprits vains et frivoles. " '
« Chacun veut auyourtrhui briller, voilà le mal ! »
^ V^^^i'nir Bonjour. L' Education ^ eete !•% scène «.)
'^^ Brodequi?^^ bhausser le brodequiti. — Ecoutez les vieux pi-
* fiers de la Comédie-Française : ils ne manqueront pas,
. .'■.-* ., t< ^/i€ si vous leur parlez de M"*^ Mai^, de vous dii*e : « Grand,
très grand talent dramatique qui a eu le tort de vouloir chausser le brodequin. »
« A socco ad cothumum asoendei^ » Monter du luxxloquin au cothurne.
(Apulée. Méimnorph.. I. X.)
« An juvat ail tragicos soccum transfert cothurnos. »
DES LIEUX COICMUNS. 45
Yeux-ta donc échanger le brodequin contre le cothurne tragique?
(Martial. Epigramme xn.)
Brodeb. Broder comme une fée, comme un ange. — Enft)re un travai l qui n ^ donne pas d'eau à boire!
Broder dei mensonges. — 11 n'y a pas besoin que les fils soient serrés ijLx^ tant d'imbéciles disposés à croire tout ce qu'on leurdnr* -----.. __.
Broderie. Les broderies du discours, du style, — C'est la langue ou la plume qui faitTo ffiçe d'aiguille ; mais, par un singulier contraste, ce n'est Jamais le brodeur qui s'endort sur son ouvrage ; c'est quelquefois celui qui l'examine. — C' est j'a rt de dire peu de choses en beaucoup de mots,"?!rtr^âîrcouD^e^â'geâ, en beaucoup de vd-:
Bronze? Xé bronze tonne. — Jadis cela se disait. Aujourd'hui nous disons : le « canon gronde. » — Le bronze mortel. Le glorieux bronze, le bronze de la grande armée : la colonne Vendôme, qui fut l'objet d'un déboulonnement spécial à l'époque de la Commune.
CcBur de bronze. — Tout ce qu'il y a de pliu dur, de plus impitoyable en fait de cœur. L'amant cjui délaisse sa maîtresse, qui reste^ sourd à ses supplications est un coeur de bronze... à ce que dit la délaissée. — L'usurier qui ne veut rien prSler'à 200"0/(r est un cœur de bronze.
Brûler. Brûler Sun feu discret. Amour qui brûle d'un feu discret. — La jeunesse ou la timidité brûle d'un feu discret.
BauMAniE. Uhomme de Brumaire. — L'acte odieux de Brumaire a étouffé la liberté. (Style des^ réiiufelicains.) L'acte énergique de Brumaire a sauvé Ta France de l'anarchie. ( ^Me des bonapartistes.)
Bvc^tlC^eanne d'Arc a poétisé le bûcher. — Phrase qui
f>ourrait bien être de Lamartine, lui qui a appelé Charot te Cor day « l'Ange de l'Assassinat ».
BcLLETiif. Armé du bulletin de vote, le peuple marche sûrement et pacifiquement à la revendication de ses droits. ^^ (Benzine politique.) Avec le bulletin de vote, plus de ré- "vdtumh possible, plus de sang ! (Autre guitare.)
Bcai5. Le burin de l'histoire. — 11 en a gravé de belles ! m VoilÂles faits vraiment miraculeux (la chute de Charles X)
46 mcnONNAlRK
que la semaine dernière a opérés, et que le burin de Thistoire rétraceiii un jour à Tadmiratioifi de la postérité. •
{Guette des Tribunaux^ 9 et 10 août 4830. CorretpoHdmee.)
Byzantine. Discussions byzantines. — Çç que ron entend ^ la Chambre quatre-yingt^lix-neuf fois sur cont.
Gabinkt. Le Hknce du eoMnel. — Tambouriner sur son
; pupitre, se nettoyer les ongles, bâiller à se démonter la mâchoire, voilà ce que nos hommes d'£tat entendent
, par le silence du caËinet.
Cest ban à mettre au cabinet — C'est-à-dire ça ne* vaut rien, ça vaut ce que vaut le papier imprimé sans valeur dont le destin est d'allgr somnrer aux cabinets.
Cette locution a été répandue depuis la réponse d*Alceste à Oronte qui s*achame à lui demander coounent il trouve son sonnet :
« Franchement, il est bon à mettre au cabinet. »
{Ls JÊUtaUkropê, aele I, k, n.)
