‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 125 sur 607 · COMNÈNE · texte numérisé non relu

COMNÈNE

Son fils, Flavius-Nicéphore Comnène, prince d’Astracanie et d’Argyre en Médie, se rendit puissant, et fraya à l’un de ses fils le chemin du trône impérial, que ses descendants occupèrent plus de 400 ans. Jaloux de ses exploits militaires, l'empereur Constantin VIIL le fit arrêter en 1027; mais Romain Il lui rendit la liberté l’année suivante, et l’éleva aux premières dignités de l’empire.

Isaac CounèNe , fils aîné de Flavius-Nicéphore, proclamé empereur, en 1057, par les troupes qu’il commandait en Asie, fut reconnu à Constantinople, et força Michel Stratiotique de lui céder l'empire. Pendant deux ans et trois mois il fit le bonheur de ses peuples par sa sagesse, et se rendit redoutable à ses voisins. Dégoûté des grandeurs humaines par suite d’une maladie, il abdiqua en 1059, se retira dans un monastère, et, sur le refus de son frère Jean, choisit pour son successeur Constantin Ducas, qui s’en montra peu digne.

Après quelques règnes obscurs ou malheureux, Alexis Ter Comnène , fils de Jean et neveu d’Isaac, déjà connu par sa valenr et par les importants services qu’il avait rendus à l'empire, détit successivement Nicéphore Bryenne et Nicéphore Botoniate, dont le second avait voulu lui faire crever les yeux, et fut couronné empereur en 1081, à Constantinople. Ce prince, surnommé Banbacorax , parce qu’il bégayait et qu'il avait la voix rauque, n’en fut pas moins un grand homme et un grand politique. Ayant éprouvé des revers dans ses guerres contre Robert Guiscard, duc de Calabre, et contre son fils Boémond, il en triompha d’abord avec le secours des Turcs, puis, en s’alliant avec les Vénitiens ; mais bientôt , pressé par les Turcs , il réclama les secours de l'Occident, et il eut lieu de s’en repentir. Une nuée de bandits, sous le nom de croisés, et conduits par Gautier Sans-Avoir et par Pierre l'Ermite, inondèrent ses États en 1096 , ravagèrent les environs mêmes de Constantinople, insultèrent le monarque dans son propre palais, et se montrèrent ennemis plus dangereux que les musulmans qu'ils allaient combattre. Alexis, pour s’en délivrer, se hâta de leur faire passer le Bosphore. Une seconde armée, quoique mieux disciplinée, ne lui inspira pas plus de confiance, parce qu’un des chefs, Boémond, était son ennemi capital. Alexis conclut néanmoins un traité avec ces hôtes fächeux, pour s’en débarrasser et les déterminer à passer en Asie. Secondés par un corps de troupes impériales, ils reprirent d’abord Nicée sur les Turcs seldjoukides , et rendirent cette cité célèbre à l'empire d'Orient. Mais depuis ce temps, s’il faut en croire les historiens latins, Alexis ft aux croisés tout le mal qui fut en son pouvoir. Ce qui est plus certain, c’est que les deux partis se manquèrent de paroie. L’empereur n’envoya point aux princes croisés les secours en hommes et en vivres qu'il leur avait promis, et ceux-ci refusèrent de restituer à l'empire les conquêtes qu'ils firent ultérieurement sur les musulmans de l’Asie Mineure et de la Syrie. Alexis continua d’ailleurs d’être heureux dans ses guerres contre les Tures et contre Boémond lui-même, qui, réduit à toute extrémité dans Dÿrrachium, dut implorer la paix 11 battit aussi les manichéens , et usa d’une excessive sévérité envers ces seclaires 11 mourut l’an 1118, à l’âge de soixante-dix ans , après en avoir régné trente-sept. Une fille d’Alexis, Théodora, épousa Constantin L'Ange, tige des L'Ange Comnène, qui parvinrent à l'empire après les Comnènes.

