‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 157 sur 607 · COMTE — COMUNEROS · texte numérisé non relu

COMTE — COMUNEROS

quiert successivement les bassins du Duero, du Tage, de la Guadiana et du Guadalquivir. Plus la conquête est précaire et la position disputée, plus les chartes royales conférent de privilèges aux hardis colons qui ne craignent pas d’aller s'asseoir, à l'avant-garde de la chrétienté, sur un sol toujours ouvert à l'invasion. De là l’importance et la force des communes espagnoles dans {out le moyen-âge; de là leur alliance de vieille date avec la royauté, quileur paieen franchisesl’appui qu’elleest toujourssûre de rencontrer en elles; delà l’originedu gouvernement représentatif espagnol, qui, avec le municipe pour base, puise dans les libertés locales une énergie et une vilalité qui contrastent avec son peu de durée. L'édifice a péri sans doute, grâce au despotisme qui a tout nivelé dans la péninsule; mais la base est si solide qu’elle a survécu, et qu’elle peut servir encore à une construction nouvelle. Quant à l’histoire de ces communes ,des volumesnesuffraient pas à la retracer : nous choisirons dans leurs annales l'épisode le plus curieux, celui de la révoltcd» 1520, sous le règne de Charles-Quint, époque où la résistance décousue des communes castillanes aux progrès du despotisme prend un caractère d'unité et d'énergie qui lui avait manqué jusque-là. Charles, en 1519, ayant, pour le malheur de l'Espagne, été élu empereur d'Allemagne, se disposa à se rendre dans ses nouveaux Élats; mais l'argent lui manquait pour entreprendre le voyage, et il s'agissait d’en obtenir de ses sujets espagnols, au moment même où il allait les quitter. Les communes caslillanes, goûtant fort peu ce proiet de voyage, se lièrent d’abord par une de ces confédérations ou kermandades, si menaçantes pour la royauté, et dont on trouve tant d'exemples dans le moyen-âge espagnol. Ségovie et Avila formèrentle premier noyau, et virent bientôt se joindre à elles Tolède, Cuenca et Jaen. Des députés envoyés à Charles n’obtinrent de lui que des promesses vaines, bientôt onbliées ou violées. Aussitôt une émeute terrible éclate à Valence et à Tolède, et d’un bout de la péninsule à l’autre il n’y a bientôt qu'un mot de ralliement entre les communes: c’est qu'il ne faut pas laisser le roi sortir d'Espagne.

Charles, n’osant recourir aux voies de rigueur, crut en s’éloignant échapper au danger qu'il ne pouvait combattre, et s’'embarqua à la Corogne, en mai 1520.

Son départ fut le signal d’une insurtection générale des communes. Juan de Padilla et sa femme, dona Maria Pacheco, douée encore plus que lui des qualités d’un chef de parti, étaient l’âme de la sédition de Tolède. Partout les villes chassèrent les officiers royaux, et massacrèrent les députés qui avaient voté les subsides. La régence avait été confiée par Charles, avant son départ, au cardipal Adrien, son ancien précepteur, qui n’était nullement à la hauteur d’une tâche aussi difficile. Aussi la résistance fut-elle molle et décousue, et les rebelles, quoique battus par les troupes royales, réunirent à Avila des cortès nationales, où se rendirent des députés des principales villes du royaume, Alors le chef des rebelles, Padilla, par un coup de main hardi, s'empara de la mère de l’empereur, Jeanne /a Folle, et essaya ainsi, en mettant ce drapeau vivant à la tête de son parti, de lui donner la légalité qui lui manquait. Bientôt un coup de main plus heureux encore fit tomber au pouvoir des rebelles le cardinal et ses conseillers. Charles, instruit de ce qui se passait, sentit enfin la nécessilé d'agir. Par bonheur pour lui, l’Aragon, la Catalogne et presque toute l’Andalousie s'étaient tenus à l'écart de l’insurrection, bornée à Valence et à la Castille. Une armée royaliste entra donc en campagne sous les ordres du comte de Haro, et après quelques avantages obtenus en détail, battit à Villalar, en 1521, dans une rencontre décisive, les insurgés commandés par Padilla. Celui-ci, fait prisonnier avec deux autres chefs des rebelles, fut exécuté sur-lechamp. Effrayée de ce coup, Valladolid implora et obtint son pardon, Ségovie, Avila, Salamanque, Zamora, el une

