CONCERT
concevoir et de rendre tel ou tel passage eussent été différents. Une telle diversité peut avoir des avantages pour le solo, à l'orchestre elle est nuisible, Un bon chœur ne doit avoir qu’un sentiment, qu'une voix ; un bon orchestre qu’une embouchure, qu’un archet. Les premiers essais des élèves du Conservatoire, annoncés sous le nom modeste d’exercices, remplacèrent les concerts d’apparat, et par la suite les concerts spirituels, et furent suivis avec empressement par les artistes et les amateurs. On exécuta presque à la même époque La Création, oratorio de Haydn. Chéron, Garat, Mme Barbier-Valbone s’y distinguèrent en chantant les parties récitantes de basse, de ténor, de dessus ; orchestre et les chœurs les secondèrent à merveille. Ce concert maguifique eut lieu à la salle de l'Opéra. Un concert religieux avait terminé la fête funèbre célébrée par le Conservatoire pour les funérailles de Piccinni. Le chœur du songe d’Atys, avec d’autres paroles, fut chanté en quatuor par Chéron, Richer, Garat et M'® Chevalier, depuis Mme Branchu. Cette belle composition de Piccinni produisit un effet ravissant : je mai jamais entendu Garat chanter avec plus de charme et d'expression. Nous avons assisté, en 1831, aux concerts donnés par le fameux violoniste Paganini; le Conservatoire nous ouvre tous les hivers sa salle, où l’on entend les chefs-d'œuvre de l’art exécutés avec une perfection admirable. CASTIL-BLAZE.
Il s'en faut de beaucoup que l’idée de concert suppose aujourd'hui « la réunion de vingt musiciens au moins, » puisqu'il s'est donné des concerts dans lesquels figurait w» seul exécutant. Bien d’autres termes ont ainsi été détournés de leur véritable sens. Au reste, quel que soit le nom donné aux réunions plus ou moins nombreuses où l’on exévute de la musique, il est certain qu’elles sont devenues en ces derniers temps beaucoup plus fréquentes que par le
. passé.
: F Ce mouvement, qui remonte à une vingtaine d’années, est “parti de Paris, etson origine mérite d’êtreracontée. Au dernier “jardin public qui ait porté le nom de Tivoli existait, comme
d'ordinaire, un orchestre de bal; mais ce qui était moins
“ commun , cet orchestre éfait parfaitement composé, par-
- faitement dirigé, et la musique qu’il exécutait fort convena-
blement écrite ou arrangée. De plus on y entendait le cor-
“net à pistons, alors dans toute sa nouveauté, et que le
“talent remarquable d’un artiste habile (M. Dufresne) éle-
“vait encore au-dessus de sa valeur réelle. Fait jusque alors
“inusité, la foule, debout ou assise, entourait l'orchestre
moins pour danser ou voir danser que pour entendre les
… contredanses et les valses qui, sous la direction de M. Mu-
“ sard, électrisaient le public ; la saison s’étant trouvée belle,
on se portait sans autre but au jardin de Tivoli les trois
. jours de la semaine où avaient lieu ces fêtes. M. Musard
| sentit bien que c'était à lui et à ses symphonistes que s’a-
dressait l’empressement du public; et ilimagina d'ouvrir un | concert pour les jours où Tivoli était fermé, et d’y faire entendre ces mêmes morceaux et d’autres au besoin, mais toujours par le même orchestre. Ces concerts furent organisés en un instant, puisqu'ils devaient avoir lieu en plein air et qu’il suffisait d’une estrade pour ses musiciens. Une enceinte en treillage fut formée aux Champs-Élysées, la modicité du prix d'entrée en augmenta Ja vogue, et à la fin de la belle saison M. Musard et les musiciens se transportèrent rue Vivienne, où l’on continua de jouer alternativement un quadrille de contredanses, une valse et une ouverture de quelque opéra connu. De ce moment plusieurs autres concerts voulurent faire à celui-ciune concurrence, qui ne fut heureuse pour aucun, pas même pour celui de la saile de la rue Saint-Honoré, dirigé par M. Valentino, ancien chef de l'Opéra, malgré son admirable. exécution; mais depuis ce temps il y a toujours eu de ces sortes de concerts permanents, tandis qu'auparavant il ne s’en donnait que par occasion ou à un petit nombre d’époques de l’année, DICT, DE LA CONVERS, — T, VI.
