‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 169 sur 607 · CONCOURS — CONCOURS GÉNERAL · texte numérisé non relu

CONCOURS — CONCOURS GÉNERAL

personnes, ou choses, en vue de produire un effet qu’efes ne produiraient point séparément, « On tient que le concours du soleil et des astres, a dit le savant ministre Jurieu, est nécessaire pour la production de toutes les choses sublunaires. Dieu prête son concours immédiat par tous les événements. C’est relever la majesté de Dieu que de mettre toutes les opérations des créatures dans une perpétuelle dépendance de son concours immédiat. » On lit dans le traité sur l’Existence de Dieu, par Jacquelot, autre ministre protestant non moins docte : « Si les causes secondes n'avaient pas besoin du concours immédiat de Dieu pour agir, elles auraient une espèce d'indépendance qui serait injurieuse au Créateur. Quoique Dieu ait imprimé à toutes les créatures la vertu nécessaire pour la fin à laquelle il les a destinées , elles attendent néanfnoins un concours particulier et une nouvelle influence du Créateur pour chaque événement. Le concours de Dieu pour l’action des causes secondes suffit sans les secours de la prédétermination. La nature aveugle peut-elle, par un concours fortuit, produire une machine aussi admirable que le corps humain? » Dans les démocraties anciennes , le concours réel ou fictif de tous les citoyens était nécessaire pour les délibérations publiques ; dans les monarch'es représentatives, le concours des différents pouvoirs est nécessaire pour la confection des lois ; le concours de la majorité y est nécessaire à tout ministère pour se soutenir. Quand un gouvernement nouveau s'établit, il a besoin du concours d’un certain nombre de fonctionnaires, d'employés et de serviteurs officieux. C’est à qui offrira alors son concours , et plusieurs de ceux qui se vantent d’avoir refusé leur concours à un gouvernement ne le font que lorsque leurs concours u’a pas été accepté,

En termes de sciences , on dit puissances concourantes, c’est-à-dire puissances qui, n'ayant pas une direction parallèle, concourent ou tendent à se rencontrer, ou à produire un même effet, à la différence des puissances opposées, qui tendent à produire des effets contraires.

Concours est quelquefois synonyme de 7oule, afluence ; cest la foule en action ou plutôt en mouvement, en marche, pour se porter vers un lieu : grand concours de monde. Ce mot signifie aussi rencontre : Épicure croyait que le concours des atomes avait produit tous les êtres. On dit aussi le point de concours de deux lignes, de plusieurs rayons, ete.}Concours se disait autrefois en parlant des bénéfices ou cures quise donnaient à ceux qui avaient le plus de capacité et de mérite dans les lieux où le concile de Trente était en vigueur, La cure était exposée à la dispute entre ceux qui y prétendaient, et cette dispute avait lieu devantdes juges préposés par l’évêque, afin que le bénéfice fût donné au plus digne, digniori. Cette coutume a été abolie en France par le concordat. Aujourd’hui, la loi veut qu’on mette dans les facultés certaines chaires au concours. Il y a en outre dans l’Université le concours pour l’agrégation. À l’Académie française il y a chaque année concours de poésieet d’éloquence. Dans les quatreautres classes de l’Institut, semblable concours est ouvert, tant pour les graves dissertations de l’érudition que pour les grands prix que de jeunes artistes se disputent en peinture, sculpture, musique, etc. Enfin il y a pour les élèves de nos lycées le concoursgénéral. Charles Du Rozorr.

Un certain nombre d'emplois dans les ministères ou administrations, de places dansles écoles ou les colléges, sont données au concours. On a mis au concours la construction de grands monuments d’architecture, par exemple à Paris le tombeau de Napoléon, le Palais de l’Industrie, le nouvel Opéra. Les nations étrangères font de même.