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foule d’autres villes suivirent cet exemple. Mais la veuve de Padilla, femme d’une capacité rare et d'un courage indompté, succéda à son mari, et régna dans Tolède sur le peuple, à qui elle sut communiquer son invincible résolution. Cependant la ville fut assiégée, et malgré une opiniâtre résistance, elle fut obligée de se rendre. Quant à l'héroïque veuve de Padilla, elle parvint à s'échapper, et trouva asile en Portugal.

La rébellion s'était retranchée dans Valence comme dans son dernier refuge ; la plus horrible anarchie régnait dans cette populeuse cité. Les royalistes, ayant réuni toutes leurs forces contre cette seule ville, le courage des insurgés, loin de s’abattre, en vint à l’exaltation la plus frénétique. Ils parvinrent à battre, près de Xativa, le roi qui lesattaquait, et ayant fait prisonniers six cents Maures qui servaient dans son armée, ils les forcèrent à recevoir le baptême, et les massacrèrent ensuite, de peur d’apostasie, Mais l’armée royaliste, croissant chaque jour en nombre, enleva une à une aux rebelles toutes leurs places fortes, et, contraints enfin à implorer leur pardon, ils l'obtinrent de la clémence calculée du vice-roi. Xativa, la dernière à persister dans sa rébellion, se soumit après un long siège, et l'autorité royale, inaugurée par la clémence, régna de nouveau dans toute la péninsule. RoOSsEUW SAINT-HILAIRE.

COMUNID A DES. On nommait ainsi, dansl’ancienne constitution espagnole, certains corps municipaux investis de pouvoirs politiques assez importants. On ne donnait plus, dans ces derniers temps, ce nom qu'aux comuninades de Aragon, au nombre de quatre: Teruel, Daroca, Albaracin et Calatayud. Le mot communilés, dans le sens de communes, terres possédées et administrées en commun, se trouve dans la communede Tours et dans celle de Troyes. et le mot communité dans un titre rapporté par Pithou à propos de l’article 2 de cette dernière coutume. Chacune des quatre capitales ou chefs-lieux des comunidades aragonaises avait un hôtel spécial, où s’assemblaient les députés ou regidores, dits de la comunidad, lesquels ne pouvaient êtreélus qu'entre les habitants du canton, et devaient être changés, par voie élective, tous les trois ans. Leurs assemblées, tenues sous la présidence du corrégidor, délibéraient sur tous les sujets qui, de près ou de loin, tou- Chaient aux intérêts de la république, tant dans son administration intérieure que dans ses rapports avec le pouvoir royal.

COMUS, dieu subalterne du paganisme, admis avec Momus dans l’Olympe, où son office était de divertir les douze grands dieux. Son nom était analogue à sesattributions : en grec xœpocsignifie luxe, festin, orgie, débauche ; en latin, comedere veut dire manger. On le représentait dans la fleur de l’âge, vêtu de blanc, plein de santé, la face pourprée par le vin, la tête couronnée de roses, tenant à la main droite un flambeau, et à la gauche un pieu sur lequelil s’appuie. Il était aussi le dieu de la toilette ; la religion toute matérielle des anciens avait placé à l'entrée

de la chambre nuptiale la statue de cette divinité, dont le .

piédestal était semé de fleurs et jonché de couronnes odoriférantes. Son temple était les rues et les carrefours, son culte des danses nocturnes, ses prêtres des jeunes gens ivres et des'courtisanes chantant ou jouant desinstruments, enfin ses sacrifices des portes enfoncées et des seuils brisés, L'origine de Comus est très-ancienne et toute grecque; c'était le plaisir matériel et sans ailes. DENNE-BaRoN.

