‹ Dictionnare des Ieux CommunsChapitre 6 sur 14 · ÉPI · texte numérisé non relu

ÉPI

« Le front couronné d'épis, la jeune bergère s'avança avec une gr4ce touchante, et se tournant vers le vieux Mathias : « Mon père, voici celui que j'aime, dit-elle, en désignant h^ fier Alonzo, en extase devant elle. >>

(Roman pastoral, genre Empire.)

Les blonds épis.

« L'été chargé de blonds épis « Étale ses riches habits. »

(Bernis. L'Été.)

Épidémie.

u Durant la cruelle épidémie qui a ravagé notre belle contrée, la sœur Thérèse n'a pas cessé de donner des marques du plus profond dévouement. Partout on l'a vue au chevet des malades, leur prodiguant les soins les plus assidus et les consolations de la religion. »

{Tire de la collection des faits divers.)

Épingle. — Ne vous avisez jamais, surtout dans la rue, de vous baisser pour ramasser une épingle, si vous êtes avec un ami. Il n'aurait qu'à vous dire : « Vous êtes un homme d'ordre, vous faites comme Laffîtte qui a dû sa fortune à un pareil mouvement. »

Épique.

« Nous n'avons pas de poème épique en France. — Et la Henriade^ monsieur ! »

[Conversation entre amis des lettres.)

Épistolâire. Madame de Sévigné a brillé dajis le genre épistolaire. — Ce qu'un professeur de belles-lettres ne manque jamais de dire à ses élèves.

Éploré.

* Elle tomba tout éplorée aux genoux de son mari outragé, qu'elle arrosa de larmes brûlantes : Je suis coupable, mais pitié pour lui ! Sur la tombe de ma mère, je jure que... »

{Chap. où la femme coupable demande son pardon.)

Époux éploré, épouse éplorée,

« C'est un énoux éploré qui vient demander la guérison de son épousi' milade. «

Chronique indiscrète du xix« siêcte. 18iS.)

DES LIEUX COMMUNS lH

Veuve éplorée.

« Chacun voudrait essuyer les larmes de tant de veuves

éplorées. »

{Gazette des Tribunaux, 6 août 1830.)

Épopée.

« La glorieuse épopée, dont Homère fut le chantre, m*a laissé, dès ma jeunesse, un goût prononcé pour l'antiquité; et, lorsque ayant revêtu la robe prétexte, il me fut donné, à mon tour, de faire part à mes contemporains du fruit de mes études et de mes réllexions, c'est encore vers le vieil Homère que mes regards se sont tournés. »

{Préface d'un auteur ami des classiques.)

Quand la préface d'un ouvrage commence ainsi, ou à peu près ainsi, le lecteur fera bien de passer la préface et de fermer le livre.

Épouse. Noble épouse, vertueuse épouse, — Longtemps du style noble, le mot épouse aujourd'hui n'est plus employé que par les honnêtes petits boutiquiers et les Dourgeois sans prétention.

« Et nos pieds auront à peine touché ce sol, que mon Henriette recevra devant les hommes le titre sacré d'épouse que je lui donne devant Dieu. »

(Pixérécourt et Anicet-Bourgeois. Latude, acte II, se. x. 1834.)

Épouvante.

^ « L'épouvante était dans tous les cœurs. Alors, surgit de la foule un homme, qui, sans autres armes que son courage, se jeta bravement à la tête du taureau furieux, parvint à le saisir par les cornes et le maintint ainsi jusqu'à l'arrivée des agents. »

(Tiré de la collection des faits divers.)

Quand c'est un agent lui-même , qui opère un sauvetage de voiture, par exemple, il est toujours traîné pendant l'espace de trente pas; ni un de plus, ni un de moins.

Époux. — C'est le nom ([ue les boutiquières donnent aujourd'hui à leurs maris.

Époux outragé.

« Oui, Marguerite, quand l'époux outragé a fait justice oe celle qui l'a trompé. »

(Cb. Desnoyero et Nus-Follet. Jacques le Corsaire.)

a II faut des époux assortis « Dans les liens du mariage. »

Le premier vers seulement de cette romance d'A. Duval

il« DICTIONNAIRE

est resté populaire. C'est encore quelque chose que de eom mettre un vei*s, un seul qui puisse sur\ivre un demisiècle, même un quart de siècle, à son auteur. Il est vrai que ceux qui connaissent ledit vers ignorent absolument le nom de Tauteur.

Épreuve. ÈDreuvc cruelle. — Pour un ministre perdre son portefeuille. — Pour un gamin perdre toutes ses billes.

Épuisement. L\'puhement des finances dénote la mauvaise administration d\m État. — 11 faut s attendre à tout, même à voir, de temps en temps, cette phrase lancée du haut de la tiibune parlementaire.

Équilibre. LYquilibre ewropeVn. — Celui (jue sont chargés soi-disant de maintenir les clowns politiques.

« Une telle puerro ne saurait être entivprise sans menacer les bases de rêquilibre euix>péen. »

{Fragment du discours du député plaidant la eame de la paix,)

« Les bases sur lesquelles repose réquilibre européen sont trop solides pour qu'une telle gueri'e puisse le cornpramettre. «

[Fragment du diseottrs du député plaidant la cause de laffuerrt,)

Équité. Se conformer aux régies de la justice et de féqitité. — Souvent tel s'y conforme, qui ne peut pas faire autiw ment.

Ère. LViv de nos justes revendications, — Se rencontre chez les panégyristes de notre immortelle Révolution.

