‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 173 sur 607 · CONCUBINAGE · texte numérisé non relu

CONCUBINAGE

uut été nourris dans un sein qu'avaient déjà épuisé soit la volupté, soit la crapule, soit les mauvais aliments, et souvent infecté de maladies. On a remarqué que ces êtres, corrompus et libertins dès leur tendre jeunesse, étaient grèles, faibles ou énervés, et vieillis de bonne heure, Voilà les fruits du concubinage, d'autant plus que le plus fréquemment les pères et mères, sans entrailles pour leur descendance, ne s’inne point d'elle ; : ils l'abandonnent pour s'étourdiret s'enivrer de nouveau dans le délire de leurs débordements. 11 y a jusqu'à l'inceste et de monstrueuses alliances au milieu de ces ramas de populace éhontée, qui cherchent à assouvir de brutales jouissances en éludant le but de la nature.

Ll'est certain que le concubinage est opposé à la propagation de l'espèce, puisqu'il cherche le plaisir en évitant ses charges. Aussi , les législateurs de tous les temps et de tous les pays ont-ils décerné des peines contre cette dérogation aux lois de la société. En effet, le célibataire opprime celleci du poids de ses enfants naturels, puisqu'il se refuse au joug honorable de la famille; il vit en égoiste, pour ses plaisirs. Le concubinage s’était surtout multiplié d'une manière effrayante dans l’ancienne Rome, sous les empereurs, par l'extension du luxe et de la philosophie épicurienne. On ne trouvait plus de jeunesse pour recruter les armées, comme au temps de l'austérité des mœurs républicaines. Rien n’égale, dit-on, le vicieux concubinage des Chinois et des Japonais de nos jours ; mais celte liberté de débauche, la seule qu'on permette à ces peuples serviles et corrompus, devient chez eux une nécessité, à cause de l’excessive et dangereuse population qui encombre ces vieux empires.

Sous les lois mahométanes , la polygamie fait souvent du mariage une pesante chaine pour l’homme qui doit soutenir lexistence de plusieurs femmes et d’une nombreuse postérité ; aussi les lois ont-elles permis des unions temporaires, ou plutôt des mariages par bail, qu’on peut renouveler, moyennant un prix convenu, et dans lesquels on stipule pour les enfants s’il en survient. Le mari peut aussi prendre une esclave pour sa concubine. Quoique lexistence soit peu coûtense dans ces climats riches en productions spontanées, il s'ensuit toujours une misérable population par l'effet de ces alliances arbitraires sous lautorisation des kadis. On doît ajouter enfin que beaucoup de nègres , an sein de l’Afrique, contractent moîns des mariages qu’un concubinage habituel : cependant , les négresses étant d'excellentes mères, fort attachées à leurs enfants, et la vie simple, de fruits sauvages, étant de si peu de dépense sur ce sol, il en résulte une abondante population, qui répare les pertes causées par ja traite des noirs.

Ajoutons que durant la jeunesse, ou l’âge de la vigueur, les inconvénients du concubinage paraissent moins sensibles aux personnes qui s'y livrent. Jl est presque impossible d'ailleurs de le supprimer dans ces vastes foyers de population où se rassemble une nombreuse jeunesse, comme dans les villes d’universités et d'écoles supérieures, les établissements industriels et manufacturiers , les cours remplies de domestiques, les villes de g arnison, les ports de mer, etc., toutes localités encombrées de célibataires des deux sexes, et dont il serait impossible d'empêcher les rapports intimes ou secrets. Mais sur le penchant du vieil âge, la femme, plus encore que l’homme, devient soucieuse pe son avenir, puisque avec la perte de ses attraits cesse l’objet des alliances illicites. C’est alors qu’on reconnaît avec amertame toute la vanité de ces liaisons dangereuses. L'homme se résoudra-{-il à contracter un mariage avec la personne qui sacrifia sa vertu à la volupté, et qui est coupable aux yeux d’une sévère morale? Introduira-t-il dans sa famille celle qui fut ravalée au rôle de concubine? celle qui n’a plus pour sa justification l'empire de la beauté ? Quel rare mérite ne faudrait-il pas pour effacer toutes ses honles, et, nouvelle Maintenon, pour s'élever au rang d’épouse d’un vieux garçon,

