‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 120 sur 607 · COMMUNICATION · texte numérisé non relu

COMMUNICATION

La communication, simplement dite, n’est pas un trope, mais une figure de pensée. Par le tour insinuant qu'elle donne à la pensée de l’orateur, il a l'air de puiser dans la bonté de sa cause une telle confiance, qu’il semble s’en rapporter sur quelque point à la décision du juge, des auditeurs, et même à celle de son adversaire. Tantôt, dit Quintilien, nous feignons de délibérer avec les juges : Qu'en pensezvous, magistrats ? disons-nous, je vous le demande à vous. mêmes : que fallait-il faire? ou bien, comme Caton : Auriez-vous fait autre chose, ciloyens, si vous eussiez été à sa place ? Cicéron emploie souvent cette figure. Dans son discours pour Caius Rabirius, il s'adresse ainsi à Labiénus, son adversaire : « Qu'’eussiez-vous fait dans une occasion ‘aussi délicate, vous qui prites la fuite par lâcheté, tandis que la fureur et la méchanceté de Saturnin vous appelaient, d’un côté, au Capitole, et que, d’un autre, les consuls imploraient votre secours pour la défense de la patrie et de la liberté ? Quelle autorité auriez-vous respectée ? Quelle voix auriez-vous écoutée? Quel parti auriez-vous embrassé? Aux ordres de qui vous seriez-vous soumis ? » Cette figure peut, comme on voit, produire un grand effet lorsqu'elle est placée à propos.

COMMUNICATION (Droit). En termes de palais, c’est exhibition que fait une partie des actes, pièces et registres sur lesquels elle fonde son droit. La communication des pièces a lieu entre avoués ou au ministère public.

Les parties peuvent respectivement demander, par un simple acte, communication des pièces employées contre elles, dans les trois jours où ces pièces auront été signifiées ou employées, La communication se fait d’avoué à avoué, sur récépissé, ou par dépôt au greffe; les pièces ne peuvent être déplacées, à moins qu’il n’y en ait minute, ou que la partie y consente. Le délai de la communication est fixé ou par le récépissé de l’avoué, ou par le jugement qui laura ordonnée : s’il n’est pas fixé, il est de trois jours. Si, après l'expiration du délai, Pavoué n’a pas rétabli les pièces, il est, sur simple requête et même sur simple mémoire de la partie , rendu ordonnance portant qu’il est contraint , inconünent et par corps, à la remise des pièces, même à payer trois francs de dommages-intérêts à l’autre partie par chaque jour de retard, à partir du jour de la signification de l’ordonnance, outre les frais desdites requête et ordonnance, qu'il ne peut répéter contre son constituant. En cas d’opposition, l'incident est réglé sommairement : si avoué succombe, il est condamné personnellement aux dépens de l'incident, ième en tels autres dommages-intérêts et peine qu’il appartient, suivant la nature des circonstances (Code de Procédure, art. 18S- 192).

De ce qu'une pièce a été: communiquée en première instance, il ne s'ensuit pas qu’on puisse en refuser la communication sur l’appel ; mais en ce cas la communication se fait aux frais du requérant , bien qu’il ne succombe pas en définitive. Lorsqu'une pièce a été communiquée à des arbitres, elle devient dès lors commune à toutes les parties. Ainsi elle ne peut être retirée à volonté par celui qui l’a produite, mais elle doit rester au procès pour y être invoquée à charge ou à décharge.

Le ministère public étant constitué le surveillant des intérêts généraux et le protecteur de certaines personnes, qui , à raison de leur position particulière, ne peuvent se défendre elles-mêmes, la loi a ordonné que dans certains cas il lui serait donné, à peine de nullité, communication des causes qui se rapportent à ces intérêts généraux ou qui concernent ces personnes.

