‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 117 sur 607 · COMMUNAUTÉ — COMMUNE · texte numérisé non relu

COMMUNAUTÉ — COMMUNE

avec eux dans les Gaules. Suivant l’ancien usage, la femme était pendant le mariage copropriétaire avec son époux des biens de la communauté. Depuis la loi coutumière, elle n’eut plus, en réalité, que Le droit de le devenir lors de la dissolution de l'union ; car jusqu’à ce moment le mari, maître d’aliéner ces biens sans contrôle, et d’en dissiper à son gré le prix, en eut véritablement le domaine exclusif,

C’est ainsi que la communauté a passé dans notre droit actuel, qui l’a reçue du droit coutumier telle que ce dernier l'avait faite. Aujourd’hui, comme avant le Code, elle se compose de tout le mobilier que les époux possédaient au jour du mariage, de tous les meubles et immeubles qu’ils acquièrent postérieurement, et des fruits et revenus de tous leurs héritages. Aujourd’hui, comme avant le Code, le mari administre seul les biens communs : il peut les vendre, lesaliéner ou les hypothéquer sans le concours de sa femme. A limitation des coutumes, le Code distingue aussi deux espèces de communautés : l'une dite légale, que la loi impose aux époux mariés sans contrat, supposant, dans leur silence, qu’ils ont voulu être communs; l'autre, conventionnelle, que les futurs établissent euxmêmes par une stipulation expresse, et dont ils règlent à leur gré les conditions, sauf l'obligation de respecter les bonnes mœurs et les dispositions de nos lois, qui ont un caractère prohibitif ou touchent au droit public.

Comme toute société, la communauté est une personne morale, distincte des individus qui la composent, et qui peuvent être ses créanciers ou ses'débiteurs, suivant qu'ils lui ont fait ou en ont reçu des avances : de là des reprises ou des rapports au profit ou à la charge de chaque époux.

Cette société, accessoire à celle des personnes, se dissout nécessairement avec elle : ainsi, elle prend Gn par la mort naturelle de l’un des conjoints, et par leur séparation de corps, qui, bien que ne brisant pas le lien conjugal, le relàche assez pour faire cesser les conséquences d’une fusion d’existences qui n’a plus lieu; elle finit même par la séparation de biens, mode moins métaphysiquement logique, mais non moins rationnel; car lorsqu'un mari administre mal le patrimoine de la famille, lorsque son imprudence ou ses désordres le menacent de ruine, il faut bien lui retirer un droit dont il abuse, et le réduire à la dissipation de son propre bien.

La communauté dissoute se parlage par moitié entre les deux époux, ou entre le survivant et les héritiers du prédécédé.

Un trait quidistingue la communauté conjugale de toutes les sociétés ordinaires, c’est la faculté accordée à l'épouse d’y renoncer lors de sa dissolution, et de se libérer ainsi de toutes les dettes dont l'association est chargée. Ce privilège n’est certainement qu’une justice, car il serait trop dur qu’une femme fût obligée d'accepter les conséquences désastreuses d’une gestion à laquelle elle n’a pas participé. C’est bien assez pour elle de perdre ce qu’elle a mis en commun, si les conventions de son contrat de mariage ne lui permettent pas de reprendre son apport en renonçant. Pourtant, cette faculté n’a été introduite que fort tard, lors des croisades, dont les frais ruinèrent tant de gentilshommes, qu’on dut, par une mesure générale, venir au secours de leurs femmes. Aussi dans l’origine elle n’appartenait qu'aux veuves de nobles, et encore qu’autant qu’elles étaient elles-mêmes de noble lignage; mais son évidente équité la fit étendre aux roturières.

COMMUNAUTES RELIGIEUSES. Elles sont de plusieurs espèces. On distingue principalement : 1° les communautés séculières, qui portent cenom parce qu'elles se composent de personnes ecclésiastiques vivant chacune €n Son particulier et dans le monde : tels sont aujourd’hui tous les chapitres des églises cathédrales de France et de presque tous les autres pays, les chapitres des collé-

giales, telle que celle deSaint-Denis ; 20 les communautés régulières, composées de personnes religieuses vivant en commun dans une congrégation ou un ordre religieux, tels sont les Trappistes, les Chartreux, les Capucins, les Carmélites, les Visitandines, etc. : 3° les communautés ecclésiastiques, composées de personnes qui, avec des vœux simples ou sans vœux, vivent sous un supérieur et sous l'autorité des évêques : par exemple, la société des Sulpiciens, celle des Lazaristes, du Saint-Esprit, des Missions étrangères. Le nom de communauté se donne aussi aux hôpitaux, collé. ges, à quelques confréries, etc.

Il n’y avait dans l’ancienne législation que les communautés approuvées par leltres patentes vérifiées par les cours, qui fussent aptes à recevoir des legs et des dons. Sous la loi actuelle, il n’y a aussi que les communautés autorisées qui puisent recevoir des donations. La loi de 1825 oblige les communautés qui veulent jouir de ce privilége à faire connaître et à soumettre leurs réglements, ete. L'article 1° du décret du 17 février 1790 supprimait en France les instituts religieux. Mais depuis le concordat de 1801, sous l’Empire, sous la Restauration, sous le règne de Louis-Philippe et surtout sous le second empire, un grand nombre de sociétés ont été approuvées et jouissent même du privilége de l’exemption du service militaire, comme les prêtres de la mission de Saint-Vincent-de-Paul, les frères des écoles chrétiennes, les frères de Saint- Gabriel, etc.

Suivant la déclaration du 21 novembre 1629 et celle de juin 1659, il ne pouvait se former aucun établissement sans lettres patentes bien et dûment vérifiées. Plus tard, les séminaires furent exceptés de ces formalités. Plus tard encore, des déclarations soumettaient au bon plaisir des habitants des villes et même des seigneurs la formation des établissements nouveaux. Aujourd’hui plusieurs s0ciétés ont pris le parti de se former en communauté sans soumettre au gouvernement leurs réglements (le gouvernement ne reconnaît que des vœux temporaires), et ne lui demande que la protection qu’il accorde à tous les citoyens. Il ne faut pas confondre les communautés avec les abbayes, les couvents, les monastères, auxquels ce nom générique convient cependant.

La statistique générale de la France comptait, en 186 1, 14,017 communautés, dont 12,062 de femmes et 2,011 d'hommes. Paris seulement en renfermait plus de 60.

COMMUNAUX (Biens). Voyez BIENS COMMUNAUX.

COMMUNE. La commune forme en France la dernière division administrative et territoriale. C’est l’unité fondamentale de l’État. Comme lui, elle a son pouvoir exécutif, son assemblée délibérante, son budget, ses revenus, ses propriétés, sa dette même. Elle a une existence individuelle plus prononcée que le département, larrondissement ou le canton. Elle est plus réellement personne civile, mais toujours sous la tutelle de l’autorité centrale, Son souverain, c’est son maire, assisté d’adjoints à qui il peut déléguer une partie de ses fonctions. Les maires et les adjoints sont élus depuis 1871 au suffrage universel. La commune ” aussi son corps législatif, c’est le conseil municip.… l, également élu partout depuis la même époque, qui vot" s’impôt communal et sanctionne les mesures administrahves du maire. Ce tilre de communes entraîne tellement l’idée d'indépendance, que lors de la réunion des états généraux en 1789, ce fut le nom que prit le tiers élat.

