‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 99 sur 607 · COMITÉ DE LECTURE — COMITE DE SALUT PUBLIC · texte numérisé non relu

COMITÉ DE LECTURE — COMITE DE SALUT PUBLIC

de lire un jour sa pièce devant le comité. Il a couru d’étranges bruits à l’encontre de cette toute-puissance unitaire occulle. Nous ne les reproduirons pas. Chaque sociétaire présent à une lecture touche un jeton de cinq francs ; il y a une amende de dix francs prononcée contre chaque absence non ‘motivée. Sous la Restauration, il fut adjoint aux comédiens un certain nombre d'hommes de lettres. Les auteurs eux-mêmes éclamèrent contre cette adjonction, qui leur paraissait plus Juisible que favorable à leurs intérêts,

Il y a quelque trente ans, chaque théâtre avait son comité de lecture; les comédiens n’en faisaient point partie. Jamais ces comités ne furent sérieux : aussi ont-ils disparu sans bruit, et personne wa remarqué leur absence. Les directeurs se plaignaient de ce qu’on leur imposait des pièces tantôt mauvaises, tantôt ruineuses par les frais de mise en scène, et définitivement le directeur faisait toujours, même contre la décision du comité, et par des moyens directs ou indirects, prévaloir sa volonté, Le comité de lecture de lOdéon a eu dans le temps une certaine célébrité, qu'il a due aux noms de Picard, d’Andrieux, de Collin-d’'Harleville, de Dieulafoi, célébrité, hélas! dont il ne reste plus vestige depuis longtemps. Un des comités de lecture les plus amusants était celui des Variétés, Ce fut là que Brazier fit recevoir par acclamations une pièce dont il n’avait pas écrit le premier mot, et qu'il improvisa tout entière sur un cahier de papier blanc. Le Gymnase, lors de sa fondation, constitua un comité de lecture composé d'hommes de lettres, de critiques, de personnes intéressées dans l'exploitation et d'hommes d’affaires; on y remarquait Vatout, Étienne Béquet et Germain Delavigne. Ce comité fut celui qui soutint les premiers pas de M. Scribe, l’auteur auquel ce théâtre a dû sa fortune. Picard, directeur de l’Odéon, ne regardait jamais comme décisives les sentences portées par son comité de lecture. En 1805, voyant qu’il avait refusé à l’unanimité une comédie intitulée Le Parleur éternel, il lui fit observer que dans l'excès même d'originalité qui avait motivé son refus il voyait une cause de succès ; il joua la pièce, et elle eut, en diverses reprises, quinze cents représentations.

Il wy à plus aujourd'hui de comité de lecture sérieux qu’au Théâtre-Français. Partout ailleurs, le directeur est Seul juge des ouvrages qu’on lui présente; l’auteur les lit quelquefois ; d'ordinaire le directeur les lit lui-même, pour avoir plus tôt fini. E, BRIFFAULT.

Le comité de lecture du Théâtre-Français a été réorganisé en 1853: il se compose de tous les sociétaires hommes. Si les examinateurs attachés au théâtre trouvent dans une pièce quelques éléments de succès, ils la renvoient au comité. Tout auteur joué une fois est dispensé de l'examen préalable,

COMITE DE SALUT PUBLIC. Ce comité fut établi par les décrets des 18 mars et 6 avril 1793. Le nombre de ses membres fut fixé à neuf. Barrère, Delmas, Bréard, Danton, Robert Lindet, Treilhard, Guyton-Mor- “eaux, Lacroix (d’Eure-et-Loir) et Cambon furent d’abord élus. Le 2 juin suivant deux nouveaux inembres, Jean- Bon Saint-André et Gasparin, leur furent adjoints. Ils furent réduits à neufle 11 juillet de la même année, et restèrent ainsi depuis le 25 frimaire (décembre 1793), jusqu’au 14thermidor (août) suivant. Le comité se composa alors de Barrère, Billaud-Varennes,Carnot,Collot d Herbois, C.-A. Prieur, Robert Lindet, Robespierre, Couthon, Saint-Just, Jean-Bon Saint-André. Depuis le 14 thermidor an 11 jusqu’à la fin de la session conventionnelle, il subit des changements partiels dans son personnel ; et ses fonctions cessèrent avec celles de la Convention.

