COMPAGNONNAGE
quand il se fait une conduite en règle, que des compagnons ennemis de ceux qui y prennent part font une fausse conduite, improvisant un faux partant, se rangeant en colonne, allant au-devant de la véritable conduite, qui revient, la topant, lui livrant bataille, au point que parfois le sang coule en abondance, et qu’il reste sur le carreau des blessés et même des morts.
Quand deux sociétés rivales ont établi leurs devoirs dans une même ville, il est rare qu’elles y puissent vivre en paix. Des injures on en vient aux coups, et, après des batailles inutiles , on joue La ville. Les deux sociétés se défient au travail : chacune d’elles réunit ses meilleurs ouvriers, et produit un chef-d'œuvre; puis un jury, composé d'hommes consciencieux, décide, sur le vu des deux compositions, laquelle des deux sociétés, ayant remporté le prix, conserve par son talent le privilége d'exploiter seule la ville, La sentence est sans appel. Il y a plus d’un siècle, les compagnons étrangers tailleurs de pierre et les compagnons passants du même état jouèrent Lyon pour cent ans. Ces derniers perdirent, et pendant un siècle aucun compagnon passant ne travailla à Lyon. Le délai expiré, les bannis crurent pouvoir rentrer en ville. Vain espoir ! Les premiers occupants refusèrent d'ouvrir la porte à leurs rivaux; on se battit après de longues discussions ; il y eut de part et d’autres des blessés et des morts; et plusieurs compagnons furent condamnés aux galères. En 1808 les serruriers jouèrent Marseille.
Chaque année, tous les corps d’état célèbrent leur patron : les charpentiers, saint Joseph ; les menuisiers, sainte Anne; les serruriers, saint Pierre; les maréchaux, saint Éloi d'été; les forgerons, saint Éloi; les cordonniers, saint Crépin, etc. Le matin du jour de ces anniversaires , les compagnons, revêtus de leurs plus beaux habits, vont à la messe, et promènent par la ville le chef-d'œuvre de la société De retour chez la mère, on élit dans quelques corps d'état le nouveau chef; puis on dine et l’on danse. Mais, le croirait-on? si la cotisation des aspirants est la même que celle des compagnons dans ia plupart, ils n’en sont pas plus admis pour cela à manger à la même table ni à danser dans la même pièce. Ce n’est que chez les compagnons du devoir de liberté et chez les compagnons étrangers que légalité règne, au moins les jours de fête.
Le mariage d’un compagnon n'offre rien de particulier ; il n’en est pas de même de l’enterrement. Le défunt est porté par quatre ou six frères, qui se relèvent. Le cercueil est paré des couleurs de la société, de cannes en croix , d’une équerre et d’un compas entrelacés. Chaque compagnon à un crêpe noir au bras gauche, un autre à la canne, et, de plus, quand l'autorité le permet . il se décore des couleurs de son compagnonnage. Les freres, placés sur deux rangs, marchent, fort recueillis, en se rendant à l’église et au cimetière. Ils déposent le cercueil au bord de la fosse et l’environnent. Si ce sont des menuisiers soumis au devoir de Salomon ou à celui de maître Jacques, l’un d’eux prend la parole pour célébrer les qualités du défunt, et fléchit le genou. Tous les autres limitent, et adressent une courte prière à Dieu. Le cercueil descendu dans la fosse, on place auprès deux cannes en croix. Deux compagnons, le flanc gauche en avant, se regardent, font demi-tour sur le pied gauche, portent le pied droit en avant , de sorte que les quatre pieds occupent les quatre angles formés par les deux cannes en croix, se donnent la main droite, se parlent à l'oreille et s'embrassent. Chacun passe tour à tour par cette accolade , appelée dans certains corps d'état guilbretse, pour aller prier à genoux sur le bord de la fosse, puis jeter trois pelletées de terre sur le cercueil, Dans beaucoup d'associations on remplace le discours par des cris lamentables. Quand on a descendu le cercueil dans la fosse, un compagnon descend se placer à côté, On pose alors, à fleur de terre, un drap qui dérobe à tous les yeux le vivant et le mort; des lamentations partent de dessous terre, auxquelles répondent, d'en haut, d’autres