acte Y, scène ti
« G*est la cloche du monastère...
<c Ame immortelle, allez en paixl »
(Jony. Le Glcu.J
La cloche du monastère sonne souvent dans les mélodrames de cette époque.
Les tintements de la cloche.
« Les roucoulements de la colombe de Virginie... les tintements de la cloche qui appelait les voyageurs, se mêlaient à ces chants funèbres. »
(Chateaubriand. Aiala.)
Clocher. Cbcher nataL On revoit toujours avec plaisir le clocher natal. — Peut-être, mais à condition de ne pa? le contempler longtemps.' ~ '
Cloître. Demander du chitre l'oubli du monde. — Un renre de suicide comme un autre.
GcEUR. CoBur de roche. Cœur de marbre.
« Avec ce beau visage avoir le cœur de roche. »
(Corneille. La Suivante, acte III, te. n.)
« G*C8t le cœur qui foit tout. »
ft (Molière. Mélieerte, acte II, se. m.)
« Mais, quand nous serions rois, que donner à des dieux?» « C'est le cœur qui fait tout... »
(La Fontaine. Philémon et Baueis.)
Qui a prétendu que le cœur humain était insondadable ?
Voici ce qu'a trouvé Sophocle (Fragments) en le sondaatjjjê^la Doue. .
Le cœur"^ TÎ^'Thomme est un abîme insondable. — Et celui de la femme donc ? Le cœur de l'homme est impénétrable.
« Et qui peut pénétrer dans le cœur des humains? »
(Saurin. Spartaati, acte l, se. i.)
fiO mcnOTINATIIE
Le cœur ne vieiUU pas. Titre et refrain d*ane chanson
de Cagneux :
« Sur nous, humains que le destin moissonne, « L'hiver des ans jette ses noirs frimas; « Gonsolons-uous si noti*e front grisonne.
« Le cœur ne vieiUit pas. »
Cohortes. Nos vaillantes cohortes. (Style d'historien.)
Collègue. Notre éminent , notre illustre collègue, — A. rinstitut, à la Chambre, au Sénat, on se donne publiquement de l'illustre, de Téminent collègue, en veuxtu, en voilà. J^ petto, Tillustre collègue n'est souvfîftt qu'une gan acné.- ' "^ ■
Colonne. Bossuet fut une des colonnes de VEgUse. — Une colonne qui pesa bien durement sur le pauvre Fênelon, une colonne sur laquelle Rome n'a jamais voulu s'appuyer,
« Ah ! qu'on est fier d'être Français « Quand on regarde la colonne ! »
(Emile Debranx.)
Oui !... Mais quand on la déboulonne !
Colonne de la monarchie.
<( Le terrible ouragan qui a renversé les antiques colonnes de la monarchie française. »
{Jourtial dei Débats, S4 ^entftse, an VIII.)
Colosse. Le colosse du Nord. — On trouve ce colosse russe moins grand depuis la dernière guerre avec la Turquie. Pauvre colosse ! tu dois une belle chandelle à la Roumanie. Mais le colosse ne pèche pas par la reconnaissance. Il sait que l'ingratitude est l'indépendance du cœur des colosses.
Combat.
« Et le combat cessa faute de combattants. »
(Corneille. Le Cid^ acte lY, se. m.)
Citation interprétée jusqu'à ce jour d'une manière comique. M™° de Sévigné, dans ses lettres, est la première qui l'ait reproduite dans ce sens, et tant d'autres après elle.
Combattre. Combattre le bon combat. — Noble et ancien style qui peut faire croire que celui qui l'emploie n'es* pas étranger aux beautés de la langue de Virgile.
Combattre pour la défense de nos glorieuses institutions. Quand on est victorieux, ce «ont ceux qui sont restés
dans J[gg câïêâ aui ent jauL.lfi-^ofit. Quand on est vaincu : vui -Cayen ne et Nouvelle-Calédonie.
Combattre l'erreur avec les armes de la persuasion. Perdr e sQja. temps, passer pour un fou ou tout au moins pourJii i.i)£iginâir' "^ "
Comique. MoUére est notre premier comique, — Aujourd'hui il faut nous contenter des... Ah ! ne nommons personne.
Vis comica. (Attribué à César). -^ Cette force comique remplacée par le vis pomographica, la for ce du maillot et du décojletage. - .- - — ^^
Commensal. Joyeux commensal. — Il faut bien que le piqueassiette joue son rôle et fasse rire les invités.
Commentaire. Pas de commentaire, n'est-ce pas ? — Cliché adopté par MM. les Journalistes qui ne veulent pas affaiblir par une appréciation quelconque, soit un acte qui parle assez par lui-même, soit un propos éminemment typique.
Compagne. Fidèle compagne de sa vie, — Se rencontre dans les oraisons funèbres en parlant de celle que
^ Pfudhomme appelle « sa chère moitié, son épouse dévouée. »
Comparaison. — La plupart des comparaisons de longue haleine présentent cette singularité qu'on pourrait les appliquer au rebours ; elles auraient autant ae signification, '^-"^i.^-— -^~
Parmi les comparaisons fondamentales, il faut citer d'abord : ' % %
Triste comme un bonnet de nuit, poltron comme un lièvre, paresseux comme une couleuvre, hardi comme un page, jurer comme un charretier, boire comme un sonneur^ comme un suisse, comme un polonais, fumer comme un suisse, joueur comme les cartes, bon comme le pain, soûl comme un polonais, fier comme Artaban, vif comme la poudre, timide comme une jeune fille, doux comme un agneau, susceptible comme un éléphant, muet comme un poisson, roucouler comme deux tourtereaux, sage comme une im^ge, prompt comme l'éclair, fort comme un turc, beau comme le jour, heureux comme un roi, heureux comme le poisson dans l'eau, riche comme Crésus, malin comme un singe, malheureux comme les pierres, pauvre comme Job, jaloux comme un tigre, pressé comme un lavement, blanc comme neige, mou comme une chiffe, sourd comme
61 mCTIONNAIAB
un pot, têtu comme un dne, méchant comme un âne rouge^ gai comme un pinson, amoureux comme «n fou, saie comme un peigne, propre comme un sou, bavard comme une pie borgne, méchant comme la gale, gros comme deux Kards de beurre, fichu comme Vas de pique, orgueiUeux comme un paon, juste comme Vor, tendre comme la rosée, amoureuse comme une chatte, dur comme un roc, fragile comme un Merre, laid comme un pou, béte comme un chou, poilu comme un ours, rouge comme un gratte-cul, ami comme cochon, Hbre comme l'air, plein comme un asuf, pkU comme une puncùse, noir comme une taupe, chaud comme braise, froid comme un glaçon, amer comme du fiel, limpide comme l'eau de roclie, rare comme les beaux jours, embêtant comme la pluie, g^^ossier comme du pain d'orge, droit comme un i.
Compatir.
« Qui ne sait compatir aux maux qu*il a soufferts? »
(Toitaire. Zo&v, acte H, se. ii.)
Vers imité de celui de Virgile :
« Non ignora mali, miserîs succurrere disco.
« Sans peine on compatit au malheur qu*on éprouye. » *
(Àrn&ult. MarivM à Mintumes, acte II, m. i.)
GoMUS. Enfant de Comus,
« Les enfants de Gomus, sujets aux mêmes lois,
« N*ont rien qui les distingue et sont éj^ux en droits. »
(Berchoui. La GaatronùmMe, chant III, iWS,)
GoNCBNTRBB. Conccntrcr ses plus chères affections.
y* C*était un bonheur pour elle d'être utile à Tépoux qu'elle adorait depuis quarante ans, et sur lequel elle avait concentré les plus vives, les plus chères de ses affections. »
{Diseowra de réeeptùm dé M, Ftennef il t Académie frta^Ue, S mai 4 831. y
GoNCEPTioN. Les sublimes conceptions de l'esprit humain, — Gombien ont, pendant toute leur vie, crevé de fai{9^d.e ces génies qui ont légué au monde les fruits "cle leurs sublimes conceptions 1
Concours. Un immense concours de monde se pressait dans l'église trop petite pour contenir...-— Qu'il s'agisse d'un mariage ou d'un enterrement, le cliché ne varie pas. L'église est toujours trop petite pour la foule!
« M. X... a bien voulu prêter le concoui'S de son talent h cette lête dont les invités ont emporté*ie meilleur souvenir.»
Cela vaut mieux que d'emporter rargenterie comme il est arrivé quelquefois dans certaines fêtes où la société était aussi nombreuse que mal choisie.
Confident. Discret confident. — lien entend de belles, le discret confident! Quand son intérêt est en jeu, adieu la discrétion du discret confident.
Confrère. Cher et illustre confrère. Monsieur et illustre confrère. En tête d'une lettre écrite par un manœuvre de lettres à un haut personnage littéraire.
Le cher et regretté confrère que nous pleurons. — En tête d'un article nécrologique. Du vivant du cher et regretté confrère, a-t-on dit assez de mal de lui ! Et celui qui prononce l'oraison funèbre n'a nas été le dernier k en aire.
« Après notre illustre confirère dont vous venez d'entendre la parole autorisée, ce n'est pas sans un sentiment de crainte que j'aborde un pareil sujet. »
(Début d'un orateur timide qui, au fond, se croit bien supérieur à celui qu'il traite d illustre.)
Notre spirituel confrère. Se dit entre journalistes.
Conjurer. Conjurer à genoux, o$njurer à deux genoux. — Une manière de s'avilir aux yeux de son prochain. Phrase de mélodrame.
Conjurer la tempête. C'est un art que possèdent cer- / i »/• taines femmes travaillant le contrat de mariage à »f j ^ ^ V coups de canif.
Conquérir. Conquérir kê cœurs, — Encore un triomphe de l'hypocrisie.
Considération.
tt Obéissant h des con<;ir1(^rations que nos lecteurs comprendront, sans qu'il soit besoin d'insister davantage, nous nous sommes abstenus de parler de cet événement. »
Faux-fuyant de journaliste qui s'est laissé devancer par ses confrères. Traduisez par : « Nous n'en connaissions pas un mot hier. » Et, aujourd'hui... suit une colonne de détails empruntés à un confrère qu'on se g^arde bien de citer, naturellement.
Consister. Le bonheur consiste dans la pratique de la vertu. — Qu'ils lèvent la main et qu'on les compte ceux qui mettent cette belle maxime en acLion I
CoNsoLATiopf. Plus de consolation sur la terre, — C'est avec ces mots là qu'où tombe daus tous les excès.
« Qu'importe ! Périssent ensemble mon corps et ma raison ! Tu sais bien tout ce que j'ai perdu; tu sais bien qu'il n'y a plus pour moi de consolation sur la terre. »
(Àdad^Ennery. La pri»e de Pékin^ acta II, se. x, IMI.) CoNSTITOnON.
« Fidèle gardien de la Constitution, j'en ai reçu le dépôt de vos mains et je saurai la faire respecter. »
Belles paroles de n'importe quel souverain, le lendemain du jour où il a prêté serment à la Constitution. Plus tard va-t-en voir s ils viennent, Jean l
CoNTMiPTEDR. Contemptcur de la vertu, — Quand on voit tant de coquines dénigrer le petit nombre de femmes honnêtes, c'est que les coqumes savent que l'honnêteté et la vertu sont des capitaux qu'on peut réaliser un jour ou l'autre.
Contenter. On ne peut contenter tout le monde et son père. — Phrase clichée qui était dans la circulation Dien avant La Fontaine qui s'en est ainsi emparé dans sa fable Le Meunier, son fils et l'âne.
« .* Est bien fou du cerveau.
« Qui prétend contenter tout le monde et son père. »
On rencontre déjà ce dicton dans une lettre écrite au savant Nicolas, par Léonard Arétin, surnommé Brunus, auteur du xv« siècle.
(Qmtàrd. Dictionnaire des Proverbe».)
Contradicteur. Mon honorable contradicteur. — Tu l'appelles ainsi à la tribune et tout bas « affreux coquin, affreux drôle » qui se permet d'avoir une opinion contraire à la tienne.
Contradiction. Contradiction du coBur humain,
« Étrange contradiction du cœur humain ! »
(Chateaubriand. Le dernier Abeneerage.)
Conviction. Conviction profonde. — Il y si a peu de gens qniî ont une conviction et surtout une conviction profovide que ce n'est pas la peine d'en parler.
« Je vous le dis avec l'énergie de la conviction. »
Paroles qu'on peut prononcer à la tribune ca dans une circonstance grave et solennelle,
« le regrette donc, avec toute Ténergiie d*une conviction profonde, tout ce qui est en dehors de Tordre légal. »
{Dûcours de rentrée prononcé pop M. Dufaure, avocat général devant la Cour royale de Pau, 3 novembre 4830.)
Ttrrible conviction, ♦
« Ah 1 si tu savais tout ce que j'ai souffert quand j'eus acquis cette terrible conviction ! »
(Francis Cornu et H. Auger. Pauvre mère^ 1837.)
Savo ir qu e votre femme vous trompe^ c'est acquérir, poiir quelquea-ûns, une terrible conviction.
Convive. Convive aimable, — Un estomac reconnaissant... pendant la durée du dîner.