Gachbr. Cacher son bonheur au fond des forêts,
« Là, avec une épouse, inconnu des hommes, oachant mon bonheur au fond des forêts. »
()Cbâ<w«hrimd, Atmlm,)
Avgourd'hui Ton traiterait de sauvage celui qui irait I ,\ -,.V ';) I cacher son bonheur au fond des forêts, en admettant / [ qu'il trouvât une femme assez peu femme qui consentit
. *; . à partager sa retraite.
Cachet. Le cachet du génie se manifeste dans ks moiindres productions de notre illustre poète. — Phrase consacrée par les journalistes amis de rillustre poète.
Cadavéreux. Le teint cadavéreux, — Au premier abord on
Rourrait croire que c'est de la littérature de fossoyeur. on pas... c'est tout ce qu'il y acTe plus reçu "àsmjtftHk' porte quet'roman digne d'être la^mêrae... enterré;
Cadavre.
« Le cadavre d'un ennemi sent toujours bon. »
^ Paroles de Charles IX devant le corps de Famiral Coligny pendu au gibet de Montfaucon. Ce sen sible . monarque, qui, à coup sûr, ignorait le sanscrit, pfÔfessait à 1 endroit de sas ennemis la même opinion que Samsthanaka, peTsonna.ge sanguinaire du drame de Soudraka, le Chariot d'enfan% à qui l'auteur fait dire ;
« La mort d'un ennemi estu i banquet pour le cœur. »
(Aete X.)
Cadre. Cadre ingénieuœ. Enfermer sa pensée dans un cadre ingénieux. — Recommandé aux journalistes qui ont le courage de jeter quelques fleurs de rhétorique sur les ,él4cubrations .de. MM. les conlérenciers, ces orgues de barbarie de l'éloquence.
Calice. Boire le calice jusqu'à la Ue, — Un ve uf qui se remarie boit le calice jusqu'à la lie. N^BSi-ii pas à la tête "Te'treuxlTeîles-mères? V - \. <
Calhe. Le caïmCj précurseur de la tempête.
« De même qu'un calme parfait est souvent le précurseur des plus violentes tempêtes. »
(M-« Cottin. Claire d'Albe.)
Calme profond.
« Les conspirateurs qui l'y attendaient (César) cachaient sous un calme profond les mouvements divers dont ils étaient agités. »
(Philippe de Ségur. ffiêi. univeneUe, tome II.)
Calomnie. La calomnie qui répand son venin. — Les traits empoisonnés de la calomnie. — 11 est, peut-être , aussi dif- Ûcile de dire où finit la vérité et où commence la calomnie, que.^e m arq uer où finit le banquier et où commence l'usurier.
Les attaques de la calomnie n'épargnent personne. — ^A entendre les coquins, ce sont eux qui sont toujours "" !es pîus^ calomniés. — Quel est Thomme qu'on ne peut calomnier sans que la calomnie ne contienne une parcelle de vérité ?
« Va I calomnie hardiment, il en restera quelque chose. »
(Bacon. De la dignité et de Vaccroiêsement des iciencegy Ut. VIII, ch. n.)
Plus tard, Beaumarchais fait dire à Basile :
« La calomnie, Docteur, la calomnie ! Il faut toujours en venir là. »
48 BICTIONNAIRB
Canard. £«s tîmard^ Vont bien passée, — Lorsque quelcp'un se vante d'avoir fait quelque chose dont Texécution était facile, on lui répond vulgairement, en manière ironique : Les canards l'ont bien passée. Cette façon de parler est tirée d'un couplet d'une ancienne chanson :
Dialogue du prince et du berger.:
Le PRnrcB. — Passe-t-on la rivière à gué ?
Le bebger. — Les canards l'ont bien passée, lirenda, lirondé.
{Cahier de ehanâonUt Teute Ovdot, 1718.)
Capitaine. Le plus grand capitaine des temps modernes. —
Napoléon !•'. AJui^seul il a valu dix pestes, dix famines
et vingt choiras, dTsent ses ennemis! ^JJe^fui^Je^Éj'an^
pourvoyeur de ^a ^Kafque à Caron, ce capllaSë con-
«omnîé* qui lit une si gi'ànde consommation de '^olda'ts.