L'ère (//oWewse de l'Empire. — Se rencontre chez les panégyristes des Napoléon.

Vne ère nouvelle, — Après la Révolution de t830, ce cliché a éclaté à la tribune et dans la presse, avec un ensemble pai*fait. Du reste, à chaque cnangement de régime, c*est la même rengaine.

« l'ne ère nouvelle s'ouvre pour la France. La liberté, si glorieusement reconquise, est reconquise pour toi^joui^. »

Jhsc. d'installation de M. Bernard, j»i"oc. gén,prèsla cour rfe Paris, 5 août 1830.)

« Ici (à Lyon) la glorieuse Révolution qui vient de créer pour la Jb>ance une eiv nouvelle. »

(Gazette des Tribunaux, it août 1830, CorrespondmÊce,)

« Saluons donc avec espérance cette année qui s'ouvre ! avec elle doit s'ouvrir une ère nouvelle. »

\La Lanterne, 3 janvier 1819.)

«L*adoption de la g^rande mesure de justice et de réparation q*X' doit inaugurer l'ère nouvelle des n'* formes. »

(La Marseillaise f 7 janvier 1879.)

Errer. Errant sûr la terre et sur l'onde, sans abri où reposer ma tête, — Avec un peu de musique et un peu de prosodie, est du domaine de l'Opéra-Comique.

Errare humanum est. — C'est à force d'en*er que les femmes se perdent. — Victor Hugo a donné à cet adage latin, traduit du grec de Sophocle, une tournure comique et parisienne en disant : «Errer est humain, flâner est parisien. « Sophocle avait dit dans Antvjone, acte IV, se. i:

« Les erreurs sont l'apanage de l'humcïuité ; l'opiniâtreté est le comble de la sottise. »

« L'erreur est le fait des hommes; l'opiniâtreté, le fait des bêtes. »

(Th. F^pagiiol. Pcrnand de Rojas. La Célestine, se. de Célestine et de Calixtc, x\* siècle.)

Erreur. Les erreurs de jeunesse. Des erreurs qui procurent plus de bonheur que bien des vérités.

Lesurqu£, cette innocente victime d'une erreur judiciaire. Phrase à l'usage des partisans de l'abolition de la peine de mort.

« L'erreur n'est vaincue que par la vérité. »

(Luther.)

Cette phrase est d'un très bon effet dans les colonnes d'un journal. 11 n'y a que quelques journalistes érudits qui s'en servent, mais pas trop souvent, pour ne pas 1 user. Elle sort dans les grandes occasions, lorsqu'une grave question est débattue à la Chambre.

Le bandeau de l'erreur. — Souvent bien agréable.

« Pour me faire oublier Sophie, tt On me tend un pit'^^o enchauteur; « Mais au trait qu'unioiir lui confie « Perce le baïuhiau de l'eireur. »

(P. J. Churrin, L'Erreur^ chans. 1847.)

EscARBOucLE. — Scs yeux brillaient comme des escarboucles.* Quand les femmes sont en contemplation devant quelque merveille de la joaillerie, leurs yeux brillent comme des escarboucles.

a Ses yeux étincelants comme des escarboucles. »

(T. Gauthier. Alberius.)

Esclavage. — Croupir dans un honteux esclavage. L'esclavage est la honte de l'humanité. Briser les fers de l'es-

ili DlCTiOXXAimE

^^hioj'j*', — Tons les hommes $llbisi^ent plus oo moins le jou;? de res*:lavasre. — Il n*T a plus d*es4.'laTes, soit» mais jamais le nombre des râlets» plats flagorneurs, ces esolaTes Tolontaires^ ne fut plus grand.

» Pîutôt la mort que Tesclavage, « C'est la lie vise des Fniuçais. »

Le S'dut dt* la France^ ekaal patriofekictt, par 4e Bfry/

Esclave, ttjr res-'hv:*? de ses p^A^i^ms, — Être Festitive de Sti parvU\ — Je suis étonné qu'à Tépoque où les noirs étaient encore des esolares, quelque romantique n*ait pas trouvé le : « Être ie nègre de sa pttrole. » il n>st plus temps, mais quelle belle occasion de perdue !

Escorte. L\s'orte du prince a traversé la ville.

«. Une bnlLiute escorte aco'vmpa-rnait le souverain, qui 3 été. sur tout soa parcours, s.-lu^ p.ir île nombreuses acclamations. p;ir les cris répètes île : Vive. etc. »

A pivsent. chez nous, les princes se font rares: mais les acclan. .'.ions et les vivat trouvent encore le moyen de se faufiler à la suite d'un député en vedette voyageant ad m'tjo}ym Reipubli'W ghriam, La brillante escorte est remplacée par un bruyant orphéon voué à la MarseilUùse et au petit bleu.

Escorter.

« J'eus rhonueur, monsieur, d'escorter Charles X à franeétrier, lor-^^iue le déchaînement des pa^sion'^ populaires eut fore»' ce mon Uï^ue à prendre le ehemîu de Texil. Sa Majesté me disait : Mon cher, etc.»

Soui-enir «Tim riV«x §entU\ MMate.^

C'est étonnant le nombre de nobles qui ont escorté, à ce qu'ils disent, Charles X sur ie chemin de l'exil. Pendant vinirt ans, tous les journaux ont fait, chaque année réçulièroment. mourir le dernier survivant du radeau de la Moiust\ t* t pas un journal n'a eu l'idée d'en faire autant en fiiveur du dernier survivant de l'escorte de Charles X. .\ quoi pensent donc les journalistes à court de copie ?

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