À CONCARNEAU, chef-lieu de canton du Finistère, sur l'Océan, à 22 kilom. de Quimper, compte 3,555 habitants (1872), dont les deux tiers sont occupés pendant l’été à la pêche de la sardine. Le mouvement du port, qui vient d'être agrandi, est très-actif,et comprend en moyenne 350 navires par an à l’entrée et près de 400 à la sortie. On exporte de 15 à 20,000 barils de sardines. Un vaste établissement de pisciculture a été, dans ces derniers temps,

fondé à Concarneau par M. Coste; il contient six bassins consacrés à la reproduction des poissons et des cétacés, el un laboratoire muni de tous les instruments de dissection et d'observation microscopique.

CONCATENATION, en métaphysique, signifie enchaînement des idées. En rhétorique, c’est une figure qui consiste à reprendre dans une période quelques mots du premier membre pour commencer le second , et ainsi de suite

CONCAVE, CONCAVITÉ ( du latin concavus, concavi- Las, formés de cum, avec, et cavea, Cave, où CAVus, Creux ). On désigne par ce nom les surfaces sphériques, cylindriques, ete., qui sont en creux. Concave est le contraire de convexe : un verre de montre est convuve er aeaans, et convexe, en dehors ; la surface extérieure d’une bouteille est convexe et sa surface intérieure est concave.

Ces expressions s'appliquent particulièrement aux miroirs et aux verres d’oplique. Voyez LENTILLE et Mirom.

CONCENTRATION, mot nouveau dont la racine est centrum, centre, et qui signifie proprement l’action de rapprocher du centre. En physique, on nomme concentration l'action de réunir en un centre, ou l’état de ce qui est concentré. On concentre ainsi la chaleur. Les rayons solaires peuvent être concentrés au foyer d’une lentille, En chimie, c’est le rapprochement sous un moindre volume des liqueurs ou solutions plus ou moins étendues d’eau. Les concentrations les plus importantes par leurs résultats sont celles de plusieurs acides et des dissolutions salines, La concentration de ces dernières est presque dans tous Jes cas nécessaire pour en obtenir la cristallisation. L’acide sulfurique, moins volatil que l’eau, se concentre à l’aide de la chaleur. De la densité de 45 à 50°, dont il jouit au sortir des chambres de plomb, on l’amène à celle de 66° au moins par l’ébullition, d’abord dans des chaudières de plomb, et plus fard dans des vases de platine, sur lesquels il n’a aucune action à aucune température.

Le mode de concentration qui précède ne s'applique qu’aux liqueurs moins volatilisables que l’eau par la chaleur. Mais pour tous les liquides moins fixes que l’eau, tels que l'alcool, lammoniaque, plusieurs acides, etc., il faut recourir au procédé inverse : c’est l’eau qu’il s’agit, par la distillation, @e retenir dans la cucurbite: La substance concentrée passe alors dans le récipient. PELOUZE père.

Le mot concentration est aussi usité fréquemment dans le langage usuel et dans celui des sciences médicales. La concentration du pouls a lieu quand les battements de l’artèresont peu sensibles. On l’observe dans certaines affections nerveuses, et quand il y aoppression ou dépression des forces. On dit qu’il y a concentration des forces lorsque, chez les individus de constitutions très-variées, les fluides sanguins font irruption dans les organes internes, qui sont plus ou moins importants à la vie. Cetie concentration, cette irruption des fluides circulatoires, qui semblent abandonner tous les appareils périphériques, pour opprimer ou détruire les forces vitales des organes les plus nécessaires à l’existence, est toujours déterminée par des irritations intenses et profondes, dont la nature, les causes et le siége sont tellement problématiques, qu’elles exigent toute ia sagacité des praticiens les plus habiles et les plus expérimentés.

On dit figurément concentrer toute son affection sur quelqu'un, dans un seul objet. Concentrer sa vivacité, sa colère, c'est les retenir, ne point les faire paraître; se concentrer ou étre concentré en soi, se dit aussi d’un homme triste et mélancolique ou méditatif. En termes de guerre, concentrer ses forces c’est rassembler, réunir sur un même point les divers corps de troupes que l’on commande. Dans les temps de dictature, le pouvoir est concentré dans les mains d’un seul. L,. LAURENT.

