‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 105 sur 607 · COMMENDE — COMMENTAIRE · texte numérisé non relu

COMMENDE — COMMENTAIRE

commendes, en faveur des ecclésiastiques chassés de leurs bénéfices par les Sarrasins. On leur confiait la garde et l'administration des églises vacantes. Saint Grégoire, dit-on, en avait usé de même pendant que les Lombards désolaient l'Italie. Sous les rois de la deuxième race, il fut fait un abus criant de commendes ; on alla jusqu’à donner des revenus de monastères à des laïques pour les faire subsister. Les prélats aussi s’adjugèrent plusieurs bénéfices ou évêchés en commende, prétexte honnète pour les retenir tous, sans violer directement les canons. Plus tard, on fit disparaître une partie de ces abus, mais on ne put abolir absolument la commodité et l'usage des commendes. C'était un expédient qu'on tenait toujours en réserve pour lever Pincompatibilité de la personne avec la nature du bénéfice.

En France, le nom de commende se donnait au titre de bénéfice que le pape accordait à un ecclésiastique nommé par le roi à une abbaye régulière, avec permission au commendataire de disposer du fruit du bénéfice pendant sa vie. On ne pouvait donner ex commende un bénéfice à charge d’âmes, c’est-à-dire une cure ou un évêché. Commender, c'était donner un bénéfice en commende, droit appartenant au pape seul, qui ne pouvait refuser un bénéfice après trois collations en commende. L'abbé commendataire était opposé à l'abbé régulier ; il n'avait pas tous les priviléges du titulaire, et ne pouvait, par exemple, exercer le droit de discipline intérieure; mais il jouissait de tous les droits purement honorifiques.

COMMENSAL ( du latin cum, avec, et mensa, table), celui qui mange habituellement à la même table qu’un autre; celui qui mange habituelleraent dans une maison, qui y a son couvert mis. Jadis, dans un sens plus restreint, les commensaux se divisaient en deux classes : 1° les officiers de la couronne, ou maison du roi, qui étaient couthés sur ce qu’on appelait l’éfat du roi (la liste civile ); ils étaient exempts de tutelle, de logements de gens de guerre ; ils pouvaient faire valoir une ferme de deux charrues sans payer la taille; leurs gages ou traitements étaient insaisissables ; les commensaux avaient encore le privilége de porter, suivant leurs convenances, leurs procès ou aux requêtes de l’hôtel ou au palais ; 2° les officiers domestiques des maisons royales, qui avaient, comme les officiers de la couronne, bouche en cour ( convictores ), et jouissaient des mêmes priviléges; on comprenait sous cette dénomination de maisons royales celles de la reine, des fils et petits-fils de France, des princes et princesses du sang royal qui étaient couchés sur l’état du roi. Les commensaux des évêques étaient des ecclésiastiques attachés au service des prélats et à leur personne, qu’ils fussent ou ne fussent pas nourris et logés dans le palais épiscopal. DurEy (de l'Yonne).

COMMENSURABLE, Ce mot se dit de deux grandeurs quelconques qui ont une mesure commune ( en latin, communis mensura). Ainsi, deux lignes, A et B, dont une aurait sept mètres de long et l’autre quatre, seraient commensurables, puisque chacune d’elles contiendrait le mètre un nombre de fois exact et sans reste. Deux surfaces sont commensurables lorsque leur superficie est équivalente à celle d’une autre surface multipliée un certain nombre de fois, et que l’on prend pour terme de comparaison ; de même, deux solides ou volumes sont commensurables lorsqu'ils contiennent un autre volume un certain nombre de fois sans reste. Ainsi une sphère et le cylindre qui lui est circonscrit sont commensurables, Par opposition, les grandeurs entre lesquelles il n'existe pas de commune mesure sont dites incommensurables. TEYSSÈDRE,

COMMENTAIRE, COMMENTATEUR. Dans l'usage habituel, commentaire veut dire interprétation, giose, addition qu'on fait à un auteur obscur et difficile pour le rendre plus intelligible, plus clair, pour suppléer à ce qu'il n'a pas bien expliqué ou à ce qu’il supposait être connu déjà de ses lecteurs. On appelle commentateur l'écrivain

qui s'impose cette tâche. Le satirique Perse est un poë fe obscur, qui a besoin de commentaires. Malgré tous 1e: commentaires qui en ont été faits, l'Apocalypse est toujoi: »: restée inintelligible, d'autant plus que la plupart de ces inte »prétations auraient elles-mêmes besoin de commentair. s. Savileus a fait un commentaire de 2,500 pages in-4* pour expliquer les huit premières propositions d’Euclide, Les meilleures lois sont celles qui ont le moins besoin de commentaires. De la lecture du chap. 1** du liv. VI de l£s. prit des Lois on peut inférer cet axiome que plus il y a de liberté et de modération dans une monarchie, plus les commentaires sur la législation se multiplient.