Les notaires ne peuvént, sans l'ordonnance du président du tribunal de première instance communiquer des pièces à d’autres qu’aux personnes intéressées en nom direct, à peine de dommages-intérêts , d’une amende de 100 francs et, en cas de récidive, de suspension pendant trois mois.

Les notaires, huissiers, greffiers et les secrétaires ,

BIG, DE a CONVERS, — T, Yi,

des préfectures et des mairies doivent communiquer leur répertoire et les actes dont ils ont le dépôt aux employés de l'enregistrement; ainsi que les dépositaires des registres de l’état civil, ceux des rôles des contributions, et{ous autres chargés des dépôts et archives de titres publics. Sont exceptés les testaments et autres actes de libéralités à cause de mort, du vivant des testateurs. Ces communications ne peuvent être exigées les jours de repos, et les séances ne peuvent durer plus de quatre heures.

COMMUNICATION ( Voies de ). Toute production, c’est-à-dire toute création ou tout accroissement de valeur a lieu par éransformation ou par transport de la marchandise ou de la denrée : changement de forme, changement de Lieu, telle est, au point de vue le plus général, la grande division introduite dans l'étude de la production des richesses : des denrées de nulle valeur dans une contrée où leur abondance excède les besoins des habitants peuvent acquérir un prix fort élevé par le seul fait de leur transport dans un pays où elles sont à la fois fort utiles et fort rares : nécessairement en ce cas leur cherté s’accroit ou diminue selon les difficultés et les dépenses du transport, en sorte que la condition indispensable de cette produetion, c’est que les frais de transport n’élèvent pas la denrée à un prix qui dépasse les facultés des acheteurs, sans quoi la spéculation du transport devient aussi ruineuse pour l'entrepreneur que celle de la transformation le serait pour un manufacturier forcé d'employer une main-d'œuvre ou des matières prerñières trop chères. Les différentes voies de communication au moyen desquelles les hommes se mettent en relation les uns avec les autres et répartissent sur les divers marchés les produits spéciaux de chaque localité tiennent donc, parmi les machines employées à la production, l’un des premiers rangs, soit par l'importance des services qu’elles rendent, soit par les frais et les difficultés de leur établissement et de leur entretien.

Il est toujours difficile, pour ne pas dire impossible, d’apprécier avec une exactitude rigoureuse la valeur qu’ajoute à la richesse d’un peuple la création d’un bon systèmie de communications. Un tel système multiplie les échanges, donne naissance à mille inventions industrieuses, à de lucratives spéculations, impossibles avant sa réalisation; il ouvre aux industries existantes des débouchés nouveaux et variés. A mesure que Ja facilité plus grande des communications efface les distances et agrandit le marché, l'offre et la demande se balancent mieux et avec plus de suite et de permanence; la production se fait plus en grand, avec plus de certitude d’écouler les valeurs qu’elle crée; la division du travail s'introduit , et avec elle les avantages qu'elle amène. Grâce à l'extension du rayon de la concurrence et à la rapidité avec laquelle se propage le mouvement commercial, les prix se nivellent vite et sans secousse. Telle denrée est à vi prix en un lieu ou elle abonde, et trèe-rare, très-chère sur un marché, voisin peut-être du premier, mais inacces- Sible faute de communication; percez une route, creusez un canal, forgez un chemin de fer qui mette en relation les deux marchés, immédiatement s’opérera un phénomène économique en tout pareil à ceux de l'hydrostatique : d’un côté les prix s’élèveront, de Pautre ils s’abaisseront, et le prix moyen commun aux deux places sera plus fav orable à à la richesse générale que la cherté excessive ou l’excessit bon marché ( qui le précédait. Faute de communications faciles et à bon compte, des contrées entières dans le sein même de notre France sont condamnées à la misère et à l’abrutissement, malgré la fécondité de leur sol et la richesse des produits minéraux enfermés dans leur sein : qu’un canal, un chemin de fer s’établisse; que cette terre isolée entre en relation avec les pays éloignés ou voisins, et en peu d'années le canton stérile, dépeuplé, inconnu, deviendra fameux par l’aisance de ses habitants, l'accroissement de sa population et le spectacle de laborieuse activité que pré-

