‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 184 sur 607 · CONDITIONNEL — CONDORCET · texte numérisé non relu

CONDITIONNEL — CONDORCET

passe de peu notre lammergeyer ou griffon, et il cède À l’oricou (vultur auricularis de Daudin) ; il habite par troupes nombreuses la grande chaîne de la Cordillère des An des, et se tient constamment à la hauteur des neiges perpétuelles; il ne descend guère dans la plaine que pour y chercher sa nourriture , laquelle consiste en cadavres et en petits animaux. Le condor est celui des oiseaux qui s'élève le plus haut; il niche ordinairement sur la surface nue des rochers , et dépose dans quelque cavité naturelle ses œufs, qi sont au nombre de deux. P. GERYAIS.

CONDORCET (ManIE-JEAN-ANTOINE-NIcoLAs CARI- TAT , marquis ve), né en Picardie, en 1743. Sa famille devait son titre au château de Condorcet, près de Nions, en Dauphiné, Son oncle, évêque de Lisieux, mort en 1783, pourvut à son éducation, et lui ménagea de puissants protecteurs à son entrée dans le monde. Ses premiers titres à la célébrité furent ses travaux et ses succès dans les mathématiques. Ces travaux lui ouvrirent de bonne heure la porte de l’Académie des Sciences. Mais c'est surtout pour avoir franchi les limites où la géométrie eût renfermé son génie, c'est comme écrivain philosophe et par l'application de la philosophie à tous les genres de progrès et d'améliorations sociales, qu’il s’est acquis une haute renommée, Ami de D’Alembert et de presque tous sesillustres contemporains, Condorcet fut aussi l’un des plus chauds disciples de Voltaire. On ne peut sans doute classer Condorcet au premier rang, ni Comme penseur profond, ni comme écrivain; mais unesprit méditatif et élevé, une ardeur généreuse, et qui ne s’est jamais refroidie, pour le perfectionnement et le bonheur de l'humanité; une verve de zèle qui pliait son talent à tous les genres de compositions sur des sujets grayes; sa persévérance courageuse et la multiplicité de ses travaux lui ont assigné une place éminente parmi les hommes qui ont exercé une grande influence sur le mouvement des esprits vers la fin du siècle dernier. Celle de sa doctrine philosophique a été immense, et se prolonge encore de nos jours.

Cette doctrine, signalée dans son Æsquisse des Progrès de l'Esprit humain, c’est la perfectibilité illimitée de l'homme considéré dans l’espèce et dans l'individu. Telle est la croyance que ce philosophe entreprend de substituer aux idées et aux sentiments religieux. C’est par la toute-puissance du genre humain , se déifiant, pour ainsi dire, avec l’aide du temps, qu'il veut remplacer la toute-puissance éternelle. Voilà pour lui le grand œuvre de la civilisation , ainsi que le terme des progrès de l'humanité. La philosophie de Condorcet reçoit de cette sorte de parodie de la foi religieuse un caractère spécial, qui la sépare dn scepticisme fataliste de Voltaire, comme du fatalisme dogmatique de Diderot et de ses amis, A ces systèmes désolants il oppose une chimère; mais du moins celte illusion d'un esprit exalté, ce rêve d’une intelligence plutôt prévenue par l'incrédulité contagieuse du siècle qu'égarée par l’orgueil, se conciliaient dans l’âme de Condorcet avec une vive sympathie pour ses semblables, une rare activité pour toutes les réformes qu'il jugeait utiles, et une grande élévation de sentiments : témoin son héroïque dévouement à des convictions généreuses,

On sait que proscrit par la Convention, comme girondin, il quitta l'asile qu’il avait trouvé pendant huit mois chez une amie courageuse, M®®° Verney, pour ne pas l’exposer à la rigueur du décret portant la peine âe mort contre les hôtes des députés mis hors la loi, Errant dans la campagne autour de Paris, réduit à se cacher dans des carrières, il se trahit dans un cabaret de Clamart, où la faim l'avait contraint d'entrer, en exhibant un portefeuille beaucoup trop élégant pour son extérieur de misère; il fut arrûté, conduit au Bourg-la-Reine, à moitié mourant de besoin, de fatigue et de la douleur d'une blessure au pied, puis enfin jeté dans un cachot, Le lendemain, 28 mars 1794, on l'y trouva mort du poison dont il s'était muni pour se sous-

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