Lors de la renaissance des lettres, les commentateurs tenaient le premier rang dans l'opinion. Combien ont été utiles à la jurisprudence les commentaires de Cujas, qui, publiés sous le titre de Décisions, avaient force de loi! Après lui, Loysel, son disciple, puis La Rocheflavin, auteur des Commentaires sur les Fiefs, ont été regardés comme des oracles. Pour les auteurs grecs et latins, que de commentateurs, d’interprètes, de glossateurs, de paraphrastes parurent depuis le milieu du quinzième siècle jusqu’à celui de Louis XIV! Casaubon, Juste-Lipse et Joseph Scaliger, qui furent appelés les ériumvirs de la république savante, méritèrent en effet ce titre par l’incommensurable science deleurs commentaires. On litdans le Longueruana que dès le temps de Joseph Scaliger la science des commentateurs commençait à décliner. « Joseph, dit-il, du haut de sa guérite, en voyait la ruine, et l’annonçait à Casaubon, qui en a été témoin, comme plus jeune que lui.» Le siècle de Louis XIV n’a pas poli les commentateurs, et M7 Dacier, pour laquelle fut inventé le mot commentatrice, connaissait mieux les usages de la cour de Priam ou d’Agamemnon que la politesse française. Par compensation, les commentateurs, si prodigues d’injures envers leurs adversaires, ne sont pas moins exagérés dans les éloges qu’ils adressent à ceux qui pensent comme eux. Les superlatifs ne leur coûtent rien, et les savantissime , les illustrissime, les clarissime, se trouvent à tout propos sous leur plume, lourdement adulatrice. On a reproché eneoreaux commentateurs d'expliquer les légères difficultés de leurs textes, et de passer par-dessus les grandes ; enfin, d’avoir une admiration aveugle pour leur auteur. « Il arrive d'ordinaire, dit Saint-Évremond, qu’un commentateur se consume à supposer à son auteur des beautés à quoi il n’a pas songé, et à l’enrichir de ses propres pensées... Bien souvent les commentaleurs entassent une littérature mal choisie, qui ne sert qu’à fatiguer les lecteurs, et s’amusent à prouver des choses qu’il vaudrait mieux ignorer éternellement que d’avoir la peine de les lire. » —« Les commentateurs, ajoute La Bruyère, rebutent, parce qu’ils sont trop abondants et d’ordinaire chargés d’une vaste et fastueuse érudition. »

L'auteur de Gil Blas, qui a peint toutes les scènes du monde avec une ironie toujours juste, n’a pas non plus manqué de traits sur les commentateurs et les compitateurs. « Il était aussi grand commentateur, dit-il , et il y avait tant d'érudition dans ses commentaires, qu'il faisait des remarques sur des choses qui n'étaient pas dignes d’être remarquées, etc. » Et ailleurs, avec quelle fine plaisanterie il ridiculise, tout en paraissant le préconiser, ce bon maitre d'école d’Olmédo : « Il possède lantiquité, comme on peut le voir par les belles remarques qu'il a faites. Sans lui, nous ne saurions pas que dans Ja ville d’Athènes les enfants pleuraient quand on leur donnait le fouet : nous devons cette découverte à sa profonde érudition. » — « Les commentateurs, peuple superstitienx, dit Fontenelle, admirent toutes les expressions d’un auteur qu'ils ent choisi pour l'objet de leur culte. » C’est ainsi que Me Dacier ne voit que des beautés dans Homère; semblable en cela à ces pesants érudits dont parle D’Alembert,

