COMTE
illusions qu'avait fait concevoir la révolution des trois jours. Le principal ouvrage de Charles Comte est incontestablement son Traité de Législation criminelle, en 4 volumes in-8°, couronné par l’Académie française, qui lui décerna le prix Montyon de 6,000 fr. Reçu à l’Académie des Sciences morales et politiques peu après son établissement en 1832, il en était devenu le premier secrétaire perpétuel. Il avait épousé la fille du célèbre économiste Jean- Baptiste Say. L
COMTE (Théâtre des Jeunes Elèves de M.). Le fondateur de ce spectacle enfantin, Louis-Christin-Emmanuel- Apollinaire Coure, est né à Genève, le 18 juin 1788, d’un père français, peu favorisé de la fortune. Il reçut cependant les preraiers principes d’une assez bonne éducation; et dès l'âge de huit ans, inspiré par la lecture de Berquin, il créait dans son pensionnat un spectacle d'ombres chinoises, et y joignait des scènes de ventriloquie., Le goût du théâtre le tourmentait déjà si fort, qu’à douze ans il fuyait la maison paternelle pour aller courir les foires, les fêtes etles châteaux environnants. En 1806 il revenait de donner une brillante soirée au château du landammann comte d’'Affry, lorsqu’en retournant à Fribourg il fut forcé par un orage de chercher un asile dans la cabane d’un charron, qu'il mystifia, ainsi que sa famille, en imitant la voix d’un trépassé. Mais ses hôtes prirent mal la plaisanterie, se ruèrent sur lui en criant au sorcier, le frappèrent au front de deux coups de hache et se disposaient à le jeter dans un four à chaux, lorsqu'un secours imprévu larracha à une mort qui semblait inévitable.
Rélabli, après un séjour de six mois dans un couvent de Fribourg, il reprit le cours de ses tours de cartes, d’escamotage, de physique, de mystifications, qui étendirent au loin sa renommée et le placèrent bientôt sur la ligne des Borel et des Fitz-James, les plhs célèbres physiciens de l'époque.
Fatigué de cette vie errante, il vint pour la première fois à Paris, en 1809, avecl'intention des’y fixer, et créa l’année suivante un établissement provisoire dans l’ancienne salle des Jeunes élèves, rue de Thionville. En 1814 il s'installa à l'hôtel des Fermes, rue de Grenelle-Saint-Honoré, dans le local qu’avaient occupé ses devanciers Bienvenu et Olivier, et joignit à ses soirées quelques scènes dramatiques qu’il jouait avec ses enfants. La vogue ne tarda pas à l’y suivre : il devint bientôt l’homme à la mode, et il n’y eut pas de bonnes soirées dans les premiers salons de la capitale sans M. Comité. A ces applaudissements se joignirent ceux de Louis XVIII et des souverains alliés. Bientôt même il lui fut permis de se revélir du titre de pAysicien du roi.
Déjà, deguis 1812, il avait, d’après ses souvenirs de collége, jeté les fondements d’un théâtre de Jeunes Comédiens, spécialement destiné à l'enfance. En 1817 il obtint le privilége de la salle du Mont-Thabor (l’ancien Cirque olympique, que les Franconi venaient d'abandonner); mais l'autorité, toujours ingénieuse dans ses taquineries, lui imposa la ridicule clause de ne donner ses représentations, réduites à quelques tableaux animés, que derrière un rideau de gaze. Cette exigence bizarre ne fut pas plus agréable au public qu’avantageuse à l’entrepreneur : elle ne piqua pas même la curiosité; et M. Comte, voyant que son spectacle avait peu de succès dans ce local, revint à l'hôtel des Fermes. Cessant dès lors de se borner à imiter ses prédécesseurs, il commença à mettre à exécution l’idée qui lavait toujours poursuivi d'établir un théâtre moral, spécialement consacré à l’amusement et à l'instruction de V’enfance. Le privilège lui en fut accordé.