Jean CounÈxe , surnommé Le Beau, succéda, l’an 1118, à son père Alexis. Il fut obhgé d'entrer les armes à la main dans le palais où sa mère Irène voulait placer sur le trône sa fille Anne Comnène, et son gendre Nicéphore Bryenne. Une conspiration tramée par Anne contre les jours de l’em- Pereur échoua par les lenteurs et l’irrésolution de Nicéphore, el demeura presque impunie, grâce à la clémence de Jean. Anne, malgré sa coupable ambition , fut une princesse célèbre, et ses écrits figurent honorablement dans histoire

DICT. DE LA CONVERS. — T, VL

byzantine (voyez ci-après l’article spécial consacré à cette princesse). Cher à ses peuples par ses vertus, Jean fut bon politique et grand capitaine , fit avec succès la guerre aux Tures , aux Hongrois et aux Patzinaces, et recula les bornes de son empire. Il fut moins heureux contre les chrétiens de Syrie, sur lesquels il ne put reprendre Antioche. Généreux et libéral , il bannit le luxe de sa cour, et pendant un règne de vingt-quatre ans il ne fit périr aucun coupable, Il mourut en 1143, pour s'être blessé à la chasse d’une flèche empoisonnée, qui tomba de son carquois.

Manuel ComNÈNE monta sur le trône, au préjudice d’/saac, son frère aîné, par le choix de son père, qui le préféra à cause de ses belles qualités et de ses talents. La seconde croisade, conduite par l’empereur Conrad III et par Louis le Jeune , roi de France, eut lieu au commencement du règne de Manuel, et produisit les mêmes querelles que la première avait fait naître. Les excès des croisés obligèrent Manuel de leur tendre des piéges et de s'entendre avec les musulmans pour faire échouer cette grande entreprise. Il vainquit Raymond , prince d’Antioche, repoussa Roger, roi de Sicile, qui avait pénétré dans ses États, reprit Corfou, porta la guerre dans la Pouille et la Calabre, et conclut une paix avantageuse, Il triompha du prince de Dalmatie et du roi de Hongrie, passa en Asie, et, ayant taillé en pièces une armée musulmane, il obligea Masoud, sultan d’Iconium, et Noureddin, sultan d'Alep, de demander la paix, et de rendre les prisonniers chrétiens. 11 avait conçu le projet d’aller faire la guerre à Saladin, sultan d'Égypte; mais il ne put s'entendre avec Amaury, roi de Jérusalem, qui devait le seconder, Manuel mourut l'an 1180, sous des vêtements monastiques, afin d’expier par ce chaste habit les excès d’une vie voluptueuse. Il n’en fut pas moins un des plus grands princes de son siècle.

Alexis II CounÈne, son fils, âgé de treize ans, lui succéda, sous la tutèle de sa mère. Cette princesse ayant associé à la régence, le sebaslocrator Alexis, neveu de Manuel, les grands, mécontents de ce choix, rappelèrent Andronic, exilé par le défunt empereur, son cousin. Andronic, maître de Constantinople en 1182, s’empara de la régence, fit crever les yeux au sebastocrator, massacra tous les chrétiens latins sans distinction, et étrangla l’impératrice-mère. Associé à l'empire, l’an 1183, il fit subir le même sort à son jeune collègue, et apostropha ainsi son cadavre, en le poussant du pied : « Ton père était un parjure, ta mère une prostituée, et toi un imbécile. » Peu digne du trône, Alexis ne l'avait occupé que trois ans.

Andronic Ier Comnène, dit le Vieux, petit-fils de l’empereur Alexis [**, par son père Zsaac, fut le dernier empereur de la ligne masculine des Comnène. Sans sa violence et ses cruautés, il aurait peut-être régné avec gloire. Il avait l'esprit orné, écrivait et parlait avec facilité, aimait la justice et punissait sévèrement les oppresseurs du peuple. Agé de soixante-onze ans, il épousa Agnès de France, fille de Louis le Jeune, et veuve du ma'heureux Alexis. Le tyran ayant fait périr plusieurs seigneurs, sous le faux prétexte d'intelligence avec Guillaume, roi de Sicile, une terrible révolte éclata dans Constantinople. Isaac L'Ange, l'un des proscrits, est proclamé empereur dans l'église de Sainte-Sophie, où il s'était réfugié. Andronic est arrêté dans sa fuite, chargé de chaines et conduit aux pieds d'Isaac, qui l’abandonne à la populacé. Jamais prince ne fut traité plus indignement : on lui donne des soufilets, on lui arrache la barbe et les heveux; on lui casse les dents; on lui coupe la main droite, et on l’enferme dans une tour, où on le laisse sans boire ni manger, Quelques jours après, on l'en tire pour lui crever un œil. On le promène sur un clameau galeux , la tête nue et le corps couvert de haillons. On le frappe à coups de bäton. On lui jette au visage des ordures, des pierres, de l’eau bouillante; on lui perce le côté avec des broches. M Suulint avec courage tous ces tourments, ne disant autrs

chose que Xyrie, eleison ; enfin, on le pendit par les pieds, au théâtre, où son cadavre fut mutilé et percé d’un épée depuis la bouche jusqu'aux entrailles. Cette catastrophe, qui arriva l’an 1182, fit passer l'empire dans la maison de L’Ange- Comnène.

