‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 133 sur 607 · COMPAGNIES — COMPAGNONNAGE · texte numérisé non relu

COMPAGNIES — COMPAGNONNAGE

reuse. Compagnon, selon Barbazan, vient plutôt de compagnie , qui est presque le mot latin à l’ablatif, compagine, au nominatif compago, assemblage. On peut être compagnon d’infortune , compagnon d'armes, compagnon de péril, compagnon d’études. Le mot de camarade, synonyme de compagnon dans bien des cas, a quelque chose de plus familier. ,

Compagnon figure dans beaucoup de proverbes : traiter quelqu'un de pair à compagnon; qui à compagnon a maître. Dans ces deux dictons, le mot compagnon est synonyme d’égal; on a dit et écrit souvent : cet homme ne veut souffrir ni compagnon ni maître; jouer à qui trompera son compagnon. Compagnon signifie encore un homme qui aime à se divertir : Henri IV aimait le vin, le jeu, les femmes; il se battait bien : c'était un bon compagnon. On appelait compagnons deux religieux qui, selon la règle du couvent, sortaient ensemble. Dans tous les autres cas, les moines s’appelaient confrères. Compagnon se dit aussi d’un garçon qui, ayant fait son apprentissage en quelque métier, travaille encore pour le compte d’un maitre , et plus particulièrement des artisans qui font partie d’une société de gens de métier, telle que les compagnons du devoir (voyez Cow- PAGNONNAGE). Compagnon est enfin le premier grade de la franc-maçonnerie.

Compagne , qui est en quelque sorte le féminin de compagnon , se dit d’une femme ou d’une fille qui a avec une personne du même sexe une liaison qui consiste à lui tenir ordinairement compagnie, à vivre familièrement avec elle, ou enfin à l'accompagner en quelque endroit, Compagne se dit aussi d’une femme mariée, ou même d’une maîtresse, relativement aux qualités par lesquelles sa société peut rendre la vie agréable à son mari ou à son amant. Sous l’ancien régime, le roi de France, dans ses lettres patentes, appelait la reine sa femme, notre très-chère épouse et compagne. Compagne s'emploie au figuré : l’imprudence est presque toujours la compagne du crime. Ce mot est du plus heureux effet dans la poésie : Voltaire a dit avec bonbeur :

Pour être heureux, à l’homme il faut une compagne, Charles Du Rozor.

COMPAGNONNAGE. Sous le régime des maîtrises et jurandes, le compagnonnage était le second degré du noviciat pour arriver à la maïtrise. On y était admis au bout de cinq ans, à la condition de produire ce que l’on appelait un chef-d'œuvre. Le premier degré du noviciat, celui d’apprenti, exigeant aussi cinq années, il fallait dix ans pour devenir maître. Depuis l’affranchissement des professions industrielles, le compagnonnage n'est que l’exercice libre d’une profession , comme ouvrier salarié, tant que l’on ne se croit pas en état de l’entreprendre avec ses propres moyens et d’acquitter la patente. Ce qui a survécu au monopole dans le compagnonnage, c'est l'association naturelie des compagnons, dans une même profession, pour s'entr'aider, se secourir et trouver de l'ouvrage.

Le compagnonnage est peut-être aussi vieux que le monde, ou du moins il se perd , comme disent les rhétoriciens, dans la nuit des temps. Les compagnons persistent néanmoins à faire remonter son origine à la construction du Temple de Jérusalem. Si exagérée, si absurde que soit cette légende populaire, elle mérite quelque attention. Le compagnonnage reconnait trois fondateurs, Salomon, maitre Jacques et le père Soubise, A en croire les enfants de Salomon, le grand roi, pour récompenser ses ouvriers de leurs travaux, leur aurait donne un devoir, une doctrine, Maitre Jacques, collègue d'Hiram, serait, d'après ses modernes adeptes, né dans une petite ville des Gaules, nommée Carte, au jourd'hui Saint-Romili, située dans le midi de la France, où nous l'avons infructueusement cherchée sur la carte. Il aurait eu pour père un célèbre arclitecte, appelé Jacquin, se

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