‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 12 sur 607 · COLBERT T · texte numérisé non relu

COLBERT T

el le roi lui-même n’osait affronter l’austère économie de Colbert. Les courtisans espéraient que Sa Majesté éprouverait un refus, et que, dans le cas où le ministre faiblirait, le surcroît d'impôts qui en serait le résultat obligé soulèverait contre lui le mécontentement public. Donc, dans l’une et l’autre hypothèse, la disgrâce du ministre paraissait certaine, et sa retraite laisserait trois portefeuilles vacants. Mais Colbert, instruit de ce qui se tramait contre lui, prepait en silence ses mesures pour satisfaire le roi au delà même de ses désirs. On ne parlait dans les grands et les petits appartements que du carrousel projeté. Colbert seul se taisait et feignait de tout ignorer. Enfin, le roi hasarda la pénible confidence; le ministre joua l'étonnement, il fronça le sourcil au seul mot de dépense. Le roi, embarrassé, déclara qu'il fallait choisir parmi les plans présentés celui qui paraissait le moins dispendieux : il semblait s’excuser d’avoir ugréé trop légèrement ce projet de fête. Quelle fut sa surprise lorsque Colbert , après lui avoir exposé l’état d’épuisement du trésor, ajouta que, puisqu’il était question d’une fête, il fallait qu’elle fût digne du plus grand monarque du monde ! Il prit les divers plans, et les emporta sous prétexte de les examiner. Bientôt il annonça au roi que le carrousel coûterait 1,800,000 livres. Le roi, effrayé de l’énormité de la somme, déclara qu’il renonçait à la fête. Mais Colbert lui fit observer que son honneur était maintenant en jeu, et s’engagea à trouver les fonds nécessaires. Alors, il fit annoncer le carrousel dans toutes les feuilles de l’Europe, et on ne s’occupa plus que des préparatifs. Comme il l’avait prévu, les étrangers affluèrent dans la capitale, la haute noblesse des provinces accourut ; toutes les villes manufacturières avaient envoyé à Paris les plus riches produits de leurs fabriques. Dès que Colbert fut informé que tous les princes et seigneurs français avaient acheté leurs brillants costumes pour le carrousel, il conseilla au roi de donner un grand bal à la cour. Tous les invités y figurèrent dans leur nouvelle parure, et Colbert fixa peu de jours après l'ouverture du carrousel. Les premières parures n'étaient plus de mise. 11 fallut en faire confectionner d’autres, et il en résulta de doubles dépenses pour les invités. Le concours des marchands à Paris offrait le specfacle d’une riche et brillante exposition : Louis XIV était enchanté. Quand vint le quart d'heure de Rabelais, Colbert se présenta. Le roi, pour prévenir un pénible examen du détail, lui demanda le chiffre total des différents comptes réunis. Il s'attendait à une dépense énorme. Colbert lui démontra qu’elle n’avait pas excédé 1,200,000 livres ; que les droits perçus par le fisc sur les marchandises et les denrées de consommation s'étaient élevés à plus de deux millions, en sorte que, tout payé, il en restait encore un dans les coffres du trésor. Ainsi cette fête, qui n’avait été préparée par une eabale de courtisans que pour perüre Colbert dans l'esprit du roi et soulever contre lui l'opinion publique, consolida sa puissance et son crédit. Il continua de gouverner la France sans éprouver d'opposition sérieuse. Il avait pour lui lopinion et l'entière confiance du monarque, dont il caressait la vanité par une déférence habilement calculée. Louis XIV croyait gouverner par lui-même, quand il ne faisait qu’apposer son uom au bas des ordonnances de son ministre.

