AUS. SAVAGNER
COMMIS, mot fait évidemment du latin Commissus , participe du verbe committere, confier; mais qu’on traduit dans cette langue par celui de præposilus, dont nous avons fait notre mot préposé, synonyme de commis. Il sert à désigner en général tout homme chargé par un commettant , parun chef, d’une mission, d’une commission, de quelque maniement ou recouvrement de fonds : tels sont les caissiers, les teneurs de livres el les autres commis des banquiers
et des négociants, les commis-voyageurs des manufacturiers, les commis des magasins de draperie, de soieries et de nouveautés; les commis-greffers des cours judiciaires et des tribunaux.
Rigoureusement on appelle commis une personne em- -ployée par un commerçant, et qui le remplace et le représente, soit pour vendre, soit pour acheter, soit pour recevoir des marchandises, soit pour tenir les écritures.
Les salaires dus aux commis pour les six mois qui précèdent une déclaration de faillite sont admis au nombre des créances privilégiées.
Dans la congrégation de Saint-Maur, on appelait commis un laïque qui se donnait volontairement à une maison pour y travailler sous les ordres du prieur ou du procureur, Dans les autres ordres monastiques, on le nommait ob/at ou donné. Mais c'est dans les bureaux des ministres et dans les diverses administrations civiles, militaires et financières, que l’on voyait des commis en grand nombre et de toute espèce : commis scribes ou sédentaires, dits culs-de-plomb, commis aux postes, commis aux douanes, commis aux barrières, commis ambulants, commis à pied, commis à cheval, commis aux exercices, commis aux vivres, aux fourrages, etc. Les commis étaient partout, dans les bureaux, dans les cabinets, dans les hôtels, près des caisses, dans les rues, sur les chemins, dans les hôpitaux, aux armées, etc. I1.y avait, en outre, dans quelques ministères, des premicrs commis, qui étaient de petits ministres, endoctrinant les ministres dont ils faisaient la besogne. Ainsi, on voyait des premiers commis aux affaires étrangères, aux finances, à la guerre, à la maison du roi, aux parties casuelles, au trésor royal, au conseil d'État ; il y avait même un premier commis des monnaies, et des commis au grand et au petit comptant.
Mercier, dans son Tableau de Paris , a traité assez mal les commis, parce qu’il avait eu à se plaindre de ceux des douanes et des barrières, qui avaient saisi des éditions clandestines de ses œuvres. Dans sa colère, il range tous les commis indistinctement dans la même catégorie. I1 signale leur nombre, la complication et la multiplicité de leurs écritures, les vexations, les pertes de temps qu’ils font éprouver au public, leurs sottes prétentions, leur ignorance, leur nullité. 11 rapporte l’anecdote plaisante d’un antiquaire dénoncé comme assassin par des commis de barrière, qui, lui ayant confisqué une momie d'Égypte, la firent porter à la morgue comme corps de délit. Il compare à des automates vivants les commis-scribes, taillant leur plume, réglant leur papier, et n'ayant pas d’autre idée que de faire tous les jours le même travail routinier, les uns des bordereaux, les autres des quiltances, ceux-cienregistrant, ceux-là contrôlant, etc. ; et il ajoute que le célèbre Vaucanson, qui fit le F/ü{eur automale, qui menaça l’Académie des Sciences de lui offrir un automate géomètre, aurait fait plus aisément des automates commis, que les ministres lui auraient achetés par douzaines. Mercier n'avait pas tout à fait tort. Autrefois on était à peu près commis de père en fils, et il n’y avait pas toujours besoin pour cela d’une haute capacité. Depuis la Révolution, les emplois publics étant accessibles à tout le monde, on a imaginé des concours, demandé des diplômes de capacité, des grades universitaires ; et les commis n’en sont en général ni plus capables ni plus polis, bien que, dans une circulaire de 1852, le ministre de l’intérieur ait cru devoir leur rappeler que les administrations étaient faites pour le public, et non le public pour les admimstrations. Du reste, le favoritisme, les recommandations, les sollicitations, n’ont ja mais cessé d’être utiles et nécessaires, alors même que nos modernes Lycurgues avaient cru devoir légalement s’interdire toute démarche dans un intérêt privé.
D'ailleurs, ce nom de commis est aujourd’hui fort discrédité dans la bureaucratie : il a fait place au titre d’e m - »loyé, dont la signification est plus vague. Il y a cependant encore des comunis dans la partie active des adminis-