CONCEPTACLE (du latin conceptaculum, lieu où une chose est conçue, prend naissance ). En cryptogamie, on désigne sous ce nom des enveloppes ou petites capsules

qui renferment les séminules ou corps reproducteurs dans les plantes cryptogames. Dans les fougères, les conceptacles se forment à la face inférieure des feuilles, le long des nervures et des veines, ou bien à leur extrémité. Ils paraissent portés sur des pédoncules indépendants des feuilles; mais ces pédoncules ne sont autre chose que la fronde ou tige réduite à la nervure plus ou moins ramifiée de la feuille. Ces conceptacles sont souvent agglomérés en masses de différentes formes et dans certaines dispositions qui fournissent des caractères pour la distinction des espèces et des genres. Les amas de conceptacles ont reçu le nom de sores. A l’époque de la maturité, un anneau élastique plus ou moins complet, qui réunit souvent les deux valves des conceptacles des fougères, se dessèche, et permet l’ouverture du conceptacle et la sortie des petites graines appelées seminules ou spores. Dans les autres plantes cryptôgames, cette enveloppe des petites graines a reçu des noms particuliers, qui sont : 1° dans les lichens, ceux de pella, scutelle, orbille, patellule, mammrule, céphalode, gyrome, globule, pilidium, etc. ; 2° dans les hypoxylées, ceux de sphérule, de lirvelle; 3° dans les champignons angiocarpes, celui de péridion. L. LAURENT.

CONCEPCION ou CONCEPCION DE MOCHA, cheflieu de la province du même nom au Chili, et autrefois la seconde ville de tout le pays, située au fond de la baie du méme nom et sur les bords du Biobio, qui y forme la délimitation du territoire chilien et de celui des Araucans, dans une plaine d’une fertilité extrême, est le siége d’un évêché, et compte une population de 10,000 âmes. Cette ville avait été fondée en 1550, aux bords mêmes de la mer, par Pedro de Vañdivia; mais les Araucans la prirent et la dévastèrent à deux reprises, en 1554 et en 1663. En 1730 et 1751, dés tremblements de terre la détruisirent de fond en comble, et la mer engloutit ses débris. Reconstruite en 1763 à quelque distance de la mer sous le nom de Nouvelle-Concepcion de Mocha, elle prit bien vite un grand développement de prospérité, que les guerres récentes contre les Espagnols et contre les Araucans ont arrêté, et qu’un effroyable tremblement de terre, arrivé encore en 1835, a singulièremegt compromis. C’est dans son excellent port, appelé Talcahuano, et situé à 12 kilomètres de distance, qu'en janvier 1813 les Espagnols venant du Pérou opérèrent leur débarquement, sous les ordres de Parya, Le 5 décembre 1829 la province de la Concepcion se sépara momentanément de la république du Chili, sous la direction du général Prieto, qui en 1831 fut élu président par le Chili.

D'autres villes portent encore ce nom. Nous citerens seulement :

Concepcion de la Vegareal, ousimplement La Vega, ville située dans la partie nord-est d’'H aïti ou de Saint-Domingue, dans la: fertile plaine de Vega-réal, est régulièrement construite, avec des rues droites bordées de maisons en pierre, et compte de 3 à 4,000 habitants. La population totale du district dont elle est le chef-lieu dépasse 8,000 âmes. À peu de distance, on voit encore les ruines de la vieille ville, fondée par Christophe Colomb, mais détruite par un tremblement de terre en 1564,

Concepcion ou Villa rica de la Concepcion, chef-lieu du département du même nom dans la république du Paraguay (Amérique méridionale), sur les bords du Paraguay, compte 9,000 habitants.