Les communes existaient à'peu de chose près avant 1789 sousle nom de villes, bourgs, paroisses ou communautés ; mais elles doivent leur organisation actuelle à la loi du 14 septembre 1791. Depuis, différentes lois sont venues régler leurs droits, notamment les lois des 21 mars 1831, 18 juillet 1837 et 28 juin 1852. Les communes ont rem-

placé les paroisses pour la constatation de l’état civil des citoyens, Le chef-lieu de chaque commune est le lieu où est situé le clocher. L'autorité a le droit, après enquête et avis des conseils municipaux, de modifier par une loi les limites des communes entre elles, d’en créer de nouvelles, d'en réunir plusieurs en une seule, Dans ce dernier cas, il ne s'opère pas une confusion des propriétés, Charges ou jouissances qui étaient propres à chacune d'elles; elles forment alors, pour ces divers objets, dans l'association communale, une section particulière qui conserve tous ses droits et charges propres. Les communes sont assimilées aux mineurs, quant à leurs biens et à leurs actions; la gestion et l'exercice de ces biens sont confiés à des administrateurs spéciaux. Aucune aliénation, aucun échange des bienscommunaux ne peut être fait sans une loi qui l’autorise, Il est des actes pour lesquels l’autorisation du gouvernement, celle du préfet, celle même du sous-préfet suffisent selon les cas déterminés par les lois. Les communes sont responsables des délils commis sur leur territoire par des attroupements, armés ou non. Leurs recettes et dépenses forment le budget communal.

La France était divisée, en 1866, en 37,548 communes. Sur ce nombre il y en avait 28,189 ayant moins de 1,000 habitants; 8,859 en ayant moins de 1,000 à 500; et 73 seulement comptaient plus de 20,000 âmes. Le revenu ordinaire des communes a beaucoup augmenté depuis quarante ans; néanmoins, en 1862, 45 d’entre elles avaient moins de 100 francs de revenu, et 201 plus de 100,000 fr. Presque la totalité des communes ne couvrent leurs dépenses qu’au moyen d’impositions extraordinaires. Outre les dépenses obligatoires, elles ont des dépenses facultatives. Les recettes générales des communes de France qui étaient en 1836 (non compris Paris) de 109,848,990 fr., se sont élevées, en 1862, à 291,899,431 fr., c’est-à-dire presque triple. Elles se décomposaient comme suit pour les quatre grandes sources de revenu : 1° revenus immobiliers (fermages, coupes de bois, affouages), 40,909,047 fr.; 2° rentes sur l’État etles particuliers, 5,530,895 fr.; 3° centimes additionnels sur les impôts directs, 76,677,447 fr.; 4° impôts indirects, 119,390,097 fr. L’octroi, de 1836 à 1862, à progressé de 82 pour 100. Parmi les dépenses communales de 1862 on trouve en chiffres ronds : 77 millions pour les chemins vicinaux; 65 pour l'instruction publique; 32 pour les cultes; 29 pour les frais d'administration; 24 pour l’entretien des immeubles; 18 pour la police; 15 pour les secours publics.

Les divers emprunts municipaux représentaient, au commencement de 1868, une somme de f,335 millions. On comptait à la même date plus de 940 emprunts départementaux, s'élevant ensemble à 312 millions.

Par suite de la cession de territoire qu’a amenée la désastreuse guerre de 1870, la France ne comptait plus, lors du recensement de 1872, que 35,989 communes,

COMMUNE DE PARIS, ne 14789 À 1795. L’administration municipale de Paris, depuis 1789 jusqu'aux journées de prairial ao 1, fut un des corps constitués qui imprimèrent à la révolution le plus d'activité et de vigueur. Ce fut un pouvoir à part, se posant "omme le représentant, non pas de la cité parisienne, man Jes intérêts généraux du pays. Quand la tempête con... ença à gronder, les électeurs s’emparèrent de l'autorité ssunicipale, qui était tout un gouvernement pour cette ville immense; ils se constituèrent en comité permanent, chargé de Loutes les branches de l'administration de la cité, et bientôt après Bailly fut nommé par eux maire de Paris. Mais quand furent passés les premiers jours de crise qui suivirent la prise de la Bastille, les soixante districts de la capitale réclamèrent vigoureusement contre cette administration qui s'était improvisée, et à laquelle manquait la sanction populaire, 11 fut décidé que chaque district nommerait deux

COMMUNE = COMMUNE DE PARIS

députés pour travailler au plan d’u ie nouvelle municipalité et administrer provisoirement la ville. Leur premier acte fut de confirmer la nomination, faite par les électeurs, de Bailly comme maire et de La Fayette comme commandant général de la garde nationale. Les cent vingt officiers municipaux firent pour Ja première fois l'essai de leur puissance en ordonnant l'arrestation de Bezenval et en demandant à l’Assemblée nationale un tribunal destiné à juger les crimes de lèse-nation. Bientôt commencèrent les travaux de la municipalité provisoire; ils furent immenses. Elle ne tarda pas à se constiluer d'après un plan nouveau. Le nombre de ses représentants fut une première fois fixé à 180, puis porté à 300.

Elle eut un tribunal connaissant, entre autres objets, de toutes les matières concernant la police des ports et l’approvisionnement de la capitale, A ce tr bunal ellé ajouta une chambre de police, composée de huit notables adjoints, prononçant en matière de simple police, un éribunal de contentieux, espèce de cour d'appel de la chambre de police, connaissant de tout ce qui était antrefois porté devant le prévôt des marchands. Enfin les 240 représentants de la Commune non administrateurs, formaient ce que l’on nommait alors le conseil général de la Commune. Danton était l’un de ces membres,

La Commune de Paris prit part aux journées d'octobre, en donnant ordre à La Fayette de conduire à Versailles Ja garde nationale et le peuple qui entourait l’hôtel de ville. Après les journées d'octobre, elle institua son comité des recherches, dont faisaient partie, entre autres, Garran de Coulon et Brissot de Varville, et qui fit instruire le procès du prince de Lambesce, celui de Bezenval, dans lequel il enveloppa les anciens ministres Barentin, de Puységur, le maréchal de Broglie et le major général d’Autichamp; celui du nommé Augeard, auteur d’un projet pour conduire Louis XVI à Metz; celui des enrélements, levée d’un corps de troupes appelées gardes du roi surnuméraires, qui devaient concourir à l'exécution de ce plan d’enlèvement; celui, enfin, qui avait trait aux évènements qui s’étaient passés le 6 octobre au château de Versailles. Bientôt vint aussi le procès de Fa vras, dans lequel Monsieur (depuis Louis XVIII) crut devoir venir protester de son innocence devant les représentants de la Commune, siégeant à l’hôte]l de ville.

