COMPAGNIES
autres chefs, Robert III, dauphin d'Auvergne, de la maison
princière de Bouillon, fut fait prisonnier par les troupes du roi. L’échafaud lattendait : il mourut en prison. Tous ses biens furent confisqués au profit du domaine royal, et son corps jeté à la voirie. Pacimbourg , que l’histoire a flétri du nom d’insigne voleur, s'était établi dans le Gévaudan et l'Auvergne, et avait fait du château de Saigue sa place d'armes. Le seigneur s'était longtemps défendu ; ileût fallu encourager sa résistance en marchant à son secours : l'armée royale ne parut que longtemps après la prise du manoir; mais Pacimbourg parvint à s’échapper, et son nom figure encore parmi ceux des chefs de bande qui en 1363 traitent pour la première fois avec le maréchal d’Andeneham, et, moyennant 100,000 florins d’or et la promesse d’un riche butin, s’engagent à franchir les Pyrénées pour soutenir Henri de Transtamare contre son frère Pierre le Cruel. I fallut compter, en outre, 35,000 florins à Henri de Transtamare. Mais les sommes une fois reçues, la plupart de ces chefs restèrent en Languedoc, notamment Bérard d’Albret, Bertaguin, Espiole, Rabaud de Nissy : ce dernier était la terreur et le fléau du Bas-Languedoc; il avait son quartier à Alignan , et n’en sortit qu'après avoir reçu une somme de 10,000 florins, le 29 juillet 1362. Il prit encore sa part dans les 100,000 florins stipulés par le traité du maréchal d’Andeneham, et qui furent payés par les provinces d’outre Loire. Cette première expédition de Henri de Transtamare é&houa : une partie des bandes qui s’étaient engagées à le suivre rentrèrent en France. | . En 1364 les nobles chefs des principaes bandes se réupirent, et n'en formèrent que trois. La première, appelée grande compagnie , se dirigea sur l'Auvergne, les bords de la Loire, la Champagne; la seconde, les Navarrais, sous les ordres et à la solde de Charles le Mauvais, roi de Navarre, envahit le duché de Bourgogne; la troisième, les Comtois, reconnut pour chef le comte de Montbéliard, et exploita la Franche-Comté. L'un de ses plus farouches capitaines, Jehan de Neufchâtel, livra aux flammes les faubourgs de Pontarlier et six villages environnants : il fut pris, et mourut en prison. Un autre capitaine de Comlois, Guillon Pot, fut pendu. Charles V, abandonné par ses grands vassaux et par les seigneurs qui ne faisaient point partie des grandes compagnies, réclama le secours d'Édouard III, roi d’Angleterre, contre les bandes d’aventuriers. Jusque alors les provinces qu'occupaient les Anglais en France, la Guienne, le Poitou, la Normandie, avaient échappé à leurs désastreuses incursions. Mais elles étaient menacées du même fléau. Édouard ne le croyait pas, car ses prédécesseurs avaient souvent soldé les chefs de ces bandes et les avaient employés à rayager les provinces qui dépendaient de la couronne de France. 11 se borna donc à leur faire notifier, par des hérauts d'armes, d’avoir à vider les provinces de France. Ils ne répondirent à sa royale sommation qu’en dépouillant ses envoyés. ouard annonça qu'il allait passer le détroit avec une armée pour châtier leur insolence; mais Charles V, mieux conseillé, n’insista plus sur le secours qu’il avait imprudemment sollicité; il craignait avec raison qu'Édouard ne se mit à la tête des compagnies pour conquérir la France ; il le fit prier de ne pas se déranger. Édouard, furieux , jura par sainte Marie qu'il ne ferait aucun mouvement pour secourir la France, lors même qu’il verrait les chefs des #randes compagnies maîtres de tout le royaume.
