‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 15 sur 607 · COI ÈRE · texte numérisé non relu

COI ÈRE

«me réaction énergique de vengeance contre l’agresseur, fütce même un objet inanimé. On voit le chien mordre avec fureur la pierre qui l’a blessé. Aussi la colère est-elle l’une des plus impétueuses et des plus fréquentes passions : elle allume les querelles et les guerres, cause d’incalculables ravages, ou suscite d’effroyables symptômes Sr, ne ge du corps humain, jusqu'à foudroyer d’apoplex'e, comme il arriva à Sylla, La colère fait beaucoup de mal à autrui et à ceux qui s’y abandonnent; mais cette passion peut subir le frein d’utiles conseils, Nous nous garderons cependant de faire, avec Sénèque, un sermon en trois points ( De Ird, libri tres) pour chapitrer philosophiquement les hommes passionnés.

Outre le tempérament bilieux, à teint jaune et à cheveux noirs, crépus, à peau velue, les complexions maigres, aiguës, mobiles, dont les fibres sont sèches, excitables, entrent facilement en colère, tandis que les personnes grasses sont ordinairement de bonne pdte. De même les individus à jeun ou affamés, les malades, ceux qui veillent longtemps ou qui souffrent, deviennent colères, tandis que les bien-por-

-Lants, les êtres gais, heureux (ou se croyant tels ), les gens bien nourris, se montrent, surtout après leur repas, généreux ou bénévoles, Ainsi le caractère colérique annonce la souffrance ou le mécontentement intérieur. Les personnes les plus vaniteuses sont aussi les plus facilement blessées ; c’est pourquoi on les a comparées à un ballon gonflé de vent, dont une piqûre d’épingle fait jaillir des tempêtes. Voilà pourquoi les prétentions des poëtes, des artistes, des savants, des adorateurs même de chimères, dans tous les cultes religieux, politiques, philosophiques, etc., s’irritent sérieusement ou gardent une rancune implacable contre quiconque ne respecte point leur idole. Comme don Quichotte, ils mettent flamberge au vent pour leur Dulcinée. Si les faibles, les pauvres, se croyant trop souvent l’objet du mépris, deviennent irascibles et jaloux, les grands et les riches, par l’enflure que la fortune inspire à leur orgueil, se choquent du moindre oubli dans les respects qu’ils exigent; ce que prouvent toutes les guerres d’étiquette et de noblesse, Enfin la vive sensibilité des femmes, des enfants, des êtres délicats, engendre de petites picoteries continuelles, entretient des levains d’aigreur, surtout à cause des préférences et des prérogatives sociales, qui répandent tant d’amertume sur la vie. Il est des conditions qui semblent plus particulièrement vouées à la colère et aux vivacités, comme celles des marins, des militaires, des hommes chargés de la répression des délits, etc. De là naît aussi l'irascible pédantisme de plusieurs instituteurs, et la brutalité des conducteurs d’animaux, des bouchers, etc. Tout despotisme pousse à quelque degré d’irritation, et les tyrans sont condamnés à la fureur non moins qu’à la crainte.

On sait que des boissons excitantes, les spiritueux, les nourritures fortifiantes, la chair, disposent plus à la colère que les aliments végétaux ou tempérants; c’est aussi pourquoi les animaux herbivores se montrent généralement timides. De même, la perte de sang, le froïd de la vieillesse rendent pusillanime, La chaleur vitale du jeune âge cause l'expansion de la colère, de l'amour, du courage et de la gaieté. La colère contribue quelquefois aussi à faire des héros sur les champs de bataille, ou des orateurs éloquents à la tribune. Trop de réserve nuit à l’élan de l’audace; la colère lui donne en revanche des ailes. Achille n’a point la circonspection d'Ulysse; Agamemnon, dans les bouillonnements de sa fierté, n’écoute point la sagesse du vieux Nestor. Il est des hommes chez lesquels l’irascibilité devient un besoin ; ils cherchent querelle à tout le monde, et principalement à ceux qu’ils qualifient d’amis, car ils exigent plus d’attentions de leur part que de tous autres. Leur plus grand désappointement provient du refus de contester avec eux, et leurs domestiques même n’ignorent pas qu’ils seraient brusqués davantage s’ils ne fournissaient un léger aliment à la mauvaise humeur de leur maître, Il en est de ce genre d’é-

DICT. DE LA CONVERS. — T, VI

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