Carmin. Le carmin des lèvres. — Quand on a assez de Tincarnat des lèvres, on passe au carmin. *
(Littérature de pastel.)
Carreau. Les carreaux de Jupiter, Des carreaux qui n'ont besoin d'être ni frottés ni cirés.
Catastrophe. Une horrible catastrophe, — Un fait divers (pii annonce un événement tragique commence toujours ainsi. Il y a beaucoup à parier pour qu'il finisse par le : « Après les constatations d'usage, le corps a été oirigé sur la morgue. »
Gaton. Nos modernes Cotons, — Ce sont les mdmes que le peuple, dans son langage expressif, nomm e des gêneur s, les mêmes qu'il envoie, sans gêne, à Ufiailloi! Nos modernes Catons sont quelquefois les petits-fils de Tartuffe.
« Dupin, le moderne Caton. »
XA. Pommier. Parié.)
Cause. La bonne cause.
« Ah I dame, quand nous nous battions dans le Bocage, c*était pour la bonne cause. >
(Fr. Soulié. La CUuerie dès genêts, acte I, se. tiu.)
La bonne cause est toujours celle que l'on sert. Il n'y / a pas eu jusqu^aux partisans de Don Carlos' qui liraient appelé la cause de ce prince « la bonne cause ». Peutêtre la bande^ à Mandrin croyait-elle servir « la bonne cause ».
Déserter la bcmne cause. — Pour les républicains, c'est abandonner les principes démocratiques et se jeter dans la réaction. — Pour les réactionnaires, c'est quitter le clan de la réaction et entrer dans celui du républicanisme.
Cayeant. Caveant consules. — Admonestation amicale de iournaliste à l'adresse de nos édiles, de nos gouvernants, renouvelée de la formule du sénat romain à l'adresse des consuls, dans les moments critiques.
Caverneuse. Voix caverneuse, — La fortune d'une basse c han tante, surtout dans l'air àé Nonnes' qm reposez ie To5êrf le Diable.
Gendres. Cendres de mes ancêtres.
« Mes ancêtres reposent ici ; je jure par leurs cendres de t'aimer jusau'au jour où l'ange du jugement m'appellera au tribunal d'Allah. »
(Chateaubriand. Le dernier Abeneeraçe.)
« QuMls (les Français) consacrent, dans Tannée, un jour à jamais solennel , pour pleurer sur les cendres des victimes que la guillotine a moissonnées. »
{Journal des Débats^ 83 Tenttee, an YIII.)
« Les femmes attendent *avec impatience l'arrivée de ces monuments funèbres (les tombeaux d'Héloïse et d'Abaylard), pour aller pleurer sur la cendre de rinfortunée Héloïse. »
{Idem, 4 Tenttee, an VIU.)
Cercle.
« Et votre man, ma chère ? — Encore à son cercle. — C'est comme le mien, il n'en sort pas : c'est un cercle vicieux. »
On s'entretient beaucoup dans les cercles politiques bien informés. — Les renseignements que nous avons recueillis dans les cercles politiques bien informés nous per^ mettent de... — Les cercles politiques bien informés sont d'une grande ressource pour les fabricants de nouvelles politiques. N. B. Ces cercles n'ontjamais existé que dans r imagination des nouvellistes.
Cérémonie. Imposante cérémonie. — Cérémonie officielle ou semi-ofQcielle, le plus souvent avec accompagnement de discours, musique militaire, chœurs, orphéons, etc.
« La messe commémorative de la mort de M. Thiers à Notre-Dame sera une des plus imposantes cérémonies qui aient jamais été célébrées sous les voûtes de l'antique cathédrale. »
{La France, 3 sept. 1878.)
Cette imposante cérémonie a vivement impressionné
l'assistance qui a écouté avec un religieux recueille^ ment, etc.
Géras. Les présents de Gérés, — Des présents qu'il faut gagner à la sueur de son front, demandez à nos bons villageois.
« C'est au feu de nos baisers qu'on yerrait mûrir les présents de Gérés. »
(Dorât. Imitation» de poètes Uititu. CaTalier>Marin.)
Ghâcun. a chacun le sien. — Et plus ordinairement en latin cuique suum.
(Tadte. — Cieérpo.)