On conçoit qu’enivré deséloges des savants, des poëtes, des artistes, enorgueilli de la magnificence de sa cour, des succès et des conquêtes de ses armées, Louis XIV, parvenu dans la première partie de son règne à l’apogée de la gloire et de la puissance, put rêver la monarchie universelle, Ii avait alors d’habiles généraux, et le plus habile des ministres : tout changea quand Colbert ne fut plus. Et déjà depuis longtemps livré aux insinuations d'une vieille maîtresse dont il fit sa femme, et de ses confesseurs jésuites, Louis XIV, se survivant à lui-même, n’avait plus de volonté que ses entours, que la coterie de la prude Maïintenon, qui lui répétait À chaque instant que le principe de gouvernement d’un roi

chrétien devait être : une foi, une loi, un roi, On lui présentait.la conversion de tous les protestants comme la chose la plus facile, la plus glorieuse. On ne négligea rien pour l'entretenir dans cette erreur : Colbert seul protégeait les protestants dans les conseils. Il ne fit point de cette déplorable affaire une question de théologie, mais une question de finances. « Attaché, dit Rhullière, à tout ce qui pouvait con. tribuer à la richesse, à la prospérité du royaume, ilsentait tout ce qui était dû de ménagements à une religion professée par les négociants les plus accrédités, les manufacturiers les plus industrieux et presque tous les habitants de nos côtes maritimes. 11 employait volontiers les calvinistes dans les finances royales, où il se louait de leur probité, de leur 1modestie ; mais ce ne fut pas un protecteur aveugle, et pendant cette même faveur dont ils jouissaient sous son administration, on supprima dans les parlements de Paris et de Rouen ce qu’on nommait les chambres de l'édit, établissement qui avait porté quelque trouble dans le cours de la justice. » Colbert avait perdu de son influence dans le conseil, comme l’observe le même historien, lorsqu'il mourut âgé de soixante-quatre ans, le 6 septembre 1683; et le fatal arrêt de révocation ne fut rendu qu’en 1685. Il avait eu neuf enfants, six fils et trois filles : celles-ci épousèrent trois ducs et pairs, Chevreuse, Saint-Aignan, et Mortemart, fils du maréchal de Vivonne. Il laissait une fortune de plus de dix millions de livres, et avait ouvert aux siens la carrière des hunneurs.

Son frère, Charles, marquis pe Croissy, né en 1625 ct mort en 1696, fut conseiller d'Etat, président au conseil d'Alsace, premier président du parlement de Metz, ambassadeur en Angleterre , l’un des plénipotentiaires de la France à Nimègue et à Aix-la-Chapelle, ministre des affaires étrangères en remplacement d’Arnauld de Pomponne.

Son fils aîné, Jean-Baptiste, marquis DE SEIGNELAY, né à Paris, le 31 octobre 1651, se distingua comme ministre de la marine (1689), dota la France d’une flotte respectable, à la tête de laquelle il bombarda lui-même Gênes et alla combattre plus tard l’Angleterre et la Hollande, Il mournt delangueur en 1690, Un aufredeses fils, Jacgues-Nico/as, archevêque de Rouen, fut admis à l’Académie française, où Racine lui répondit en qualité de directeur. Il se signala par sa tolérance envers les calvinistes, et fut un des premiers membres de l’Académie des inscriptions. Un neveu de Colbert, Jean-Baptiste, marquis pe Torcx, mort en 4746, dirigea depuis 1696 les affaires étrancères.

Colbert, nous l’avons vu, était fils de ses œuvres. Il fut un grand citoyen, et il eut la faiblesse de renier son origine plébéienne; il se fit dresser une généalogie, qui le faisait descendre d’un chevalier Richard Colbert, dit l'Écossais, décédé en Champagne au commencement du quatorzième siècle. L'illustration personnelle qu'il devait à son génie, aux services qu’il rendit aux sciences, aux arts, à tous les genres d'industrie, valait mieux que tous les parchemins de la chancellerie, Durey (de ! Yonne)

M. Pierre Clément a publié aux frais du gouvernement les Lettres, instructions et mémoires de Colbert (1863- 1870, 7 vol. gr. in-8°).

COLBRAND ISABELLE), Voyez RossiNr.

COLCHESTER , chef-licu du comté d’Essex, sur le Colne, qui y forme un port, compte (en 1871) 26,361 habitants, et est lecentre d’une fabrication assez importante d’étoffes de laine et de coton. Cette ville est d’ailleurs renommée en Angleterre, surtout à cause des huître. qu’on pêche dans ses environs. Il s’y trouve beaucoup d’antiquités romaines. On y découvrit entre autres, en 1829, un pavé en mosaïque d’une grande beauté; circonstance qui à donné à penser à certains archéologues que là s'élevait jadis le Camulodunum des Romains. A l'époque où le due d’Albe dévastait la Flandre au nom de son maître Philippe IH et de linquisition, un grand nombre de rélugiés

flamands vinrent s’élablir à Colchester, et fondèrent les premières manufactures qu’ait eues cette ville. Pendant la lutte du long-parlement contre Charles 1°", la ville de Colchesler, asile des partisans du malheureux monarque, fut assiégée par les troupes du parlement, qui s’en emparèrent en 1648, après un siége aussi long qu’opiniâtre.