L'histoire de ce comité se lie intimement à celle de cette puissante assemblée dont il était le bras droit. La Convention avait reçu des assemblées primaires un pouvoir sans bornes ; mais elle ne pouvait satisfaire aux exigences de sa mission sans déléguer à des mandataires de son choix, pris

0 Lf dans son sein et révocablks par elle, la direction de l’administration intérieure et celle des armées. Elle établit donc un gouvernement provisoire et révolutionnaire. La partie exécutive de cette dictature fut déléguée à deux comités, de salut public et de sûreté générale. Elle les munit de pouvoirs presque sans limites, mais non sans responsabilité, La coalition étrangère était en marche ; la trahison lui avait livré des places fortes ; tout était prêt pour l'attaque, tout était à faire pour la résistance. Il s'agissait de l'existence politique et matérielle de la France ; il fallait improviser la Joudre.

L'art. 2 de la deuxième section de la loi du 14 frimaire an 1 (4 décembre 1793), qui organise le comité de salut public, en fixe ainsi les attributions : « Tous les corps constitués, tous les fonctionnaires publics sont mis sous son inspection immédiate pour les mesures de gouvernement et de salut public. » 11 devait à la fin de chaque mois rendre compte à la Convention des résultats de ses travaux. Chaque membre était personnellement responsable de l’accomplissement de cette obligation.

Le comité devait se faire rendre compte tous les dix jours par le conseil exécutif de l'exécution des lois et mesures militaires, et lui dénoncer les infractions des fonctionnaires et les auteurs de ces infractions, commises sciemment ou par négligence. La surveillance de l’exécution des lois révolutionnaires avait été déférée aux administrations de district , à l’exclusion des administrations de département, et chaque district devait en rendre compte tous les dix jours au comité de salut public, qui était tenu de dénoncer immédiatement à la Convention les agents nationaux de district et des communes, ou tous autres fonctionnaires, prévenus de forfaiture ou de simple négligence (art. 18). « Il était spécialement chargé des opérations majeures de la diplomatie et de traiter directement ce qui dépendait de ces mêmes opérations. » Les représentants du peuple en mission devaient correspondre tous les dix jours avec le comité, qui était autorisé à prendre toutes les mesures nécessaires pour procéder au changement des autorités constituées. Ja Convention avait voulu que tous les actes du comité de salut public ne fussent exécutoires que sur la signature d’un certain nombre de ses membres, afin que nul d’entre eux n’exerçât individuellement une autorité personnelle. Le comité se conforma d’abord aux intentions de l’assemblée : toutes les affaires y furent discutées et décidées à la majorité des voix; mais bientôt leur importance et leur multiplicité ne permirent plus de suivre ce mode : chaque spécialité devint le partage d’un ou de plusieurs membres. L’exécution des actes ne pouvait être efficace qu’autant qu’elle était rapide : les membres des divers bureaux se donnaient respectivement leur signature. Seulement, il fut convenu entre eux que les affaires d’une haute importance seraient soumises à une délibération commune,

Tout ce qui tenait à la police générale intérieure devait rester tout à fait en dehors des attributions du comité de salut public, et être exclusivement réservé à celui de sûreté générale. La loi du 14 frimaire an n1 l'avait ainsi ordonné en termes clairs et précis. Cependant, Couthon, Robespierre et Saint-Just se constituèrent en bureau de police générale, et empiétèrent ainsi sur les attributions du comité de sûreté générale. A l'insu de leurs collègues, ils proposèrent à l'assemblée l'établissement d’un tribunal révolutionnaire : les faits qualifiés crimes, sur lesquels il avait à prononcer, étaient indiqués d’une manière très-vague, et ouvraient un vaste champ à l'arbitraire des juges Les patriotes les plus irréprochables et les plus dévoués avaient improuvé ce décret. Dès le lendemain une vive discussion s’éleva au comité : Carnot , Billaud-Varennes, reprochèrent à Couthon et à Robespierre lillégalité et les funestes conséquences de leur procédé. Robespierre allégua pour excuse que jusque alors tout s'étant fait de confiance, il avait cru