Convulsion. Les convulsions du désespoir, — Une scène de haute comédie féminine.
Coquelicot. Bouge comme un coqueRcot, Un champ émaiUé de coquelicots et de pâquerettes. Un auteur moderne, M™* Sand, je crois, pour varier un peu le tableau champêtre a appelé le coquelicot « le sourire des champs. » A quand le « signe de l'honneur deschamps » ?
Corail. Les lèvres de corail. — (Littérature de joaillier.)
a Son sourire exprimait d'avance ce qu'elle allait vous dire; sa bouche , ouverte à demi, laissait soupçonner deux rangées de dents, dont la blancheur rendait plus vive {sic) le corail de ses lèvres. »
(Ducray-Duminll. Petit-Jacques et Georgette.)
« Et le corail si pur de ces lèvres riantes. »
(Ch. Brifaut. L horoscope d'une femmes conte.)
« Peins, sur ces lèvres de corail, « Les fleurs nouvellement écloses. »
(Dorât. Le Portrait d^Ismêne.)
« Ces lèvres de corail si fraîches. »
(Sainte-BeuTe. Poésies de Joseph Delorme.)
Corde. Coi*de sensible. — La corde du cœur que fait vibrer un sentiment auquel on est sensible.
a Ces qualités ne touchaient pas « De mon cœur la sensible corde. »
(Vergier. Fables.)^ ^
COBIMTHE.
« Tout le monde ne peut pas aller à Corinthe. «
'Non omn^ms licet adiré Corinthum; par corruption pour aerocorinthum. L'acrocorinthus était une forteresse flanquée sm* an rocher, à Tentrée du Péloponèse :olle
16 DICTIONNAIRB
est encore debout. L'accès en était excessivement difficile, d'où le non omnibus licet adiré acrocoinnthum dont on a fait Corinthum en prenant le tout pour la partie. Les fantaisistes traduisent par : On n'allait pas en omnibus*au lycée de Corinthe.
Corps. Les corps célestes. — Les étoiles auxquelles les amoureux comparent les yeux de leurs amoureuses. Les corps célestes sont du domaine des revues scîenliûques : étoUe serait court et trop compréhensible.
Jadis la poésie usait de ce trope :
« Quel plus sublime cantique « Que ce concert magnifique «.De tous les célestes corps? »
(J.tB. Roiumm. Odei.)
Cortège. Cortège impoêant — Une mascarade royale ou officielle, quelque chose comme un sacre... La promenade du boeuf gras passe aux yeux des badauds, faute de mieux, pour un cortège imposant.
DoRYPHÉE. Les coryphées du parti légitimiste, les coryph^rs du parti bonapartiste, — Ils n'ont pas de grandes niasses chorales à diriger. — Mais sont-ils vingt, ils font du bruit pour mille.
LÎou. Cou d'albâtre. Cou de cygne. — Voilà comme les poètes comprennent la blancheur d'un cou de femme; et quel compliment ils lui décochent !
« Ses' cheveux noirs tombent en boucles sur son cou d'albâtre. »
(Chateaubriand. Le demier Abeneerage.)
Cou d'ivoire. Pour varier un peu.
« Une jeune femme d*une blancheur éclatante, dont les charmes naturels étaient singulièrement relevés par une foule de perles et de pierreries qui serpentaient sur ses cheveux blonds et son cou d^ivoire. »
(Armand Charlcmaçnc. Les trois B ou Aventvres et mémoiret d'un àoUeuXy d vfi borgne et «Tim boasUf 1809.)
Cou plus blanc que le marbre. Méd^ez bien, jeunes auteurs, la phrase suivante. Gomme elle est belle, et comme elfe est courte, et comme elle est naturelle, et comme elle fait image ! 11 n'y a que les romantiques ca* pabies de pareilles beautés.
«... Une chevelure massive* plut noire que Tébène,
soulevée par l'exubérance de sa sève, envahit, dans un désordre superbe, un cou ferme et blanc comme le marbre de Carrare, et, s'y enroulant en tumulte, ainsi qu'au soleil une nichée de couleuvres, décompose en reflets changeants la lumière absorbée dans ses replis. »
(F. MallefiUe. Mémoires de Don Juan.)
Couleurs. Les plus vives couleurs WUlent sur son visage.
« Où trouver des couleurs pour la peindre ? »
(M"" Cottiii. Àfalvina.)
Coup d'œil. Coup d'œil d'aigle.
«De son coup d'oeil d'aigle. Voltaire examine les pièges qu* l'envie tendit a une illustre infortune. »
{Discours de réception de H. Pohgerville à C Académie française.^
De combien de myopes, de combien de porteurs de -lunettes 'n*â-l-ôn pas dît qu^ils avaient un coup d'ioeil d aigle?
Le coup d'œil d'aigle a été attribué également à Napoléon.
Coupe. Boire à la coupe, s'enivrei' à la coupe de volupté. — Affectionné parles poètes sensuels de Técole de Théophile Gautier.
Il y a loin de la coupe aux lèvres, C*est la traduction française d'un vers traduit déjà du grec en latin par Aulu-Gelle.
« Multa cadunt inter calices supremaquc labra. »
Coupe d'amertume. La coupe du banquet de la vie pour la plupart des convives.
« Quelques douceurs, sans doute, pour lui faire avaler la coupe d'amertume. »
(Sopliiu Gny. Un Mariage sous V Empire. 183*2.)
a Quand, au milieu des tourmentes de la fortune et du cœur, on a hu successivement à toutes les coupes d'amertume de la vie... t>
(V** d'Arlincourt. Les Trois Châteaux j chap. 1. 1840.)
La coupe du bonheur.
« Elle épuisait avec eux la coupe légère et fragile du bonheur le plus pur que l'on puisse goûter sur la terre! »
(M"»" de Genlis. Pétrarque et Laure.)
« Je saisis du plaisir la coupe enchanteresse. »
(Ducis. L'Amitié.)
Couper. Couper V herbe sous les pieds. — Ce n'est rien eucorc^uand ou ne coupe pas les pieds du même coup.
6« DICTîONNATRE
Couperet. Le fatal couperet. — L'instrumentum regni de notre glorieuse Révolution.
Courage. Du qpurage ! — Je ne vous souhaite pas d'enten- »dTe.prQnoncer ce mot, dit, à votre adresse^^par M. lo ""directeur de la Roquette.
« , .Un tel, votre pourvoi en cassatioo a été rejeté, votre recours en grâce a été repoussé. Du courage!... »
Couronnement. Le couronnement de Védifice. — Fut longtemps un cliché impérial. Qui eût dit alors^ que Sedan serait le couronnement de l'édifice ? **""
t]ouRONNER. Couronnei" de fleurs sa tête. Orner de fleurs. — Phrase qui rentre fatalement dans un compliment en vers adressé à quelqu'un pour sa fête.
« Il est aujourd'hui votre fête,
« Et de ces agréables fleurs , « Dont le temps ne saurait effacer les couleurs, « Ma main devrait, abbé, couronner votre tête. »
(Dcshoulières. A l'abbé de LavauJ)
« Mon cher papa, c*e$t aujourd'hui ta fùtc :
€ Voici des fleurs pour couronner ta tête. »
{Compliment enfantin.)
€ Et tous les ans, aux jours de votre fête , € Ornez votre sein, votre tête « De ces fleurs. »
(Verger. Fables. 4706.)
Courriers. La courriére du jour. — Variante à l'usage des gens qui sont fatigués d'appeler par son nom l'aurore, Vaurore aux doigts de rose. — La nocturne coun'iére, variante à Tusage des gens à qui le mot « lune » écorcherait la langue ou le papier.
Courroux. Affronter le courroux.
« Il ose affronter mon comToux. »
(Fabre d*BgIantine. L'Intrigue ^istolaire, acte Y, se. rm. 1791.)
Calmer le courroux.
« J'ai cru qae des présents calmeraient son courroux. »
(Radne. Athalie.)
Allumer le courroux.
« Aurions-nous donc, mes sœurs, allumé son courroux? >
(C. Delavigne. Le Paria^ acte H, se. ti.)
CouRsrER. Un noble coursier. — Les enfants disent un dada^et c'est bien plus pittoresque; que MM. les Aca- "demiciens y réfléchissent
« Que je trouve de charmes « A voir tous mes guerriers • « Rangés et sous les armes, « Lancer leurs fiers coursiers! »
(Scribe et Poirson. Le Nouveau Pourcecugiiac, se. ïu. 1817.)
Couver. Couver des yeux, — Une manière de. faire éclore jjirnour, quelquefois. -
Couver une trahison. Une manière d'amener un changement de ministère, dansles sphères politiques. — Une manière d'amener le minotaure, dans la sphère domestique.
CuAiNDRE. Crainte.
« On n'est que plus près du danger,
« Quand pn croit n'avoir rien à craindre. »
(Moncrir. Les Artifices de l'amour.)
Inspirer une crainte mêlée de respect. Sentiment qu'aiment Jl inspirer les grands hommes. ^"
On n'obtient rien par la crainte. Pardon, Ton se fait obéir des chiens et des hommes.
Creuser. Creuser son esprit. Creuser la véinté. — Un Iravail de mineur qui aboutit quelquefois à la désillusion. — ^v-.^,--* >
Creuset. Le creuset de l'amitié. L'adversité est le creuset de Vamitié. A cette heure combien de creusets éclatent!
Le creuset du malheur.
« L'homme épure sa vie au creuset du malheur.»
(Ancelot. Louis IX.)
Cri. Le cri de l'honnête homme indigné. Le tri de la conscience. Le en de la nature. Le ci^i du cœur. Des cris plus o u moins so urds. ^^"^
« Sa physionomie altérée peignait le trouble de son àme. •Eluit-cc Findignation de l'innocent qu'on accuse? était-ce le cri de la conscience du coupable? »
{Causes criminelles célèbres du xix» siècle. Procès des assassins de Fualdès.)
Crime. Un cnrne abominable j un crime affreux vient de jeter la consternation dans la commune de... ordinairement si paisible. — (Section des Faits divers.)
« Ainsi que la venu le crime a ses degrés.
« Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes. y>
{Phèdre, acte IV, sc.ii.)
Un vers de Racine familier aux avocats. Nous le trou-
70 DTCTIONNATRE
vons cité dans la défense do Al»* Paillet pour Papavoiae, et dans le réquisitoire de Tavocat général Vincent de Saint-Bonnet, Pi^ocès Leliévre,
Racine avait lui-môrae emprunté, avec une légère variante, cette pensée à Sénèque :
» Toujours le malheur engendre des malheurs plus grands. »
{La l\roade, acte lY, se. i.)
• Le crime fait la honte et non pas Téchafaud. »
(Thoma^ Corneille. Le comte d'Etsex.)
Crime, forfait qui fait frémir la nature.
« Messieurs, ne peut-on pas croire qu^époux sans amour
conjugal, père de famille sans maison, ronctionnaii'e sans
place, frère sans tendresse fraternelle, il a coopéix' au forfait
qui fait frémir la nature ? »
{Proeêi deDauiun et Ginmard, 4815; réquuit, de i'av. gén, Girodet.)
Cristal. Le mstal des eaux. Le souffle du zéphyr agitait le
cristal des eaux. — Quand vous lirez celte phrase dans
un roman, vous pouvez vous dire : les cj-gnes ne sont
' pas loin ! A la même page, vous les verrez fendre ce
même cristal et se livrer à de joyeux ébats.
€ De vos tranquilles eaux le fidèle cristal. »
(Dcshoulici*cs. Le fiuiseeoM.)
« Un zéphyre plus lent agite ces roseaux.
« Il sort un vif éclat du cristal de ces eaux. »
(Segrais. Sgloguei,)
Limpide comme k cristal.
Critique.
« La critique est aisée et Tart est difllicile. »
C*esi ce qu*a dit, le premier, Destouches, dans le GlorieuXy (acte II, se. v.)
vp'est ce que répète le plus petit acteur du plus petit théâtre de la plus petite ville, chaque fois que la critique lui est anièrc.
Croissant. — Pauvre empire turc! ce serdt plutôt la qualification de « décroissant » qui te conviendrait.
Croix. Ckacwi porte sa ci^oix dans ce monde, — Il y en a qui la portent sur la poitrine, d*autres dans la poitrine cl d'autres sur le aos,
La croix des braves. — Celle-là ne se ga^ne pas, le derrière assis sur le fauteuil d'un ministère.
Le mélodrame a abusé de la croix.
« L*un des enfants, Tahié, portait au cou une chaîne d'or
à laquelle était attaché votre portrait; l'autre, une croix en diamants, que Jacques m'avait donnée le jour de notre mariage. »
(Ch. Dcsnoyci et Nus-Follet, Jacques le Corsaire. 1844.)
« Et v'ià le bout de soie noire où qu'est* pendue la petite croix d'argent, que j'y ai oirerte à la Saint-Médard î C'est la croix de ma tante ! » *
(Ad. (i'Eniiery. La prise de Pékin.)
Croix de ma mère. — C'est Chateaubriand lui-même qui, le premier, l'a pendue au cou de ses héroïnes, cette fameuse croix, c[ue tant de dramaturges se sont passée de main en main.
