‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 11 sur 607 · COLBERT · texte numérisé non relu

COLBERT

la plupart de ses successeurs au pouvoir. Louis XIV aimait le faste, mais Colbert ne l’aimait que là où il pouvait évidermment profiter au pays, et au besoin il savait tenir à son maître un langage plein de la plus noble fermeté pour lui resommander de l’économie. Le rapport qu’il adressait au roi en 1666, au sujet de ces inutiles et fastueux camps de paix au milieu desquels il aimait tant à parader, est une belle page dans ‘a vie de ce ministre.

« Voici, Sire, un métier fort difficile que je vais entreprendre; il y a près de six mois que je balance à dire à Votre Majesté les choses fortes que je lui dis hier et celles que je vais encore lui dire. Je fais auprès de Votre Majesté le métier sans comparaison le plus difficile de tous : il faut de nécessité que je me charge des choses les plus difficiles, et de quelque nature qu’elles soient. Je me confie en la bonté de Votre Majesté, en sa haute vertu, en l’ordre qu’elle nous a donné et souvent réitéré de l’avertir au cas qu’elle allât trop vite, et en la liberté qu’elle m’a donné souvent de lui dire mes sentiments.

« Votre Majesté a tellement mêlé ses divertissements avec la guerre de terre, qu’il est bien difficile de les diviser; et si Votre Majesté veut bien examiner en détail combien de dépenses inutiles elle a faites, elle verra bien que si elles étaient toutes retranchées elle ne serait point réduite à la nécessité où elle est,

« Votre Majesté a triplé les dépenses de son écurie, sous prétexte que dès lors qu’elle aura des affaires elle la remetfrait au même état qu’elle était auparavant.

« Si Votre Majesté considère son jeu, celui de la reine, toutes les fêtes, repas, festins, etc., elle trouvera que cet article monfe encore à près de 300,000 livres; que les rois ses prédécesseurs n’ont jamais fait cette dépense, et qu’elle n'est point du lout nécessaire,

« La dépense des meubles, quoique Votre Majesté se soit retranchée, ne laisse pas de monter toujours à des sommes considérables.

« Votre Majesté donne encore beaucoup de pensions et de gratifications inutiles à sa gloire, demeurant d'accord toutefois qu’il faut que Votre Majesté donne quelque chose à ses plaisirs, :

« Il estencore bon que Votre Majesté sache deux choses dont on n’a osé demeurer d’accord quand elle l’a demandé : l'une, qu'il a été affiché dans Paris un libelle portant ces mots : Louis XIV donnant les grandes marionnettes dans les plaines de Morel ; et un autre qui a été distribué dans les maisons, portant ces mots : Parallèle des siéges de la Rochelle et de Moret, faits par les rois Louis XIII et Louis XIV. Je sais bien, Sire, que ces sortes décrits ne doivent entrer pour rien dans les résolutions des grands princes; mais je crois qu'ils doivent être considérés dans les actions indifférentes qui requièrent l'approbation publique. »

Ministre de la maison du roi, Colbert avait dans ses attribations la direction générale des bâtiments ct des grands établissements publics. Il augmenta la Bibliothèque royale, agrandit le Jardin du Roi, fit construire l'Observatoire, qu’il enrichit d'instruments précieux, et mit à la tête de ce bel établissement les deux plus célèbres astronomes de l’Europe à cette époque, Huyghens et Cassini. Il fit commencer la méridienne qui traverse la France et envoya de savants physiciens à Cayenne pour y faire des observations. La capitale lui doit ses plus beaux monuments, le Louvre, les Invalides , le jardin des Tuileries, etc.; en outre, la plupart des résidences royales furent embellies, 11 fonda l’Académie des Inscriptions, dont sa maison fut le berceau en 1663, et quelques années après l’Académie des Sciences ; il établit sur de nouvelles bases celles de peinture et d'architecture. Ce n'est pas lout : l'habile ministre voulut que les savants étrangers se ressentissent de la munificence de son mattre, « Il n’y avait point de savant d'un mérite distingué,

dit Perrault, quelque éloigné qu’il fût de France, que les gratifications n'allassent trouver chez lui par des lettres de change. » Il leur accordait même des pensions, mais on est tout surpris d'apprendre que le chiffre de cette dépense ne s'élevait qu'à la somme de 16,000 livres, qui ferait à peu près 28,000 fr. de notre monnaie actuelle. Les savants, les littérateurs et les artistes français, comme on peut bien le penser, eurent aussi leur part dans les’libéralités du grand roi. Toutefois, le chiffre des pensions accordées aux gens de lettres par Louis XIV allait à peine à 60,000 fr. La liste des parties prenantes avait été rédigée par Chapelain; les curieuses appréciations dont elle est accompagnée nous engagent à la placer ici :