Les craintes de Charles V n'étaient que trop fondées, car lorsqu’en 1365 Duguesclin traita avec les grandes com- Pagnies, les chefs posèrent pour première condition qu’on ne les emploierait pas contre le roi d'Angleterre. Duguesclin fit preuve d’un grand courage en se présentant sans escorte au milieu des bandes. 11 aborda tranchement la négociation : « Nous en avons assez fait, leur dit-il, \uus et moi, pour dananer OS âraes ; et vous pouvez vous vanter d’avoir fait pis Que moi, Amis, fasuns honneur à Diev, et le diable lais-
sons. » Comme dans la première négociation, un riche butin leur fut promis en Espagne, et avant leur départ une somme de 200,000 florins devait leur être payée. Le traité fut signé à Chälons-sur-Saône, Les principaux capitaines accompagnèrent Duguesclin à la cour de Charles V, où ils furent bien reçus; ils y firent un court séjour, et revinrent avec Duguesclin, reconnu chef suprême des grandes compagnies ou bandes noires, parmi lesquelles figuraient les rowtiers et les malandrins. Leur arrivée dans le comtat mit le pape et le sacré collége en émoi; un cardinal fut envoyé audevant d'eux. I's formaient un camp considérable aux por tes d'Avignon. « Soyez le hien-venu, lui dit un capitaine : apportez-vous de l'argent? » Cette question était un ordre. Le cardinal revint en ajoutant à l’absolution générale, stipulée dans le traité, une somme considérable , levée sur les habitants d'Avignon. Les malandrins se firent cette fois scrupule de tondre Les vilains. Is refusèrent l’argent, qui fut rendu aux bourgeois, et le sacré collége se cotisa pour le fournir; ils partirent enfin absous et payés, et arrivèrent en Espagne sous le titre de compagnies blanches, titre qu’ils devaient à la grande croix blanche dont ils ornaiïent leur habit sous prétexte d’aller combattre les Maures. Mais leur expédition heureusement terminée, la plupart repassèrent les Pyrénées, et reprirent le cours de leurs brigandages. Les grandes compagnies continuèrent de ravager la France, et ne changèrent que de nom. Aux {ard-venus, commandés par Gui de Rochefort, sous Louis le Gros, succédérent, sous Charles VII, les escorcheurs, commandés par le comte de Pardiac, fils du comte d’Argmagnac, les retondeurs (1437), les aventuriers, qui vendirent successivement leurs services à Louis XII et à François 1*°, quiles employèrent dans leurs expéditions d'Italie.
Les bandouliers, où compagnies d’Olmière, commandés par Etienne d'Olmière, dit Bursec, terminent cette sanglante nomenclature des grandes compagnies. Leur chef avait établi sa place d'armes dans un château du Gévaudan, d’où il lançait ses lieutenants dans le Languedoc; son père était président au parlement de Toulouse. Les états de cette province , assemblés en 1554, réclamèrent l’autorité des lois contre ce chef de bande et ses complices. Ses biens et ceux de ses enfants furent confisqués; mais un conseiller, son neveu, obtint de la chambre des vacations un arrêt qui défendait « à tous juges-mages, officiers et magistrats royaux, d'assister à l’assemblée des états ». Cetle assemblée demanda et obtint en 1554 la cassation de l’arrêt. D’OImière n’en continuait pas moins ses brigandages. Les états mirent sa tête à prix. Deux de ses bandits le trahirent et le livrèrent. Il fut conduit à Montpellier. Il tenait par sa famille à la haute noblesse du Languedoc; tout fut mis em œuvre pour le sauver. On ne parvint qu’à retarder la marche de la procédure; il fut condamné à mort, et subit son arrêt en 1555. Alorsse formèrentles premières bandes de ligueurs, et les bandouliers ne firent que changer de bannière,
Les troubles de la ligue furent la cause ou le prétexte de la formation d’une dernière bande, qui se rendit fameuse à la fin du seizième siècle. Trois nobles Bretons, frères, de la maison Guilleri, s'étaient distingués par leur intrépidité dans les troupes des ligneurs commandées par le duc de Mercœur. La paix faite, ils s’établirent dans un bois contigu à la Bretagne et au Poitou, y fireut construire une forteresse ; et des détachements de leur nombreuse bande faisaient des incursions en Normandie et dans les provinces centrales. Ils avaient fait apposer aux arbres, sur les grandes routes, des placards portant ces mots : « La paix aux gentils-hommes, la mort aux prévôts el aux archers, la bourse aux marchands. » Henri IV envoya à leur poursuite un corps de cinq mille hommes, qu'accompagnaient 17 prévôts. Le château des Guilleris fut attaqué et démoli à coups de canon. Chefs et complices, tout fut pris, jugé, condamné à mort et exécuté en 1608.