« Quand je te parlai pour la première fois, tu vis cette croix briller à la lueur du feu sur mon sein ; c'est le seul b» ;n que possède Atala. Lopez, ton père et le mien, l'envoya à ma mère peu de jours après ma naissance. »
{Atala.)
C'est donc à tort que M. Gourdon de Genouillac, dans ses « Refrains de la rue » attribue à une chanson de i 830, la M" t'iqnarde, l'honneur d'avoir inauguré la série des «Cl' x de ma mère », encore bien que, dans la chanson, il s'agisse de la croix de mon père :
tt Dis lui qu'en partant « Je laisse une mère, « La croix de mon père, •« Toi que j'aime tant. »
« La croix de mon père » était une trouvaille, ajoute M. de Genouillac; croix de mon père ou de ma mère, pendant trente ans elle fit les beaux soirs du drame.
Crouphi. Croupir dans la paresse y croupir dans l'ignorance, — II y a des gens qui s'en trouvent bien; il y a tant d'animaux qui travaillent, tant d'animaux savants, disent-ils, pour leur excuse î
CoEiLLiB. Je voudrais cueillir le piiel sur tes lèvres, ô mon ange! — 11 n'y a qu'un sous-officier sentimental pour risquer une pareille proposition. Les prosaïques épiciers mettraient ce miel en pot sous le nom de miel de Narbonne.
Cuivre. — L*or du pauvre.
« Sa poche est un trésor:
« Sous ses heureuses mains le cuivre devient or. »
(Rcgnard. Le Joueur, acte III, se. vi.)
&'appligu e de nos jours à tous ceux qui réussissent dans leurs affafr es, à tous nos heureux Turcarets, à tous les Mercadets arrivés. •
Cul. Jtf «OMS ferai pourrir dans un cul de basse- fosse, manant! — (Tiré des romans qui veulent inspirer rhorreur du clergé et de la noblesse.)
Culte. Le (mite de Vénus. — Un culte. dont bien des d,e5servants finissent à l'bôpital du Midi.
Le culte du beau. — N'en parlez pas aux réalistes.
Le culte des Muses. — L'art de faire des vers avec ou sans le secours du dictionnaire de Richelet.
« Lorsque je suis admis à l'honneur de me consacrer au culte des Muses dans leur sanctuaire même. »
{Discours de réception de M. Ra^DOuard à V Académie fnmeaise le 24 novembre 1807).
Cygne. — Le cygne de Mantoue, alias Virgile. — Le cygne de Cambrai, alias Fénelon, le cygne de Pezzarc, alias Rossini. Je me suis toujours demandé pourquoi M. de I^amartine n'avait pas été le cygne de Mâcon et pourquoi on l'avait appelé le vain de Mâcon'^ Le cygne de la croix, calembour à l'usage des enseignes d'hôtelleries.
Le chant du cygne. — Le chant de la fin d'un grand poète et même d'un petit poète qu'on a fait grand de son vivant et dont la postérité se chargera d'opérer la réduction Collas.
« Que ta plainte, une fois de mon cœur épanchée, « Rappelle un jeune cygne et son doux chant de mort. »
(M"»« Desbordes-Valmore.)
Dussions-nous jeter la désillusion dans le cœur des poètes, nous dirons que si le cygne chante avant de mourir, c'est tout simplement parce au'il est atteint de cette maladie mortelle si commune cnez les oiseaux et qu'on nomme « l'avalure ».
Cynique. Plus cynique que Diogéne. — ^C'est beaucoup dire^. - Allez donc coucher dans un tonneau, allez donc dire à n'importe quel sénateur de se lever de votre soleil, allez donc offrir coram populo le spectacle d'un homme qui a si peu de tenue ! C'est que, depuis Diogène, la morale a fait de rudes progrès. Et l'hypocrisie iûûclL.,
DrS tlKLX COMMUNS 7^
D \xsE. LHnnocent plaish' de la danse, —ferrer une femme il moitié nue sur votre poitrine, frotter vôtre moustache l'ôntre le fin duvet de ses joues, respirer le parfum de ^- - -
^ chevelure, lui soupirer, au besoin, un doux rou- ^
roulement à Foreille, sentir Battre son cœur contre le vôtre, la^voir tout émue, ' tout affitée, toute palpitante, tournoyer entre vos bras, est-ce là un plaisir innocent? Que d'intrigues nouées à .la faveur d'une valse, que ITadultères ébauchés pendant une contredanse î
'( Un torrent de feu naquit d'une simple étincelle et enveloppa en un instant cette belle enceinte où tant de familles réunies se livraient à l'innocent plaisir de la danse. »
(Alibert. Physiologie des passions^ t. II.)
DÉ. Tenir le dé de la conversation, — Ne laisser personne placer un mot. Souvent un dé pipé.
Débauche. Honteuse débauche. — izih^xmç »î|Ai xai «ôç^; t«v eponxov, répondit Socrate devant l'aréopage qui ne lui reprochait pourtant que d'avoir médit des dieux; et, bien que we^epacTriç, il dut boire la ciguë.
Débordement. Déchaînement. Scandaleux débordement, — y
Conduite déplorable d'une femme qui sort du lit con- /
jugal pour entrer dans celui de l'adultère. — Quand elles sont riches et puissantes, quand elles sont « très 'gran'cTës ël très insignes dames », on les appelle des originales, des excentriques.
Débordement, Déchaînement des passions populaires, — />' Une inondation... de sang.
Débris. Les débris de nos glorieuses phalanges, — La phrase était de sortie le 45 août de chaque année sous le second Empire. Les débris de nos glorieuses phalanges venaient accomplir leur pieux pèlerinage au pied de la colonne Vendôme.
« Qiielaues débris de nos braves légions, éternel honneur du nom français. »
(Jouy. Guillaume le Fravc-parlcur.)
tBUT. Débuter. — Uémotion inséparable d'un premier , déhiit. En amour, ce n'est pas précisément dans les iéL-.^^i-'., buts c|uê"rémo lion paralyse les moyens de Facteur. a^J^^ »
Débuter par un coup de maître, — ^Epo user à vmgt ans une riche héritière, quand on n*a pas le sou. — Tïagher une somme énorme au jeu, la première fois qu on touche aux cartes.
Débuter dans la cairiére du crime. — La représen tation ^e reirai te a lieu, soit à Cayenue, "soit place de la Roquette.
Déclder.
« Décédé à la (leur de l'Age, notre cher camarade emporte avec lui ilans la tombe les regrets de tous ceux qui Tont connu. Puissent ces témoignages d'estime et d'affection apporter un soiihigcmcnt à la juste douleur (Fime famille eti larmes, au désespoir de sa veuve, qui, compî>gne lldèk» do sa vie et (le ses travaux. Ta soutenu pendant les épreuves qu'il a eu à subir dans cette vallée de misère! »
J^rlit essai d'oraison funèbre à Vasage des gens sans prétention», mêm! (W bord d'une iombe.)
J Éi:ENTiiALisATiON. Encorc un essai de décentralisation littéraire. Le théâtre de Brivcs-la-Gaillarde vient de donner t'«ïr. p.V'c de deux jeunes auteurs de cette localité. — rîi?,quc fois qu'un amateur de province fait représenter une pièce de son cru sur le théâtre de sa ville natale, les journaux s'obstinent à sortir le cliché ci-dessus.
Décerner. Jamais récompense plus légitime n'aura été décernée. Le lauréat que nous venons d'avoir le plaisir de couronner^ etc.. — Toujours la même chose dans les i concours régionaux, et Joiit ça parce qjijB Je .por.ç d'un \ /tel aura pesé vingt livres de plus que celui de ses con- / currents. Lorsqu'un tel a eu beaucoup de porcs couronnés s&us lui, il arrive tout comme un autre à vol.* • rougir sa boutonnière.
Décerner les palmes du martyre. — Que de maris méritcraiei^t^u'Qn les leur décerna^, pauvres martyrs du ïnéiiage! n ^ ^ >., '^.. *^ -*
Déchirer. Déchirer rdme. — « Vos paroles me déchirent l'âme, » disent les amourcax à la cruelle, à la perfide, à l'infidèle qui leur fait souffrir mille tourments auprès desquels ceux de l'enfer ne sont pas comparables
Déclamation. Tomber dans la déclamation. — Que Ton tombe dans la déclamation, aue l'on tombe dans la
misère, ou que Ton tombe d'un sixième étage, tomber est toujours triste.
DfcicLiN. Le déclin de la vie, — C'est l'heure voisine de celle où i'hommc ira rendre des comptes là-haut..
Le déclin des ans.
« C est par la poésie et par la pensée qu'il (Schiller) se flatte d'embellir encore le déclin de ses ans. »
(M*"* de Stacl. L'Allemagne, t. II, chap. xiii.)
DÉCOCHER. Décocher un trait perfide. Décocher la flèche du Marthe, — C'est dire ou faire une méchanceté en pariant.
Dkcohation. HtcoTkKVi, 'Cette décoration est un juste hommofjc rendu au talent de,.. Petit coup d'encensoir de journaliste à décoré.
A louer un appartement fraîchement décoré. — Vous montez, vous visitez ; Je « fraîchement » remonte à dix • ans. lîLtératiu'c de propriétaire! Ô amorce de l'écriteau de location !
Décroître. Décroître dans Vestime publique. — 11 y a des gens qui ne pourront jamais décroître dans Testime, parce qu'ils n'y ont jamais monté et n'y monteront jamais.
Dédaigner. Je dédaigne les insolences et j'y réponds par le méryris. — N'en croyez pas un mot; traduisez : «je ne trouve rien a re£pndi*e ».
KfcT y
Dédaigneux. Jeter un regard dédaigneux. — Les femmes s'entendent à décocher ces rep^ards-Ià quand un homme qui ne leur plaît pas fait le galantin auprès d'cllos, ou quand on leur offre une de ces bagatelles qui n'ont aucune valeur intrinsèque.
Dédain. Accabler de son dédain. — Les gentilshommes do l'ancien régime accablaient de leurs dédains le créancier mal avisé qui osait réclamer son dû. Heureux devait-Il s'estimer, ce pauvre M. Dimanche, quand ils iic raccablaient pas de coups! — Les femmes accablent de leurs dédains l'insolent qui ne sait pas arriver dans nw inoment psychologique.
Dédale. Le dédale des lois. — C'est i^râce à ce dédale que MM. les avoues font des affaires si fructueuses.
DÉESSE La déesse des moissons. — La blonde Çcrès, qui ne prodigue pas ses faveurs aux paresseux. Coi^unc à
Jasion, elle ne se livre qu'en plein champ et exige d«
robustes gaillards.
Défaut. Qui n'a pas ses défauts'f Avoir les qualités de ses défauts.
« Des défauts elle en a, mais u\is-tu pas les tiens ? »
(C. Deiavignc. L'Ecole des vieillards, acte 1, se. i.)
€ Tout homme a ses défiiuts, et nous avons les nôtres. » ' (Picard. Médiocre et Rampant^ acte V, se. v.)
M Chacun a ses défauts, n'avons-nous pas les nôtres ? »
(Faure. Le Confident par hasard, se. xviii.)
Avoir les qualités et les défauts de son âge,
« Descoutures a eu les défauts et les qualités de son ûge. Né sensible et généreux, il n'a pu résister aux charmes d'Anna. »
{Procès de Deêcoutures, 48tJ> Défense de M« Muuguin )
Défense. Bàillonnei* la défense.
« Avocat, au fait ! voilà deux heures que vous parlez pour ne rien dire. —Vous bâillonnez la défense! J'en appelle à la France! »
La défense est saa^ée.
« Il faut le dire, messieurs, puisque le droit de la défense est sacré dans tous les pays, l'accusé a le droit de faire entendre ses plaintes. »
{Procès Contrafatto, 48i^. Défense de M* Sauniè«*e.)
Les droits imprescriptibles et sacrés de la défense.
« La défense est solidaire... on ne saurait contester* ce principe qui se rattache aux droits imprescriptibles et sacrés de la défense. »
(H* Caille. Protestation adressée au conseil de l'ordre des avocats, 48S8,)
Défenseur. Le défenseur de la veuve et de rmphelin. — Un / bavard qui a fait des études pour ennuyer des jugesT*
/ , * ' L'éloquent défenseur. — Un qui est plus bavard que
A les autres, capable de parler deux heures de suite sans ^ ^ crabher... pardon 1 en crachant... sur son adversaire.
/ « Sachez remplir la noble mission de l'avocat. Soyez le
^ défenseur de la veuve, de l'orphelin et de quiconque vous apportera son procès. »
(H. Mon nier et G. Waës. Grandeur et Décadence de Jottpk Prudhomme^ acte I, se. xi. I85S.)
« Nous sommes à Paris cinq ou six cents défenseurs de la veuve et de l'orphelin en disponibilité. »
(Léonce et Molérî. La Famille Jlenneville, acte ï, se. m. I84S.)
DÉFERLER. Les voQucs déferlaient avec fureur contre les rochers granitiques. — N'oubliez pas de vous servir de cette phrase quand vous ferez promener vos héros le long des rives battues par l'onde amère, ô jeunes romanciers!
