‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 122 sur 607 · COMMUNION · texte numérisé non relu

COMMUNION

nité. C’est une belle institution que celle qui divinise l'homme sans lui inspirer d'orgueil, qui l'élève au-dessus de tout ce qui est créé, et lui inspire en même temps la plus tendre sympathie pour tout ce qui est faible et souffrant. Les ennemis les plus acharnés du christianisme ont admiré la communion et reconnu ses heureux effets. « Voilà donc des hommes, dit Voltaire, qui reçoivent Dieu dans eux, au milieu d’une cérémonie auguste, à la lueur de cent cierges, après une musique qui enchante leurs sens, au pied d’un autel brillant d’or, L’imagination est subjuguée, l'âme saisie ; on respire à peine, on est détaché de tout bien terrestre; on est uni à Dieu, il est dans notre chair et dans notre sang. Qui osera, qui pourra commettre après cela une seule faute, en concevoir seulement la pensée? IL était impossible d’imaginer un mystère qui retint plus fortement les hommes dans la vertu. »

Entrez dans le temple : voyez ces hommes qui s’avancent vers l'autel, le riche avec ses habits somptueux, le pauvre avec ses haillons, et ceux qui sont grands et ceux qui sont petits, et ceux qui servent et ceux qui sont servis, tous vont s’agenouiller à la même table. Le mème Dieu y descend pour tous ; tous se nourrissent de sa substance, et ne font plus qu’un avec lui; ils doivent désormais, dit saint Paul, se considérer comme ses membres, n’avoir plus qu’un cœur, qu’une âme, et, pénétrés de son être et de son esprit, s'aimer comme il les a tous aimés.

Mais voilà que de jeunes adolescents au front candide et pur, parés des livrées de l'innocence, de jeunes vierges, avec les voiles de la pudeur, tendres comme la rose qui s’est épanouie le matin, simples comme la fleur des champs, se pressent à leur tour sur les marches saintes. D’où vient à ces enfants tant de recueillement et de modestie? Leurs yeux, pleins d'amour, sont tournés vers l’autel ; leur bouche, entr’ouverte, exprime le désir; on dirait des anges descendus pour nous apprendre comment il faut adorer. Leurs mères, émues, versent des pleurs de joie; leurs pères, attendris, essuient de grosses larmes. C’est la première communion ! Voilà bien, comme dit le Psalmiste, le Dieu qui réjouit la jeunesse de l’homme et qui renouvelle sa vieillesse comme celle de l'aigle. C’est ainsi que le christianisme nous initie à la vie; vous sayez comme il nous y conduit; et si jamais vous avez pu voir le moribond sourire sur sa couche en revevant encore une fois le gage de l’immortalité (voyez ViaTiQuE), vous devez comprendre que toutes ces nouxelles religions dont on nous parle ne valent pas celle qui a fait le bonheur de nos pères. L'abbé J. BARTHÉLEMY.

La communion ou la participation des fidèles au sacrement dela sainte cène est regardée par les protestants comme l'acte le plus solennel et le symbole le plus touchant du culte de l’Église réformée. Le dogme de la présence réelle, qui constitue l’essence de la commumion dans l’Église catholique, fut une des principales causes de la grande révo!ution religieuse du seizième siècle ; cependant, il avait encore conservé à cette époque tant de prise sur les esprits, que Luther, qui avait attaqué la hiérarchie avec tant d’audace, ne put se résoudre à abandonner entièrement l'idée de la présence de Jésus-Christ dans les espèces consacrées. S’appuyant sur la célèbre parole : « Ceci est mon corps, » il soutint, d’une part, que les espèces ne se changent pas au corps réel de Christ, parce que cette opinion implique contradiction, parce qu’il est clair que les espèces conservent leur nature propre après la consécration comnre avant, parce que l’a- Pôtre nomme expressément les espèces consacrées pain et vin, parce que les espèces sont exposées à subir la corruption ; et, d’autre part, il nia que les espèces ne soient que les simples signes d'une chose tout à fait absente, et affirma que les fidèles, en y prenant part, participent réellement au corps du Seigneur. Ce moyen terme entre deux systèmes opposés fut nommé l'impanation luthérienne. Ulrich Iwingle, qui était curé à Zurich, avait eu des idées bien