Telles ont éte en France, depuis le douzième siècle jusqu’à la fin du seizième, les troupes de brigands armés connus sous les noms généraux de grandes compagnies, compagnies noires, et compagnies blanches.
Dore (de l'Yonne).
COMPAGNIES DE DISCIPLINE. Voyez DisciPLiNE (Compagnies de).
COMPAGNIES DE JÉHU ou DE JÉSUS et DU SOLEIL, associations contre-révolutionnaires qui agitèrent longtemps le midi de la France, Lyon surtout : elles se rattachent à la désastreuse période de la réaction thermidorienne , et le faible gouvernement directorial ne sut ni les prévenir ni les comprimer, « Le résultat de sa conduite, dit l'auteur du Tableau de L'Europe, fut que dans plusieurs départements les royalistes, profitant du ressentiment des hommes qui voyaient l'assassinat de leur famille impuni, et du mécontentement de tous ceux qui voulaient ardemment la fin de la révolution , égarèrent la jeunesse, enflammèrent son ardeur, et firent naître cette réaction violente qui ensanglanta nos contrées méridionales. » Ces compagnies n'étaient que la continuation de celles qu’on appelait la jeunesse doree de Fréron. Les hommes qui en faisaient paie portaient les cheveux en cadenette et des cravates ve ‘es. Ces coleries n’eussent été que ridicules si elles se fussent bornées à parodier la révolution ; mais bientôt aux diatribes passionnées des journaux du parti, aux chansons, aux vaudevilles de circonstance, aux tentatives scéniques de tous genres, succédèrent les attaques les plus violentes contre les personnes et les biens de ceux qui avai-nt suivi les principes de 1789. Le fanatisme religieux reparut avec toutes ses fureurs. Le sang des protestants et des patriotes coula dans les principales cités du midi. Les puériles fanfaronnades des compagnies de Jéhu et du Soleil ne furent partout que des preludes de massacres et de pillages. Les mots seuls avaient changé, le but était le mêine. La contrerévolution avait ses clubs secrets, ses directeurs ; et l’or de l'étranger entretenait ses bandes. Bordeau x avait son inslitut, dont la mission était de fournir des armes et des munitions aux Vendéens. Les journées du 13 vendémiaire, du 18 fructidor et du 18 brumaire , montrèrent combien ces associations étaient fortes et puissantes
Après l’avénement du gouverneraent impérial, la faction royaliste parut d’abord anéantie ; mais elle ne tarda pas à reprendre ses trames avec une nouvelle opiniâtreté, quoique avec plus de mystère. Une autre Vendée avait éclaté dans la Haute-Garonne et l’Ariége; elle étendait au loin ses ra- Mmifications; et dans toutes ces collisions on voyait reparaître les mêmes agents, Les compagnons de Jésus et du Soleil reparaissent dans les hommes qui livrent Bordeaux aux Anglais en 1814, et dont les bandes se réorganisent plus tard sous le nom de chevaliers de Marie-Thérèse, du Brassard, etc. Des populations sont proscrites en masse, Nimes, Montpell'er, Alais, Uzès, Milhaud, Céret, Arpaillargues, Avignon, etc., virent couler dans leurs rues le sang de leurs plus honorables citoyens. Les assassins du maire de Toulouse à Bordeaux , du général Ramel à Toulouse, du maréchal Brune à Avignon, appartenaient à la mêine faction ; et le: Trestaillons, les Truphémy de 1815, étaient, sous des noms divers, les dignes successeurs des compagnons de Jésus et du Soleil des dernières années du dix-huitième siècle, Durey (de l'Yonne),
COMPAGNIES D’ORDONNANCE. Voyez Or- DONNANGE ( Compagnies d').
COMPAGNIES FRANCHES, Voyez Corps FRANS.
COMPAGNON, COMPAGNE. Compagnon se dit en géneral de celui qui accompagne une autie personne , soil dans un voyage, soit dans un travail, soit dans quelque action où crrconstance, L'étymologie de cum , avec , el de panis, pain, où de cum el de pagus, village, que donnent à Ces mols certains lexicographes , ne nous parait point heu-