‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 155 sur 607 · COMTE · texte numérisé non relu

COMTE

tous ses instants : on le vit, en janvier 1815, prêter le secours de sa toge au général Exelmans contre les persécutions du ministre de la guerre, qui prétendait le forcer, ainsi que plusieurs de ses compagnons d’armes, à s'éloigner de Paris, Le général ayant refusé d’obéir à cet ordre illégal, fut arrêté et traduit devant un conseil de guerre. Défendu par Charles Comte, qui publia à ce sujet des mémoires remarquables, il fut acquitté. Avec Benjamin Constant et quelques autres amis de la liberté, Charles Comte fut loin de saluer le débarquement de Napoléon à Cannes comme l'aurore d’un meilleur avenir pour la France; trois ou quatre jours avant le retour de l’empereur aux Tuileries, il publiait sous ce titre : De l'impossibilité d'établir une monarchie constitutionnelle sous un chef militaire, et particulièrement sous Napoléon, une brochure dans laquelle il s’efforçait de démontrer qu’en voulant échapper aux dangers qu’on redoutait sous les Bourbons, on risquait de voir détruire sans retour les garanties constitutionnelles. Ce pamphlet n'évita point à son auteur, de la part des écrivains aux gages de la police du gouvernement royal, l'accusation de bonapartisme. Un des rédacteurs de la Quotidienne alla même jusqu’à le dénoncer comme l’un des complices du débarquement de Cannes, et soutint avec une telle violence cette inculpation, que Charles Comte crut devoir le traduire en police correctionnelle comme diffamateur; mais ce procès ne put avoir de suites à cause de l’arrivée de l’empereur à Paris. Napoléon pendant les Cent- Jours fit au rigide patriote les plus séduisantes avances; mais Ch. Comte refusa toutes les places qui lui furent offertes; puis au second retour des Bourbons, après les funérailles de Waterloo, il lui fallut recommencer contre un pouvoir inintelligent et tyrannique une lutte que l’épisode des Cent-jours n'avait fait que suspendre.

Les saisies et les procès du Censeur, qui s'était constitué la sentinelle avancée du parti libéral, se multiplièrent: en février 1817 intervint contre les courageux rédacteurs de ce recueil une condamnation à un an de prison et à 3,000 francs d'amende. Des jours meilleurs semblèrent cependant luire en 1819 : Ch. Comte en profita pour transformer son recueil en un journal quotidien, intitulé Ze Censeur européen ; mais après quelques mois d’existence celte feuille nouvelle se réunit au Courrier français. En 1821, condamné à deux mois de prison et à 2,000 francs d'amende, comme coupable de provocation à la désobéissance aux lois, pour avoir pris part à l’organisation d’une souscription destinée à secourir les citoyens qui seraient victimes d’une loi votée par la chambre en violaticn de la charte constitutionnelle, qui garantissait la liberté individuelle, Ch. Comte refusa d'obéir à un jugement qu'il considérait conune illégalement rendu; et plutôt que de s’y soumettre, il passa à l'étranger, résolu d’y attendre que la prescription lui fût acquise. À Genève il fut accueilli avec une rare distinction; puis le canton de Vaud lui confia une chaire de droit public, autour de laquelle se groupa bientôt une jeunesse nom breuse. La police française en ayant pris ombrage, des né. gociations s’engagèrent avec la diète helvétique, pour en obtenir l'expulsion du savant professeur, qui se réfugia en Angleterre, où il séjourna dix-huit mois. Quand les cinq années de l'exil volontaire auquel il s'était condamné furent expirées, il rentra en France, mais ne put obtenir de l’ordre des avocats sa réintégration sur le tableau.

Le pouvoir issu des Journées de Juillet, qui s'annonçait d’abord comme le réparateur de toutes les iniquités de la Restauration , réussit à lui faire accepter les fonctions de procureur du roi à Paris ; mais quand il eut reconnu les tendances contre-révolutionnaires de ce gouvernement, il ne voulut point être complice d'une politique qu'il considérait comme fatale au pays, et donna sa démission, Membre de la chambre des députés, il y siégea à l'extrême gauche, et vit avec douleur s'en aller une à une toutes les

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