Défrayer. Défrayer la conversation. — JJire souvent des platitudes que la g alerie trouve spirituetTés'. '" ""
Délayer. Délayer sa pensée, — Mettre la patience de ses auditeurs à une rudeéûCfiJlïfij^Les av ocats ont ledoiu (triste aonj de délayer leur pensée ; ils ont suivi des cours pour arriver à ce résultat, payé des inscriptions, et obtenu un diplôme.
Délices. Les délices de Capoue.
« Quelque enchanteresse qui le retient dans ses filets... Ck)mine Annibal, il se sera endormi dans les délices de Capoue. y>
(Eug. Grange et X. de Montépin. La Sirène de Parie, acte lY, 8C. i. 4860.)
« Riches, heureux, nous nous endormirions peut-être dan ] les délices de Capoue. »
(Ch. Deslys et Ch. Barbara. Le Pont-Bouge, acte U, se. m.)
DÉLIRE. Le délire des sens. — Transports d'un cerveau trop amoureux. Il y a peu de femmes qui se plaignent y de trouver un pareil état chez les hommes ; il y a peu ^/ d'hommes, par exemple, qui ne se plaignent pas de, le rencontrer chez la femme ; c'esTune anaîre de constitution.
Délivrance. Voler à la délivrance des peuples opprimés par de farouches tyrans. — Solde de tirade humanitaire.
Délugb. Déluge d'injures. — Ainèhités entre gens mal eleyôs.
Démon. Les femmes sont d'aimables démons. — Pourç^uoi l J
aimables ?
Démon vom par l'enfer, dans le style mélodramatique.
<c Est-ce que le démon de Tenfer joue contre moi dans cette horrible partie? »
(Joseph Bouchard y. La Sœur du muletier.)
Dénoncer. Dénonce^' à la vindicte publique. — C'est dans
78 DTCTTONNAÏRE
ces moments qu'il faut entendre tonner « Thonorable
cruel orgueil ce même organe du ministère public ne dira-l-il pas: « Tel jour, dans telle aifaire, je fis tomber telle tête. »
Dent. La dent du temps, — Celle à qui rien ne résiste, ni les grands hommes ni les grands monuments, celle qui réduit tout en cendres, les os» la pierra ei.ic marbre.
Les dents d'ivoire, — Aujourd'hui une femme aurait raison de se fâcher si on lui disait au'ellc a des dents d'ivoire ; longtemps ce fut un compliment, et Ton n'y voyait aucune allusion maligne aux défensçs de l'éléphant qui servent à faire des dents postiches à nos élé-
' gantes. Peut-être les écrivains eux-mêmes n'y entendaient-ils pas malice.
pÉPLoiEMENT. — Un grand déploiement de force. Se montre } ordinairement lors(ju*on craint que la tête du peuple I ne s'échauffe au milieu d'une solennité quelconque. Ces jours-là toute l'armée est sur pied, sans compter que chaque individu est surveillé au moins par un moucnard. En France la moîlîé de la population moucharde' l'autre, ïttS^t les gens qui n'ont pas pu entrer dans la police.
Dépositaire. Fidèle dépositaire des lois. — C'est plus pompeux que le seul mot « juge ».
^ Dépouillk. Dépouille mortelle. Dégagée de sa dépouille mortelle, Vdme remonte vers son Créateur. — C'est certainement consolant, mais pourquoi donc appréhende-t-ou alors si fort la mort?"
Confiei* la dépouille mortelle à la terre.
« De la dépouille de nos bois « L'automne avait jonché la terre. »
(Millcvoyc. Elégies.)
C'était au beau temps où les femmes jouaient de la harpe comme des sujets de pendule : c'était alors qu'elles aimaient à répéter. ces vers de Millevoye.
DiPOUFLLEu. Dépouiller toute honte. Il est plus facile de mettre la honte toute nue que d'arracher à la vérité son dernier vêtement.
Déprédation. La déprédation des deniers publics est un plaie dans un ètiat. — Ce sont des choses qui arrivent.
DES LTEITX COMMUNS 71^
Déranger. \y
« Rien ne doit déranger Thonnôte homme qui dîne, x
(Bcrchoux. La Gastronomie, chant III. t803)
BassompieiTc faisait le quadrille de la reine, lorsqu'on vint lui annoncer la nouvelle de la mort de sa mère : « Ma m ère sera morte quand le quadrille sera fini », . réponÏÏîF le dunseyir.Xïn honnête homme en train do dîner serait capable de ne rien répondre du tout, pour ne pas perdre un coup de dent.
Désarmer. Désarmer la colère.' — Une jolie femme désarme la colère d'un vilain jaloux avec d e douces p aroles et de douces car esses. — Un vieux gatantin désarmé la côiere 71 une jolie temme à force de cadeaux.
DesceiNdre. Descendre au tombeau, au cercueil,
« Tyrans, descendez au cercueil! »
(Haric-Joscpb Chénier. Le Chant du départ, mus. de Méhul.)
Descendre d'une noble famille, w
« Le vicomte de X... descendait d'une noble famille du.. que la tourmente révolutionnaire avait réduite à un état voi sin de la misère. »
[Style de roman.)
Désespérer.
« Belle Philis, on désespère « Alors qu'on espère toujours. »
(Molière. Le Misanthrope^ actcl, se. ii. Fin du sonnet
d'Oronte.) /
Vous me désespéreZj madame! — Rengaine des que- a, / mandeurs d'amour. -•^v* v *■- l
(TÏJesespère eti&éurs! » — Le cri de Chatterton, qui est devenu celui de tous les malheureux de plus ou moins de génie. Aujourd'hui pas un de nos grands hommes à venir ne refuserait une place de secrétaire chez un puisant du jour; aussi le « désespère et meurs! » de i :hatterton ne se rencontre que dans la bouche des énies inconnus et particulièrement sans place. ..
DÉSESPOiRTJe^crTe désespoir dans Vdmc. — « 11 ne m'aime . ^ / plus! » Il n'en faut souvent pas davantage à une femme ^ sensible. — r « U est ruiné ! » 11 n'en faut pas davantage , à la plupart des femmes. V
DÉSHABILLÉ. Elégant déshabillé. — Manœuvre de la co- ' ' "quetterie Teniinme dans les romans d'hier et d'aujourd*hui. L'élégant déshabillé n'a pas cessé d'être bien porté. / ^ ' / ""' '
« On aperçoit mistress Birtoii dans le déshabillé le plus ék^gant. »
(H">« Cottin. MalviM.)
^ DÉSHONORER. Tuàéihxmwt^ ta famille! — Exclamation d'un père indigné des débordements de son fils. A certains pères, il faut bien peu de chose pour lancer ce cliché.
DÉsiNTÉRESssiiENT. Uti noblc désintéressement. — Un substantif et un adjectif qu'on accouple presque toi;gours. Que de fois ce noble désintéressement porte sur un objet qal n*a aucun prix aux yeux du désintéressé !
DÉSINVOLTURE. Une nobk désinvolture. — Plus rare qu'un beau visage. Il ne faut pas chercher une noble désinvolture chez les campagnards endimanchés. Tous les héros de romans ont une noble désinvolture.
Désir. — Inspirer des désirs. — Il y a nombre de femmes qui n'ont pas d'autre métier que d'inspirer des désirs.
Pourquoi dit-on désir dans certains théâtres littéraires t
« Désir de fille est un feu qui dévore,
« Désir de nonne est cent fois pis encore. »
(Gresset Yert-Vêrit chtnt IL)
S(tvoir borner ses désirs.
« Pour être heureux, pour être sage,
« Il fout savoir donner un frein à ses désirs. «»
(DeshottUères. Z'iTioep, idyUe.)
Désirer.
« On ne peut désirer ce qu'on ne connaît pas.. «
^ , (Voltaire. Zaire^ acte 1, ac i.)
« Ne désirer que ce qu'on a, « C'est avoir tout ce qu'on désire. »
(P.-J. Charnn. Les Femmes et le Vin, Chans. 1847.)
Désœuvré. — Les désœuvrés sont les parasites de la société. Les désœuvrés ennuient les autres et s'ennuient euxmêmes. — Je crois qu'ils doivent s'ennuyer encore plus* qu'ils n'ennuient les autres» car on est bien libre de les fuir comme la peste.
D':sopiLER. Désopiler la rate. — La prétention de tous nos joyeux vaudevillistes est de désopiler la rate.
Verve désopilante. — La verve que l'on prête aux susdits joyeux vaudevillistes.
Despote. Le joug des despotes pèse cruellemetit sur les peuples. — Bonne phrase du temps jadis. Où y a-t-il des despotes ai^jourd'hui ? Peut-être eu Turquie, et
encore! Il vaudrait sans doute mieux dire : Le joug' des peuples pèse duremeni sur ies prétendus dchpote^.
Dessécher. L'égotsme desséche le cceur. — Je ne dis pas ^ non, mais qui en fante Tég oïsme î La connaissance des hommes.' - ->' ■■ ■' '^***^** *" -. oi ii>i, ^ .^. :- -- — -
Dessein. Un dessein généreux.
« Machin a envie de me donner une parure en diamants. — C'est un dessein généreux. »
Desseins, décrets impénétrables de la Providence.
« Elevez-vous à la hauteur de la mission que la Providence RttuAtle vous avoir confiée : malheur à qui se refuse de servir d'instrument à ses profonds et impénétrables desseins 1 »
^Procès des atutonru de Fualdés, 4818; réqvintoire du prûc. gén. baron Gary.)
« Dieu couTre ses desseins d*un voile impénétrable. »
(Baoar-LormiaD, Omasis, acte V, te. ir.)
Les Grecs tenaient, eux aussi, les décrets du destin pour impénétrables.
« La volonté de Jupiter est impénétrable. »
(Efldiyle. Xe» Suppliantes, acte I, se. i.)
Destin. Destin fatal. Destin cruel. — Cela se chante au ^ grand Opéra.
« Ainsi parle, accablé de ses cruels destins, « Un vieillard dont les yeux à jamais sont éteints. #
(Millevoyc. Homère mendiant.)
La main du destin. Cela se lit chez les auteurs dont ^^ les héros bénissent la Providence, lorsque la jeune première, victime innocente et persécutée, voit triompher sa vertu, et se jette dans les bras de son bien-aimé dont elle couronne la flamme.
Destlnée. L'arbitre de la destinée humaine. — Un trope qui veut dire Dieu, alias l'architecte de l'univers.
"Brillantes destinées. Ce que l'on promet aux jeunes princes, ce qu'on n'ose pas promettre aux princes en exil.
« Tendre mère, elle pleurait sur son fils dont elle voyait s*évanouir les brillantes destinées. »
(ÂUiumoêh de la Bonne Duchesse, dédié aux dames francaiaet, parlf.-J.-A. Gautier, 1833.)
Présider aux destinées d'une nation. ^
« En lt2i| l'homme qui avait présidé si longtemps aux
8i DICTIONNAtHE
destinées do la Finance mourut sur 1*3 rocher de Sainte-Ile*
lène. «
fOrtzHt^ 'fes Tt'ibmwMx, — PMiiùyet de M. Scbirc, procès rf«
^ Détachement. Le dvtavhcmcnt des grandeurs, — N'est-ce pas une iiivoi*sion, un contixî-sens, une façon de parler, pour dire que les grandeni-s so sont détachées de quelqu'un?
V Détacher. Détacher SiM cœur des joies du monde. Déta-
ché des joies de ce monde. - Il faut en avoir vu de toutes les couleui's ou avoir joliment attaché de Finiportanoe au petit nombre de niaiseries qu'on est convenu d'appeler les joies de ce monde.
^ Détail. Horribles détails. — Un sous - titre dont ne sont pas avares les journaux judiciaires, chaque fois qu'ils ont à rendre compte d'un assassinat ooi*sé. Ces aeux mots « détails horribles » sont un appât otfcrt aux lecteurs sensibles et aux lectiices avides d'émotions.
y Dette. Payer sa dette à la patrie, — Concourir pour une entrée aux Invalides en temps de guerre. — S'ennuyer de garnison en garnison en temps de paix.
R Vous me rappelei un souvenir qui m^cst chor: celui du temps où je payais ma dette à la patine, en la dêlendaiu oonti^ une agresision étrang:èix>. »
fRépoHSif dn duc cTOrléans an dîsetmrs dn kanm Ségmett piVJN. piv«. de ta conr royah, 7 août lâ30.)
Deviner.
« Devine, si tu peux, et choisis, si tu Toses. »
(Corneille. HèracUna^ acte IV, «c. T.)
Je ne sais pas deviner les viwjmcs, — Voilà ce qu'en minaudant vous répondent les Célimènes à qui vous lancez de sralanls sous-entendus.
Devoir. — Ce que bien peu de gens savent accomplir.
A Vous avex aiTaché une femme à ses dcvoii^ saai^ d\^|)ouso et de mère. » .
vScribc. L'ffomtew de ma fille. I8M.)
« Vous ne ix^mpl iriez jamais les devoirs sacrés de la paternité ! »
, (Ducniy-Duminil. Petit-JûCfues et GeoryeCle.)