La municipalité de 1789 élabora très-longuement un nouveau plan d'organisation, que n’adopta pas l’Assemblée pationale; elle donna sa démission en avril 1790, se réservant toutefois de siéger jusqu'à son remplacement. D'après le nouveau mode voté par l'Assemblée nationale, Paris se divisa en 48 sections; la Commune fut composée d’un maire, de 48 officiers muvicipaux, dont 16 administrateurs, de 96 notables, du procureur général-syndic et de ses substituts. Les sections réunies nommaient le maire. Bailly fut encore élu. La nouvelle Commune fut installée en octobre 4790, Elle vit ses attributions adminis'ratives accrues surtout par suite de la surveillance et de-la vente des biens nationaux. Les grands jours de cerise furent pour elle la tentative de démolition du donjon de Vincennes, la journée des poignards aux Tuileries, la fuite du roi, et enfin la journée du 17 juillet 11791, où elle fit proclamer la loi martiale au Champ-de-Mars, et employer les armes contre ceux qui s'y étaient réunis pour signer la demande de déchéance de Louis XVI. Cette municipa« lité créa le papier-monnaie municipal, connu sous le nom dé billets de confiance, création qui devait plus tard occasionner une crise financière à la Commune, laquelle dut en 1792 et en 1793 demander des fonds à la Convention pour le remboursement de ces billets,

Le 16 novembre 1791 eut lieu l'élection d’un nouveau maire, en remplacement de Bailly : les deux candidats étaient La Fayette, représentant le parti constitutionnel, et

COMMUNE DE PARIS

petion, représentant le parti républicain, Petion fut élu. La nouvelle municipalité fut installée le 2 janvier 1792. Manuel fut nommé procureur de la Commune, Les évènements du 20 juin eurent leur contre-coupdans la Commune. Le conseil général suspendit de leurs fonetiors Petion et Manuel pour la part qu'ils avaient prise à cette journée ; ce'te suspension, qui fut l'objet d’une vive discussion dans l’ASsemblée législative, fut levée pour Petion par celle-ci, qui cursit à statuer sur celle de Manuel jusqu’à ce qu’il eût été entendu,

Des élections nouvelles communales eurent lieu quand le canon du 10 août retentissait encore à l'oreille des citoyens, et la fameuse Commune dite du 10 aoû en sortit tout imprégnée d’idées révolutionnaires et jacobines, toute disposée à appuyer le parti montagnard dans Ja lutte qu’il allait entamer contre les girondins, et à l’y pousser, s'il montrait quelqa?: hésitation. Dans son sein, Petion et Manuel continuèrent à remplir leurs fonctions de maire et de procureur; elle eut la garde du roi, et ce fut elle qui choisit le Temple pour son logement. Elle demanda une lo sur les passe-ports, afin d'arrêter l’évasion des conspirateurs, et la création d’une cour martiale pour les juser. On à accusé la Commune du 10 août d’avoir pris une part active aux massacres de septembre, qu’elle aurait provoqués, et l’on a argué pour cela d’en document dont on à dénaturé le sens. Que la Commune ait laissé faire, bela est certain; mais qui sait si elle eût pu empêcher cette poche crie qui s’exécutait de sang- froid aux prisons, devant lu sieurs milliers de gardes nationaux armés? Elle avait bien en effet, à la nouvelle de l’arrivée des Prussiens 4 vant Verdun, ordonné de fermer les barrières et de tirer le canon d’alarme; mais cette mesure avait surtout pour but de faciliter le désarmement des suspects ou des citoyens qui refuseraient de marcher contre l'ennemi, la mise en réquisition des chevaux en état de servir pour les armées, et la convocation des sections de Paris, dont elle engageait tous les citoyens à se tenir prêts à partir au premier signal,

La Commune fat constamment en lutte, à cette époque, soit avec le ministre de l'intérieur Roland, soit avec les Girondins, qui l'avaient plusieurs fois dénoncée à la Convention comme se livrant à des excès de pouvoir, et qui insistèrent souvent pour l'amener à une reddition de comptes, qu’elle ne pouvait faire qu’assez imparfaitement, C’est e le qui, dans ces temps de disettes et d’accaparements, demande la première la création du maximum.

De nouvelles élections eurent lieu en décembre 1792: d'Ormesson, élu maire, n’accepta pas, et fut remplacé par Chambon ; Chaumette, devenu procureur de la Commune, eut Hébert et Réal pour substituts. Cette municipalité continua contre les Girondins le rôle agressif de la Commune du 10 août. Elle prit les mesures les plus sévères contre Louis XVI et contre tous ceux qui l’approchaient ; elle fut en conflit avec la Convention à propos de l’Ami des Lois de Laya, dont elle suspendit les représentations, en motivant cet acte sur les tendances contre-révolutionnaires de la pièce. Peu de temps après un nouveau maire fut nommé : ce fut Pache. Des remplacements, des épurations, renouvelèrent complètement la face de la Commune. Cette nombreuse assemblée prit une part très-active aux grandes crises de cette époque; au 10 mars, elle demanda l'établissement d’un tribunal révolutionnaire sans appel, et la Convention décréta qu’elle avait bien mérité de la patrie; plus tard, elle demanda un décret d'accusation contre Dumouriez,- puis l’arrestation des Girondins. Elle se déclara en permanence lors de la première arrestation d'Hébert, ordonnée par la Convention à l’instigation des Girondins. Lors de l'arrestation de Chaumette, en 1794, le conseil général déclara que le prisonnier avait conservé toute sa confiance, ce qui nécessita

à celte époque dans son sein de nombreuses épurations, Le comité de salut publie élimina provisoirement Chaumette et Hébert de la Commune. Pache ayant été mis en arrestation, ce même comité nomma provisoirement à sa place Fleuriot-Lescot. A l’époque du 9 thermidor, la Commune de Paris était toute dévouée à Robespierre; la Convention, prête à combattre, mit ses membres insurgés hors la loi; victorieuse, elle en envoya 93 au bourreau, non compris le maire Fleuriot-Lescot. Le 14 fructidor, une nouvelle organi-ation de la Commune de Paris fut décrétée sur la demande de Fréron. Dès ce moment ce corps cessa d’être redoutable à la Convention. Aussi lors des évènements de prairial an III (1795), un rassemblement se porta-t-il à la Commune pour se substituer à elle et pro elamer Chambon maire de Paris; mais les individus qui le composaient furent mis hors la loi par la Convention. Se bornant désormais à remplir ses fonctions administratives, la Commune, malgré sa nouvelle institution et le peu de désir qu'avaient ses membres de se mêler aux grands mouvements politiques, subit encore une nouvelle trsnsformation, qui ôla à son maire la puissance que peut acquérir l'administration d’une cité si populeuse. La capitale fut alors divisée en 12 arrondissements, régis chacun par un maire et des adjoints. N. GALLOIS.

COMMUNE DE PARIS, ex 14871. Après avoir été enlevée au travail et aux affaires, pour prendre le fusil et servir aux remparts, la population parisienne, {tout entière armée et enflammée du désir, de l'espoir de vaincre les Prussiens, venait de tomber subitement, par suite de la capitulation, dans l’accablement, la colère ou le dégoût. Les souffrances physiques et morales qu’elle avait endurées pendant les quatre mois du siège ; son irritation contre les chefs qui, suivant elle, n’avaient pas su faire unemploi énergique de son courage et de son dévouement ; lescraintes du grand nombre que la République ne fût renversée par l’Assemblée nationale, élue le 8 février; les répugnances de cette assemblée à se transporter à Paris, les haines manifestées contre cette ville par certains membres, qui parlaient même de la décapitaliser ; la solution maladroite donnée à la double question des loyers et des échéances, solution qui mettait le petit commerce dans l’impossibilité de faire honneur à ses engagements ; le manque de rejations directes entre Paris et le gouvernement, contraint de résider à Bordeaux; enfin, la difficulté pour les ouvriers de se remettre au travail, qui manquait presque partout, et le désir d’une partie d’entre eux de continuer leur vie de garnison : toutes ces causes, unies à des ambitions malsaines, à des rèves utopiques et dangereux, expliquent le succès de l'insurrection du 18 mars et l'attitude indifférente, au début, de la bourgeoisie qui, dans toute autre circonstance, eût sans doute prêté au gouvernement un concours efficace.