Après avoir parcouru la Hollande, l'Autriche, les bords du Rhin et l'Angleterre, il fit bâtir en 1820, à Paris, dans Je passage des Panoramas, un petit thédtre où la foule ne tarda pas à accourir. Il supprima dès lors les curiosités qu'il avait admises et associées à ses travaux, Mie Bébé,
l'Homme-Mouche, les Quatre Sauvages du Canada, PEspagnol incombustible, les musiciens qui exécutaient des solos ; mais il continua d’entremêler ses représentations dramatiques de scènes de prestidigitalion et de ventriloquie. Cependant l'autorité avait décidé que le théâtre, présentant des dangers d'incendie, devait être transféré ailleurs. M. Comte, obligé de déguerpir, employa tout le fruit de ses économies à l'acquisition d’un terrain attenant au passage Choiseul, nouvellement bâti, et à la construction d’une salle sur des proportions plus vastes, mais toujours en harmonie avec le genre qu’il avait adopté et avec la taille de ses acteurs. Le 23 janvier 1827 eut lieu l’ouverture de ce théâtre, qui dès lors prit rang parmi les spectacles de la capitale. Les premiers ouvrages qu'on avait joués chez M. Comte, à l'exception de ceux de M. Emile Vanderbuch, avaient été généralement très-faibles : c’étaient des pièces de Berquin, des fables mises en action. 11 a depuis étendu son répertoire et sa spécialité, en s’attachant d'autres auteurs. H. AUDIFFRET.
Malgré l’épigraphe dont M. Comte a toujours accompagné ses affiches et ses prospectus :
Par les mœurs, le bon goût, modestement il brille, Et sans danger Ia mère y conduira safille,
son thédire est loin d'avoir atteint le but qu'il se propo- Sait. Des faits judiciaires d'une extrême gravité sont venus jeter le plus grand jour sur la triste et précoce dépravation qui résulte des vices inhérents à l'institution même des théâtres d'enfants pour les petits êtres qui y jouent. À quoi peut servir d’ailleurs, sinon à l’étouffer, cette exploitation commerciale du talent précoce, si talent il y a? car on ne cite guère d'acteur de quelque renom qui soit sorti des planches de M. Comte. Cette pelite scène passa entre les mains de M. Léon Cours, en 1854; Comte père en abandonna la direction à son fils et seretira à Rueil dans une maison de plaisance, où il est mort le 25 novembre
! 1859. En 1855 la salle Comte fut louée aux Bouffes.
COMTE (IsnorE-AUGUSTE-MaRIE-FRANCOIS-XAVIER ), philosophe français, naquit le 19 janvier 1798, à Montpellier. Élève de l'École polytechnique, il se laissa entraîner pur l'originalité des doctrines de Saint-Simon, et collabora en 1817, avec Augustin Thierry, à l'ouvrage du maitre intitulé {’Industrie, et publia sous son patronage, en 1893, un Cahier du Catéchisme des industriels. I fut aussi un des rédactenrs du Producleur. Dans l’ensemble des réformes sociales de Saint-Simon, une seule parut nécessaire à Auguste Comte, la réforme scientifique; il prétendit l'appliquer à toutes les branches de l’activité sociale, et il en fit la loi générale de l’humanité. Ce fut la base de ce qu’il appela plus tard une immense découverte, laquelle, suivant son propre aveu, ne pouvait se faire sans amener une profonde commotion cérébrale. En effet, pris d’aliénation mentale en mars 1826, il fut confié aux soins d’Esquirol, et ne put se remettre au travail que deux ans après. Jusqu'alors il avait vécu en donnant des leçons de mathématiques. Nommé en 1832 examinateur à l'Ecole polytechnique, il futdestituéen 1844. Ses disciples vinrent à son aide, et se cotisèrent pour lui servir une modique pension, qui s’éleva de 2,000 à 4,000 fr.
Après la révolution de 1830 Auguste Comte commenca,
| en présence de quelques rares auditeurs, son Cours de
philosophie positive, qui fut publié en 6 vol. in-8° (1839- 1842). « I1 y expose, dit M. Ott, comment J’humanité passa successivement par l’élai théologique, où elle attribuait tous les phénomènes à des agents surnaturels ; puis par l’étal métaphysique, où elle se perdait dans la recherche des causes et des substances, pour arriver, par ces phases nécessaires qui caractérisaient son enfance et son adolescence, à l'éfat positif, où elle ne reconnaît que les vérités que démontre l'observation aidée par le calcul.