pouvoir agir seul avec Couthon, Mais cette excuse même était démentie par les précédents dn comité, qui avait toujours procédé différemment pour les questions et mesures graves, L’altercation fut vive ; la conduite de Couthon et de Robespierre était injustifiable. J1 fut convenu que l’on proposerait la réformation du terrible décret qui avait ordonné la création du tribunal révolutionnaire, et que le plus profond silence couvrirait les divisions intestines du comité. Mais le secret fut mal gardé : les journaux anglais révélèrent, en les commentant, ces querelles d'intérieur. Déjà ces scènes déplorables s'étaient plusieurs fois renouvelées. Six commissions avaient été établies pour l’examen des causes politiques. Les affaires y étaient ou devaient y être apportées et examinées avant d’être transmises au tribunal révolutionnaire; ces commissions faisaient les fonctions de jury d’accusation. Le comité de salut public ne devait avoir sur leurs décisions aucune influence; mais le triumvirat Robespierre, Couthon et Saint-Just avait concentré dans son bureau de police générale la direction suprême de toutes les affaires de l’intérieur et toutes les attributions conférées spécialement au comité de sûreté générale. Les comités et les tribunaux révolutionnaires de toute la France, les représentants en mission dans les départements, les commissions populaires de Paris, le tribunal révolutionnaire et la Commune de Paris correspondaient directement avec Robespierre. Cette correspondance n’était pas même déposée au bureau du triumvirat ; elle fut trouvée plus tard presque entière au dornicile de Robespierre. L’immense popularité attachée à son nom le rendait redoutable à toutes les autorités et même à ses collègues.

Depuis l’altercation dont nous avons parlé, il n’assista que raremeht au comité et aux séances de la Convention ; il s’abstint même tout à fait d’y paraître depuis la fin de prairial jusqu'aux premiers jours de thermidor. Les autres membres du comité n’en continuaient pas moins leurs importants travaux. Carnot ne prenait pas même le temps d’aller manger chez lui; quoiqu'il demeurât rue Saint-Florentin, près des bureaux du comité, il dinait à la hâte chez le restaurateur le plus voisin. Le comité avait ordinairement six cents signatures à donner par jour. Ces signatures ne pouvaient être apposées que de confiance. Les ordres pour les généraux en chef des armées et les négociations diplomatiques exigeaient le plus grand secret. Aussi y avait-il pour ces grandes affaires un registre particulier., où toutes les délibérations importantes, tous lés ordres, tous les arrêtés relatifs à des plans d'opérations, étaient consignés par les membres du comité, qui expédiaient euxmêmes les lettres et les extraits d’ordre et d’arrêtés aux représentants en mission et aux généraux chargés de les exécuter,

Depuis le mois de floréal an w il n’y avait plus unanimité d'opinions dans le comité de salut public. Cette dissidence éclata dans les débats de la séance de la Convention du 22 du même mois; elle se manifesta plus vivement encore dans celles des 22 et 23 prairial suivant. La scission entre les membres du comité et Robespierre, Saint-Just et Couthon, devint de plus en plus tranchée. La majorité se concertait avec celle du comité de sûreté générale; mais pour frapper l'ennemi commun il fallait plus que des présomptions; la majorité de la Convention partageait les craintes et les espérances de celle des deux comités. Les trois membres dissidents du comité de salut public effrayaient la Convention elle-même par leur immense popularité; ils avaient pour eux toutes les autorités révolutionnaires de Paxis, celles des départements, et ils pouvaient se croire assurés du succès ; ils prirent donc l'initiative. Dès le 13 messidor Robespierre attaqua une partie de la Convention et les deux comités de salut public et de sûreté générale, Son discours fit une profonde sensation; il renouvela cette atlaque aux Jacobins, le 21 du même mois. Le 8 thermidor il

Page 1