Durant le siége, il s'était formé dans beaucoup de bataillons de la garde nationale des comités de délégués, qui entendaient surveiller la marche des affaires, contrôler le commandement et diriger l’administration. Dissous par décret du gouvernement, en date du 10 décembre 1870, ces comités n’en continuèrent pas moins à subsister. Au mois de février 1871, on émit la pensée de solidariser, de fédérer les divers bataillons de la garde nationale, et de créer dans ce but un comité unique, Il paraît certain que cette pensée provint de l'Association internationale des travailleurs, et que des membres de cette association concoururent surtout à la réaliser. Après les réunions, auxquelles assistèrent les äélégués, ou prétendus tels, d’un grand nombre de bataillons, le Comité central fut définilivement constitué, le 13 mars, ainsi que la Fédération républicaine de la garde nationgle. Plusieurs jours avant sa constitution définitive, ce comité avait déjà montréson action en excitant le peuple à prendre les armes pour s'op-

poser à l’entrée des Prussiens dans Paris, puis à s’emparer, sous prétexte de les soustraire à l'ennemi, des canons réunis dans l'avenue de Wagram. Ces canons furent en effet transportés par les gardes nationaux à Montmartre, aux buttes Chaumont, à Belleville, à la place Royale, etc. On ne comptapas moins de 171 bouches à feu sur les hauteurs de Montmartre. Après plusieurs tentatives infructueuses pour se faire remettre les canons, le gouvernement se décida à agir par la force. Une proclamation, affichée dans la nuit du 17 au 18 mars, annonça son intention de mettre fin à un état de choses qui menaçait la paix publique. Toutes les troupes furent mises sur pied, et l’opération commença au point du jour, sous la direclion du général Vinoy, gouverneur de Paris. Le général Lecomie, avec le 88e de ligne, le {er bataillon de chasseurs à pied, des gendarmes et des gardiens de la paix, gravit les hauteurs de Montmartre et se trouva bientôt maître des canons; mais les attelages destinés à les enlever sefirent attendre pendant plusieurs heures. Quand ces attelages arrivèrent, il était trop tard; quelques pièces seulement furent descendues jusqu’à la rue Lepie, et là des gardes nationaux, suivis d’un grand nombre de femmes, lesentourèrent, coupèrent les traits et dételèrent les chevaux. Il y eut quelques coups de fusil tirés. Cependant une partie des soldats du général Lecomte, cédant aux sollicitations de la foule, avaient levé la crosse en l’air ou jeté leurs armes, et fraternisé avec le peuple. Lui-même, fait prisonnier et accusé d’avoir commandé le feu, fut conduit rue des Rosiers, n° 6, où siégeait un comité formé pour veiller à la défense de l’arrondissement. On y amena bientôt un vieillard, en bourgeois, qui avait été arrêté près de fa place Pigalle; c'était Clément Thomas, l’ex-général de la garde nationale. Les deux prisonniers, en butte aux injures et aux menaces de soldats débandés, de francs-tireurs, de gardes nationaux, furent poussés dans le jardin attenant à la maison; là, celte foule tira sur eux avec une véritable rage, sans vouloir rien écouter, sans attendre même le jugement sommaire d’une cour marliale; on retrouva jusqu'à soixante-dix balles dans le corps de Clément Thomas. Dans la soirée du même jour, le général Chanzy, venant de Tours à Paris, fut arrêté avant d'arriver à la gare du chemin de fer d'Orléans; conduit à la prison de la Santé, il ne recouvra sa liberté qu’au bout de sept jours.

Après l’insuccès de l'enlèvement des canons, l'ordre avait été donné aux troupes de rentrer dans leurs quartiers, et le gouvernement fit appel à la garde nationale; mais les bataillons sur lesquels il croyait pouvoir compter ne bougèrent pas, tandis que ceux qui lui élaient hostiles se réunissaient en grand nombre. Le mouvement insurrectionnel se répandit promptement de Montmartre à La Chapelle, à La Villette, à Belleville, au faubourg Saint- Antoine, aux Gobelins et à Montrouge; des barricades s’6levèrent. Le gouvernement, sur la proposition de M. Thiers, fit évacuer les casernes et dirigea les régiments sur Versailles, où il se rendit lui-même, en même temps qu'il donnait l'ordre exprès à fous les fonctionnaires et à tous les employés de venir le rejoindre dans le plus bref délai, Ainsi Paris se trouvait, par la retraite volontaire de ses gouvernants, entièrement livré à lui-même.

Le 15 mars, de très-bonne heure, le Comité central se réunit à l'hôtel de ville, sur lequel fut placé le drapeau rouge; il fitafficher deux proclamations, félicitant le peuple de Paris d’avoir secoué le joug, et le convoquant à faire ses élections communales, Les Parisiens virent avec stupéfaction les 40 noms apposés au bas de ces affiches, noms pour la plupart entièrement inconnus en dehors de la classe ouvrière.

Le Comité ayant appri$ que les forts de la rive gauche n'étaient plus occupés (M. Thiers avait donné l'ordre de les évacuer tous, méme celui du Mont-Valérien), ÿ envoya

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des bataillons de fédérés. Le même jour, il fit annoncer dans son Journal officiel que les élections communales auraient lieu le 22 mars, et que le nouveau gouvernement venait de prendre possession de tous les services administratifs, complétement désorganisés par suite du départ des employés. Les représentants et les maires de Paris firent savoir, le 21, à la population, que l’Assemblée nationale, dans sa séance de la veille, avait voté l’urgence d’un projet de loi relatif aux élections du conseil municipal de la ville de Paris, et un certain nombre de journaux, considérant comme nulle et non avenue la convocation du 22 mars, engagèrent les électeurs à n’en pas tenir compte. Celle attitude de la presse conservatrice fut suivie d’une manifestation publique contre le Comité central, laquelle se renouvela le lendemain plus nombreuse et plus agissante. On a porté à 6,000 le nombre des personnes qui se réunirent, le 22, sur la place de l'Opéra, et de là se dirigèrent sur la place Vendôme, où campail l'état-major fédéré,avec des drapeaux tricolores -et en criant : «Vive l’ordre! vive l’Assemblée! » Le chemin qui leur avait été ouvert la veille leur fat barré par des compagnies de la garde nationale ; on essaya de parlementer, mais bientôt des coups de fusil, d’abord tirés en l'air, puis sur la foule, dispersèrent l& manifestation ; il y eut huit à dix morts et une vingtaine de blessés. Par un arrêté du 23 mars, le Comité central, à qui les maires refusaient de communiquer les listes électorales, recula les élections au 26. Il fit ensuite occuper les mairies par des délégués, à l'exception de celles du Ier et du IIe arrondissement, qui restèrent au pouvoir des municipalités. Dans ce quartier vinrent se grouper, au nombre de 10 à : 12,000 les gardes nationaux de l’ordre ; ils s’étendirent depuis le Louvre jusqu’à la gare Saint-Lazare. L’amiral Saisset, que M. Thiers avait nommé le 19 mars commandant supérieur de la garde nationale, et que la réunion des maires agréa « provisoirement » en cette qualité, fit afficher, dans la matinée du 24, une proclamation où il disait qu’on avait obtenu du gouvernement et de l’Assemblée nationale : la reconnaissance complète des franchises mu-. nicipales ; l'élection de tous les officiers de la garde nationale, y compris le général en chef; des modifications à la loi sur les échéances; un projet de loi sur les loyers, favorable aux locataires. Ces promesses, il faut l'avouer, n'étaient nullement d'accord avec la réalité. Dans la soirée du 24, une conférence entreles membres des municipalités et les délégués du Comité amena la fixation des élections municipales au 30 mars, et aussitôt la nouvelle d’un arrangementse répandit dans Paris, où elle causa une grande joie. Mais le lendemain on apprit que le Comité avait refusé d'adhérer à la transaction, et maintenait les élections pour le 26. Les maires, qui avaient essayé de gagner du temps pour permettre à M. Thiers de rassembler des troupes, finirent par accepter cette dernière date, et l'amiral Saisset quitta Paris, en donnant aux gardes nationaux qui s'étaient réunis autour de lui l'autorisation de rentrer chez eux.