« qui auraient admiré la Pucelle, si Cnapelain l'avait écrite il y a trois mille ans ». Boileau lui-mime n’a pas été exempt de cette superstition, « Peut-on lire, dit le même critique, rien de plus ridicule que son commentaire sur la première ode de Pindare, et ses efforts pour travestir en sublime le mélange bizarre que le poete grec fait dans la même strophe de l’eau, de l'or et du soleil avec les jeux olympiques? Si Perrault ou Chapelain avaient fait une pareille strophe, quelle matière de plaisanterie ils eussent fourni au satirique! » D'Alembert n’aimait point les commentateurs : c'est encore lui qui a dit d'eux : « Une seule espèce d’écrivains m'a paru posséder un bonheur sans trouble, c’est celle des compilateurs et commentateurs, laborieusement occupés à expliquer ce qu’ils n’eatendent pas, à louer ce qu’ils ne sentent point, ou ce qui ne mérite pas d’être loué ; qui pour avoir pâli sur l’antiquité croient participer à sa gloire, et rougissent par modestie des éloges qu’on lui donne. J’envierais le bien-être dont ils jouissent , s’il n’était pas fondé sur la sottise et l’orgueil ; mais ce genre de félicité me paraît trop fade, etc. » D’Alembert, enfin, veut-il se défendre d'accorder trop d’éloges à l'Esprit des Lois? « Nous ne voulons pas, dit-il, jouer ici le rôle des commentaleurs d'Homère. »

Les commentateurs n’ont pas non plus trouvé grâce devant le grave auteur de l’Essai sur l’'Entendement humain. « À quoi ont servi, se demande Locke, tant de commentaires et controverses sur les lois de Dieu et des hommes, si ce n’est à en rendre le sens plus douteux et plus embarrassé? Combien de distinctions curieuses multipliées sans fin, combien de subtilités délicates a-t-on inventées! Et qu'ont-elles produit ? De l’obscurité et de l'incertitude, en rendant les mots plus inintelligibles et en dépaysant davanfage le lecteur. Si cela n’était, d’où vient qu'on entend si facilement les princes dans les ordres qu’ils donnent de bouche ou par écrit, et qu'ils sont si peu compris dans les lois qu’ils promulguent pour leurs peuples? Et n’arrive-t-il pas souvent qu'un homme d’une capacité ordinaire, lisant un passage de l’Écriture ou une loi, l'entend fort bien, jusqu’à ce qu’il ait consulté un théologien ou un avocat, qui, après avoir employé beaucoup de temps à commenter cet endroit, fait en sorte que les mots ne signifient rien du tout, ou qu'ils signifient tout ce qu’il lui plaît? » Dans les Lettres Persanes, toute la cent trentième est consacrée à un badinage, plein de justesse et d'esprit, sur les commentateurs de lÉcriture, si nombreux, et qui pourtant n’ont rien expliqué pour qui n’a pas la foi. Dans la lettre suivante, grammairiens, glossateurs et commentateurs liltéräires, ont leur tour, « Tous ces gens-là, demande Rica, ne peuvent-ils pas se dispenser d’avoir du bon sens? Oui, ils le peuvent, et même il n’y paraît pas, leurs ouvrages n’en sont pas plus mauvais ; ce qui est très-commode pour eux. »

Ces critiques, toujours sûres d’être bien accueillies par les gens du monde, ne diminuent rien des immenses services que la science des commentateurs à rendus à l’histoire, à la religion, à la jurisprudence , à la philologie. L'abbé Bergier, dans son Dictionnaire de Théologie, se montre trop absolu contre les commentateurs protestants, qui peuvent lui rétorquer un partie de ses arguments, Pour apporter son tribut dans la croisade anti-religieuse du dix-huitième siècle, le grand Frédéric a composé les Commentaires apostoliques et théologiques sur les saintes prophéties de l’auteur sacré de Barbe-Bleue. Combien n’y a-t-il pas de commentaires de ce genre dans les publications du philosophe de Ferney? Mais Bossuet, dans ses controverses sur les saintes Écritures, Bayle, dans ses inépuisables indications sur plusieurs milliers de passages, Montesquieu, dans son Æsprit des Lois, ne sont-ils pas de grands et utiles commentateurs ? Voltaire ne s'est-il pas montré quelquefois bien sévère dans son Commentaire sur Corneille? En récompense, que de charilé envers lui-même ps son

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