Pourquoi faut-il qu'il y ait tant de gens qui, malgré cet aiiome, veulent ajouter q^ Jeur celui des autres?
i Ghaine. Les ckaines de l'hymen, — ^Les plus solides de ,-:' toutes les chaînes. Les chaînes qui accouplent les for-
çats du mariage ; le^mariage, un bagne que Ton no ii-^ /\ j cenciera pas comn£e''oîl a jicencîé'les aufres. ' '^^"^^y
' ) « — Oui ! mais nous aurons le divorce. — Le divorce, une
"^ demi-mesure, répondra un intransigeant du eonjungo, Qu'in
commence par abolir le mariage I »
Chaines dorées :
« Emplois, grandeurs tant désiréea^.
« J*ai connu vos illusions ;
« Je vis loin des préventions
« Qui forgent vos chaînes dorées. »
(Chaulieu. Vie ehampétret 4707.)
Ghamp. Le champ du repos, — Ge n'est pas le fufflj j jeyp q ni manque pour l'engraisser.
Ghanter.
,,^ ^ « Ce qui ne vaut pas Jla peine d'être dit, on le chante. »
(Beaumarchais. Le Barbier de Séville.)
Ghantre. Le chantre d'Elvire, vulgo Lamartine. — Le chantre d'AchillCf le vieil Homère.
Chantre harmonieux.
« Cependant, au milieu de tant de chantres harmonieux. »
(Réponse du citoyen Garât au discours de réception du eitojfen Pamy à r Académie firançaite. S6 décembre 1803.)
Le chantre des bois, le chantre des forêts. — Le rossignol.
« Chantez ; nous savons bien que vous n^avei jamais « Essayé d'égaler le chantre des forêts. »
(Berchottx. La Gastronomie ^chani IV. — 1803.)
DES LIEUX COMMUNS. 5i
Ghab. Char numéroté. — Le modeste fiacre. C'est dans un char noméroté que Louis-Philippe, partant pour Texil, Quitta Paris ; celui qui, pendant aix-nuit ans, avait conauit le char de TÉtat, prit place, comme un simple voyageur, dans un char numéroté.
« Et pendant ce temps-là, dans la cour de Thétel, les chars numérotés heurtaient leurs essieux salis par deux courses à rheure. »
(Jules Dairid. Lucien Spalmat livre I. — 1M5.)
. « Lorsque grisette précoce « Prend mon char numéroté, « Si j'aperçois une bosse...
« G^est pour la maternité. »
pL. FetteMU Le Cocher, chaDion, 1888.)
Char de la victoire.
« L'honneur et la gloire
« Ne suivent pas toujours le char de la victoire. »
(Crébillon. Pyrrhui, ac. Il, se. ▼.)
Charbon Etre sur des charbons ardents. — C'est griller d'impatience. Figure empruntée au martyrologe de saint Laurent. Celui à qui Ton a promis de l'argent est sur des charbons ardent pour peu qu'on le fasse attendre.
Charbonnier. Charbonnier est maitre chez lui. — Gela dépend du caractère de la charbonnière. (F. pour Tétymologie, les commentaires de Biaise de Montluc, où est raconté l'entretien entre le charbonnier et François l" égaré à la c}iasse.) Il est à noter qu'à cette époque, lorsqu'on cherchait à faire entendre la vérité aux monargueSj ^n avai t le soin de les faire égarer à la chasse. Il est vrSTquTls classaient encore plus qu'ils n'écoutaient /
la vérité ; aujourd'hui ils chassent moins et ils neTécoutent A pas d avantage. ■ ^ / -^
(ThaScutêrie. ïa charcuterie désorganise l'estomac des ' / masses. — Je dirai plus, le charcutier isme etFabsinthage sont les deux fléaux, les dMx Attilas du xix^ sîëcle.
Charlatan. Charlatans politiques. — Les maîtres des Bilboquets et des Mengins. S'ils n'étaient charlatans, on ne les croirait point, ces vendeurs de pommade politique, ^ ces soi-disant extirpeurs de préjugés sociaux. — Gomme jn ïffbf!îfà\l êhî ilhntre médecin à un célèbre charlatan ^ui travaille en plein vent les mâchoires plébéiennes : — Si vous saviez, comme il me fait du tort 1 répondit le rival de Mengin.