CONCEPTION (Physiologie). Parmi les phénomènes nombreux dont l’ensemble constitue la fonction par laquelle les corps organisés se perpétuent dans le temps et dans l'espace , il en est un, le plus mystérieux de tous les actes de la vie, qu'on désigne sous le nom de conception où d’imprégnation. Les physiologistes le définissent ainsi : union des matériaux fournis par ks deux sexes dans l'acte générateur peur la production d'un nouvel être. D'après cette définition, ce phénomène est observable seulement dans les corps or-

CONCEPTACLE — CONCEPTION

ganisés à sexes distincts. Chez toutes les espèces animales ou végétales dont les sexes bien apparents existent, soit sur le même individu , soit sur deux individus bien distincts, il faut qu'un fluide fécondant vienne vivifier le germe en l'imprégnant et en exerçant sur lui une modification si profondément latente qu’on peut la dire couverte à tout jamais d’un voile impénétrable, On dit alors que le germe est fécondé, que le nouvel être est conçu, et que l'individu ou l'organe mère a conçu. La conception est donc l'acte par lequel le germe s'empare , s’imprègne du fluide qui le vivifie et le féconde. Le sens étymologique du mot (conceptio, de concipere, composé de cum, avec, et de cipere ou capere, prendre) indique très-bien cette attraction vitale du germe pour le fluide dont la propriété vivifiante le transforme instantanément en un nouvel individu.

Quoique ce phénomène soit le même dans les végétaux et dans les animaux, l'usage veut qu’on ne se serve jamais du mot conception pour les plantes, et qu’on emploie toujours de préférence celui de fécondation. Cependant, en physiologie générale, on doit distinguer la conception ou imprégnation du germe d’un individu ou organe femelle animal ou végétal , et la différencier de la fécondation opérée par l'individu ou l'organe mâle d’un être animé ou d’une plante. Quoique réellement ce soit un seul et même phénomène, résultant du concours des actions de deux individus ou de deux organes de sexe différent , il y a aussi réellement deux sortes de participation : la conception indique la participation de l'un, et la fécondation celle de l’autre.

Du moment où les animaux sont arrivés à l’âge dit de la puberté ou de la nubilité, les glandes de l'appareil reproducteur sécrètent , l’une les germes , l’autre le fluide fécondant. Toutes les autres parties de cet appareil éprouvent un grand nombre de modifications, qui , conjointement avec la sécrétion des glandes reproductrices, complètent l'aptitude à la conceptio... L’accomplissement de ce phénomène a lieu pendant la conjonction des deux sexes. La turgescence des organes , le déploiement d’une grande énergie vitale, précèdent et accompagnent la commotion en quelque sorte électrique plus ou moins vivement sentie par l'individu fécondateur et l'individu concepteur, dont l'union intime est sollicitée par des exigences impérieuses pendant la saison des amours. Aussitôt que l’acte mystérieux est accompli, les exigences cessent, l'expansion vitale des organes disparaît, un collapsus général succède immédiatement à cette secousse rapide, instantanée, qui annonce l’électrisation vitale du germe ou son imprégnation. Cette sorte d’électrisation vivificatrice ajoute à la virtualité du germe la puissance formative. Cette sorte d’électrisation paraît être, dans l’état actuel de la science, le moyen employé par la nature pour créer les foyers de vitalité. Mais si la puissance investigatrice de l’homme peut espérer de pénétrer un jour le mystère de la conception formative, il est probable qu’elle devra toujours se prosterner et s’abtmer dans une foi religieuse, en présence du mystère à tout jamais impénétrable de la conception animative (voyez GÉNÉRATION). On conçoit facilement que nous ne devons nullement attribuer une véritable valeur scientifique aux divers systèmes théoriques proposés jusqu’à ce jour dans ce but. Ces systèmes se réduisent à trois principaux, savoir : celui du mélange de deux fluides, le système des œufs, et celui des animalcules (voyez ZOOSPERMES). :

Outre les conditionsinhérentes à l'organisme, la conception en exige encore quelques autres, qu'on réunit sous le nom d'influences extérieures, telles que les circonstances de climats , de saisons, de lieux et de soins extérieurs. Dans ces soins on retrouve les conditions imposées pour le perfection= nement des races par lecroisement. L. LAURENT,