« Les artistes ont vaillamment fait leur devoir « ou encore: « Les artistes ont vaillamment luué. »
Fioho de consolation oclroyéc par la presse dramatique aux interprètes d'une pièce qui est tombée à plat.
BKR LTEUX COMMUNS . / / 83
Dévorer. Dévorer des yeux. — L'iic manière de se repaître de Ja femme aimée.
* Dévorer ses larmes, — C'est une nourriture très subs- v^ tanlielle, et Ton ne pourrait rien manger qui pesât davantage sur Testomac.
Dévorer un affront, — Le mettre sur sa conscience, en ^ admettant qu'on en ait, jusqu'au jour où on pourra ]e restituer avec les intérêts. C est ce à quoi les hommes sbnt le plus sensibles. Ils sont û vains !
Dévoré de remords.
« Messieurs 1c<; jurés apprécieront si votre langage est cehù (1 un coupable que les remords dévorent/»
(^Défeme de V avocat,)
Diabolique. Invention diabolique. — Pendant longtemps ^ ceux (jui aiment à mettre la lumière sous le boisseau ont déclaré la découverte de l'imprimerie « invention diabolique ». Aujourd'hui leurs arrière-pelits-OIs ont des journaux à eux, qui^ s'ils ne font pas gémir la presse, font génriir tous les gens sensés qui les lisent par hasard.
DiADÊuE. IPosersur le front le diadème royal. — C'est, dans
f^lus d'un pays, souvent le prologue d'un drame dont 'exil est le dénouement.
Un diadème de cheveux. — Presque toujours une couronne usurpée.
Diamant. Diamanter. Ses yeux avaient l'éclat du diamant.
(Littérature de joaillier.)
Les rayons du soleil diamantaient les gouttes de rosée et faisaient ressembler les champs à un vaste écrin.
(Encore de la littérature de joaillier.)
Avec quelques phrases de ce calibre on peut faire concurrence aux bijoutiers du Palais-Royal, à ceux surtout qui vendent des bijoux en imitation.
Diatribe. Amère diatribe. — Un bitter littéraire.
Dicter. Paroles dictées parla sagesse. — 11 est à remarquer que ce sont presque toujours ceux dont les paroles sont dictées par la sagesse, qui démentent leurs paroles par leurs actions lorsqu'ils passent du rôle de confidents aux grands premiers rôles sur la scène du monde.
DiEC. Le dieu de la treille. — Chanté par les dilettanti de ^ !a liaueur vermeille.
84 DICTIOXNAIRK
Les dieux s'en vonL
(Josèphe. — Chile«ttbri«iid.)
Et tant d*aatres après eux. M. de Laprade a même prétenda que les dieux entraient dans la police.
Dieu est juste, — Phrase très répandue parmi les dramaturges au moment où le crime reçoit son châtiment, entre onze heures et minuit, à la hauteur du milieu du 5* acte.
« Le ciel est juste et le châtiment ne manque jamais aux forfaits. »
•viwi-Kiun>Tsiang. VOrphflim de ia Ckme, acte. IV, se vm, Trad, Stan. Julien.}
Dieu créateur.
« Tout d*un Dieu cii^ateur atteste le çr»'»nie. »
(B;»our-l.orniian. Veillées ^toètiquet.)
La sagesse et la bonté de Dieu,
* Id, comme dans toutes ses œuvres, la Créateur mani« feste sa sagesse et sa lx)uté. »
vGousin-Despréaux. Leçùtu de Im nature,)
Faire un dieu de son ventre.
« ... Il est bien fol qui permect « Que trop de vin en son corps entre; « Et infâme, qui se soubniect « A fkire un dieu de son \entre. »
(Nicole de la Chesnayc. Ln CoHd€mm«tU»n d» AcKfwf, moralité. Se du iDon<dogue du docteur.)
Que Dieu vous le rende, — Souhait cliché de MM. les mendiants. Il y en <juî se permettent de souligner ces mots d'un sourire qui frise Tironie.
« Donnez si peu qu*il vous plaii^, « Je prierai Dieu qu'il vous le i^ende, « Et sa bonté vous le rendra. »
^Désaugicrs. Hubert et Anticr. La iMMtarme sourde, ISIS.)
« L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux. »
^Lamartine, 2frditatioHS,)
Ceci est pour les honnêtes gens seulement — Quant aux coquins, ils se souviennent de Tenfer.
Digérer. Ditjcrcr un affront. — C'est une affaire de temps et de tempérament.
Digne. Je sifis encore digne de vous. — Exclamation de la fenmie injustement soupçonnée par son mari, ou de la femme qui n'est encore que sur le bord du Leucade.
« Mais Th^'Odore enfin n*e8t plus digne de tous. »
(Corneille. Théodore, acte I, te. it.)
« Ernei&t! viens me défendre... Je suis digne de toi... viens ! »
(Scribe. Une Fmite, acte II, te. t. 1830.)
DiGUK. Opposer une digue aux passions. — Si la-dic^e résiste, îesi passions sont des passions de second ordre, des passions de pacotille^ tout au plus des caprices passagers.
Diligent. La diligente abeille. — Cet adjectif est fatal. Pas ^ un poète ne s'en est privé. C'est entendu : Tabeilie est diligente comme le ciiien est fidèle, la femme perfide, Fonde amëre, le bocage mystérieux, Tombre épaisse, le vin généreux, etc., etc...
Diplomatie. La diplomatie n'a pas dit son dernier moi, — Une de ces phrases qui laissent peu d'espoir à la paix. ^ Le lendemain on lira : « La diplomatie a épuisé toutes ses ressources : désormais la parole est au canon. » {Style de journaliste.)
Dire. Il n'y a pas à dire, mon bel ami. Il ne dit lien, mais il nen pense pas moins,
« Soit, mais ne disant mot, je n*cn pense pas moins. »
(Molière. Le Tartuffe, acte II, fc. u.)
Discours.
4«' Exemple.
« Après le remarauable discours de Téminent orateur que vous venez d^cntenore, je n'ai rien ù ajouter, n
(îd l'orateur se cramponne à la tribune et parle pendant une heure sans désemparer.)
%^ Exemple.
n Messieurs, je ne veux pas abuser plus longtemps de votre attention. Encore un rnot et je termine mon discours déjà trop long. »
(Ici Vorateur reste encore une heure à la tribune,)
3« Exemple,
u Jamais il n'avait été mieux inspiré : son discours, un des plus heaux de la session, restera commo un modèle de Tart oratoire. »
{Compte rendu des débats parlementaires.) •
•• Le discours de Z..., un des plus remarquables qu'ait
prononcés réminent orateur, a mx>chiit une vive impression et aura un grand retentissement itans te pays. »
{Compte vendu des débats parlementaires,)
Disque. le disque d*w du soleil,
A Le soleil, qui s'inclinait déjà à Toccident, pénétrait jusqu'à nous... et son disque d'or et de feu descendait comme un incendie derrière un vaste groupe de nuages. »
(Chèncdcllé. Esprit de JiivaroL)
Dissi:jilatio.n. Profonde dissimulation, — Encore deux mois accouplés depuis un temps immémorial et qui fout bon ménage. La profonde dissimulation est Fart des diplomates et des femmes, ces diplomates en
• jupon.
Dissiper. Le temps dissipe les illusions. — Ce n*est pas certainement ce qu'il fait de mieux. Le bonheur n'estil pas fait d'illusions ?
Distance. L'amour comble les distances. — L^argent les comble encore bien davantage. ""^ ^
Les chemins de fer ont supprimé les distances. — Une de ces phrases que les Prudhommesne manquent jamais de prononcer chaque fois (qu'ils mettent le pied dans un wagon. On en compte qui ajoutent : « Si Louis XIV revenait dans ce monde , quel ne serait pas son étonnement, si on lui disait qu^on va le conduire eu moins d'une heure de Paris à Versailles ! »
l'Sur la ligne de Paris à Versailles, que de fois ce ] r >pos idiot a retenti dans les wagons de premier classe !)
Distiller. Distiller le venin de la calomnie. — Une opération à laquelle s'entendent joliment les bons petits camarades dans le mond e des lettre s et des arts.
Divergence. Divc^'gence d*opinion. — El voilà ce oui nous vaut de si longues et si lilandi^cnses tai^tines politiques, de si somnifères discours à la Chambre.
Divertissement. Honnête divertissement. — Il y a des gens qui prétendent que rien n'est plus ennuyeux qu'un honnête divertissement, que rien ne contribue davantage au besoin de bAîller.
Dix.
«^Quand nous serons à dis, nous ferons jine croix. »
(MoHère. L'ÉtamrdL)
DES UKUX COMMUNS 87
f»cs écrivains qui veulent éviter ce cliché ont trouvé ]a variante suivante : u Quand nous serons à :iix, nous recommencerons. />
Celte expression vient de la conformation du chifirc romain « dix >> qui se marque par une croix de saint André : X.
Df»icT. Le doigt de Dieu, C'est le doigt de Dieu. — [Exode, cfaap. vni.) On le voit, le cliché date de loin.
Le doigt de Dieu se manifeste dans les moindres choses,
« Oh ! ne m'accusez pas d'avoir manqué à ma parole ! Ixï doigt de Dieu est dans tout ceci. »
(Charles Lafont. La Famille Moronval, acte 1, ic. vi. ISS4.)
« Ma raison s'égare... va le voir, Gilbert, va le voir, et si, après celiif tuméconnais encore le doigt de Dieu... »
(Ch. Dcslys et Ch. Barbara. Le Pont-Rouge, acte V, se. u.)
Domaine. Le domaine des arts. — Une nue-propriété pour beaucoup d'artistes.
DonESTiOLE. Les gens qui n'ont pas de domestiques sont bien heureux, ont coutume de dire les gens qui ont une bonne à tout faire. La plupart de ces gens sont obligés 3é se servir eux-mémes^tde servir la bonne par dessus le marché. C'est dans de pareilles maisons — des baraques, suivant l'argot domestique— que les maritornes en rupture de village vont faire leurs premières armes. Anssitdt qu'elles savent à peu près quelque chose, elles aspirent à de meilleures places.
Elles savent qu'il n'y a que chez les riches qu'elles peuvent faire danser d'une manière convenable Tanse da pan ier. Aussf n'y a-l-II que les riches qui sorènl men servis. —
DoMiTCEB. Dominer ses passions. Le sage sait dominer ses passions — La question serait de savoir lequel des deux est le plus heureux, ou de celui qui sait dominer SCS passions, ou de celui que ses passions dominent. 11 y a bien des ffcns «nii parîei'aîéht pour le second.
Dox. Les dons de Cérés. Les dons de Bnrchus. Les dons de Pomone et de Flore. Les dons de l'éloquence. Les dons de la beauté. Don fatal.
« n vit paraître une jeune personne parée de tous les dons de U Jeunesse et de la beauté. »
(M"** D... Maria.)
« Ah ! si vous possédez vraiment le don de lire « Au fond des cœurs comme dans un cristal. »
(Gabourg, pièce de vran adressée à M-*' Ancelot et citée ilans « Les iSalons de Paris n« 4818.)
« Tel donne à pleines maing qui n'oblige personne ; « La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne. »
(P. Corneille. Le Menteur^ acte I, se. i.)
Douer. Dorer la pilule,
« Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule. »
(Molière. Atyiphitrion.)
Les femmes savent également très bien la dorer quand il s'agit ( Tune pilule d'amour enveloppée dans le papier doré du mensonge.
Dormir. Laisser dormir son argent — Vos héritiers sauront bien le réveiller.
« Il est malsain de dormir aussitôt après le repas. »
(Plaute. Le Revenant , acte III, se. ii.)
Les aphorismes de l'École de Salerne disent également : Somnum fuge meridianum.
DoDLEDR. J'an*ache les dents sans douleur, — Péroraison des boniments de MM. les arracheurs de dents... plus ou moins politiques.
Les accents de la douleur,
« Les accents de la douleur ont retenti dans le cœur de tous les assistants. »
« (^Journal des Débats du 22 germinal. Compte rendu des funé" railles du général Marie-René Montalembert,)
« Les grandes douleurs sont muettes. »
(Yauvenargues. )
C'est ce que pensait Sénèque lorsqu'il a dit ; « Les grandes et profondes douleurs sont muettes. »
{Hippolyte, acte II, se. m.)