Charlotte Côrdat. — Charlotte Corday, Tange de la Guillotine, proposé comme variante à 1 ange de l'Assassinat de M. de Lamartine.— Peut-être- Charlotte Cordaj ne fuUelle qu*une Salomé normande qui a yoiUa qpéreV elle-même. ' ' -^
Te rapport du comité de Sûreté Générale appelle Charlotte Corday « unÉrostrate femelle». (46 juillet 4793.) Marat comparé à un temple! Voilà, une comparaison çrui ne serait jamais venue à Tesprit des petitsfils des âans-Culottes de 93.
Charmes. — Ce qui captive le plus les amants ce sont les
v.^ charme s^ secrets d e leurs maîtresses. Là est Texplica-
'' tion des ^Wncies passions qu'ont inspirées tant de
femmes laides, à commencer par Cléop&tre, cette mori-
caudT.
« Les transports renaissants à l'aspect de vos charmes. •
(Bernis. Epitr€ V.)
« L'élégante simplicité de sa toilette, et le goût qui y avait présidé, ajoutaient encore à Téclat de ses charmes. »
(Vicomte d'Arlincourt. Les trois châteaux, cbap. ui.)
Belle comme un charme. Les charmes de la vertu,
« Ah l que de la veitu les chai'mes sont puissants t • (Th. Corneille. Le comte dCEssex, acte IV, se. i.)
Charme de VidéaL
« Tout était poésie en lui (Soumet)» et vous attirait par le chai*me de l'idéal. »
(M»« Ancelot. Salons de Paris, 1866.)
Les charmes de la nature,
« Cependant il y a toiijoui'$ dans les plus belles contrées de ce pays (Allemagne), quelque chose de sérieux qui fait plutôt penser au travail qu'aux plaisirs, aux vertus des habitants qu'aux charmes de la nature. »
(M*« de StaëL L'Allemagne, tome I, ek. i.)
« Longtemps l'éminent orateur a tenu l'auditoire sous le charme de sa parole. »
{Cwq>te rendu d'une cérémonie quelcmquê oA quelqu'un a prononcé un discours quelconque,)
Charybdk. Tomber de Charybde en Scylla.
Passer du régime monarchique au régime républicain, c'est tomber de Charybde en Scylla, ou vice versa: affaire d'opinion.
« Incidis îii Scyllam, cupiens vitare Carybdim. »
(Ph. Gautier de LiUe, L'Alexandréïde,)
Chasser. Sortez ! je vous chasse I — Belle mauièi*e de mel*
tre à la porte un domestique, au Gymnase Dramatique. A un amoureux par trop entreprenant, on dit seulement: « Sortez 1 » avec T espoir qu*il reviendra.
CflATta^iME. La noble châtelaine. — (Voir* la collection des romans de cheyalerie.) Aujourd'hui Ton a morcelé les châteaux, et, avec la monnaie des châtelaines, on a obtenu la cocodette, la gommeuse.
Chaud. Chaud comme braise, plus chaud que braise. — Se dit d'un homme dont la flamme s'est allumée au brasier de Tamour.
« Pour esteindre d*amour les flammes « Plus chauldes que feu Salnt-Aiithoine. »
(F. Villon.)
Chaume. Chaumièbe. Le toit de chaume, — On rencontre .
ylut ôt ^ le bonheur sous un toit de chaume que sous des j. / lambris dorés. ^ u ne de' ces rengaines destinées à faire / pr e ndre aux pauvres diables leurs maux en patience.
~ i) ne^ lihmrhîere ' éf son cœur . — Le vœu dëlbus lès amoureux de l'ancien temps, à Taurore de leur pas- ) ;/ ^
sion. •/
Alors il semblait qu*un rien dût leur suffire. Comme ils ont çhaneeT
« Je n'ai plus à Voflfrir qu'un désert et mon cœur. »
(Voltaire. AUire, acte IV, scène iv.)
Chausser. Chausser le cothurne. — Un cordonnier seul oserait se servir de cette expression , qu'un cordonnier seul a pu mettre à la mode. Mais il 7 a encore tant de ^ cordonniers, voire tant de savetiers littéraires ! * . .' V .