plus nettes sur la même question avant Luther et Calvin, Bientôt ce point subtil de doctrine divisa les réformateurs. D'un côté Zwingle, Jean Œcolampade, et Carlostadt; de l’autre côté, Luther, Metancnthon, et une foule de docteurs luthériens, disputèrent avec £creté, sans pouvoir s'entendre. Cependant, l'influence de Farel, de Viret, de Bucer,et surtout de Calvin, décidèrent la réforme suisse et française dans le sens des sacramentaires, c’est-à-dire de l'opinion qui ne veut voir dans l’eucharistie qu’une simple figure de la présence du Christ. Dans les temps modernes, presque toute l’Église luthérienne a embrassé le système qui considère la cène comme un symbole pur et simple. C’est, à son avis, le seul qui soit conforme à la raison et à l'Évangile sainement interprété. Ce fut surtout le célèbre traité de Calvin : Institution de ia Religion Chrétienne, qui fixa les idées des Églises protestantes à ce sujet. Ce système a été adopté par les Églises réformées des deux hémisphères, et constitue aujourd'hui le point capital de leur séparatioz d'avec Rome. Il faut convenir toutefois que dans les écrit+ de Calvin et dans le discours de Théodore de Bèze au cd loque de Poissy on trouve encore quelque chose de mystique et de vague sur la doctrine de la présence réelle ; mais toute incertitude à ce sujet, même dans les termes, a disparu grâce aux professions réitérées de l’Église réformée de France, qui ne voit dans la cène qu’un pur et simple symbole de la présence du Sauveur.

Cette cérémonie est célébrée encore aujourd’hui avec la simplicité touchante qui caractérisait les rites de l’Église primitive. La discipline défend positivement que les enfants soient admis à la communion avant l’âge de douze ans. En général, dans l’Église protestante de France la première communion ne se fait qu’à l’âge adulte : les pasteurs préfèrent attendre que l'intelligence des jeunes gens soit développée, afin qu'ils puissent prendre part à cet acte solennel en toute connaissance de cause et en conserver toujours les salutaires impressions. L'administration de la sainte cène a lieu chez nous dans le plus religieux recueillement et le plus grand ordre. Il y a quatre communions par an. Dans le midi de la France, où les anciens usages se sont mieux conservés, après la lecture par le ministre du formulaire qui retrace l’origine de l'institution et les dispositions qu’on y doit apporter, le pasteur descend de la chaire, se place devant la table, et bénit les espèces du pain et du vin, qui sont placées dans des vases et des plats d'argent , ou quelquefois dans des calices d’étain, lorsque l’église est pauvre. Le pasteur prononce quelques paroles tirées de l'Écriture sur le pain et le vin du sacrement, et commwmie avec ses collégues ; il donne ensuite le pain et la couge à tous ceux de l'assemblée qui se présentent, et leur adresse en même temps un passage de l’Écriture Sainte, Les hommes avancent d’abord deux à deux, et les femmes leur succèdent. La communion achevée, le pasteur remonte en chaire, rend grâce à Dieu, et cet acte pieux se termine par le chant du cantique de Siméon.

A Paris et dans quelques autres Églises on a adopté l’usage génevois, c’est-à-dire que les fidèles, au nombre d’environ trente des deux sexes à la fois, se rangent deboutautour d’une longue table, au centre de laquelle est le pasteur, de qui ses voisins reçoivent le pain et la coupe, et les passent ensuite à leurs frères jusqu'aux extrémités de cette table fraternelle, où le riche et le pauvre, le faible et le puissant, se placent sans distinction. Ce sont les diacres et les anciens de l’église qui font le service, c’est-à-dire qui remplissent les corbeïlles de pain et garnissent les coupes à mesure qu’elles s’épuisent. Au midi de la France, dans ces églises où le souvenir de récentes persécutions entretient une foi si tervente, presque tous les membres de la communauté se présentent à la table sainte dans les jours solennels. A Paris il n’en est pas de même : on n’y voit qu’une portion peu