Dragée. Tenir la dragée haute,
« Le ministre : Pouvons-nous compter sur votre voix ? — Le député : Mais certainement... A propos, j'aurais besoin de deux croix, de trois bureaux de tabac, d une recette particulière, d'une recette générale, et de deux sous-préfectures. — Le ministre : Monsieur le député, vous nous tenez la dragée haute ! »
u L'amoureux : Ma chère enfant, vous êtes adorable. — La chère enfant: Avez -vous vu la belle rivière de diamants chez un tel, rue de la Paix? — Vamoureux : Je vous aime beaucoup. — La chère enfant: Gomme les femmes qui ont
DES LTEUX COMMUNS 89
voiture et chevaux doivent être heureuses! — Vamoureux : Il n'y a rien que je ne fasse pour vous. — La chère enfant : J'ai toujours rêvé un hôtel à moi au Ranelagh I »
Dragon. Un dragon de vertu. — Jeune fille qui garde ellemême les pommes d*or du jardin des Hespérides de son innocence. — Femme mariée qui monte elle-même la garde devant la porte de son honneur, qui est aussi, aux yeux du monde, l'honneur de son mari, puisque le jour où elle a donné accès à quelqu'un ou à quelquesuns, voilà qu'on prétend que le mari est déshonoré.
a Sans reculer jadis « Dans plus d'une rencontre o Je me suis battu contre « Des dragons d'tous pays; « J'ai battu dragon russe, c Dragon anglais, suédois, « Dragon belçe, danois, « Et dragon du roi d'Prusse, « Mais j7i'ai jamais battu « Un dragon de vertu. »
(Villeneuve, Ch. Dapeuty et Langlé. Pierre et Marie. 4824.)
Dramatique. Situation dramatique.
« Arrêtez, malheureuse 1 Qu'allez-vous faire? C'est votre fils, votre fils que vous allez vouer à la mort! — Ltiil mon fils! Ah I mon Dieu I trop tard I — Que dit-elle ? — Vousl ma mère! — Trop tard, le poison!... le poison!... il l'a bu. Au secours sauvez mon fils! — Ma mère, je vous pardonne! »
Ce qu'on peut trouver le long de n'importe quel drame, lorsque la situation est dramatique.
Les critiques du lundi se contentent de juger ainsi la chose :
« Jamais situation dramatique ne fut présentée avec plus de bonheur. Les applaudissements unanimes du public ont montré à l'heureux auteur combien, etc.. »
Dramaturge. L'habile dramaturge. — Plus il fait pleurer plus il est habile. Et à chaque nouvelle pièce la critique de s'écrier :
u Jamais l'habile" dramaturge ne fut mieux inspiré : il a su, avec un rare bonheur, tirer parti des moindres situations. »
Drame. Drame émouvant.
« Le drame de X... est un des plus émouvants auxquels nous ayons assisté depuis longtemps. »
Ceux qui tiennent à préciser remontent jusqu'à la Grâce de Dieu.
<c C'est un succès qui sera consacré par cent représentalions consécutives. »
« l.e drame, qui, depuis la vogue persistante de Topérette, semblait un peu dépaysé, n*a pas dit encore son dernier mou La soirée d'hier comptera, etc.. »
Drapeau. Le drapeau tricolore a fait le tour du mondey le drapeau rouge n'a fait que le tour du champ de Mars, — Est-ce du Prudhomme? Non : c'est du Lamartine.
A l'ombre du drapeau. Mettre son drapeau dans sa poche. — C'est un acte de prudence politique.
Tenir haut et ferme le drapeau de la liberté.
K Vous avez toujours lutté, toujours combattu, toujours tenu haut et ferme le drapeau de la démocratie. »
(V. Hugo. Lettre à M. lourde, candidat sénatorial, «••^janTier 1879.)
Draper. Se draper dans sa vertu. — Ça n'empêche pas toujours de sentir le froid, d'éprouver les tourments de la i'aim, et ça ne tient pas toiigours lieu d'un bon vêlement bien chaud.
Drille. Bon drille. Joyeux drille. — Je ne connais pas d'autre épithète que bon et joyeux pour marier à drille, et vous ?
Drogue. Mauvaise drogue. — C'est une femme qui fait droguer son mari, qui fait aller ses amants, qui serait capable de faire évacuer la garnison d'une place forte, ofuciers en tête.
Droit. Le droit du plus fort. — Le droit sm» lequel s'appuient tous les gouvernements.
Faire valoir ses droits.
(( Ah I c'est que cette plaisanterie dure depuis trop lon^^- »tcmps, madame : j'ai des droits, je veux les faire valoir. — Demain. — Non, ce soir, tout de suite, à Tinstanl. — ma migraine, ma migraine I »
^Entre mari et femme.)
Mourirpourle maintien de ses droUs. — Cela se déclame, à table, dans un banquet patriotique, entre la poire et le fromage ; cela peut aussi se déclamer ailleui^.
(( Tous ici ne saurions-nous pas, au besoin, combattre et mourir pour le maintien de nos droîts, de notre Charte et du Roi, proclamé tel par la volonté du peuple? »
ÇDisc. de rentrée pron. devant le trib. de Fontenay par le proe. du roi Dniet> 3 dot. 1830.)
Tiens-toi droite, ma fUk ! — Recommandation d'une mère à sa fille.
tt Levez la tète. Encor. Soyez droite.. Approchez.
o Faut-il tendre toujours le dos quand vous marchez? »
(Regoard. Le Diatrait, acte I, se. it.)
Duo. Le duo du second acte du... a été chanté d'une façon inimitable par, etc. — Ça fait plaisir aux chanteurs e* ça ne compromet pas la critique. Avec une variante, on peut dire : <* D'une façon magistrale. »
Dupe. — La moitié au moins du genre humain. L'état de dupe est le stage de bien des gens qui attendent l'occasion de devenir malhonnêtes.
• On commence par être dupe, « On unit par être fripon. »
(M™*! Deshoulières. Réflexions diverses.)
Cela s'adresse particulièrement auxjoueurs; cela pourrait s'adresser à bien d'autres.
C'est à tort, disons-le en passant, qu'on a prétendu que ce distique formait tout le bagage littéraire de M™*' Deshoulières. Elle en a commis un autre, moins connu, peut-être, mais non moins aimable, quand elle a dit, dans Ses Oiseaux,
« L'indififérence est pour les cœurs « Ce que l'hiver est pour la terre. »
Regnard, lui aussi, a exprimé la même idée que la bergère Deshoulières, en parlant ainsi des joueurs :
« Il faut opter des deux* être dupe ou fripon. »
V (Le Joueur, acte I, se. vu.)
Bans la vie, il faut être dupe ou fripon. — Voltaire a prétendu qu'il vaut mieux être dupe :
« Si dans ce tourbillon
« Il faut choisir d'être dupe ou fripon, « Mon choix est fait. . . »
(La Prude, acte IV, se. ix.)
Que de dupes, parmi ces pauvres maris, même parmi les maris de théâtre !
« Ainsi, j'étais leur dupe ! ils se jouaient lâchement de moi. » (Boulé, Raimbant et Oupré. Emery le négociant.)
Duvet. Un léger duvet estompait ses joues d'adolescent. —
(Style de roman.)
Comment voulez -vous que la jeune fille résiste à un pareil duvet?
92 DICTIOXNAIUE
Eau.
«t L'eau qui tombe goutte à goutte finit par porcor la piorro. »
(Th. Esp. FQrnand de Roj:is. La Crlesfine, acte Vlll. 1492. Trad. Germain de Lavignc.)
Il faut avouer aue Quinault n'eut pas de ço'iio à trouver ridée d'un âes rares distiques de lui d ut ou se souvient encore, quand il a fait dire à sou Atys :
« l/eau qui tombe goutte à goutte « Perce le plus dur rocher. »
(Aty$, acte IV, se. t.)
Ébranler. Ébranler les convictions. — E n y inettan t le prix, ce sont des choses que l'on peut voî?^ ~'~ '^***'*'^- '
Ebranld' les bases de Védifice social.
« On VOUS a entendu crier : « Vive Henri V ! « — C'est vrai, mon président, mais j'étais un peu lancé. — Malheureux, vous voulez ébranler l'édifice social 1 »
Ecaille.
f Les écailles lui tombèrent des yeux. Il vit clair sur le chemin de Damas de la politique, et nous comptcàmes un soldat de plus dans nos rangs. «
(Hosannnh en l'honaour de celui que le parti qu'il a déserté appelle UD ti*ansfuge, un renégat.)
Ecarquiller. Ecarquiller les yeux pour ne rien voir. - Quo de maris, prévenus des infidélités de leurs femmes, écarquillent les yeux et n y voient rien l
ÉcFi.vFACD. Tu finiras sur l'échafaud. — Cliché paternel. Un
pièce .
qui finira sur l'échafaud ! «pronostique le père. Le hasard veut que de temps en temps la prophétie se réalise et il faut voir alors le parti qu'en tire l'accusation : Dès Tii^e de huit ans, s'écrie « l'honorable organe du ministère public », l'accusé annonçait les penchants les plus pervers. A dix ans, il est de première, force au billard et culotte des pipes qu'il achète avec de l'argent volé à ses parents !
DES LIEUX COxMMUNS 93
EcHARPE. Uécharpe d'Iris. — A l'usage de ceux à qui le mot arc-en-ciel écorcherait la langue ou ferait ciailier Ja plume. ,
« Une lég^ère draperie
« Pareille à l'écliarpe d'Iris,
« Couvre le sein du dieu. »
(Dcmoustier. Lettres à Emilie. J
Échauffer. Echauffer la bile à quelqu'un,
« Ahl madame, ne m'échauffez pas la bile, ou gare martia bâton ! — Vous êtes un !âche ! »
{Fragment d'un dialogue matrimonial.)
Échelle. Échelle du crime. — Une fois qu'on a mis le pied sur le premier degré de l'échelle du crime, il n'y a plus de limites.
tt L'accusé sur le sort duquel vous aurez à prononcer, messieurs les jurés,'a gravi tous les échelons du crime. »
CStyle d'avocat général.)
ÉcHEVEAU. L'écheneau de la pensée. Dévider Véchevcau de sa pensée. — Pour certaines gens, pour certains orateurs, ce n'est pas une opération facile : voilà pourquoi il y en a tant qui gardent le silence.
ÉcHEVELÉ. — N'est guère employé qu'avec le mot cancan. Un cancan échevelé, le mot de la fin d'un bal masqué. Prière à ces dames de ne pas oublier d'attacher solidement leur chignon: un malheur est si vite arrivé! Dans le feu d'un cancan échevelé, que de chevelures restent sur le carreau !
Échiquier. L'échiquier politique. — Ce ne sont pas les fous qui manquent à cet échiquier.
Écho. L'écho m'a redit souvent le nom du bien-aimé.
(Romans pastoraux et moraux.)
Trouver un écho dans le cœur de,.. Phrase que ne dédaignent pas les journalistes politiques portés au sentiment.
(Y. les articles de M. de la Guéronnièrc, qui a abusé de l'écho, abus bien naturel chez un élève de Lamartine.)
« Le terrible événement (la mort de la princesse Alice), qui a plongé dans le deuil la famille royale d'Angleterre, a trouvé un douloureux écho dans toutes le^ classes de la population. »
^Figaro du 20 déc. i878.)
Réveiller l'écho endormi.
tt Mille et mille oiseaux à la fois,
« Ranimant leur voix languissante,
« Réveillent les échos endormis dans ces bois. »
(Dtishoulièrcs. Les Oiseaux. 1G78.)
Éclair. Éclairs de fureur. Ses yeux lançaient des éclairs de fureur. — Voilà ce qui sort des beaux yeux d'une femme jalouse. Un jour quelque Jabloschkoff puisera, peut-être, dans ces beaux yeux, les éléments d'un nouvel éclairage plus électrique que jamais.
Éclat. L'éclat de la beauté. — Vaut bien Féclat des diamants, si Ton consulte les hommes.
« Elle (Delphine Gay) était alors dans tout Téclat de sa brillante beauté. »
(M«a Ancelot. Salons de Paris, 4824 à 1864.)
Éclat drs vertus. — N'a malheureusement qu'un nombre restreint d'admirateurs.
« Sa jeunesse brilla de Téclat des plus belles vertus. »
(Almanach de la Bonne Duchesse, dédié aux dames /Vttiçaises, par A.-J. Gautier. IS33.)
Éclater. Éclater comme la foudre. — Le pauvre mari trompé, qui découvre le pot- au-roses, éclate comme la foudre, s'il est chargé d'électricité.
È'iutcr en sanglots. — Le dernier argument des femmes.
Éclater en malédictions. — Ceci est du ressort des pères nobles.
« Alors sa fureur ne connut plus de bornes, et il éclata en malédictions contre sa ûlle dénaturée, qui, au mépris des lois de l'honneur, etc. •
Succès éclatant. — Appartient spécialement à MM. les critiques dramatiques et autres.
« Le succès éclatant remporté à la première audition du... retentira longtemps sous les voûtes du... »
École. L'école du malheur.
« Il a été élevé à l'école du malheur, et je suis sûre qu'il compatira au vôtre. »
(Etienne. La Petite École des pères, se. xii. I80S.) « Le malheur est une bonne école. »
(HofTmann. L'Original^ se. ix.)
Écossais. Hospitalité écossaise. — Mise à la mode depuis le succès de la Dame-Blanche. -Cette hospitalité, toutefois, ne dépasse pas la rampe.
ÉcuEiL. Plus blanche que la blanche hermine.
« Sera toujours l'écueil des ténors, monsieur. »
Il y a plus de trente ans que les dilettanti nous rabâchent cette phrase. Au moment où le ténor va débiter
cette célèbre romance, on a vu des gens de l'orchestre (juitter leurs fauteuils, parce qu'ils avaient à côté d'eux des mélomanes qu'ils avaient jugés capables de leur couler ce cliché dans l'oreille.