CONCEPTION ( Métaphysique). Dans cette acception. ce mot signifie l'opération de l'esprit qui se rend compte des idées, de leur liaison, de leurs rapports d'analogie, d®

CONCEPTION — CONCER1:

différence et d'opposition. Il s'applique aussi, mais moins bien, à la faculté de comprendre le sens d’un auteur, en scrutant , soit le fond, soit l'expression de sa pensée, Exactement, le mot conception suppose un acte spontané de l'intelligence. La conception est plus ou moins nette, plus ou moins prompte. Elle est nette quand l'esprit saisit avec justesse les idées dont il s'occupe , la manière dont elles se Hent entre elles , leurs conséquences et leurs relations diverses. Elle est lente quand il éprouve de la difficulté à exécuter cette opération. Une conception est fausse quand les idées que l’on se forme ne sont pas claires, qu’elles manquent de liaison , et que leurs conséquences ou leurs rapports ont été mal saisis.

CONCEPTION (Ordre de la). Cet ordre de chevalerie appartient au Portugal et a été créé en 1818 par Jean VI pour les dames. Son nom exact est ordre de la Conception de Notre-Dame de Villa Viçosa. 11 se divise en quatre classes. L'insigne est une éloile à 9 pointes émaillées de blanc et anglée de rayons d’or. Le ruban est bleu clair avec deux raies blanches.

CONCEPTION. Voyez CoNCEPcIoN.

CONCEPTION DE LA VIERGE, fête qu’on célèbre le 8 décembre dans l’Église latine, depuis le douzième siècle, et qu'Allacci assure avoir été célébrée en Orient par plusieurs Eglises dès le huitième, quoique cependant elle ne se trouve formellement établie que par Manuel Comnène, en 1166. A l'exemple de l'Orient, quelques Eglises de l'Occident, notamment celle de Lyon, adoptèrent la fête de la Conception. Cette institution déplut à des hommes d’une haute piété, notamment à saint Bernard, qui en prévit tous les inconvénients, et les développa dans une lettre écrite en lan 1140. L'abbé de Clairvaux craignait que la conception de Marie ne fût dans la suite admise comme immaculée, et il ne se trompait pas. Cette opinion pieuse, comme on l’appelle, n’a cessé d’être professée depuis par des hommes instruits et par des écrivains distingués. L'ordre des franciscains, dès son origine, se déclara presque tout entier pour l’immaculée Conception. D’autres ordres en firent autant. L'université de Paris, qui en 1276, d'accord avec l’évêque Maurice, s'était opposée à l'établissement de la fête, finit par la célébrer et par contraindre ceux qui recevaient le grade de docteur à défendre l'opinion de i'immaculée Conception. Les conciles de Constanceet de Bâle la favorisèrent par des décrets, quelques papes par des bulles, beaucoup d’évéques par des mandements,

Ce qu’il y a de certain, c’est qu'au treizième siècle elle était encore fort peu répandue en France. C’est à Sixte IV que l’Occident en doit l'institution, en 1466. Clément XI la rendit obligatoire pour toute l'Eglise. M. de Quélen, archevêque de Paris, adoptant l'exemple de Séville et de Lyon, demanda au pape Grégoire XVI l'autorisation de donner à la Conception le titre d’immaculée ; ce qui ayant été accordé, la fête fut élevée au rang de solennelle-majeure et fixée au second dimanche de l'Avent.

La fête de l’immaculée Conception trouva de bonne heure des partisans dans les académies ou palinods de Rouen, Caen et Toulouse, qui couronnaient des pièces de poésie composées dans ce sentiment. Elle n’a pas eu de plus zélés propagateurs que les jésuites, qui l'ont presque érigée en dogme de foi; eile a pénétré en Espagne, où elle règne en souveraine : dans ce pays, en frappant à la porte d une maison, on crie: Ave Maria, purissima! et de l’intérieur on vous répond aussitôt : sin peccado concebida! En 1669, Castel de los Rios, ambassadeur d’Espagne, pressa Louis XIV de faire adopter en France le dogme de

| l'immaculée Conception, mais Saint-Simon rapporte qu’on 8e moqua de lui. En 1824, l’évêque de Barcelone ordonna que les médecins ct pharmaciens reçus pendant la Révolution seraient tenus de prendre de nouveaux diplômes,

pour n'avoir pas juré, en prenant les anciens, de défendre Le mystère de l’immaculée Conception, et en 1833, don Carlos, durant son équipée, nomma la Vierge immaculée généralissime de ses troupes. Toute cette prééminence virginale est fondée sur ces paroles de saint Anselme : « Il était convenable que Marie fût ornée d’une pureté qui ne pôt le céder qu’à celle de Dieu. »