COLCHESTER ( Cuarces ABBOT, vicomte), connu dans le monde politique comme orateur (président ) de la chambre des communes d’Angleterre, était le fils d’un riche curé, et naquit le 14 octobre 1747, à Abingdon. Après avoir fait ses premières études à l’école de Westminster, il vint les achever à l’université d'Oxford; puis, quand son éducation fut entièrement finie, il alla se perfectionner à Genève, où il se lia d'amitié avec Jean de Muller. Quoique profondément versé dans la jurisprudence, il ne se sentait aucune disposition pour le barreau. Il brigua au contraire et obtint, en 1795, un siége à la chambre des communes, et s’efforça d'introduire dans les délibérations de cette assemblée plus de lucidité et de précision dans les termes, ainsi que de faire rédiger les actes du parlement avec la simplicité de formes qui distingue les actes du congrès des États- Unis, Mais ces louables efforts demeurèrent infructueux. Quant à ses opinions politiques, il vota constamment avec le pouvoir. Il défendit avec ardeur le bill relatif aux sédilions (riot bill ) présenté par Pitt; appuya vivement, en 1799, le bill ayant pour but l'établissement d’un impôt sur le revenu (income tax), et, en 1800, présenta une motion ayant pour but de faire payer aux receveurs des revenus publics l'intérêt des sommes qu'ils ne feraient pas rentrer au trésor. En 1801 il fut nommé secrétaire du lord lieutenant d'Irlande, plus tard membre du conseil privé, et en 1802 la chambre basse l’élut pour son orateur (président). Dans le long exercice de ces importantes fonctions, il put déployer cette profonde connaissance de l'antique jurisprudence anglaise, des vieux précédents et usages parlementaires, qui lui valut une si juste réputation , et il s’acquitta des devoirs attachés à cette place éminente avec autant de prudence que de dignité. En 1805, l'opposition ayant proposé aux communes de traduire en justice le premier lord de l’amirauté, Melville (Dundas), il décida par sa voix, qui forma la majorité absolue, la mise en accusation de ce haut fonctionnaire par-devant la chambre des pairs.

En 1817 l’affaiblissement de sa vue l’obligea à renoncer aux fonctions de la présidence, et le pouvoir l’en dédommagea en le nommant pair avec le 1itre de vicomte Colchesler. Depuis, il vécut de la vie de famille, retiré dans sa terre de Mayfeld, près d'Ost-Grinstead, et mourut à Londres, le 8 mai 1829,

Son fils Canrles, né en 1798, à Londres, entra dans la marine royale et s’éleva jusqu’au grade de vice-amiral, qu'il obtint en 1860. Dévoué aux idées conservatrices, il les défendit avec autorité dans la chambre huute, où il avait succédé à son père, De février 1558 à jnin 1859, il remplit dans le ministère Derby les fonctions de directeur général des postes. Jlest mort le 21 octobre 1867.

COLCHICACÉES, famille de plantes monocotylédones, voisine des liliacées, et qui tire son nom de l’on des genres principaux qui la composent, le colchique. Ce groupe comprend des plantes herbacées que l’on trouve en Europe, dans le nord des deux continents, au Cap et dans l'Australie,

Quelques celchicacées sont employées en médecine { colchique, vératre); il en est qui contribuent à l’ornement des jardins (les hélonias, les melanthiam, le vératre noir, etc.). La plupart sont vénéneuses. D' SAUCEROTTE.

COLCHICINE, alcaloïde extrait du colchique commun, en épuisant ses graines pulvérisées par l'alcool aiguisé d'acide sulfurique, Après un traitement convenable , la colchicine se dépose sous forme d’aiguilles incolores. Cet alcaloïde est amer et tellement vénéneux qu'un demi-cen-

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