La vie est semée d'écueils.
« Prenez des distractions, et sachez que la vie est semée d'écueils et peut être la source de tant de maux, que la mort n'est pas le plus grand de tous. »
(Lettre*de Napoléon I" à la reine ffortense, 20 mai 1807.)
Écume. J/ écume de la société. — Elle bouillonne dans la marmite du crime et va se répandre sur les bancs de la police correctionnelle et sur ceux de la cour d'assises.
Édification. L'édification des masses. — Il y a des gens qui prétendent travailler encore à l'édification des niasses. S'ils savaient comme ils perdent leur temps, je n'ose pas dire : comme... ils se mettent le doigt dans l'œil !
. Édifikr. Édifier les musses. — Il faudrait être aujou/l^d'hui plus qu'un saint, ou un hypocrite hors de page, pour accomplir un pareil miracle.
Lecture édifiante. — S'adresser à Tours à M. Mame, libraire-éditeur, chez qui Ton trouvera un grand assortiment de livres dont la lecture est édifiante.
Education. Les bienfaits de l'éducation. — Ont quelquefois les mômes résultats que les malheurs de l'ignorance. (Consulter à ce sujet les procès Castaing, Lapommeraye, et, plus récemment, les procès Godefroy, Danval et Lebiez, tous bacheliers, et quelques-uns docteurs.)
Effervescence. L'effervescence des passions. — A un homme qui ^ime sa tranquillité, je ne souhaite pas d'avoir affaire à une femme dans l'effervescence des passions.
E F F E u I LLE R . EffcuHkr la marguerite ,
« Il m'aime un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. «
Occupation des pensionnaires du temps jadis. Aujourd'hui, quand elles rcffeuillent, elles se contentent de dire eu rêvant mariage et mari :
« Sera-t-il riche un neii, beaucoup, énormément? *
Au théâtre, on assiste encore de temps en temps àces effeuillements : — {Inès effeuillant une mai^guerite qu'elle a prise dans un bouqucî attaché à sa ceinture.)
«t Ecoute et regarde. Je consulte mon oracle. Je me marierai... Je ne me marierai pas. »
(Charles Laront. La Famille Moronval, acte II, se. i. 1834.)
96 D7CTI0NNAIRE
Effeuiller une à une toutes les illusions de la jeunesse. — Pour les jeunes filles, des fleurs artinciclles dont les liges seules résistent, et encore! — Pour les jeunes gens, des fleurs empoisonnées dont le parfum, trop souvent, cause des maux qu'on traite par les sudorîflques.
Effort. Couronner les efforts.
« Le del a couronaé mes efTorts. »
(Ch. Desooyer et Nus-FoUct. Jaciiues îe Corsaire. 4844.)
Egarer. Egarei* les esprits par de trompeuses pa>*o%. — Voilà, par exemple, un procédé dont aucun candidat à la députation ne s*est jamais rendu coupable.
Egide. L'égide des lois, — Un bouclier qui coûte cher quelquemîs à celui qu'il abrite.
(Voir le tarif des honoraires de MM. les aooices.)
« La liberté reflemit sous un gouvernement protecteur et sous régide des lois. »
* ^Chronique indiserite du xn* siècle. ISiS.)
« Je salue, messieurs, la véritable conservation, celle qui consiste à travailler pour le bien public sous Tégide de la loi, et à ne reconnaître d'autre supériorité que celle qui résulte de la vertu. »
(L. Gambctta. dS^cowts prononcé eut théâtre du ChàteatHrEau, 22 déc. 4878.)
« Sous régide des lois, je me mariai à Nantes dans Tin* tention d'exercer la profession d'avocat. »
(Mémoires de Fouchê, ISi4.)
Ordinairement, quand on se marie, c'est plutôt dans rintention d'exercer la profession de mari.
Electriser. L'assemblée, électrisée par les paroles de Voratrur, donne un libre cours à son enthousiasme. — Ainsi s'expriment les reporters électiisés et enthousiastes à tant la ligne. ^ '"*'""
Elite. L'élite de la société parisienne s'était donné t^endezvous à... pour assister au.,.
(Peut s'appliquer à une cérémonie quelconque.)
Il y a des gens qui vo(^t intriguer dans les bureaux de rédaction pour voir leurs noms figurer paimi l'élite do la société présente à une fête ou à un enterrement, qui est, souvent, une fête pour les héntiei*s.
Eloge. — Une des nombreuses manières de faire des dupes ou simplement de se moquer de son semblable, a Le plus bel éloge que je puisse faire de celui que nous
accompagnons à sa dernière demeure^ ce sont ces pleurs que je vois couler de tous les yeux : son plus bel éloge, c/est le souvenir qu'il laisse parmi la population honnête et laborieuse de son quartier, que, pendant plus de vingt ans, il n*a pas cessé un seul jour d*assister de ses conseils et de S9
bourse. »
(Tetit exemple d'éloquence funèbre.)
Juste tribuUd'éhges.
tt G*est la confraternité, messieurs, qui nous impose le touchant devoir de jeter un dernier regard sûr la tombe de ceux de nos confrères que la mort nous a ravis, et de payer un juste tribut d*éloges à ceux qui ont marqué leur passage au milieu de nous. »
(Dapin aîné. Discours d'ouverture prononcé à la conférence de la bibliothèque des avocats, 1*' déc. 1829.)
Eloodence. La mâle éloquence. — Joindre la force des poumons à la force des arguments constitue ïi^ mule V éloquence.
Elu. L'élu de la nation. L'élu de dix millions de voix. L'élu de la France. — Ainsi fut, pendant dix-huit ans, appelé Napoléon III par ceux-là mêmes qui devaient plus tard le surnommer « l'homme de Sedan » . Electeur, dis-moi, fen souviens-tu ? •
Elucubration. — Ce qui sort de la marmite cérébrale après une longue ébullition. — Pauvre diable 1 mets Ion esprit à la torture, creuse ta cervelle, pâlis sur ton papier, tourne mille fois ta plume dans tes doigts et raillé fois ta pensée dans ton crâne, fais tout cela pour que, le jour où tu diras : « Le voilà donc enfin, comme Minerve, sorti de ma caboche, cet enfant de mes veilles», quelque critique grincheux, qui aura la digestion difficile, appelle « ton fruit » une triste elucubration; et s'il est très grincheux, s'il est hypocondriaque ou atteint de gastralgie, il ajoutera : « Non, jamais pareille elucubration malsaine ne sortit d'un «cerveau malade. » Pauvre diable je te plains!... Ils ne savent donc pas, ces Minos de la presse, qui veulent passer pour des Minotaures, ils ne savent donc pas qu'un mauvais ouvrage a coûté plus de peine à son auteur qu'un chef-d'œuvre n'en a coûté à tel ou tel écrivain ? Pauvre diable, salut! et commisération,!
Elyskkn. Ombres élyséennes. — Les ombres des Buffet, des
• Broglie que Ton vit long^temps errer, tristes, lamcn-
* tables, le long du trottoir dci'Élysée, s' écriant m Fugit
iireparahile tempus, » A les voir on aurait dit plutôt des ombres échappées du sombre empire de Pluton.
Elzévir.
«Nous mettons en vente un magnlGque elzévir, parfaitement conservé,.. Voyez le, messieurs,.. A deux mille fi*ancs, à dixneuf cents francs, à dix-huit cent cinquante, à dix-huil cents, à dix-sept cents, à quinze cents, h douze cents, à onze cents, à mille francs le superbe elzévir, paifaitenf^nt conservé... A neuf cents francs, a huit cents francs, à sept cents francs, ce superbe elzévir... Regardez-le bien, messieurs, c'est pour rien... A six cents ft^ancs, à cinq^ cents, à quatre cents, à trois cents... Faites-le passer.., \ous n'en voulez pas^... à deux c«nt cinquante, à cent fVancs, à cinquante lianes le maj^ïiilitiue elzévir... Remait|iiez qu'il s*est vendu dix-sept ctnt soixantenlouze fi^ancs cinquante à la vente de loixl Muchinskol... à quarante francs, à ti^nte francs... A deux frùucs il y a acheteur pour le ma^iifique elzévir... à deux francs vingt-cinq... adjugé à deux francs vingt-cinq. »
fEeko de Vhâteldes Ymtm^
Email. Eiiâiu.br. L'émail des dents.
« Pas de brosses dures, ça enlève Témail : j*ai une poudre dentifrice qui conserve Témail des dents et parfume Thaleine. »
f Boniment de SÇV. tes dentistes.)
Uémail des prairies. — Une des richesses de récrin de la nature.
Mille fleurs émaUlaierU la prairie, — Renouvelé des
Romains.
(Horace. — Apulée.)
« L*astre par qui les fleurs émaillaient les campagnes « Par qui le serpolet parùimait les montagnes. »
(Racui. Bergeries.)
« Non loin de la chaumière, sur un tapis de verdure émaillé de fleurs. »
(Aug. Ricard. La Grisette. 1829.)
« L'émail des fleurs se mêle au brillant de la verduix*. »
(Lacépèdc. Hist. des quadrupèdes ovipares, 1. 1.)
n Kt réniail brillant des prairies, étalant sous tes pas les couleurs d'une iris nouvelle. »
(Dorât. Imitations de poètes latins. Le caTalier Maria.)
... « Tous les ans, à Témail, des prairies
« Succèdent les trésors des fhiits et des moissons. »
(Ghanlieu. U Retraite. 98.tt|)
DES LIEUX C03IMUN8 M
" L'herbe est fraîche et drue au printemps, les pâqueivttes émaillent d'étoiles blanches son tapis d'émeraude. »
(H. Malot. Sans famille. <878.)
Émaner. Toute justice émane ée Dieu, — Au théâtre cette phrase se prononce en portant en l'air l'index de la main droite, et en levant les yeux vers les frtees. Ordinairement le décor représente un site pittoresque entouré de rochers.
Emboucher. Emboucher la trompette de la renommée. — Faire de la réclame à la première page des journaux.
Embraser. Embraser les cœurs. — L'incendiaire, s'il est galant homme, ne peut pas se refuser, après l'incendie, à jouer le rôle de pompier. — Le plus souvent on n'embrase un cœur féminin que pour avoir le plaisir d'éteindre la flamme dans ses bras.
Embrasser. Embrasser les genoux. — (Pathétique théâtral.)
Jeanne, — « Oh! ne raillez pas ainsi! monsei^çneur, prenez pitié de mes larmes!... Vous ne serez pas inexorable pour une pauvre fille qui embrasse vos genoux et qui demande pitié!
Luisan : — Qu'elle est belle alns! ! »
(Paul Fouchcr et Àlboise. La Salpétriêre, acte II, se. v. 1843).
« Une des plus belles vierges, la ÛUe d'un puissant boïar, est à ses genoux qu'elle embrasse en pleurant. »
(Jean Czynski. Stenko le Jiebelle.)
Ëmeute. Étouffer l'émeute. — C'est prudent, si l'on ne veut pas que l'émeute vous étouffe. Les écrivains partisans de la muselière pour la race canine ont introduit une variante ; ils disent : Museler l'émeute.
Émotion. — Sentiment qu'éprouve l'orateur à son premier discours, l'amoureux à son premier rendez-vous, le soldat à .sa première bataille, le journaliste à son premier article, l'acteur à ses débuts, ou encore le soir d'une première représentation, la femme à ses premiers diamants, le voleur à son premier vol.
Il y a des émotions de commande comme il y a des dîners de commande. *
« L'émotion me gagne, messieurs, les larmes obscurcissent ma vue au souvenir de notre infortuné camarade, si prématurément enlevé à l'affection des siens et au monde des arts. »
{Discours funèbre.)
Vive et profonde émotion. « Messieurs, en venant occuper au milieu de vous un em-
10» DICTIONNAIUE
ploi si nouveau pour moi, je ne puis me défendre d'une vive et prol'ondo t^motion. »
fDùscours d'installation de M. Vivien, procureur générât d'Amien$, lunM 4830.)
Emouvoir. Spectacle émouvant.— Beux choses dont les Parisiens sont très friands. C'est sous le prétexte de se donner lo plaisir d'un spcolacle émouvant que tant de gens se pressent aux exécutions capitales. Si çà n'était pas si sérieux, il y a des gens qui se feraient guillotiner pour tâcher de voir de plus près.
Empire. Le sombre empire de Platon. — (V. Les classiques latins et les classiques français.;
L'empire des sens. — Un puissant empire dont la luxure est la capitale.
L'empire du beau sexe,
« Ces fiers rt'publicalns sont encore courbés sous le joujç des femmes, et lo sexe, au milieu des ruines de toutes les aristocraties, n'a pres(|ue rien perdu de son empire. »
{Journal des Débats^ a vcntèsc, an VlU.)
Employé. Employé modèle. — Le nccplus uHrà de l'abrutissemcnl burcauoralique, ^ j^U ftTUiSjjue luiinâm.L'emftîoyé modèle csl marié, père au moins 'îê'dcilx enfants; le dimanche il fait le ménage à fond, va promener sa famille aux fortifications, et, au retour, poi'te lesenfants ; quelquefois il est battu par sa femme pour finir la journée.