Cette doctrine de l'immaculée Conception était encore discutée lorsque Pie IX, qui en était un ardent partisan, résolut de la convertir en dogme. En effet, il convoqua pour le 8 décembre 1854, à Rome, tous les évêques de la catholicité, afin d'assister à une assemblée solennelle relative à cette promulgation de la croyance de l’Église sur ce point. Au jour fixé, en présence d’une foule de prélats réunis dans la chapelle Sixtine, le pape déclara solennelle ment « qu’il était dogme de foi que la bienheureuse Vierge Marie dès le premier instant de sa conception, par singulier privilége et grâce de Dieu, par les mérites de Jésus- Christ, sauveur du genre humain, fut préservée el exempte de toute tache du péché originel, » Puis il ajouta que quiconque refuserait d'admettre le nouveau dogme se séparerait par le fait de l'unité catholique. Le 17 février 1855, ce dogme fut proclamé à Notre-Dame de Paris par l'archevêque Sibour, et dans la soirée tous les établissements religieux furent illuminés.

CONCEPTUALISME. Lorsque, au deuxième âge de la philosophie scolastique, le goût pour la polémique eut amené la célèbre dispute entre les nominaux et les réalistes, Abélard, entraîné par la nature de son esprit à subordonner presque entièrement la philosophie à la dialectique, combattit avec éclat contre le nominalisme, en niant que les universaux ne fussent que des mots sans relation avec aucune idée, et contreleréalisme, en soutenant que

la réalité objective ne peut appartenir aux idées générales,

et qu’elle n'existe que dans les individus. Également éloigné de ces deux opinions extrêmes , il arriva à un terme moyen qu’on appela conceptualisme. Cette doctrine consiste à n’admettre ni la valeur des choses ni la force des mots selon ce qu'ils paraissent exprimer, mais selon qu’on peut les concevoir. Le nominal imagine que l’idée générale, n’est formée que par l'application d’un signe à cette idée ; le réaliste pense que dans la nature il existe quelque chose de correspondant à l’idée générale , quelque chose qui la rend indépendante du signe ; le conceptualiste admet que rien dans la nature ne correspond à l’idée, mais que cette idée

est formée et conçue par l’esprit avant qu’on lui applique

un signe, M. Choisy, ministre du saint Évangile et professeur de philosophie à l’Académie de Genève, a publié en 1828 deux discours sur les doctrines exclusives en philosophie rationnelle, dans lesquels il s’est prononcé en faveur du conceptualisme. Il regarde le nominalisme et le réalisme comme deux extrêmes opposés et également faux, de méme que le sensualisme et l’idéalisme. Il refuse enfin au langage la propriété créatrice des idées , pour la rendre à l’esprit, dont elle est l'apanage. L. LAURENT.

CONCERT , assemblée de musiciens qui exécutent des pièces de musique vocale et instrumentale. On nese sert du mot conceré que pour une assembiee de vingt musiciens au moins, et pour une musique à plusieurs parties. Les anciens ne connaissaient pas l’harmonie, et n'avaient par conséquent pas de concerts ; dans les femples et dans les théâtres leur musique d’ensemble ne faisait sonner que l’unisson et l’octave. Le concert n’a éte organisé que bien longtemps après l'invention de l'harmonie. On exécutait de la musique vocale et instrumentale spontanément après les repas, ou bien le soir à la promenade, au milieu des jardins. Chacun avait son livre de musique et l’on chantait sans préparation aucune des compositions d’un style qui différait de celui adopté pour les chants de l'église, et que lon nomma musique dé chambre (da camera). Si ls