CONCOURS AGRICOLE. Le premier concours régional agricole fut inauguréen 1850 à Versailles. Cette institution, entourée d’une sympathie générale, progressa rapidement. 11 fut décidé, en 1852, qu’un concours d’animaux reproducteurs et d'instruments agricoles aurait lieu

chaque année dans l’une des {12 régions, entre lesquelles on avait un peu arbitrairement divisé la France, On y admet

les bœufs, moutons, porcs, chevaux et ânes, mâles et femelles, de race pure ou croisée, nés et élevés en France ou à l'étranger ; ils sont l’objet, de la part d’un jury spécial, de raédailles et récompenses. Des prix spéciaux sont réservés aux animaux de basse-cour.

Les expositions universelles de 1855 et de 1867 ont été accompagnées de grands concours agricoles.

Des concours généraux d'animaux deboucherie furent inaugurés sous Louis-Philippe : Poissy vit le premier en 1844, et des expositions semblables furent plus tard organisées annuellement à Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Nimes et Nancy, ainsi qu'un pour le centre ; celui de Poissy se tient, depuis 1868, à Paris, sur le marché de la Villette.

CONCOURS GENERAL, Chaque année il a lieu entre l'élite des élèves des lycées de Paris et de Versanles, depuis les classes de rhétorique, de philosophie, de hautes mathématiques , jusqu’à la troisième. En 1746, Legendre, chanoine de Notre-Dame, fonda par testament le concours général pour les classes de rhétorique, seconde et troisième. En 1749, le père Coffin établit des prix de version latine en seconde. Enfin, en 1758, le chanoine Collot fonda les prix de quatrième, cinquième et sixième, qui ont été supprimés récemment. Aujourd’hui, pour chaque classe il y a autant de compositions données au concours que de facultés cultivées dans l’année. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, en rhétorique il y a six facultés : le discours latin, le discours français , l’histoire, la version grecque, la version latine, les vers latins. Les colléges de plein exercice, Rollin et Stanislas, sont admis à envoyer leurs élèves au concours. Chaque lycée en peut envoyer 10, si les classes ne sont pas subdivisées ; 12, si elles sont scindées en deux divisions. Comme il y a toujours quelques absences, le nombre moyen des concurrents est de 72 à 80, pour se disputer deux prix et huit accessits dans chaque faculté. Il y a pour la rhé-

torique des prix de vétér ans. Les compositions ont lieu à la Sorbonne, dans deux salles oblongues construites à cet effet au fond d’une cour retirée de cet établissement, qui sert de chef-lieu à l'académie de Paris. Chaque composition se fait sous la surveillance d’un inspecteur des études et de quatre professeurs. Le sujet en est envoyé cacheté par le ministre, qui l’a choisi ou fait choisir. Dans quelques facultés, comme l’histoire et la géographie, certaines questions sont tirées au sort. Les copies sont reçues par les surveillants, qui en coupent la tête contenant les noms. Une devise répétée et un numéro servent plus tard à restituer chaque copie à son auteur. Cette opération première terminée, les copies et le paquet contenant les noms soigneusement cachetés sont placés dans une boîte, qui est fermée, scellée du cachet de l'inspecteur et remise à l'inspecteur général, remplissant les fonctions rectorales,

La correction des copies se fait, pour la rhétorique, la philosophie et les facultés scientifiques, par un bureau composé de cinq fonctionnaires éminents de l’Université que désigne le ministre. Pour les autres classes, cette correction est confiée à un bureau formé par quatre professeurs , tirés eu sort entre les huit appartenant à la classe supérieure. Ainsi , les professeurs de rhétorique corrigent les compositions de seconde, et les professeurs de seconde celles de troisième. Chacun de ces bureaux est présidé, soit par un inspecteur, soit par un fonctionnaire désigné par le ministre. Les noms des élèves étant, comme on l’a dit, détachés de leurs copies, les examinateurs ne doivent pas en avoir connaissance; mais jamais cette loi n’a été ohservée, Quant à la correction des compositions d’histoire, elle-est faite à copies découvertes ( c’est-à-dire portant les noms }, par les professeurs mêmes de la classe. Chacun lit les copies de ses élèves , et les défend comme il peut contre les attaques de ses collègues, Cet examen contradictoire et