EMPoisoNNKa. Empoisonner l'existence. — Les infidélités de certaines femmes empoisonnent Texistence de certains maris. — La persévérance de certains créanciers empoisonne Toxistence de leui^ débiteurs.
Empukindre.
«: Le souvenir de la duchesse le poursuivait nuit et jour. LMnuigo (le la belle Eug^énie était empreinte dans le cœur d'AlIVod. »>
Il faut avouer que c'est là une do ces phrases de roman nui ne manquent pas de cachet, ne serait-ce que celui ou cabinet de lecture.
Empukintk. L'empreinte du génie.
u Lo dernier ouvrage de notre çrand romancier porte, comme toujours, Tempreinte du génie qu'on est sûr de rencontrer dans ses moiiuires produclions. »
Si le grand romancier sait vivre, il envoie en retour sa photographie avec une petite dédicace.
Emprisonner. PJmytrisonner sa pensée^ — Los versificateurs y sont souvent contraints pour les bestnns de la rime. Quelques-uns l'emprisonnent si bien qu'il est impossible *au lecteur de Tapercevoir.
Encens- Un vil encens ne grise qu'une âme vile, — Mais un encens raffiné peut griser Tâme la plus noble.
Enchaîner. L'amour emhaine les cœurs, — Mais le mariage !>.. ;s déchaîne. ■
Enchantement.
tt Quand parut la baronne R. K. ce fut comino un enchan« tement. Elle portait un délicieux costume faille rose r^'lové par des nœuds de velours bleu. » {Style de reporter en tournée mondaine.)
Au besoin on peut lancer le nom de la couturière si le fermier d'annonces n'est pas trop sévère.
Endormir. Endormir la vigilance, — C'est avec les narcotiques de l'hypocrisie que certaines femmes endorment la vigilance de certains maris, et que, durant leur sommeil, elles ouvrent la porte au dieu de l'adultère.
Endurcir. L'avarice endurcit le cœur. — Les cœtirs endurcis ne sont pas toujours les plus malheureux.
Ehfance. C'est l'enfance de l'art. — Artistes, exécutez des tours de force, soyez les acrobates de Fart, si vous ne voulez pas entendre dire, en parlant de vos oeuvres : « C'est l'enfance de l'art. »
L'aimable enfance. — La môme qui est impitoyable à la vieillesse, aux faibles et aux infirmes, la même qui aime les animaux pour les martyriser, qui empale tes mouches, plume les oiseaux vivants, guillotine les hannetons, empêche les chiens de s'accoupler sur Ici toie publique^ et a fait du 'pion un martyr à quatre cents francs par an.
Enfant. — Un élément de succès dans une œuvre dramatique. Toutes les pièces de théâtre dans lesquelles les auteurs ont fourré des enfants, qui sont généralement perdus au prologue et retrouvés au V° acte, toutes ces pièces ont le don de tirer déS larmes des yeux des spectateurs les plus endurcis.
Juliette,— vi^Q me tuez pas I ne me tuez pas ! je ne crains point la mort , mais je suis mère , et si je demande la vie c;,*est pour mon enfant l
De/amarre. — Ton enfant!... mais c'est ma honte!... Malédiction ! »
(Albert LaI>l•ou^î>c et Alph. Brot. Juliette. 1b3i.)
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Xr-TT.* , ..i* ■, aie î-sarTrâi.1- lete !▼. se- n.)
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< T-f- t: '.-:r: jr^ir^efn te ^erteaianiè^ tous tes enlànts
7r,sr-,ai m J-î-ï». ^ zamiiiaL aa III.)
// > / f ;>/?/-> /' 3.'';ir.5. — C-i-v-.i réil»^xioQ d'Argan à ht -:u.f>î 1»; .iiimiriJie iuttae eatre iai et la petite
pialade immgvuâre.J X UtH enfanf.=i sont cjt «tu 'jq v*îiit qu'ils soient. »
T-a-eare. Z<?« Adeip/w», acte III, se. !▼.)
P^Nii'KH. — \'n mot dont les aneiens prédicateurs oat beaucoup fthu.^é.
« Cest l'en fer qui ta inspiré. »
iLo»kroy <^t Anicet. L'Impératrice et la Juive, acte III,
se. fil. <H.'Î4.)
TdiirmfntH de l>,nf(tr,
« ï./!s tourmf?nt.s de l'enfer venaient s'y peindre tour à
(iouy. Guillaume le Frane-parlettr.)
l'Ut fer et dumnatim! — Un juron romantique et
\\uù\\Vi\\,
r.Nii.\MMiu. Hiilhimmé d'un noble courroux. — Dans les |M»rMt"i OpiqiHVH, loH autours nous montrent leurs héros (MilltniMiH^n d'in) uoblo courroux.
I >Mi. VN^K. Mumtdv ru(hvm'i\ — Les enfants sont souTenl ^(Uv»hll»\« \W lUttudUu oh^oanco pui* les vieilles femmes
dont ils se moquent et par les vieillards infirmes qu'ils poursuivent de leurs huées.
« Les jouvenceaux, cette engeance maudite , « Font bande à part. »
(Dcshoulières. Ballade.)
a Pourquoi ne pas donner pouvoir aux d'Argensons, « Qui règlent la police et corrigent la France, a De mettre les rimeurs aux Petites-Maisons, « Et détruire par là cette maudite engeance?»
(Chauliea. Vie champêtre. 1707.)
a Son discours dura tant, que la maudite engeance « Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin. »
(La Fontaine. L'Écolier, le Pédant et le Maiire cTun jardin.)
Engendrée. -** Verbe essentiellement biblique.
fV, la généalogie d'Abraham.)
L'oisiveté engendre le vice, et le vice conduit aux plus déplorables excès, au crime même,
(Avis aux amateurs.)
Engin. Formidables engins de destruction, — Les hommes ont pensé que la peste, la famine, la fièvre jaune, le choléra et les douze ou quinze cents maladies qui moissonnent journellement l'humanité, allaient trop lentement, et ils ont inventé les « formidables engms de destruction », histoire de collaborer à l'œuvre de la Mort. Les gens qui ont doté le monde de formidables engins de destruction sont ordinairement décorés de plusieurs ordres. C'est, peut-être, rendre un grand service aux hommes que de les débarrasser du fardeau de la vie.
Engouffrer. Le vent qui s'engouffrait avec violence sous les voûtes du vieux monastère.
(Romans genre Anne Radcliffe.)
Enivrement. L'enivrement des passions* — Ha des effets plus funestes que ceux de l'absinthe et de tous les alcools connus. A vingt ans, l'enivrement des passions fait mettre bion des montres chez « ma tante ». A soixante ans, le même enivrement fait épouser bien des cuisinières.
Enivrer. Enivi'é par la prospérité. — Rien ne grise comme le bonheur. Les moralistes châtient ainsi ceux qui s'adonnent à ce genre d'ivresse :
« Enivré par la prospérité, il méconnut ses amis véritables,
et Ton vit une armée de parasites s'attaolier à si»s pas. »
Voilà comment s'en tirent les moralistes noti admis au festin de l'homme enivré par la prospérité. — Ceux qui ont pris part au banquet donnent à Fampliitrion du généreux et du magnifique.
S'enivrer dti souffle de la femme aimée.
« Déjà, je m'étais enivré de son soiinie, déjà j'avais bu toute la magie de Tamour sur ses lèvres. »
(Chateaubriand. Aiala.)
EuNLEVER. Enlever toiLS les suffrages de rassemblée^ à la suite d'une chaleureuse harangue en faveur du candidat de...
Manœuvre amicale, à tant par jour, destinée à chauffer les élections. B. S. G. D. G.
Ennui. Ennui mortel. — La cause de tant de chutes féminines, le plus puissant auxiliaire des Lovelaces.
L'ennui la ronge. C'est pourquoi on la voit si souvent changer d'amant; un peu plus je mettais: amants, au pluriel.
« L'amoureux Eurylas, absent de Timarète, « Exprimait par les sons de sa douce musette « Combien l'ennui mortel d'un triste éloignement « Presse le tendre cœur d'un véritable amant. »
vScgrais. Eglogues.)
Énoncer. Énoncer sa pensée avec une clarté, une concision peu communes.
(Phrase dont vous tous servez eu parlant d'un orateur de vos amis.)
Ënorhité.
« L'énormité du crime appelle un châtiment suprême. Le jury ne manquera pas à son devoir, et le glaive de la loi saura atteindre le coupable. »
{Péroraison de l'honorable organe du ministère publie, demandant une tête^ S. Y. P.)
Enquête. L'enquête parlementaire. — Une chose qui peut avoir une tête, mais qui n'a jamais de queue.
« L'enquête relative à Talîaire de... se poursuit activement. L'analyse des restes de la l'emme coupée en morceaux a eu lieu aujourd'hui. »
L'art de découper les femmes après les avoir tuées, et quelquefois avant de les avoir tuées, étant de plus en plus répandu parmi MM. les assassins, il était de toute nécessité de relater le cliché s'y rapportant.
DES LIEUX COMMUNS i05
Enrôler.
« Enrôlé sous les drapeaux de la liberté, il combattit, jusqu'à so dernier jour, pour les droits sacrés du peuple. »
{Oraison funèbre d'un frère et ami.)
Enterrement.
« La pièce de M. Z... n'a pas répondu à l'attente de ses amis. La presse lui a fait un enterrement de première classe. Heureusement l'auteur est un homme d'esprit qui, à la première occasion, saura prendre sa revanche. »
Avec quel charme les bons petits confrères lisent de pareilles phrases dans les journaux 1 Ils boivent du lait, les petits serpents !
Enthousiasme. Un mouvement irréfléchi dont on est, souvent, le premier à rire, lorsque la réflexion est arrivée.
L'enthousiasme ne connut plus de bornes.
Avec la rapidité de l'électricité, en un clin d'œil, l'enthousiasme se propagea d'un bout de la salle à l'autre.
Quand on pense qu'on a écrit — il y a longtemps, par exemple — de pareilles phrases en l'honneur de tel ou tel pianiste !
Aujourd'hui l'on est plus réservé, et il faut être un très grand artiste, ou le très grand ami d'un critique influent, pour obtenir des éloges de ce calibre.
Entrain. Comédie pleine d'entrain. — Comédie qui doit beaucoup aux acteurs.
« La pièce a été jouée par les acteurs du théâtre du Palais-Royal, avec leur entrain habituel. »
(Compte rendu d'une représentation à bénéfice.)
N. B. Les artistes du Palais-Royal ont toujours de l'entrai n.
Entraîner. La guerre entraine bien des maux. — 11 faut bien un peu arrondir ses frontières.
Sa parole a le don d'entraîner les esprits et de charmer les cœurs. Ce sont des choses qu'on dit, qu'on écrit même, en parlant de certains députés... dont on a besoin. On appelle leur éloquence, une éloquence entraînante, sur le turf parlementaire.
Entrave. Briser les entraves de la liberté. — Pour lui en forger d'autres plus solides, la plupart du temps.
Mtttre des entraves à la pensée d'autrui. — (S'adresser au bureau de la Censure littéraire.)
lOe DICTIONNAIRB
Entraver.
« Entraver l'.essor de la libre pensée. » {Nombreux applaudissements à gauche et au centre.)
Entrechoquer.
« Les deux armées s'entrechoquèrent, et alors commença un carnage affreux. Longtemps la victoire lut incertaine, etc. >»
{Relation militaire.)
N. B, Plus grand est le massacre , plus glorieuse est la victoire .
Entrecouper.
« Des sanglots étoufTés entrecoupaient les paroles.de la tendre Amélie, qu'un barbare n'avait pas craint d'arracher aux douceui*s de la famille et aux joies de la maternité. »
{Spécimen de roman genre Empire.)
Entrelacer. Enlacer.
M Tendrement entrelacés l'un l'autre dans une étremte amoureuse , ils défiaient encore leur farouche bourreau. »
« Tendrement enlacés l'un l'autre, ils contemplaient l'immensité toute constellée d'étoiles, et, élevant leur âme vers l'auteur de toutes choses, ils comprire))t que l'amour est une émanation céleste. »
C'est en lisant dans les romans de pai^illes platitudes, que les jeunes filles rêvassent et s'étiolent. Souvent la clilorose n'a pas d'autre source.
Entrevoir.
u Si une politique résolument sage ne prévaut pas, j'en> trevois de grands malheurs pour notre malheureux pays, déjà si éprouvé. »
Prophétie des Gassandres du jour. Mot à mot : Des portefeuilles pour moi et mes amis, ou le char de l'État roule dans l'ornière.
Entrevue. Lentrevue des deux souverains a été des plus cordiales, — Quand vous lisez une pareille phrase dans les papiers publics, demandez-vous quel peut bien être le troisième soiiverain dont on convoite une partie des États.
Énuuérer.
« Je n'énumérerai pas tous les griefs, etc. »
Suit, au complet, l'énumération des griefs, fail» par M° un tel, avoué près le tribunal de... 11 raut bien gagner ses honoraires.
DES LIEUX COMMUNS iû7