Manuel, l'un des fils d’Andronic, fut bien sebastocrator, titre qui lui donnait le second rang après l’empereur ; mais il eut à souffrir des persécutions de la nouvelle dynastie impériale, 11 laissa deux fils, Alexis et David. Après la prise de Constantinople par les Latins, en 1203, Alexis III se retira à Trébizonde, dont il fut le premier empereur, et David s'empara d’'Héraclée et de la Paphlagonie, où il régna. Tous deux prirent le titre d’empereur d'Orient, et, par leur alliance avec les empereurs latins de Constantinople, ils résistèrent à Théodore Lascaris, qui avait fondé l'empire de Nicée,

On compte dix autres empereurs de Trébizonde, dont Yhistoire est peu connue. David Counène fut le onzième et dernier empereur de Trébizonde. Cette ville ayant été prise en 1462, par Mahomet II, David et toute sa famille furent, selon le témoignage des écrivains contemporains, mis à mort à Andrinople.

Un historien postérieur a prétendu , sans apporter d’ailleurs aucune preuve à l’appui de son récit, qu’un membre de cette famille, le plus jeune même des fils de David Comnène , Georges Nicéphore, serait parvenu à échapper à ces sanglantes exécutions et à se réfugier à Maïna en Laconie, où ses descendants auraient pendant dix générations continué à faire la guerre aux Turcs, jusqu’à ce qu’enfin la trahison ait forcé un Constantin Counène, le 3 octobre 1675, à abandonner le territoire des Maïnotes pour se réfugier à Gênes, d’où il serait allé s’établir en Corse dans le district de Paormia, que le sénat de Gènes lui aurait concédé. Plus tard, un de ses fils, appelé Calomeros, se serait fixé en Toscane, où il aurait été la souche de la famille Buon aparte, tandis que les autres descendants de Constantin Comnène auraient continué à habiter la Corse, où le titre de capitanos était devenu héréditaire dans leur famille; et la prospérité toujours croissante de leur petite colonie aurait, vers lan 1730, excité les Corses, leurs voisins, à l’anéantir,

L'histoire ne doit accueillir qu'avec une extrême réserve ces données, où le romanesque tient évidemment une large place, et dont la duchesse d’A brantès a su tirer parti dans ses Mémoires pour se présenter comme issue, par sa mère, M®° Permon, de la famille impériale des Comnènes.

Sans doute , en 1781 , le cabinet de Versailles accorda une pension à un certain Démétrius ComNÈNE, frère de M"° Permon, né en Corse, vers 1750, qui se donnait pour le dernier représentant du sang des Comnènes. Mais si à cette largesse le gouvernement français ajouta encore une reconnaissance positive des prétentions de ce Démétrius Comnène, cette détermination lui fat inspirée uniquement par la politique. Dès cette époque en effet on annonçait coinme imminente la chute de l'empire turc, et le cabinet de Versailles voulait ainsi se ménager la possibilité de tirer parti des éventualités qui surgiraient d’une telle révolution, en tenant en réserve et sous sa main un prétendant légitime à l'empire grec, s’il venait à être rétabli. Ajoutons que ce Démétrius Comnène, dont le puiné, Jean, était mort prêtre habitné de l’église Saint-Gervais à Paris, émigra en 1789, et s’enrôla dans l’armée de Condé. Rentré en France en 1802, il obtint de Napoléon le rétablissement de sa pension, à laquelle Lonis XVIII ajouta depuis le grade de maréchal de camp, et mourut à Paris, en 1821.

COMNENE (Anne), fille d’Alexis 1° Comnène, et de limpératrire Irène Ducas, née le 1°" décembre 1083, est demeurée célèbre, moins comme une princesse ambitieuse que comme auteur d’une histoire qui n’est pas un des monuments les moins précieux de la collection byzantine. Une femme supérieure à son sexe, à son rang, à son siècle,

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