‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 131 sur 607 · COMPAGNIES · texte numérisé non relu

COMPAGNIES

souverain pontife. L’excommunication fut fulminée, et ne produisit d’autre effet que de rappeler les bandes sur le territoire d'Avignon. Le saint-père fit alors un appel à tous les princes chrétiens, et publia une croisade contre les routiers. Les indulgences de la Terre Sainte étaient accordées à tous les fidèles qui prendraient les armes. L'espoir d’un riche butin pouvait grossir le nombre des croisés, car les routiers, chargés des dépouilles des provinces dévastées par eux, avaient amassé d'immenses richesses. Le pape n'avait songé qu’à sa sûreté, à celle du sacré collége et au trésor de Saint-Pierre. Les routiers, qui d’ailleurs ne trouvaient plus rien à prendre en Provence, traïitèrent avec le pontife, et s’engagèrent à abandonner immédiatement le comtat moyennant une absolution générale de leurs péchés et 60,000 florins d’or. La somme reçue, ils évacuèrent Pont-Saint-Esprit, traversèrent la Provence, et s’enrôlèrent au service du marquis de Montferrat, alors en guerre avec le comte de Milan.

L'un des chefs de ces routiers , Jean de Gouges, gentilhomme de Sens, se fit proclamer roi de France, sans doute pour répondre au manifeste du roi, qui avait envoyé une armée sous les ordres de Jacques de Bourbon contre les routiers, qui, au nombre de 15,000 hommes, occupaient encore le Lyonnais.

Jacques de Bourbon, qui n’avait que 10,000 hommes, fut battu et tué à la bataille de Brignaïs. Cette victoire permit aux grandes compagnies de se diviser. Elles furent bientôt renforcées de celles qui avaient suivi le marquis de Montferraten Italie, et qui repassèrent les Alpes, chargées des dépouilles de la Lombardie. Alors les principaux routiers et malandrins se partagèrent les provinces du midi : chaque compagnie suivit la direction convenue. Perrin Bouvetaut envahit le Velai, et s’'empara par escalade de la riche abbaye du Moustier-Saint-Chaffre. Seguin de Badefol, seigneur de Castelnau de Bavière, qui se faisait appeler le roi des compagnies , entra dans l'Auvergne à la tête de trois mille gentilshommes, Cette bande, l’unedes plus considérables et dans laquelle on n’admettait que des nobles, avait pris le nom de société tyrannique. Seguin de Badefol s'empara de Brioude, livra au pillage l’opulente abbaye de Saint-Julien, dont il fit sa place d'armes, étendit ses courses jusque dans le Languedoc, saccagea le Puy, rançonna Aniane, incendia Gignac, et dévasta Pont-Saint-Esprit, qui se croyait à l’abri des incursions des grandes compagnies depuis que le pape avait obtenu leur éloignement du lieu. Le 9 août 1362 il se rendit maître du château de Mende. Les malheureux Languedociens, trop faibles ou trop timides pour combattre Seguin de Badefol, sa société tyrannique et les autres bandes, traitèrent avec les chefs, et moyennant une somme considérable qui leur fut payée, ceux-ci s’engagèrent à s’éloigner de la province et même de la France; mais quelques mois après ils rompirent le traité, et la société tyrannique consomma la ruine et la dévastation du Velai. Le maréchal d’Andeneham marcha contre cette redoutable bande, Il espérait renforcer sa petite armée du contingent des vassaux de la couronne; mais les seigneurs refusèrent de se réunir aux troupes royales contre les routiers , parmi lesquels tous avaient des parents et des amis. Il fallut subir encore la honte des négociations et acheter à prix d’or l'éloignement de Badefol (1363). Moins de trois ans après, ce chef traitait avec Charlesle Mauvais, roi de Navarre, pour se mettre à son service avec sa compagnie, moyennant une somme énorme, « Le Gascon est trop cher, dit le Navarrais à ses confidents; puisqu'il veut tant se faire valoir, qu'on s'en défasse. » Et il invita le roi des compagnies à diner. Ce fut le dernier repas de Badefol : il mourut empoisonné. La bande, informée de la mort de son roi, se mit sans délai à la solde de Charles de Navarre.

Bérard d’Albret, chef de la plus noble maison de Béarn, et qui n'admettait dans sa bande que des nobles, mit le siége devant Montpellier. Moins heureux où moins habile que les

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