qui d'ordinaire n'est plus amusable ? 11 faut donc que toute |

concubine rançonne durant le règne tyrannique de 52 beauté les libertins qui tombent dans ses filets, et qu’elle assure son trop précaire avenir, si sa coquetterie est jointe à la prudence, Mais coniauménient ces femmes manquent d'économie et de réflexion. Emportées par la fougue des plaisirs au milieu des bals et des fêtes , elles s’enivrent du nectar séducteur dont on se plaît à les abreuver : alors arrive le réveil redoutable de la vieillesse , du délaissement, dans la misère et les maladies. Si le vieux garçon est riche, il aspire quelquefois à tenter par l’appât dela fortune une jeune beauté, qui se sacrifie et se dévoue au rôle de garde-malade d’un catarrheux suranné, pour hériter bientôt de ses richesses. Jamais le ciel ne rendit longtemps heureux et prospère ce lien entre une jeune Aurore et un vieux Tithon, lors même que l'extrême disparité de l’âge n’amènerait pas trop souvent des tentations d’adultère. Les vieux maris ambitionnent l'honneur d’être pères, et en effet il leur arrive des enfants ; mais ils ont rarement le temps de les établir, et ce soïîn sera dévolu au beau-père qui leur succédera, lorsque leur femme convolera à de secondes noces sur leur cendre à peine refroidie.

Souvent la concubine fait valoir l'immense immolation de sa vertu à l’homme auquel elle a cédé, et l'amant devient, par la folle passion qu’on lui inspire, plus assujetti que le mari. En effet, le concubinaire est plus jaloux, parce qu’il a moins de confiance et d’estime que d'amour. On a vu des maris estimer beaucoup leur femme et prendre cependant une maitresse; Ce fut le bon ton sous le règne de Louis XV. Les femmes éfaient sages qui n'avaient alors qu’un amant, du moins à la fois, puisque le mari ne pouvait compter pour rien. En Italie, les sigisbés (voyez CiciSBro) ou les cavalieri serventi delle donne seraient-ils uniquement les galants conducteurs des dames en tout bien et tout honneur? Nous nous plaisons à le croire, en faveur des compatriotes de Boccace et d’Arioste, pour ne pas citer des auteurs moins réservés. S'il nous fallait enfin dérouler toute l’histoire secrète des mœurs des diverses nations, nous verrions les anciens Grecs donner à leurs jeunes gens des Lé/aires ou amies, avant de les marier, et cette coutume reste encore en usage en Orient et ailleurs. Nous citerions quelques peuples du nord de l’Europe et divers pays de Suisse et d’Angleterre, où les jeunes gens des deux sexes vivent en concubinage avant de se marier, comme pour se mettre à l'épreuve et savoir s'ils se conviendront : enfin, par tout le globe ïl y à les lois de merci et d'amour entre les sexes, pour ceux qui souffrent des rigueurs d’une trop longue continence. Cela était permis aux chevaliers errants, d'ailleurs fidèlement dévoués à la dame de leurs pensées, Les militaires semblent avoir aussi le privilége des conquêtes sur les cœurs; et par tout pays le vainqueur est bien venu de la beauté. Les Spartiates , longtemps occupés au siége d'une ville, dépéchèrent une troupe de jeunes gens pour consoler leurs épouses de cette pénible absence. Voilà un genre d’honnêteté et de délicatessemaritale dont certesil fant leur tenir compte. Pourquoi pas ? N’a-t-on pas vu des femmes procurer, comme Sara à Abralam , une concubine à leur mari? M€ de Pompadour n’en faisait-elle pas autant pour son royal amant? Gloire à ces femmes prudentes et bien avisées ! gloire aux maris assez vertueux pour ne pas priver leur épouse d'un ami, afin qu’elles n’en prennent pas plusieurs ! C’est par ces bons procédés qu'on évite de plus graves inconvénients, qui saisissent une femme innamorata. On a par l'amour sauvé du crime des personnes vicieuses ; car, tout calculé, un prince voluptueux est encore préfér rable : à un tyran, En Trance, on a pardonné leurs faiblesses à François 1°, à Henri IV ;, à Louis XIV, et on les a appelés de grands rois; cependant on trouve nobles et crapuleuses les FETRES hes de Louis XV, qui commencèrent la ruine du royaume. C'était pis que du concubinage. On avait perdu dès lors toute vergogne dans les petites maisons et le Parc-anx-Cerfs.

Les mœurs se sont purifiées à mesure que les fortunes exorbitantes et les rangs disproportionnés ont disparu au travers des révolutions ; des conditions moins inégales, des richesses plus généralement équilibrées , ont accru les moyens d'établir les familles; il y a plus de mariages et d’accroissement dans la population aujourd’hui qu’autrefois, ce qui prouve que le monde ne va pas toujours en empirant.

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