sentera sa surface. C’est l'histoire des petites villes ou bourgades situées sur le bassin houiller de la Loire, et ce sera sans doute dans quelques années celle de beaucoup d’äutres. Vous trouverez, par exemple, sur la partie des départements de la Gironde et des Landes qui s'étend le long de la mer, entre Bayonne et l'embouchure de la Gironde, des forêts magnifiques dont les arbres les plus beaux périssent de vétusté, tombent et pourrissent sur place, faute de moyen pour les transporter dans nos ports, où ils se vendraient si cher et si facilement : maïs laissez la compagnie des chiemins de fer du midi jeter à travers ces Landes, de Bordeaux à Bayonne, l'embranchement qui doit devenir le grand chemin de Paris à Cadix par Madrid, et dans quelques années ces forêts auront décuplé de valeur.

Par cela même que l'établissement des voies de communication donne quelquefois de la valeur à des produits qui n’en avaient aucune, et augmente toujours le prix de ceux qui valaient déjà, ces voies accroïssent grandement la valeur capitale des propriétés qu’elles traversent ou qu'elles bordent; en sorte que créer des voies de communication nouvelles, c’est à la fois créer pour les différentes espèces d’ouvriers employés à leur construction, et plus tard à leur entretien, un salaire; pour toutes les industries, agricole, manufacturière, commerciale, des débouchés et des profits; pour les propriétaires, même non travailleurs, un capital dont ils s’enrichissent sans bourse délier.

Considérées maintenant sous le rapport des progrès intellectuels et moraux, nous ne trouverons point les voies de communication moins utiles au développement général de la civilisation : tout ce que les communications intellectuelles seules pouvaient faire est maintenant accompli par la liberté de la presse, la diffusion de la lecture et de lécriture, l'établissement des postes et l'invention de la banque et de la lettre de change; le monde ne peut plus recevoir maintenant une autre grande impulsion que par le perfectionnement sur une grande échelle des moyens de communication matérielle, qui sont encore dans l'enfance. L'étendue du rayon dans lequel un homme ou un peuple peut se mouvoir, le nombre des individus ou des peuples avec lesquels il peut se mettre en contact habituel, font beaucoup pour son intelligence et sa moralité : par là les préjugés s’effacent, les idées se fécondent et s'engendrent, les haines disparaissent, l'amour de la paix et de la fraternité se répand. II semble que la grande révolution que fif, il y a cinq

cents ans, la découverte de l'imprimerie, en donnant à la :

pensée humaine un vol éternel, facile et sûr, l'invention des chemins de fer doive la renouveler au profit de nos sociétés modernes.

De tout ce qui précède, il résulte que l’un des meilleurs emplois que puisse faire aujourd’hui un peuple de l’excédant annuel de ses revenus, c'est le perfectionnement ou la création d’un système complet de communications. On a longuement et souvent agité la question de prééminence entre les routes, les canaux et les chemins de fer, mais principalement entre ces deux dernières voies, Chacun de ces moyens de comraunication a des avantages particuliers, et il serait imprudent de sacrifier l’un à l’autre. Observons d’ailleurs que si les chemins de fer l’emportent évidemment sur les canaux pour le transport des voyageurs et des marchandises précieuses, peu pesantes, peu volumineuses et susceptibles d’une prompte détérioration, il semble difficile que les canaux ne gardent point toujours en grande partie le transport des denrées pesantes, de gros volume, d’une vente toujours certaine et non susceptibles de détérioration.

Parmi les voies de communication les plus ingénieuses, les plus commodes, les plus rapides que le génie de l'homme ait inventées , nous devons placer au premier rang le télégraphe électrique. Lorsque cet admirable moyen de cominiquer sera devenu tout à fait populaire, et que les gou

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