‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 174 sur 607 · J.-J. VIREY · texte numérisé non relu

J.-J. VIREY

CONCUBINAT. Chez les Romains on appelait ainsi une union licite entre l'homme et la femme, mais qui, à la différence des justes noces, ne produisait aucun effet civil. Néanmoins la loi reconnaissait la parenté cuaffinité qui en résultait. L'homme n’avait pas de pouvoir sur la femme ainsi unie à lui, non plus que sur les enfants qui nassaient de cette union; ces enfants étaient appelés enfants naturels (natura- Les liberi ); maïs il ne faut pas les confondre avec ceux dont Ja naissance était le résultat d’une union illicite ou passagère, ef qu'on nommait spurii, vulgo concepti. Les enfants nés dans le concubinat n'étaient héritiers de leurs pères que dans le cas où il n'y avait point d’autres enfants légitimes ; ils ne portaient pas son nom, mais celui de leur mère. Lorsqu’on était déjà marié légitimement, on ne pouvait avoir une concubine non plus qu’en avoir plusieurs à la fois si on ne J'était pas; c’eût été un libertinage que la loi ne pouvait permettre. Comme les justes noces ne se constataient par aucun acte chez les Romains, il pouvait arriver qu'il fût incertain s’il y avait mariage légitime ou concubinat. La loi établissait alors une présomption légale : si la femme était ingénue et de bonnes mœurs, elle était réputée femme légitime (uxor ) ; si elle était alfranchie ou si elle exerçait une profession peu estimée, comme celle de comédienne, elc., elle passait pour concubine jusqu’à preuve contraire. Le concubinat des Romains offre quelques analogies avec le mariage morganatique des princes Allemands. Constanfin commença indirectement à restreindre cet usage, en décidant que lorsqu'on épouserait sa concubine , les enfants qu’on aurait d’elles seraient par le fait légitimés. Dans le cas contraire, on n’aurait pas pu avantager sa concubine ni ses enfants naturels. Valentinien adoucit cette défense, et permit de laisser quelque chose aux enfants naturels. Du temps de Justinien le concubinat existait encore : on l’appelait licita consuetudo. Ce fut l'empereur Léon qui l’inferdit absolument par sa novelle 91, laquelle ne fut observée que dans l'empire d'Orient. Dans l'Occident, le concubinat continua d’être fréquent chez les Lombards et les Germains ; il fut même longtemps en usage en France.

CONCUPISCENCE (du verbe latin concupisco, je désire avec ardeur). C’est, au dire des théologiens, l’appétit ou le désir immodéré, ou la convoitise des choses sensuelles, inhérent à l’homme depuis sa chute. Le père Malebranche définit la concupiscence un effort naturel que les traces, les impress'ons du cerveau font sur l'âme pour l'attacher aux choses sensibles. L'empire et la force de la concupiscence sont selon lui ce que nous appelons le pcché originel. 11 en trouve la source dans les impressions qu'auraient produites sur le cerveau de nos premiers parents ce péché et leur chute, impressions qui se seraient transmises depuis à tous leurs descendants. Mais ce système tombe de lui-même, tant il est peu conforme à l’esprit de la foi, qui regarde la concupiscence comme une peine atfachée à la faute des coupables, peine qui consiste dans la privation ou la diminution de la grâce de Dieu.

Les scolastiques se servent du terme appélil concupiscible pour désigner l'envie de posséder un bien, par opposition au terme appétit irascible, qui s'applique à l’acte qui nous porte à fuir un mal.

Dans son écrit contre Julien, évêque d’Esclane, saint Augustin considère la concupiscence sous quatre aspects , nécessité, utilité, vivacité, désordre du sentiment , desquels un seul lui semble coupable, le dernier ; et il le définit ce

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