Les éleclions eurent lieu le 26. Le nombre des votants, sur 490,000 inscrits, fut de 227,800, c’est-à-dire un des plus considérables qui ait été atteint. On proclama le 28 les résultats du vote, et après avoir constaté la régularité des opérations, Assi s’écria : « Au nom du peuple, la Commune est déclarée. » Une proclamation du Comité central annonça que, remettant ses pouvoirs à la Commune, il allait rentrer dans ses « attributions de comité de la garde nationale. » Mais,en fait, il s'efforça de conserver sa domination, en sorte que Paris appartint à deux pouvoirs, unis en apparence et rivaux en réalité. Parmi les candidats élus (ils étaient 90), 18, appartenant aux municipalités parisiennes, donnèrent leur démission immédiatement : tels que MM. Desmarest, E. Ferry, Loiseau-Pinson, Tirard, A. Leroy, Murat, Marmottan, etc, 4 autres, MM, Ulysse

COMMUNE DE PARIS

Parent, Rance, E. Lefèvre et Robinet, la donnèrent du 4 au 6 avril. Les 68 autres qui acceptèrent définitivement le mandat, peuvent se classer en deux groupes principaux : les révolutionnaires et les socialistes. La majorité appartenait au premier groupe, qui comprenait d'anciens représentants de 1848, entre autres Delescluze, Félix Pyat, Jules Miot, Beslay, des journalistes comme Jules Vallès, Raoul Rigault, Flourens, Vermorel, Paschal Grousset, des orateurs de club comme Régère, Rastoul, Amouroux, Jules Allix, enfin les blanquistes (Blanqui lui-même avait été élu, mais arrété dans le midi, et détenu la veille du 18 mars, il ne put venir siéger). Les membres de cette majorité, par leurs idées et leurs tendances, étaient forcément antipathiques à la tentative d'autonomie communale qu’on prétendaitavoir inaugurée, en s’insurgeant contre l’Assemblée nationale : les hommes de 1848, pleins d’admiration pour la république autoritaire et centralisatrice, voulaient continuer la tradition jacobine ; les blanquistes, non moins autoritaires, prétendaient mettre la force au service de Vidéal social qu'ils s'étaient formés. Le groupe des socialistes se d visait en deux fractions : les uns se ralliaient au mutuellisme; les autres, à l'Infernationale; c'étaient Varlin, Theisz, Avrial, Malon, Langevin, Victor Clément, Duval, Frankel, Assi, Vaillant, Pindy, Chalain, Clémence, Eugène Gérardin , Lefrançais, Dereure, Treize membres du Comité central avaient été élus membres de la Commune.

11 fut facile de reconnaitre, dès le début, que la Commune allait manquer à son nom, et sortir du domaine des affaires communales; elle se partageaen dix commissions, ainsi désignées : exécutive, militaire, des finances, de la justice, de sûreté générale, du travail, des subsistances, des relations extérieures, du service publie, de l’enseignement. Dès le 29 n'ars, un décret abolit la conscription , et déclara qu'aucune force militaire autre que la garde nationale ne pourrait être créée ou introduite dans Paris ; un autre décret fit remise générale aux locataires destermes d'octobre 1870, janvier et avril 1871. Dans la nuit du 29 au 30, les bureaux de cinq compagnies d'assurances avaient été envabis par des agents de la Commune, qui apposèrent les scellés sur les livres et caisses, et requirent les espèces. Le lendemain les scellés furent levés, mais la saisie maintenue. Cette atteinte à la propriété privée produisit une impression de stupeur, que vint augmenter un avis du chef de la police municipale affiché le 31, et priant les gardes nationaux « d’adresser par lettres tous les renseignements pouvant intéresser la commission de sûreté générale ». Par décret du 1€ avril, Brunel fut mis en disponibilité ; en même temps, Eudes était délégué à la guerre, et Duval au commandement militaire de l'ex-préfecture de police, où Rigault exerçait les fonctions de délégué civil.

Jusqu’alors il n’y avait eu que des collisions légères entre les sentinelles avancées des troupes du gouvernement et les gardes nationaux ; mais, le 2 avril, une action sanglante sur le pont de Neuilly engagea la lutte, qui n'allait plus cesser jusqu’à la destruction dela Commune. Sans attendre les ordres de la Commune, Duval, Eudes et Flourens réunirent les bataillons dans l'intention de marcher sur Versailles; les deux premiers se mirent en route, par Vaugirard, sur Châtillon et Meudon, Bergeret et Flourens par Neuilly, sur Bougival, entraînant à leur suite de nombreux milliers d'hommes, pleins d’une aveugle confiance, La colonne partie de Neuilly fut coupée en deux par le feu du Mont-Valérien, que les fédérés croyaient leur appartenir ou tout au moins devoir rester neutre; Bergeret battit en retraite , et Flourens, qui s’avança entre Rueil et Chatou, fut assailli par des gendarmes et tué à coups de sabre. L'autre colonne, après avoir atteint les hauteurs de Meudon, en fut repoussée; elle perdit le lendemain le

plateau de Châtillon, à la suite d’une lutte acharnée, et DICT. DE LA CONVERS, — T. VI,

Duval, fait prisonnier, fut passé par les armes avec deux chefs de bataillon. Après cette triste expédition, la Commune nomma le général Cluseret délégué à la guerre (3 avril). Le même jour elle mit en accusation MM. Thiers, Favre, Picard, Dufaure, Jules Simon, Pothuau, en déclarant que leurs biens seraient saisis et placés sous séquestre; elle adopta les familles des citoyens qui avaient succombé cu succomberaient dans la lutte; enfin, excédant même les pouvoirs qu’elle s'était arrogés, elle prononça la séparation de l'Église et de l'Etat, et supprima le budget des cultes. Cluseret, par un arrêté publié le 4 avril, annonça que les compagnies de marche de la garde nationale allaient être réorganisées, etqu’on y ineorporerait « tous les citoyens de 17 à 35 ans, non mariés. » Cet arrêté, en si complet désaccord avec le décret qui venait d'abolir la conscription, amena la chasse aux réfractaires, l’une des plus insupportables tyrannies qui se puisse imaginer, au milieu des conflits d'opinion engendrés par la guerre civile, et accéléra le mouvement d'émigration qui, depuis le 18 mars, avait déjà enlevé à Paris un grand nombre de ses habitants.