** Chauêse-loi. — La seule excuse que Ton adresse à4in J y /. chieQ^ lorsqu'on Itti marche sur les pattes. y^ \ '
Chef-d'œuvre. — Une paire de bottes bien faites est un / ' ^ chef-d'œuvre pour un cordonnier. — Un vaudeville mêlé de chants, qui obtient deux cents représentations, est un chef-d'œuvre pour un vaudevilliste et ses collaborateurs. — Tous les livres de l'antiquité qu'on étudie au collège à cou ps de pensum sont réputés des chefsd'œuvre, d^STfflrnorlels chefs-d'œuvre, lorsqu'on a fini d'user ses culottes sur les bancs du collègue. — 11 parait / que l'homme est le chef-d'œuvre de Dieu. — Qui dit / / ça? L'homme. ' /
CllKffliN. SUi^H le chemin de Vhonneur. — C'est pour un souverain, ne pas violer la Constitution; pour un ministre, ne pas acheter les votes des députés ; pour les
champ
protester sa signature ; pour la jeune fille, ne pas céder avant le mariage; pour la femme mariée, ne pas céder hors du mariage ; pour le domestique , ne pas trop voler ses maîtres. "^
"^ Vous qui m'avez appris à souffrir pour votre sainte cause, vous qui m'avez toujours montré où était le chemin de l'honneur inspirez-moi, Seigneur mon Dieu! »
(Frédéric Soulié. La Clotene des Genêts, acte III, se. XII.)
« Soldats, il n'est aucun de vous qui veuille retourner en France par un autre chemin que celui de l'honneur. »
(Napoléon I**-. Proclamation à la Grande Armée, 6 oct. 4806.)
Le chemin de la gloire. Uû-Chemin hérissé dejbaïonnettes couvert de charges de cavalerie, semêi*éclâls à'obus, et noir de mitraille.
Cheval. A cheval, messieurs ! (Style de théâtre.) — Dans les pièces militaires de Tancien Cirque, le « A cheval messieurs I » a souvent retenti. On le rencontre aussi dans quelques vieux mélodrames.
« Parti déjà I Karl I Au revoir, mon père. A cheval, messieurs 1 »
(Lockroy et Anicet Bourgeois. Karl ou le CKàthnent, acte I, se. VIII.)
Dans cette pièce, Mélingue jouait un bout de rôle; il était assassiné au premier acte et ne reparaissait plus. Depuis il a pris joliment sa revanche.
« Cest bien I à cheval ! et qu'on amène ces deux espions au quartier général. »
(B. "Wœstyn, H. Crémieuz et B. Bourget. La Voie sacrée ou les étapes de la gloire, acte II.)
Chevelure.
« Sa brune chevelure tombe en anneaux sur un cou éblouis-
sant ^
(M— Coltin. Claire d'Albe.)
a Sa chevelure blonde, bouclée avec art, retombait gracieusement sur un front blanc et uni comme celui d'une jeune fille. «
'' (A . Hicard . La Grisette, 1 829 . )
tt Sa peau était d'une blancheur éblouissante, et sa chevelure d'un noir d'ébène. »
(Vicomte d'Arlincourt. Lei trois châteaux, ch. ut.)
Sa chevelure luxuriante tombait sur ses épaules comme un riche manteau. (Style romantique.)
Cheveu.
« Un médaillon I... des cheveux t... une lettre t... »
(Joseph Bouchardy. La Sœur du muletier.)
c Les plus beaux cheveux blonds flottaient en boucles sur ses épaules. »
(M«« D... Maria.)
c II y a assez de scandale pour dépouiller ma tète de ces cheveux blancs qu'on peut aujourd'hui regarder avec mépris. »
(Albert Labrousse et Alpb. Brot. Juliette, 1834.)
« 8era8-tu sans pitié pour mes cheveux blancs ? »
(/dem, idem.)
c Ses cheveux sont d*un noir d'ébène, «r Son teint des lis a la blancheur, tt Ses lèvres sont couleur de rose, « Et ses dents sont des perles... »
(Scribe, Francis et Brazier, Partie et Beoanehe, M. xwi, 1823.)
« Des cheveux d*un blond doux, ondoyeux comme la soie, flottaient, sans nul apprêt, sur son cou blanc comme la neige, et couronnaient son firont virginal. »
(Y. Ducange. Léonide ou la Vieille de Swesne, 1830.)