Dans l’état positif, l'homme, convaincu que sa connaissance ne peutatteindre que les phénomènes et les rapports qu’ils ont entre eux, s’abstient de toutes recherches sur les essences, les causes, l’origine des choses. Les mots de Dieu, d’esprit, de force, d'immortalité sont bannis de son vocabulaire, car ils expriment des idées qu'aucune observation ne saurait vérifier. La philosophie, pour Auguste Comte, ne consiste que dans la coordination des lois générales propres à chaque ordre particulier de phénomènes, en d’autres termes dans le résumé systématique des principes généraux de diverses sciences. » Le Cours de philosophie est consacré en grande partie à l'exposition de ces lois générales. Ce qui appartient en propre à l’auteur, c’est l'appréciation des résultats, c’est surtout l’ordre encyclopédique dans lequel il a classé les sciences. La première, la plus simple, celle qui sert de base et d'instruction aux autres, c'est la mathématique. Puis viennent l’asfronomie, la physique, la chimie, la biologie (vie organisée), et la s0ciologie (science sociale). Les sciences passent successivement, chacune en se développant, par les trois états que nous avons indiqués ; les deux premières sont les seules qui soient arrivées à l’état positif; les deux suivantes en sont encore à l’état métaphysique, et les dernières ne sont pas sorties de l'enfance.
Cette théorie trouva peu d’écho; on lui reprochait d’être trop absolue, de conduire à l’athéisme, et de ne répondre ni au système naturel des êtres ni à la marche véritable du progrès. Après 1840, l'adhésion d’an savant, M. Littré, et de quelques anciens élèves des écoles scientifiques, réunit autour de Comte un premier noyau de disciples. Alors il entra dans une phase nouvelle, et à coup sûr des plus inattendues. S’étant aperçu, dit-il, qu’il avait négligé un des côtés essentiels de la nature humaine, les facultés du cœur, et éclairé sur cet oubli par une dame avec laquelle il avait passé «une incomparable année d'union objective, » il donna àses idées une tournure mystique, et l’on vit avec stupeur le chef de l’athéisme moderne fonder unereligion nouvelle. Cette religion, Dieu en était exclu ; c'était l’humanité s'adorant elle-même. Dans le Calendrier posiliviste (1849) et le Catéchisme de La religion posilive(1852), Comte la rédigea de toutes pièces : pontife supréme, clergé, culte, sacrements, fêtes, anges gardiens, ère nouvelle, il n’oublia rien. Ajoutons que sur ce terrain il se vit à peu près seul, par suite du refus que firent M. Littré et autres de s'associer à ces pasquinades. Ce fut quelquetemps après qu’il fit paraîtrele Système de politique positive (1851-54, 4 vol. in-80), ‘où il a esquissé son plan d'organisation des sociétés modernes. En politique il divisait le pouvoir en deux classes : l’une formée de savants et ayant la direction des questions religieuses, morales et d'enseignement ; l’autre, s'occupant des affaires et répartie en républiques fédératives. En économie sociale il conservait la division des producteurs ou entrepreneurs et industriels d’une part, et en ouvriers salariés de l’autre, ais il repoussait la propriété oisive et voulait élever le taux des salaires. Auguste Comte mourutà Paris, le 5 septembre 1857, d'une hypertrophie du cœur.
On a encore de lui d’autres écrits de moindre importance, et deux traités scientifiques: l’un de Géométrie analytique (1843), l’autre d’Astronomie populaire (1844). Consultez Littré, À. Comte et la philosophie positive (1863, in-8°). P. L—x.
COMUNEROS, Les comuneros, ou habitants descommunes, jouent un rôle important dans l’histoire d'Espagne, grâce aux fueros, ou chartes de priviléges, que les rois chrétiens de la péninsule accordaient à ceux de leurs sujets qui allaient s'établir, au péril de leur vie, dans les paysconquis sur les Maures. Du dixième au treizième siècle, cette limite flottante de l'Espagne chrétienne, grâce à une série des princes belliqueux, marche sans cesse en avant, etcon-