| considérable du troupeu, Et cependant, l'efficacité de ce sa-

pure, pieuse, éclairée, y verra le touchant tableau d'un repas fraternel , où les chrétiens viennent confesser publiquement leur misère et leur égalité devant Dieu ; une commémoration, où ils se confirment dans les idées, les plus-nobles de la sainteté de Dieu, dans les idées les plus tendres de son amour, un acte solennel, où ils s’engagént à la pratique des bonnes œuvres. Char:es COQUEREL.

Communion, dans la liturgie, est la partie de la messe où le prêtre prend et consume le corvs et le sang de Jésus- Christ consacrés sous les espèces du pain et du vin.

Communion, dans un sens ecclésiastique plus large, comprend l’harmonie des convictions, des espérances et des principes, réunissant les chrétiens en une seule famille. Les communions qui se sont séparées de l’Église catholique comprennent aujourd’hui de quelle importance il est de garder la paix entre elles. D’après leur système ac- Luel, il n'existe qu’une Église universelle, dont Jésus-Christ seul est le chef sur la terre comme dans le ciel, et dont les communions diverses sont autant de branches.

COMMUNIQUÉ. Parmi les nouveaux usages de la

presse le mot communiqué, jeté entre deux parenthèses à la fin d’un article quelconque, indique une note envoyée par l'autorité supérieure avec ordre d'insertion. Le droit de réponse et de rectification donné au gouvernement fut introduit pour la première fois dans la loi du 9 septembre 1835; mais, bien que cette disposition eût été reproduite dans les lois postérieures, on ne l’appliqua que très-rarement à la presse. Le gouvernement impérial en fit, à son profit, un instrument habituel de publicité. Le décret de 1852 frappait les contrevenants de peines sévères et même de suspension. En 1865, le nombre des communiqués s'éleva à 260, dont 176 pour les journaux parisiens ; en 1866, il fut de 345, et en 1867 il dépassa 450. Cette application si fréquente tomba naturellement d’elle-méme avec le retour de la République; mais le gouvernement a songé à y revenir, et en 1872 quelques journaux ont été gratifiés de communiqués.

COMMUNISME, COMMUNISTES. Parmi Les utopies qui ont fait récemment quelque bruit, il n'en est point don l'influence sur les masses ait été plus grande que celle d’un régime basé sur la communauté, Cela s'explique. Rien de plus simple au premier abord que d'envisager les biens de ce monde comme une proie à partager : c’est une thèse qui prète à la fois aux révolutions et aux idylles; aussi les rêveurs et les niveleurs de tous les temps l’ont-ils successivement adoptée,

A la tête des écrivains qui ont traité la communauté comme un caprice d'imagination, comme une fantaisie, il faut citer Platon. « Quelque part que cela se réalise et doive se réaliser, dit-il dans son livre Des Lois, il importe que les richesses soient communes entre les citoyens, et que l’on apporte le plus grand soin à retrancher du commerce de la vie jusqu’au nom de la propriété. » Tel est l'idéal de Platon ; et quand il écrivait ces lignes, il se montrait poëte au premier chef, lui qui bannissait, dit-on, les poëtes de sa république. Sa fiction se défendait d’être prise à la lettre, et respirait cette ironie délicate dont les anciens semblent avoir emporté le secret : c'était moins un plan de société positive qu'une leçon de morale. Il en est de même de tous les rêves analogues. Sous Louis XIV, c’est Fénelon qui oppose les institutions de Salente aux vices de la cour de Versailles ; sous Henri VII, c’est Thomas More qui crée son u{opie en face des débordements sanguinaires du souverain. Dans les deux fictions l’idylle domine, On y voit un monde imaginaire opposé au monde réel. À son tour, le dominicain Campanella reproduit la même chimère dans la Cité du Soleil, autre régime communiste, Puis viennent Harri ngton avec son Océana, Jean Bodin avec un livre inlitulé : De la République, écrit au milieu des troubles de

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