« Leurs cheveux flottaient en boucles sur leurs épaules. »
(Ducray-Duminil. Petit'Jacquet et Georget te . )
Passe-moi la main dans les cheveux. Phrase suintant la passion échevelée,superfétation amoureuse qui est tombée dans le domaine du comique, mais dont nous trouvons un exemple sérieux et convaincu dans un roman du xix« siècle.
« Amélie, disait le jeune homme, n'est-ce pas qu*un pareil amour ne doit pas finir? N'est-ce pas que tu m'aimes pour le temps et Téternité ? Oh I laisse-moi passer ma main dans tes cheveux! »
(Jules A. Da^id. Lucien Spalnui, livre III, 1835.)
Les romanciers font encore usage des cheveux noirs comme Tébène, plus noirs queTébène, et, plus fréquemment, noirs comm e l'aile ducorbeau, qui se déroulent plus ou moins capricieusement, qui flottent plus ou moins sur un cou toujours plus blanc que l'ivoire, le marbre OH l'albâtre.
Ceux qui préfèrent les blondes chevelures trouveront également cnez MM. les romanciers un grand choix de
M DICTIOIirNillRB
cheveux plus blonds que les blés, de cheveux dorés rui rappellent le blond vénitien, et autres.
f Aujourd'hui que les élégantes se teignent les cheveux, il faudrait, pour être vrai, signaler la couleur rouge carotte dont elles ont abusé, et, plus récenament, la couleur beurre rance, le dernier mot de la teinture capillaire à la mode. — Quant aux faux cheveux... ils sont dans la proportion de 4 000 sur i .
Faire dresser les cheveux sur la tête, — On a vu des gens à crâne chauve prendre plaisir à se servir de cette expression.
« Oui, je sens sur mon front mes cheveux se dresser. »
(Népomucène Lemercier. Agamemnont acte IV, scène m.)
Cheveux blonds et naturellement bouclés.
« Flavum et inaffectatum capilitium. »
(Apulée. Métam, livre II, trad. Bétolaod.)
Chèvre. Ménager la chèvre et le chou. C'est un art miulatériel qui consiste, pour conserver ùîP portefeuille, à TïîSlïagcrla majorité et Topposition.
Chèvrefeuille. Le chèvrefeuille répandait une odeur doucement pénétrante. Un élégant kiosque, caché sous le chèvrefeuille, où la marquise venait rêver tous les jours. (Une des attributions du chèvrefeuille dans les romans.)
Chien. Un chien en vie vaut mieux qu'un roi mort. C'est la variante du verset 4, ch. ix de VEcclésiaste :
K Un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort. •
Et La Fontaine, dans la Matrone d'Ephèse :
« Mieux vaut goujat debout qu'empereur enterré. »
Bien avant La Fontaine, Fr. Villon avait exprimé ainsi la même idée :
« Mieux vault vivre sous gros bureaux
« Povre, qu'avoir esté seigneur,
« Et pourir soubz riches tombeaux. »
Le chien est Vami de l'homme.
Le chien est l'image de la fidélité.
« Un jour aux pieds de son amie, « Ce tendre époux dépose un Jeune chien :
« De ia fidélité c'est 1 image chérie. »
(Monvel. Les deux ekietiSt fable.)
Chimère. Serepaitre de chimé^^es. Un peuple qui ajoute fôi* aux promesses d'un souverain à son avénenSfiEFT'SI!
DES LTEUX COMMUNS. «T
ti^Oneje repaît de chimères. — Compter sur le désinté; ressemènTaùri créancier, c'est se repaître dé chimères. ' « Jj'iyr est une chimère. « '^^ ^^ - - -
(Scribe. Hobert le Diable.) ^
Choc. Bu choc de la discussion jaillit la lumière. Gela dépend du caractère des interlocuteurs. On a vu nombre ae discussions d'où jaillissaient des coups de poine.
Cicatrice. Noble cicatrice, glorieuse cicatrice. Quelque bon J / » coup de sabre^n pleine figure. ^'^wl a
« n (Washington) s'approche avec plaisir de ces vétérans * dont les nobles cicatrices sont les premiers ornements de cette fête. »
(Fontanes. Panégyriçue de W€uhington.)
C'e,st presque aussi grand que :
tt Ce sabre est le plus beau jour de ma vie. »
Ciel. Avoir le ciel dans le cœur. « La main dans la main, les yeux dans les yeux, ils marchaient en silence, le ciel dans le cœur.» Marche ordinaire des amoureux de roman.