tout personnel donne lieu à des scènes très plaisantes, rnaïs qui jamais n’ont rompu la bonne harmonie du corps des professeurs d'histoire. Depuis plus de trente ans, on n’a élevé tout au plus qu’une ou deux réclamations sérieuses sur les corrections du concours; ce qui prouve que ce mode, tout vicieux qu'il paraisse, est encore le Meilleur. Les corrections des classes de philosophie, de rhétorique, de sciences et d'histoire se font en plusieurs séances. Les corrections pour les autres classes ont lieu séance tenante, même pendant la nuit; et le travail dure quelquefois vingt-quatre heures. Après chaque correction, les copies sont renfermées avec le même scrupule dans les boîtes, dont l'ouverture se fait l’avant-veille de la distribution du grand concours, laquelle a toujours lieu un lundi. A cette ouverture préside un conseiller de l’Université, assisté de tous les présidents des bureaux.

Rien n’égale la solennité de cette distribution, qui se fait sous la présidence du ministre et du conseil impérial, et en présence de tous les fonctionnaires et professeurs de l’Université. Quelques dignitaires de l’État se font un plaisir de venir ajouter par leur présence à l'éclat de cette cérémonie, qui a lieu dans la grande salle de la Sorbonne, avec un grand concours d'élèves, de parents, de gardes nationaux, de gardes de Paris, et même de sergents de ville, car ces messieurs sont de toutes les bonnes fêtes que préside le pouvoir. La cérémonie s'ouvre par un magnifique discours latin, que prononce un professeur de rhétorique désigné par le ministre, discours auquel les deux tiers des assistants et assistantes, y compris souvent le ministre de l'instruction publique lui-même, ne comprennent absolument rien. Son excellence fait ensuite, en français plus ou moins pur, son allocution personnelle indispensable, puis les prix sont proclamés par un inspecteur des études, avec accompagnement de fanfares et d’applaudissements , auxquels viennent se mêler quelquefois des sifflets rivaux. On est convenu d'appeler prix d'honneur le premier prix de dissertation philosophique en français, le premier prix de discours latin et le premier prix de mathématiques spéciales. Ces trois prix sont proclamés par le ministre lui-même, ou par le vice-président du conseil impérial. Telle est la description du concours général et de la solennité qui le termine. Les compositions du concours commencent ordinairement du 20 au 25 juillet, et la distribution a lieu du 17 au 20 août; ensuite s'ouvrent les vacances des colléges.

Plusieurs noms sont restés célèbres parmi ceux qui ont remporté dans l’ancienne Université le prix d'honneur d'alors, ou de discours latin. On cite, entre autres, T homas, en 1749; Delille, en 1755; La Harpe, en 1756 et 1757; Noël, l’auteur des Leçons de Jitlérature, en 1774 et 1775; Defauconpret, traducteur de Walter Scott, en 1786; Lemaire, doyen de la faculté des lettres, en 1787; Burnouf, professeur d’éloquence latine au collége de France, en 1792. Le dernier concours de l’ancienne Université eut lieu en 1793.

L'institution du concours général présente infiniment piüs d’inconvénients que d'avantages. Sans doute, elle impose aux professeurs quelques efforts d'émulation, mais elle les condamne, en même temps, à combiner leur enseignement dans l'intérêt exclusif du concours, et à s’occuper presque uniquement, surtout dans les trois derniers mois de l’année scolaire, de la tête de leur classe. Elle donne aussi lieu, dit-on, à des intrigues parfois bien révoltantes de la part des chefs d'institution pour se procurer ce qu'ils appellent des élèves à prix, c’est-à-dire qui obtiennent des prix au concours. Enfin, le concours général, en fortifiant la tête de chaque classe, aux dépens du reste des élèves, exhausse les études de Paris à un niveau que ne peuvent atteindre les lycées de département.

Charles Du Rozom.

Pour remédier aux inconvénients qui viennent d’être

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