Le Journal des Débats, le Constitutionnel et Paris- Journal sont saisis le 5 avril, par ordre du délégué à la police. Le même jour se constitue la Ligue d'union républicaine pour les Droits de Paris; cette ligue adopta le programme suivant, qui lui paraissait exprimer Le vœu de la majorité de la population : reconnaissance de la République; reconnaissance du droit de Paris à se gouverner, à régler, par un conseil librement élu et souverain dans la limite de ses attributions, sa police, ses finances, son assistance publique, son enseignement et l’exercice de la liberté de conscience; la garde de Paris exclusivement confiée à la garde nationale, comprenant tous les électeurs valides. Composée d'anciens maires, de représentants et de personnes notables, la ligue fit de nombreux et vains efforts jusqu’à la dernière heure pour amener la cessation de cette horrible guerre ; ni l’Assemblée ni la Commune ne voulurent l'entendre; il en fut de même du reste des rares tentatives de conciliation qui furent faites alors, soit par des particuliers, soit par des groupes politiques, soit par des municipalités départementales.

Une proclamation de la Commune, en date du 5, annonce que le peuple, « quoiqu'il luien coûte, usera de représailles, et rendra œil pour œil et dent pour dent. » Cette proclamation est suivie d’un décret d’après lequel toute personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Versailles sera immédialement décrétée d’accusalion etincarcèrée; qu'un jury statuera dans les quarantehuit heures; que tous les accusés retenus par le verdict du jury d'accusation seront les otages du peuple de Paris. Au nombre des personnes arrêlévs les premières se trouvaient, outre des gendarmes faits prisonniers le 18 mars et les jours suivants, le sénateur Bonjean, M. Darboy, archevêque de Paris, et M. Surat, évêque de Parium, auxquels furent ajoutés M. Deguerry, curé de la Madeleine, M. Chaudey, ancien adjoint à la mairie de Paris, des prêtres, des religieux. En général, malgré l'arrestation d’un certain nombre de prêtres, le service des églises ne fut pas interdit ; dans plusieurs, on ouvrit des clubsqui se tenaient le soir, et dans lesquels on entendait les plus violentes motions, tandis que les offices religieux s’y accomplissaient le matin. M. Darboy écrivit à M. Thiers que la Communeoffrait de lerendre à la liberté, ainsi que M. Deguerry, en échange de la liberté de Blanqui. M. Thiers refusa cet arrangement. D’un autre côté, la Commune se prononçait contre les tendances à la conciliation, et la réunion de la Ligue républicaine, qui devait avoir lieu le 6, à la Bourse, fut interdite.

Les troupe$ de Versailles, qui dans la nuit du 5 au 6 avril s'étaient avancées du Mont-Valérien au rond-point

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de Courbevoie, s’emparèrent du pont de Neuilly, de la barricade qui le commandait et des maisons voisines. En même temps le Mont-Valérien commençait à lancer des obus et des boîtes à mitraille sur les Ternes et le quartier des Champs-Élysées. Le 6 avril, M. Thiers appela au commandement en chef le maréchal Mac-Mahon, à la place de Vinoy. Les troupes, composées en grande partie des prisonniers qui revenaient d'Allemagne, triées avec soin et promptement réorganisées, se divisèrent en armée active el armée de réserve. Cinq corps, dont un de cavalerie, sous les généraux de Ladmirault, de Cissey, Douay, Clinchant et du Barail, formèrent la première, qui com. prenait 41 régiments d'infanterie, 8 bataillons de chasseurs à pied, 17 régiments de cavalerie, 23 batteries et 10 compagnies du génie; la seconde, sous le général Vinoy, comptait 16 régiments, 2 bataillons de chasseurs à pied, 7 batteries, 3 compagnies du génie, et en outre la garde républicaine à pied et à cheval. L’effectif de ces deux armées , qui furent employées activement l’une et l’autre, s'élevait de 140,000 à 160,000 hommes. Ajoutons que les arsenaux de Douai, Lyon, Besançon, Toulon et Cherbourg envoyèrent à Versailles, du 18 mars au 21 mai, 393 pièces le siége, el qu’au 21 mai le matériel de campagne était de 70 batteries (420 canons), dont 63 attelées et 7 de réserve. Quant aux soldats de la Commune, il est à peu près impossible d’en évaluer exactement le nombre; après la déroute du 3 avril, la force réellement active des fédérés, qui était alors de 80,000 hommes , descendit de moitié; les combats quotidiens des mois suivants en diminuèrent sans cesse le nombre jusqu’à l'entrée des troupes. La lutte opiniâtre des derniers jours ne compta probablement pas plus de 15 à 20,000 combattants derrière les barricades. 11 leur fut enlevé, pendant et après la lutte, un millier de bouches à feu, beaucoup de mitrailleuses et environ 350,000" fusils.

Des combats presque incessants se livrèrent, dans le courant d'avril, du côté de Neuilly, où le terrain fut disputé pied à pied, pendant que le Mont-Valérien continuait à lancer des projectiles sur la porte Maillot, la porte de Villiers, l’Arc-de Triomphe ct les quartiers voisins. L'armée avançait lentement, mais sûrement, el, après s’étre emparée de la redoute de Gennevilliers, enlevait le château de Bécon, puis occupait Asnières. Les fédérés avaient à leur tête Dombrowski, patriole polonais, nommé le 6 avril commandant de la place de Paris, en remplacement de Bergeret, accusé d'incapacité militaire; le courage plein de sang-froid du nouveau général réussit plus d’une fois à maintenir sur le terrain des troupes sans cohésion et promples aux paniques. Sur la rive droite, l’armée, qui paraissait rester inactive, préparait à Châtillon, Bellevue et Sèvres, de puissantes batteries destinées à battre les forts; démasquées le 25 avril, elles commencèrent leur œuvre avec un ensemble formidable.

A l'intérieur de Paris, les décrets et les arrétés se mullipliaient avec une sorte d’impatience fébrile, trahissant le manque de plan, de suite, d’unité dans la direction, le trouble et la divergence dans les idées. Nous mentionnerons le décret du 12 avril, décidant que la colonne Vendôme, « monument de barbarie, symbole de force brute et de fausse gloire, » sera démolie; celui du 15 invitant les chambres syndicales ouvrières à dresser une stalislique des ateliers abandonnés, ainsi qu’un inventaire de l’état où ils se trouvaient et des instruments qu'ils renférmaient, décret de spoliation qui fut heureusement non avenu; l'arrêté de Cluseret, organisant, le 16, une cour marliale, sous la présidence du col nel Rossel; et le décret du 21 interdisant la fabrication du pain pendant la nuit, Acelle époque déjà, un certain nombre d’esprits élaient fatigués, inquiets ou effrayés de la Commune, Les éleclions qui se firent le 16 avril, pour compléter celles du 26 mars, ne réunirent qu'environ 60,000 volants sur

259,000 inscrits; au nombre des élus se trouvaient Cluseret, Arnold, Courbet, Vésinier, etc. Un arrêté supprima, le 18, l’Opinion nationale, la Cloche, le Soir et le Bien public. Dans sa séance du 20, la Commune décida qu’il y aurait à chacun des services publics un délégué, et que l'ensemble de ces délégués formerait la commission exécutive; elle nomma : à la guerre Cluseret, aux finances Jourde, aux subsistances Viard, aux relations extérieures Paschal Grousset, au travail Frankel, à la justice Protot, aux services publics Andrieu, à l’enseignement Vaillant, à la sûreté générale l’odieux Raoul Rigault, qui donna sa démission et devint procureur de la Commune,

Nous ne devons pas passer sous silence le manifeste du 19 avril, où la Commune, dont il émanait, prétendait « préciser le caractère du mouvement du 18 mars ». Ce manifeste, qui avait le grave défaut de se produire au bout d'un mois de lutte, demandait, avec la consolidation de la république, « l'autonomie absolue de la commune étendue à toutes les localités de la France, et assurant à chacune l'intégralité de ses droits, et à tout Français le plein exercice de ses facultés et de ses aptitudes, comme homme, citoyen et travailleur ». Les droits de chaque commune consistaient dans le vote du budget communal, la fixation et la répartition de l'impôt, la direction des services locaux, l'organisation de sa magistrature, de la police intérieure et de l’enseignement, l'administration des biens communaux; le choix, par l'élection ou le concours, desmasistrats ou fonctionnaires; la garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et de la liberté du travail ; l’organisalion de la garde nationale, seule chargée du maintien de l’ordre. Le manifeste protestait contre la centralisation despotique et voulait y substituer l'association volontaire de toutes les institutions locales, c'est-à-dire la fédération des communes entre elles.