Ciel! mon màriî — Cn que font pousser les dramaturges aux petites dames de théâtre surprises par le mari, au moment où le canif est tiré, prêta lacérer le contrat de mariage.
Ciel! veille sur lui! — Autre rengaine dramatique.
La comtesse : — « Le ciel veillait sur lui, Marguerite.
Marguerite : — Oui, oui, le ciel veillait. »
(Dumanoir et Ad. d'Bnnery. Le» Drame» du cabaret, actel, 8C. iT. 1864.)
« Le ciel ne permettra pas que la perversité triomphe; il déconcertera les infâmes qui ont juré ta perte ! »
(Sophie Gay. Un Mariage sou» V Empire.)
« Le ciel en ftit jaloux : elle doit être au ciel. »
(H™* Desbordes-Valmore. Le Rêve de mon enfant.)
D'un fréquent usage dans la littérature de cimetière. (V. les Guides des cimetières de Paris.)
« Le ciel est jaloux de la terre, et rappelle ses favoris des rives trompeuses du temps. »
(M™e de Staël. Corinne, livre II.)
« Ici, du haut des cieux,'du Guesclin me contemple. »
(Voltaire, Adél. du Guesclin, acte I, se. ii.)
Et plus tard Scribe :
« Du haut des cieux, ta demeure dernière « Mon colonel, tu dois être content I »
88 DICTTONNAIRS
^ OubUer !ê ciel et la terre, — Être dans le troiàème ciel. . . de lit de Tamour.
« Elles ont oublié toute relenae« toute pudeur; oublié la terre, oubUé le ciel. »
(Ft. GaiUardel et A. Damu. La Ttmr de NetU, 1839.)
Ciment. Le cment de l'amitié. — Un ciment qui ne Taut pas le bon ciment romain , car la plupart des amitiés sont des bicoques bâties, comme on d it« de -baue £t da crachat, que le moindre vent de FadvelPslté suffi rs^eter~
Circulaire. Circulaire électorale.
« La circulaire de... adressée aux électeurs du... aura un immense retentissement et exercera une grande influence sur les élections de....»
£t dire que c*est toujours comme çà !
CiRON. Depuis le ciron jusqu'à l'homme^ tout dans la nature atteste la toute-puissance d'un Etre-Suprême. Que d*hommes ne sont que des cirons !
Ciseaux. Les ciseaux de la Parque. — Faut-il que l'homme soit malheureux sur la terre pour en arriver & arracher les ciseaux des mains de la Parque et se trancher k luimême le fil de ses jours !
Il y a encore les ciseaux de la censure, cette Parque administrative.
Civilisation. Les bienfaits de la civilisation. — Un raffinement ii'hypocrisie. Tartuffe est un coquin très civilisé, inais h'op pressé. On fait mieux aujourd'hui.
Classe. Les classes dirigeantes, — Les filles de leurs pères. Les classes laborieuses, les filles de leurs œuvres. Pourquoi faut-il que ce soient des sœurs ennemies?
Clé. La religion est la clé de voûte de r ordre social. — X.e n'est certainement pas un libre penseur qui a tenu^ceUe |)îi'ràse sur les fonts baptismaux. ^ *"" '*
Clémence. La clémence est le plus bel apanage d'un roi. — 11 faut avouer qu'ils n'en abusent pas.
"^^-(rSongéz que la' clémence a toujours eu ses droits « Et qu'elle est la vertu la plus digne des rois. »
(Thomas Corneille. Le comte d'EeêetB,)
« La clémence est la vertu des rois. »
(Bounault. Étape à la Cowr^ acte m, se ii.)
Clémence est an nom très répandu parmi les femmes de chambre.
CLéRiCALTSUE. Lcs empiétements du cléricalisme. — Si les réactionnaires ont le spectre rouge, les républicains ont le spectre blanc dans les empiétements du cléricalisme.
Cloche. Cloche du monastère. Cloche du couvent.
« Toi I va retrouver nos amis réunis dans les montagnes ; qu'ils se tiennent prêts à descendre en armes, lorsque la cloche du couvent voisin leur en donnera le signa^. »
« (Mallian, P. Toarnemine et Bernard, te curé Mérino,