Au sieur de La Chambre , médecin ordinaire du roi,

excellent homme pour la physique et pour la con-

naissance des passions et des sens, dont il a fait di-

vers ouvrages fort estimés. ,......... ..... 2,000 Hv.. Au sieur Conrart, lequel sans connaissance d'aucune

autre langue que a m&.ernelle, est admirable pour

juger de toutes les productions de l'esprit, ....... 1,500 Au sieur Le Clerc, excellent poëte français, ,...... . 600 Au sieur Pierre Corneille, premier poëte dramatique

dlasmontentss mess do eee nn: 2,000 Au sieur Desmarelz, le plus fertile auteur, et doué de

la plus belle imagination qui ait jamais été... ... 1,200 Au sieur Ménage, excellent pour la critiquedes pièces. 2,000 Au sieur abbé de Pure, qui écrit l’histoireen latin pur

et'étéganti. rm Ve se rer ere Re UND Au sieur Boyer, excellent poëte français............ 800 Au sieur Corneille le jeune, bon poëte français et dra-

matique. is. snevecser tree ee ere 1,000 Au sieur Molière, excellent poëte comique......... 1,000 Au sieur Benserade, poëte français fort agréable... 1,500 Au Père Lecointre, habile pour l'histoire..,....,..., 1,500 Au sieur Huet, de Caen, grand personnage qui a tra-

duit Origène..... PE Sea 0000 Au sieur abbé Cottin , poète et orateur français. .... 1,200 Au sieur Charpentier, poëte et orateur français... 1,200 Au sieur Sorbière, savant és-lettres humaines......, 1,000 Aussieur Dauvrier, idem......,..s, so. esse: y UUU Au sieur Ogier, consommé dans la théologie et les \

bellen lettres... ss -se-rness SUR CSS 1,500 Au sieur F’allier, professant parfaitement la langne

EST COPPRRRPREEA T T CE L t Lis à 600 Au sieur Le F’ayer, savant ès-belles-lettres....... 1,000 Au sieur Le Laboureur, habile pour l'histoire....., 1,200 Au sieur de Sainte Marthe, habile pour l'histoire. .. 1,200 Au sieur du Perrier, poëte latin......sss.s.ssssses 800 Au sieur Fléchier, poëte latin et français......... 800 Aux sieurs de Falois frères, qui écrivent l'histoire en

LU nono snasosee PÉTER LE OL LEA 2,400 Au sieur Maury, poëte latin...,................... 600 Au sieur Racine, poëte français...........:.... ; 800

Au sieur abbé de Boursais, consommé dans la théologie positive scolastique, dans l'histoire, les lettres humaines et les langues orientales, .,,,.,...,... 3,000 Au sieur Chapelain, le plus grand poëte français qui

ait jamais été, et du plus solide jugement....... 8,000 Au sieur abbé Cassagne, poëte, orateur et savant en

théologie. ...ssssroses RD L dés dévss tetes 1 100 Au sieur Perrault , habile en poësie et en belles-

lettre issus didovrii dureté hit een aie RDS Au sieur Mezerai, historiographe...,..,..,...,.,,.... 4,000

Colbert, dans une circonstance décisive pour son existence politique, se montra aussi habile courtisan qu’habile homme d'État. Ce trait le peint tout entier. Après deux brillantes campagnes, la paix avait été signée à Nimègue, en 1678 eten 1679, avec la Hollande, l'Espagne, la Suède, l’empereur et l'Empire. Des fêtes avaient été ordonnées à Paris et dans les provinces ; Versailles devait avoir la sienne, et cette fête devait être digne de Louis XIV. On parla au roi d’un carrousel dont la magnificence exciterait l'envie et l’admiration des illustres étrangers qui viendraient y représenter les diverses cours de l'Europe. Les dépenses de la guerre avaient épuisé le trésor ; le peuple était écrasé d'impôts,

Page 1