Cette habitude d’entendre de la musique à orchestre fit bien recevoir l’idée de former en certains cas exceptionnels des réunions aussi nombreuses que possible pour exécuter les ouvrages des grands maîtres ou ceux de certains compositeurs qui essayent de suppléer au manque de pensées par la multitude d’instruments qu'ils mettent en œuvre, sans parler de ceux pour quila musique ne semble exister que dans de semblables conditions. Ces concerts furent appelés du nom de concerts monstres, et la vérité est que l’on y a plus d’une fois entendu des choses monstrueuses. Ce n’était pas là du reste une nouveauté; depuis longtemps on avait formé en Allernagne des réunions de ce genre, et l’on a notamment conservé la mémoire de l'exécution de La Création de Haydn en 1812 à Vienne par 590 exécutants, chanteurs et instrumentistes.
Jamais les concerts, même officiels, n'avaient offert rien de pareil; ils existaient pourtant depuis bien des années et avaient lieu sur une terrasse du château des Tuileries; on dressa depuis une estrade devant le rez-de-chaussée du château, et l’on y célébra les fêtes des souverains et plus tard les anniversaires des Journées de Juillet; on y jouait toujours La Marseillaise, à laquelle tous les assistants, et d’abord Louis-Philippe lui-même joignaient leur voix.
Mais les peuples et les souverains ne sont pas les seuls qui aient leurs concerts officiels, les artistes en ont aussi : les plus remarquables ont été donnés par l'Association des Artistes musiciens au bénéfice de sa caisse. Dautres sociétés musicales se sont fondées en ces derniers temps, et l’on a distingué parmi elles la Société de Sainte-Cécile, dont les concerts ont été assez fréquentés, quoique les bénéfices aient été presque nuls. D’autres sociétés de même genre ont été encore moins heureuses.
Dans tous ces concerts, la musique instrumentale a toujours eu la domination : le chant ne s’y compose que de quelques airs et duos que l’on a entendus mille fois au théâtre ; mais il y a eu des réunions d’un autre genre auxquelles on aurait fort bien pu donner le nom de concerts ; nous voulons parler de ces assemblées des écoles de Paris où l’on n’exécutait que de la musique vocale, et dont Wilhem avait été le fondateur et le directeur. Quoique les pièces d’exécution fussent né cessairement conçues et choisies en raison des élèves à qui elle$ étaient destinées, elles offraient un vif intérêt, nonseulement à cause des masses vocales que l’on y entendait et de l’exécution satisfaisante d’enfants et de jeunes gens dont les études se limitaient à la partie élémentaire de l’art, mais parce qu’ils offraient une véritable diversion à tout ce que l'on entendait ailleurs.
La facilité d'entendre de la musique d'orchestre, et bien plus encore l'abandon presque général chez les amateurs de l'étude du violon et des autres instruments d’orchestre, a fait presque entièrement tomber les concerts d'amateurs, autrefois assez nombreux à Paris.
Toutes ces espèces de concerts ne démentent pas l'an cienne définition de ces sortes de réunions; mais il en est d’autres, beaucoup plus nembreux et qui semblent se multiplier de plus en plus chaque année pendant la saison d'hiver, dans lesquels un piano représente à lui seul l’orchestre et un artiste souvent des plus médiocres, quelquefois même des plus infimes, toute l’armée vocale et instrumentale. Ce qui rend ces concerts si nombreux, c’est l'envie, d’ailleurs fort naturelle, de se faire connaître; ces novices prient deux ou trois de leurs confrères, souvent aussi peu connus qu’eux-mêmes , de leur venir en aide à titre de réciprocité. Bien loin de bénéfices, ils ont presque immanquablement des frais assez considérables à supporter ; mais leur but est atteint : ils se sont fait entendre en public à Paris, et sur ce fait se fonde l’espoir de leur avenir. Certains artistes et professeurs distingués donnent aussi des concerts de même genre, souvent fort goûtés de Leur public; car la vérité est qu’ils en ont un à eux, et voici comment : Durant
fhiver ils chantent sans rétribution dans différentes soirées de particuliers plus ou moins opulents, et à la fin de la saison ils envoient à chacun d’eux un nombre plus ou moins considérable de billets, que ceux-ci ne peuvent décemment refuser. Ils remplissent ainsi leur salle, et reçoivent cette fois des applaudisseménts plus substantiels que ceux des mois qui ont précédé.