Les tentatives de conciliation se poursuivaient, mais sans résultat, M. Thiers déclarant exiger, avant tout, la soumission de Paris, et la Commune, de son côté, les traitant de trahison, Une députation de francs-maçons déciara le 26 avril que la franc-maçonnerie avait résolu de planter ses bannières sur les remparts de Paris, et que si une seule balle les touchait, « les francs-maçons marcheraient d’un commun accord contre l'ennemi commun. ». Les bannières furent en effet arborées, le 29, et les projectiles de l’armée les ayant atteintes, tous les francs 1naçons furent invités à faire parliedes compagnies demarche, mais ils ne déférèrent qu’en petit nombre à cet appel. Dans la matinée du 30, les fédérés abandonnèrent le fort d’Issy, comme n’étant plus {enable. A cette nouvelle la commission exécutive révoqua Cluseret et ordonna son arrestation. On choisit, pour le remplacer, Je colonel Rossel. Ce jeune officier, qui s'était distingué pendant la guerre contre les Prussiens, venait de montrer, comme: président de la cour martiale, une sévérité excessive; mais, dans les c'rconstances présentes, on attendait beaucoup de son énergie. Il fit réoccuper le fort abandonné. Le {er mai, la Commune adopta, par 45 voix contre 23, la création d’un Comité de salut public, dont firent partie Ant. Arnaud, Léo Meillel, Ranvier, Félix Pyat et Charles Gérardin. Deux jours après, un rapport du délégué aux finances fit connaître que, du 20 mars au 30 avril, la Commune avait dépensé 25,138,089 fr. Cet argent provenait de sources diverses : on avail trouvé dans la caisse de service du ministère des finances 4,658,112 fr.; la Banque de France avait été forcée de livrer le solde de la ville de Paris, laissé par l'administration municipale, et montant à 7,750,000 fr.; elle donna ensuite, sur un blanc-seing de Versailles, une somme de 7,290,000 fr. En outte, la Commune fit main basse sur les caisses des administrations et des établissements communaux; elle exigea des.

COMMUNE DE PARIS

<ompagnies de chemins de fer la somme de 2 mill ons, imputables à l’arriéré de leurs impôts; elle envoya à la monnaie l’argenterie trouvée dans les ministères, les ornements précieux des églises et des communautés religieuses, et méme le résultat de perquisitions faites chez des particuliers; perquisitions qui donnèrent lieu à de déplorables excès. Elle se fit aussi des ressources avec les droits d'octroi et des postes, la vente des tabacs, etc.

Il ne nous reste plus à signaler que quelques faits dans la dernière période d'existence de la Commune. De plus longs détails nous entraineraient trop loin, et ajouteraient peu de chose à l’ensemble du tableau. Le 2 mai, les troupes de Versailles s'emparent du château d’Issy, et dans la nuit du 3 au 4, la division Lacretelle s’introduit par surprise dans le Moulin-Saquet, d'où elle emmène les canons et les mitrailleuses. Le 9, les gardes nationaux évacuent le fort d’Issy, qu'occupe aussitôt l’armée. Rossel, accusé de trahison et soupçonné de vouloir jouer au « petit Bonaparte ». est déféré à la cour martiale. Il s'échappe avec le membre de la Commune préposé à sa garde. Deléscluze est nommé délégué civil à la guerre. Le 11, un décret du Comité de salut public ordonne que la maison de Thiers sera rasée. Ce décretest mis en partie à exécution. On avait également ordonné la démolition de la chapelle expiatoire. Le 12, la Banque est envahie par des fédérés, sous prétexte d’une perquisition d'armes, et Ch. Beslay, délégué de la Commune dans cet établissement, qu’il tient à honneur de sauvegarder, ne peut qu'avec beaucoup de peine faire retirer les envahisseurs. Le fort de Vanves est pris le 14. Un arrêté rendu, le 15, par le Comité de salut pu-

blic, prétendit forcer chaque citoyen à porter une carte:

d'identité, dont tout garde national pouvait requérir l’exhibition. Le même jour, une proclamation de Grousset, délégué aux relations extérieures, appela aux armes les grandes villes de France. Le 16, la colonne de la place Vendôme fut renversée. Tous les journaux qui n'étaient pas dévoués à la Commune avaient été successivement supprimés, entre autres le Temps, le Moniteur universel, de Siècle, le National, le Journal de Paris. La placeallait rester entièrement libre au Vengeur, au Père Duchesne, au Cri du Peuple, etc. 11 ne faut pas oublier, pour rendre à chacun la part de justice qui lui revient, que les actes du Comité de salut public, où Félix Pyat était tout-puissant, n’avaient pas l’approbation de la minorité de la Commune, comprenant Beslay, Jourde, Theisz, Lefrançais, Eugène Gérardin, Vermorel, Clémence , Andrieu , Serrailler, Longuet, Arthur Arnould, V. Clément, Avrial, Ostyn, Frankel, Pindy, Arnold, Jules Vallès, Tridon, Varlin, Courbet. Mais ces dissidents, traités de Girondins, n’eurent pas l'audace d'achever la rupture qu’ils avaient commencée,

Cependant, les travaux d'approche étaient sur le point d'amener l’armée jusqu’au pied des remparts, du côté du bois de Boulogne et du côté de Vanves. Dès le 8 mai, la batterie de Montretout, comprenant 70 pièces de gros calibre, battait sans interruption le Point du Jour. Cette posilion n’était plus tenable, non plus que lx porte Maillot ct la porte de la Muette. Les généraux avaient résolu de donner l'assaut le 23 mai; mais, dans l'après-midi du dimanche 21, lestravailleurs du génie, de service à la tranchée du Point du Jour, reçurent l’avis que les brèches étaient presque abandonnées, et une avant-garde de marins put escalader le rempart. Cette surprise eut pour premier résultat de faire tomber, presque sans coup férir, la place d'armes formée par le triangle du Trocadéro, de la place d'Eylau et de l’are-de-triomphe. Le soir même, les corps des généraux Douay, de Cissey et Vinoy étaient dans Paris. Dans sa dernière séance, tenue le 22 au matin, la Commune décréla que chacun de ses membres se rendrait dans son