instruments s’unissaient aux voix pour l'exécution de ces quatuors, de ces quintettes, c'était pour les soutenir en doublant fidèlement chacune des parties. L'invention de la basse continue fit trouver un système d'accompagnement qui ne dépendit plus des parties vocales, et l’on entendit alors le clavecin, le luth, lethéorbe, fournir sous les voix une harmonie d’un dessin varié. Jusqu'en 1543 les virtuoses de la chapelle du roi de France chantaient et jouaient des instruments aux fêtes de la cour. François 1°° établit un corps de musiciens spécialement attaché à sa chambre. Des joueurs d’épinette s'y font remarquer; Albert, fameux joueur de luth, brillait au premier rang de ce concert organisé à la cour de France.

L'invention du drame lyrique eut une grande influence sur la musique de chambre. Les amateurs voulurent chanter les airs, les récitatifs, qu'ils avaient entendus au théâtre. La musique d’ensemble, les réunions musicales, perdirent leur faveur quand on eut goûté de plus vives jouissances aux représentations dramatiques. On y chanta beaucoup moins, mais les instruments furent perfectionnés ; la famille du violon s’empara de l'orchestre, et donna les moyens d'exécuter des symphonies. La cantate, avec son allure dramatique, vint agrandir les formes des pièces destinées aux concerts. On chantait encore à table : cet usage s’est longtemps soutenu; il n'avait plus rien de remarquable sous le rapport musical pendant le siècle dernier.

A l’époque où Cambert et Lulli firent représenter les premiers opéras français, les instruments à vent ne firent point partie de l'orchestre ; ces maîtres les employèrent, mais en chœurs séparés, ou bien en les réunissant à l’unisson aux parties de violons. Les hautbois et les trompettes doublent les parties des violons, dans /sis, Armide ; on peut faire la même observation en lisant le Te Deum de Lalande, Ces trompettes, pour lesquelles on a noté des traits dont les difficultés ont toujours étonné les musiciens de notre temps , élaient des trompettes à trous, décrites par le père Mersennet On ne reconnaissait alors de parfaite harmonie que dans une réunion de sons homogènes. Les dessus de violon étaient accompagnés par les quintes et les basses de vidon , et plus tard par la contre-basse, qui vint compléter la famille , et fut introduite en 1700 à l’Opéra par Montéclair, qui en joua. On ne s’en servit d’abord que pour soutenir les chœurs. Les violons, séparés deleur famille, n’avaient qu'un rôle bien secondaire dans les concerts; on a vu que Molière, suivant l’usage de l’époque, ne leur donnait que des ritournelles à jouer.

Comme les hautbois, les flûtes, les trompettes, devaient être entendus chacun séparément, on imagina de former aussi une famille pour ces instruments , en leur donnant des systèmes harmoniques complets, pareils en tout à celui dû violon et de la viole. I1 y eut donc des dessus, des tierces, des quintes, des basses et même des contre-basses de flûte, de hautbois, de trompette, Les instruments d'espèces différentes ne jouaient jamais ensemble. On donnait un concert de violons, un concert de flûtes, de hautbois, de trompettes. Les voix ne marchaïent guère qu'avec les luths, les théorbes, les violes, dans ces réunions musicales. Saint- Évremond, dans sa comédie Les Opéras (acte n, scène 4), dit, en parlant de La Pastorale, opéra de Cambert : « On y entendait des concerts de flûtes, ce que l’on n’avait pas entendu sur aucun théâtre depuis les Grecs et les Romains. » Les fanfares, les marches de nos régiments de cavalerie, exécutées par des trompettes, des corse t des trombones, sont de véritables concerts de trompeltes. Ze Menteur, de P, Corneille, me fournit une preuve bien curieuse de cette diversité de concerts. Pour ajouter encore à la magnificence de sa prétendue fête, Dorante y place tous les instruments en usage alors, mais en chœurs séparés, que l'on entend l’un après l’autre.

Me de Sévigné nous donné, le 16 juillet 1667, le récit

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