‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 136 sur 607 · COMPAGNONNAGE — COMPARAISON · texte numérisé non relu

COMPAGNONNAGE — COMPARAISON

iamentations. D'ailleurs, il est rare que des compagnons assistent à un enterrement sans aller, en sortant du cimetière, choquer le verre ensemble. Les enfants de Salomon seuls vont, compagnons ou non compagnons, fraterniser dans le même cabaret,

Tout ce qui précède prouve que le temps est venu où le compagnonnage doit forcément se régénérer s’il ne veut disparaitre sous la réprobation publique, qui tiendrait peu de compte de son utilité devant les malheurs qu'il engendre. Divers moyens ont été proposés pour arriver à ce but. Un ancien compagnon menuisier, Agricole Perdiguier, dit Avignonnais La Vertu, membre de l'Assemblée nationale après la révolution de Février, encouragé par de grands écrivains, George Sand, Châteaubriand, Béranger, Lamartine, Lamennais, a par son livre Du Compagnonnage, préparé la voie aux réformes. Un essai de fraternisation fut même tenté en 1548 : tous les devoirs se rendirent ensemble à l'hôtel de ville. Mais la fusion n'était qu’apparente. Il n’est pas aussi facile qu’on le pense de détruire les abus du compagnonnage. Il reste trop de préjugés à vaincre et de passions à calmer pour que de si tôt on puisse espérer voir celte révolution pacifique s'accomplir.

COMP ARAISON, action de rapprocher deux objets, de les examiner, de les étudier, pour en distinguer les défauts ou les vertus, les avantages ou les inconvénients, et constater ensuite les rapports ou les oppositions qui peuvent exister entreeux. Quand ces objets offrent des différences sensibles, la comparaison qui en ressort est appelée parallèle, mot qui emporte l’idée d’un jugement déjà formé, tandis que la comparaison est un acte simple, une opération de lesprit destinée à produire ce résultat, et où les yeux ont une grande part, quand il s’agit d'objets matériels. Il n'y à point de comparaison qui puisse amener et constater une similifude parfaite entre deux choses; aussi dit-on ordinairement que coute comparaison cloche, ou bien comparaison n’est pas raison. On dit encore, par la même raison : point de comparaison, trêve de comparaison. La Bruyère à dit : « N’exagérez jamais votre bonheur devant les misérables; la comparaison qu'ils font de leur état avec le vôtre les choque et leur est odieuse. » Un précepte de la sagesse à l'usage des petits, c'est qu’il ne faut pas faire de comparaison avec plus grand que soi. On a dit aussi que le moyen de se trouver heureux, c'était de comparer son sort à celui des personnes non au-dessus, mais au-dessous de nous.

En comparaison de est une façon de parler adverbiale, qui se dit pour au prix, ou plutôt auprès de : ce malheur m'est rien en comparaison de celui qui m'est arrivé.

La comparaison est l’une des deux facultés intellectuelles réflectives reconnues dans le système phrénologique de Spurzheim.

COMPARAISON (Rhélorique). C’est une des plus riches figures de l’éloquence et de la poésie. Elle place une idée dont l’objet nous est moins familier en face d’une idée qui l’est davantage, et, démélant des rapports entre les deux, identifiant selle-là avec celle-ci, rend l’une plus sensible par Pautre , la donne à toucher, pour ainsi dire, au doigt et à l'œil, et fait sortir de cet ingénieux rapprochement une intuition de la vérité. Ses qualités sont la clarté, la justesse, la netteté, une judicieuse étendue, car il faut choisir les analogies et non les épuiser. Que la comparaison soit empruntée à des objets connus ; qu’elle évite la sphère des idées basses; que, du grand au petit ou du pelit au grand, les ressemblances découlent naturellement et sans effort; qu’on n’y mêle aucun trait qui n'ait son corrélatif; car si le bon Homère n’a pas toujours été fidèle à cette règle, il n’en a pas été toujours excusé. Enfin, le style animé, pittoresque, barmonieux , doit fondre habilement ses nuances avec les teintes de l’idée principale,