Les journaux de musique donnent aussi des concerts une ou deux fois l’année, et même quelquefois chaque trimestre ; et, comme les artistes dont il vient d’être parlé, ils envoient des billets à leurs abonnés et à d’autres personnes qui pourraient le devenir; mais ils ne font point payer ces billets, et c’est justice, puisqu'ils ne payent pas les artistes qui chantent ou jouent pour eux, et qui, par une raison ou par une autre, ont besôin d’eux; il suffit donc d'une promesse de les chauffer dans le journal, et ils se rendent à une invitation qu’il serait quelquefois périlleux de refuser sans compensation.
Des entreprises qui ne réussissaient pas mieux que n’ont réussi plusieurs journaux de musique imaginèrent de se joindre à quelque autre industrie, dans l'espoir d’obtenir en société une prospérité qui semblait les fuir individuellement : de là les petits concerts de certaines sociétés académiques, qui avouent franchement qu'il n’y aurait personne à leurs séances publiques s’ils s’en tenaient aux élucubrations artistiques ou littéraires de leurs membres ; de là les spec{aclesconcerts, où l’on fait entendre de la musique en même temps qu'on montre des tableaux vivants ou des animaux féroces, etc.; de là les cafés-concerts , dont l'entrée est gratuite, où les rafraichissements sont chers et détestables, et où le plus souvent la musique ne vaut pas mieux. Enfin, nous voyons divers établissements annoncer sur leurs affches, au milieu des plaisirs qu’ils promettent, un concert musical; ce qui supposerait qu’il existe des concerts qui ne le sont pas toujours, et c’est plus vrai qu’on ne croit.
Ces derniers concerts sont encore composés, dans le plus grand nombre de cas , de deux ou trois exécutants et d’un accompagnateur ; mais, ainsi que nous l’avons dit, il s’est vu des concerts où figurait un seul exécutant. Le plus remarquable a été celui de M. Listz, entièrement composé demorceaux de piano joués par lui; en dépit de son immense talent, ce concert, dans lequel, pour le direen passant, pasun billet n’avait été donné sans rétribution, parut ennuyeux à tout le monde.
Des concerts d’une tout autre importance musicale et d'un intérêt extrême pour quiconque ne voit pas toute la musique dans celle du jour, ont pris le nom de concerts historiques : kur objet est de faire entendre aux auditeurs des morceaux de diverses époques et de donner ainsi une idée des différentes phases de l’art. Les plus célèbres, les mieux exécutés et ceux qui étaient à tous égards les plus susceptibles de donner une juste idée de la musique des temps passés, eurent lieu à l’école de musique dirigée par Choron. Là on entendit d’admirables pièces des temps antérieurs, et l’on put passer en revue toute la musique vooale depuis l’époque de Palestrina jusqu'au commencement de ce siècle ; la perfection de l'exécution ajoutait encore au juste empressement du public. Plus tard, M. Fétis donna deux ou trois concerts dans lesquels on put prendre quelque idée de l’ancienne musique instrumentale et de certains airs de théâtre. On a aussi conservé le souvenir d’une société de riches amateurs, fondée et dirigée par M. Ney de La Moskowa, qui faisait exécuter avec assez de soin des morceaux de musique d'église et demusiquemadrigalesque. Enfin tout récemment M. Alkan aîné a donné à lui tout seul un concert historique de piano formé de pièces d’un excellent choix, auxquelles il a su imprimer une variété de style analogue à chaque époque et à chaque composition.
En considérant l’extension qu'ont pris les concerts depuis une vingtaine d'années, qui ne croirait que Paris possède