arrondissement, afin d'activer et de diriger la construction |

des barricades. Il s'en établit au bout de chaque rue, à l'angle de chaque carrefour. Parmi les défenseurs de ces barricades, sur certains points très-peu nombreux, setrou vaient des femmes, des vieillards etdes en fants. La plupart de ces obstacles furent tournés, et non a ttaqués de front, afin de ménager la vie des hommes. Un dernier numéro du Journal officiel de la Commune parut le 23, et une affiche, distribuée à la main, prescrivit de brûler toute maison d’où partirait une agression. Le même jour, Montmartre fut enlevé par les opérations combinées des généraux Montaudon, Clinchant et Ladmiraull. Au centre de Paris , les généraux Douay et Vinoy s'emparent de la terrasse des Tuileries et de la place Vendôme. En même temps, l'incendie dévore le ministère des finances, les Tuileries, le Conseil d’État, la Légion d'honneur, de nombreuses maisons dans la rue de Lille etune partie de la rue Royale. Dans la nuit du 24 au 25, l’hôtel de ville est attaqué; les fédérés l'évacuent, après y avoir mis le feu, et cet incéndie, ainsi que celui des théâtres voisins, du palais de justice, de plusieurs maisons de la rue de Rivoli, vient ajouter à l'horreur de la situation. Au milieu de cette lutte terrible, de nombreux o'ages sont fusillés, MM. Darboy, Chaudey, Deguerry, des jésuites, des dominicains, des gendarmes, etc. La bulle aux Cailles, enlevée le 25, achève la conquête delarive gauche, et les fédérés mettent le feu aux Gobelins; d’un autre côté, les flammes consument le grenier d’abondance, tandis que le général Vinoy s'engage dans le faubourg Saint-Antoine. Le 26, tombent les barricades du Château d'Eau et celle du boulevard Voltaire, où meurt Delescluze. Un nouvel incendie illæmine le ciel de Paris dans la soirée de ce jour, celui des dôcks de la Villette. Le 27, les troupes s'emparent de Belleville et des buttes Chaumont, et, à huit heures du soir, du Père Lachaise. Le 28 , les insurgés, enfermés dans le faubourg du Temple et le haut de la rue d’Angouléme, tiennent encore, sans canons; peu à peu le terrain de la Jutte se rétrécit. À deux heures, le silence devient complet : la guerre civile est terminée. A cinq heures, une affiche du maréchal Mac-Mahon apprend à Paris.

Ainsi, la Commune disparaissait dans une sorte de cataclysme, laissant à réparer des ruines morales et matérielles qui formaient une plaie vive et saignante au cœur de la France, après avoir marqué son existence éphémère par des actes et des arrêtés où le plus souvent l’inintelligence économique et politique le disputait au désordre des esprits, après avoir fini par déshonorer dans le sang et dans l’horreur des incendies ce qu'il pouvait y avoir d’avouable dans les passions et les ambitions qui lui avaient donné naissance.

Il est impossible de donner, même approximativement, le chiffre des hommes tués aux barricades, ou fusillés sommairement pendant les sept jours de cette lutte sans merci. Le nombre des individus, hommes et femmes, qui furent faits prisonniers et de ceux qui furent arrétés ensuite sur des dénonciations, trop souvent calomnieuses, monta à plus de 36,000. On les eatassa d’abord dans la plaine de Salory, puis dans les prisons de Versailles, enfin sur de nombreux pontons installés à Cherbourg, à Brest et à Rochefort. Le procès de la Commune et de ses adhérents commença au mois d'août 1871; mais la masse des accusés était si grande qu'il fallut établir successivement jusqu’à vingé-sept conseils de guerre. En juin 1873, deux ans plus tard, les affaires de la Commune étaient à peu près liquidées : sur les 36,000 individus arrélés et dont beaucoup subirent une détention préventive d’une année , il y en eut #,000 environ, qui furent condamnés à la déportation; 22 à mort, et 2 ou 3,000 à des peines variant depuis un mois jusqu'à cinq ans d’emprisonnement ; le reste fut relâché. Quant aux membres de Ja Commune, sortis des deux élections et qui acceptèrent

leur mandat, ils furent en tout au nombre de 80. Quelques-uns (Flourens, Duval, Rigault, Varlin) furent fusillés ; Vermorel mourut de ses blessures; Delescluze périt sur une barricade. Il yen eut qui parvinrent à s'échapper et trouvèrent un refuge en Belgique, en Suisse, à Londres. Parmi les 22 quicomparurent devant les conseils de guerre, 2 (Ferré, Philippe) furent condamnés à mort et exéculés ; 6 (Urbain, Trinquet, etc.) aux travaux forcés à perpétuité; 9 à la déportation dans une enceinte fortifiée, entre autres, Assi, Billioray, Grousset; 3 à la déportation simple, comme Jourde. On remarqua la douceur relative de l’arrêt prononcé contre Courbet (6 mois de prison), V. Clément (3 mois). Enfin un seul, Decamps, fut acquitté. Une ordonnance de non-lieu mit Beslay hors de cause.

COMMUNEROS. Voyez ComunEeros.

COMMUNES (Formation des). Pendant longtemps c’est au douzième siècle qu’on a rapporté la première formation des communes françaises, et on a attribué cette origine à Ja politique et à l'intervention des rois, De nos jours ce système a été combattu, et avec avantage, On a soutenu d’une part que les communes étaient beaucoup plus anciennes qu’on ne le croyait; que sous ce nom, ou sous des noms analogues, elles remontaient fort au delà du douzième siècle; d'autre part, qu’elles n'étaient point l’œuvre de la politique et de la concession royale, mais la conquête des bourgeois eux-mêmes, le résultat de l’insurrectin des bourgs contre les seigneurs. Sans nul doute au douzième siè:le s’est accompli dans les communes de France un grand mouvement, qui a fait crise dans leur sifuation et époque dans leur histoire. Ouvrez le Recueil des ordonnances des Rois, Vous y trouverez dans le douzième et le treizième siècle 236 actes de gouvernement dont les communes sont l’objet; et si nous pouvions rassembler tous les actes de ce genre dans tous les fiefs de France, du douzième au quinzième siècle, nous arriverions à un chiffre immense; car les rois n'étaient pas les seuls qui donnassent des chartes et qui intervinssent dans les affair: s des communes : c’était à chaque seigneur, quand il <e trouvait dans ses domaines quelque bourg ou ville, qu'il appartencit d'en régler les destinées ou les droits,

Sans pénétrer bien avant dans l’examen de ces actes, on s'aperçoit qu’il est impossible de les faire rentrer tous dans l’un où l’autre des deux systèmes. La plus légère inspection y fait reconvaitre trois classes de faits bien distincts : les uns parlent de villes, de libertés et de coutumes municipales comme de faits anciens, incontestis; on ne sent pas le besoin de leur donner une forme précise, une nouvelle date; on les modifie, on les étend, on les adapte à des besoins nouveaux, à quelque changement survenu dans l’état social. D'autres actes contiennent la concession de certains privilèges, de certaines exemptions particulières au profit de tel ou tel bourg, de telle ville, mais sans sans lui conférer une juridiction indépendante, le droit de nommer ses magistrats, et de se gouverner, pour ainsi dire, elle-même, Enfin, il y a des actes qui constituent des communes proprement dites, c'est-à-dire qui reconnais sent ou confèrent aux habitants le droit de se confédérer, de se promettre réciproquement secours, fidélité, assistance contre toute entreprise ou violence extérieure, de nommer leurs magistrats, de délibérer, d'exercer dans l'intérieur de leurs murs une souveraineté analogue à celle des possesseurs de fiefs leurs domaines.

1° La municipalité romaine ne périt pointavec l'empire : on la retrouve dans le neuvième, le dixième et le onzième siècle. M. Raynouard , dans son Histoire du droit municipal en France, a mis ce fait hors de doute. Lors donc qu'au 12° siècle s'opéra dans la situation des communes ce grand mouvement qui le caractérise, il n’y eut rien à faire your ces villes, déjà en possession d'un régime municipal, sinon semblable à celni qui se disposait à

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