L’imagination brille avec plus d'éclat dans les comparaisons mulliples : on en distingue deux sortes. Dans l’une,

l'idée principale est représentée parallèlement sous un aspect identique, sauf les règles d’une sage gradation, qui a soin de terminer par la plus riche et la plus expressive des images. Dans l’autre, les divers rapports de similitude sont répartis avec art entre les différentes images ; elles ont chacune leurs traits distincts : elles se complètent mutuellement. Tantôt la cause est dans les attributs de celle-ci, tantôt l'effet est le partage de celle-là. Hippolyte Faucue,

« La poésie, dit M. V. Leclerc, aime à se parer de comparaisons riches, grandes, expressives, » et il cite pour exemple ces vers de La Henriade :

Tel qu'échappé du sein d’un riant pâturage,

Au bruit de la trompette animant son courage,

Dans les champs dela Thrace un coursier orgueilleux, Tudocile, inquiet, plein d'un feu belliqueux,

Levant les crins mouvants de sa tête superbe, Impatient du frein, vole et hondit sur l’herbe,

Tel paraissait d'Egmont.….

« Les orateurs, ajoute le même écrivain, sans se permettre trop souvent de telles comparaisons, ne se les interdisent pas. Bossuet, dans l’éloge de la reine d'Angleterre, voulant la peindre seule, debout au milieu d’une révolution qui avait renversé le monarque et le trône, exprime sa pensée par cette image : « Comme une colonne dont la masse solide pa- « raît le plus ferme appui d’un temple ruineux, lorsque ce « grand édifice qu’elle soutenait fond sur elle sans labattre; « ainsi la reine se montre le ferme soutien de l’État, lorsque « après en avoir porté le faix, elle n’est pas même courbée « Sous sa chute. »

« Thomas présente une belle comparaison morale dans son éloge de Sully : « L'idée seule de Sully, dit-il , était pour « Henri IV ce que la pensée de l'Être suprême est pour « Phomme juste : un frein pour le mal, un encouragement

| « pour le bien, »

Parfvis la comparaison marche d’elle-même, sans les mots comme, ainsi, tel, de même que, qui en sont le signe ordinaire; ainsi M. de Lamartine exprime Je néant de la renommée dans cette comparaison :

Je jette un nom de plus à ces flots sans rivage. Au gré des vents du ciel, qu’il s’abime ou surnage : En serai-je plus grand? pourquoi? ce n’est qu'un nam — Le cygne qui s'envole aux voûtes éternelles, Ami, s’informe-t-il si l’ombre de ses ailes

Flotte encor sur un vil gazon?

En général, cette figure entre dans le langage de l’imagination plutôt que dans l’expression des passions énergioues, qui emploient de préférence la métaphore, comparaison abrégée, plus vive et plus hardie. Les comparaisons doivent être vraies, nobles, employées à propos et avec discrétiun. Prodiguées, elles blessent et importunent. La comparaison entre deux hommes se nomme parallèle.

COMPARAISON (Degrés de). « Les grammairiens, dit l’Académie, ont observé qu’on parlait des choses ou des personnes, ou sans les rapprocher, ou en les comparant, ou en les plaçant au dernier degré, soit de supériorité, soit d’infériorité; et de ces trois points de vue, ils ont fait trois degrés, qu'ils ont appelés, le premier le positif, le second le comparatif, le troisième le superlatif. »

Le positif exprime simplement la qualité : le mérite est modesle, le savoir est précicux. ”

Le comparatif exprime la qualité avec comparaison. Il y en a trois sortes : 1° le comparatif d'égalité, que l’on. forme en mettant les adverbes aussi où autant devant l’adjectif : César était aussi éloquent que brave; on l’admirait autant qu'on l’estimait; 2° le comparatif d'infériorité, que l’on forme avec noins : la mort est moins funeste que les plaisirs qui mettent la vertu et l'honneur en péril ; 3° le comparatif de supériorité, qui s'exprime avec plus : ia vertu est plus utile que la science. Il y a dass la langue

française trois adjectifs qui seuls expriment un degré comparatif sans Padjonction du mot plus : ce sont les termes meilleur, pire, et moindre. I en est de même des adverbes mieux el pis.

Le superlatif exprime la qualité portée à un très-haut degré ou au plus haut degré, soit en plus , soit en moins (en supériorité ou en infériorité); de là deux sortes de superlaifs : le superlatif absolu, qui marque un très-haut degré dans une chose, sans comparaison avec une autre, comme quand on dit : la modestie est une chose {rès-rare ; et le superlutif relatif, qui marque également un degré élevé avec comparaison, comme lorsqu'on dit : la modestie est La plus belle des qualités.

On voit par ces distinctions, qu'il n’y a proprement de degrés de comparaison que le comparatif et le superlatif relatif, puisque seuls ils établissent une comparaison entre deux ou plusieurs choses. Dans les autres exemples, il ny a d’exprimée que la chose, sans terme de comparaison. Il eût donc été plus rationnel pent-être d’appeller degrés de qualification les degrés de comparaison.

Il est des.adjectifs ou qualificatifs qui ne sont susceptibles d'aucune augmentation ni diminution comparative : tels sont les mots éfernel, immense, seul, divin, etc., qui ne souffrent devant eux aucun adverbe ou terme modificateur. Ce sont des superlatifs, qui renferment dans leur sens l'idée d’une qualité au suprême degré. Edme HÉKEAu.

COMPARAISON D’ECRITURE, Voyez VÉRiIrICA- TION D’ÉCRITURE.

COMPARATIF, Voyez Comparaison (Degrés de).

COMPAROIR, ancien terme de pratique qu’on retrouve encore dans les actes, et qui était synonyme de comparaître.

COMPARSES, ancien terme de chevalerie. On appelait ainsi les montres ou chevauchées des quadrilles qui venaient parader aux yeux des spectateurs des galeries avant l'ouverture des joûtes (voyez CARROUSEL).

Depuis que l'usage des carrousels est passé, nous appelons comparses les hommes et les femmes qui dans les représentations théâtrales se rangent en espalier de chaque côté et au fond de la scène, pour y représenter, suivant l’occasion, tantôt des soldats grecs, tantôt le sénat, l’armée ou le peuple romain , tantôt une populace en émeute ou en goguette, d’autres fois des ombres, des démons, etc., etc. Les comparses diffèrent des figurants, d’abord en ce qw’ils ne sont pas engagés, comme eux, à l’année, mais seulement pour la représentation de certains ouvrages et payés à la soirée ; et, en second lieu, en ce qu’on ne les emploie, en général, que comme personnages aussi muets que les décorations, dont ils sont l’accessoire obligé, tenus tout au plus au langage des gestes, et gardant une immobilité complète alors méme que le chœur leur crie aux oreilles : « avançons ! marchons! combattons ! vainquons! etc., etc. »

Au bon temps du mélodrame à grand spectacle et à combats au sabre, avec renfort obligé d’étincelles, les comparses mâles étaient recrulés dans les troupes de la garnison, parmi les vétérans surtout, auxquels une longue habiiude avait donné le physique de l'emploi, Dans les Petites Danaïdes de la Porte-Saint-Martin, ce triomphe impérissable de feu Potier, ce furent les grisettes du quartier qui complétèrent spontanément la consenption volontaire des cinquante lilles du père Sournois. Et Dieu sait ccmbien il se présenta de postulantes! car la rage du théâtre est lelle dans les deux sexes de notre capitale, que jamais aucun théâtre n’y chômera faute de comparses.

COMPARTIMENT, mot fait du verbe latin partiri, séparer, diviser, qui avait donné naissance an verbe compartir, qui n’esl plus d'usage aujourd’hui, et qui exprimait proprement l’action de réunir des parties diverses pour en former un tout, C’est aussi là le sens général qu'il faut donner au mot compartiment, quoique le Dictionnaire de l'Académie le prenne dans une acception plus restreinte,

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