‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 185 sur 607 · CONDORCET — CONDOTTIERE · texte numérisé non relu

CONDORCET — CONDOTTIERE

traire à l’échafaud. Les deux vers suivants d'une épitre à sa femme expliquaient noblement son noble sacrifice,

Ils m'ont dit : choisis d’être oppresseur, ou victime ; J'embrassai le malheur, et leur laissai le crime.

Par ses ouvrages de mathématiques, Condorcet a mérité un nom distingué dans les sciences. Si on l’apprécie comme littérateur, les Éloges des Académiciens morts depuis 1699, qui lui valurent le secrétariat perpétuel de l'Académie des Sciences, et devinrent un de ses titres pour l'Académie Française, sont loin du piquant et de la simplicité spirituelle des Eloges académiques de Fontenelle; mais on reconnaît dans ceux de Condorcet un bon appréciateur du mérite, un écrivain en général pur, élégant, et un esprit fort audessus de la portée commune. La Vie de Voltaire et celle de Turgot, remarquables par les mêmes qualités, se recommandent en outre par les vues d’une philanthropie éclairée, par ce zèle philosophique pour les réformes utiles qui anima constamment l’autenr, et par la clarté d’un style qui, sans être exempt d’une sorte de pesanteur et de monotonie, ne manque cependant pas toujours de trait et de verve. Ces avantages se retrouvent plus fréquemment, avec le sel d’une ironie spirituelle, dans les nombreux articles dont l’ancien académicien se plut à doter la Feuille Villageoise et la Chronique de Paris. Mais l’œuvre capitale de Condorcet est cette Esquisse des Progrès de l'Esprit humain, composée pendant la retraite du proscrit, avec les seuls matériaux amassés dans sa mémoire, réellement prodigieuse. Cet ouvrage même est beaucoup plus recommandable encore par la pensée que par l’expression. Une autre œuvre de ce philosophe, aussi très-digne d’attention, est le Plan de Constitution qu’il avait présenté à la Convention. Au surplus, il avait traité tant de matières importantes et publié tant d'écrits, qu’une rédaction sofgnée et le travail nécessaire pour arriver à la correction, à l'élégance continue et à la concision, lui étaient à peu près devenus impossibles, La nature d’ailleurs lui avait refusé l’imagination et le coloris.

La douceur et la bonté formaient le fond de son caractère.

Son extérieur réservé, même froid, et quelquefois empreint.

de timidité dans le monde, couvrait une grande chaleur et beaucoup de force d’âme , qu'on ne lui eût pas soupçonnées. Tout le monde connaît le mot de D’Alembert, qui disait de lui : « Ne vous y trompez pas : c’est un volcan couvert de neige. » Sa conduite comme particulier et comme homme public fut toujours marquée par la droiture, la fermeté et le désintéressement. Sous le premier rapport nous ne lui connaissons qu'un seul tort, celui d’avoir aidé Voltaire à dénaturer le sens des Pensées de Pascal, qu’ils trouvaient sans doute trop rude joûteur pour lui laisser toutes ses armes. Persuadé qu’un régime d'égalité était seul compatible avec le bonheur des hommes, Condorcet fit bon marché de ses titres, de sa position et de ses avantages de fortune, comme noble et comme académicien. Sous l’ancien régime, il avait refusé de louer de La Vrillière, et donné sa démission d’un emploi éminent dans l’administration des monnaies, pour éviter tout rapport avec Necker, qu'il ne croyait pas étranger à la chute de son illustre ami Turgot. Dans les premières années de la Révolution , il hâta de ses vœux et de ses efforts des innovations dès longtemps méditées pour le bien publie, portant toute l’activité de son zèle dans ses fonctions de membre de la Communede Paris ( comité des subsistances), Appelé à la Convention après la chute du trône, il s’y rallia aux députés girondins pour lutter contre une démagogie sanguinaire et fonder une république digne de l’assentiment des gens de bien. Cette fois, ce fut sa vie qu’il sacrifia à ses croyances. Son nom, resté pur de toute souillure, et le souvenir de sa magnanime abnégation ne périront jamais. AUBERT DE VITRY. CONDORCET (SormEe De GROUCHY, marquise pe), épouse du précédent, la plus belle personne peut-être de

son époque, ne fut pas moins remarquable par son esprit. Elle était née à Paris, en 1758. Élevée dans une famille noble et riche, elle parut fort jeune à la cour de Louis XVI, où plusieurs grands seigneurs briguèrent l'honneur d'obtenir sa main, Un seul eut le privilége d’attirer ses regards; il existait malheureusement entre eux d’invincibles obstacles : Mie de Grouchy, gaie jusque là, devint tout-à-coup mélancolique et réfléchie. Ce fut en proie à ces tristes préoccupations qu’elle rencontra dans le monde Condorcet, dont les idées philosophiques se présentèrent à elle comme une consolation. Elle se sentait du penchant pour les études sérieuses, pour les spéculations d’une haute métaphysique : la supériorité de l'illustre philosophe séduisit son esprit ; il la fit demander en mariage, et elle accéda à ce vœu, moins, assuret-on, pour jouir de la compagnie d’un époux que de celle d'un sage.

On a prétendu que M"* de Condorcet avait été poursuivie des hommages publics d’Anacharsis Clootz, qui ne l’appelait que la Vénus lycéenne. Jetée dans les cachots, elle n’en sortit qu'après la mort de Robespierre. Les infortunes qui l’accablaient ne lui firent point abdiquer une cause dont elle avait de bonne heure embrassé les principes: elle resta dévouée au culte des grandes vérités, et vécut longtemps dans un petit cercle d'amis, parmi lesquels on comptait fuutes les anciennes prédilections de son mari : Cabanis, son beau-frère; M®° de Staël, Suard, Garat, Destutt-de-Tracy, La Romiguière, Ginguené, etc. Plus tard, ce cercle s'agrandit, et sa maison devint le rendez-vous de ceux que Bonaparte appelait les idéologues. En 1817, lorsque le maréchal Grouch y, son frère, sous le poids d’une accusation capitale, fut cité devant un conseil de guerre, M®° de Condorcet lui donna des preuves d’un attachement sans bornes, et protesta d’avance contre un jugement qui violerait la capitulation de Paris. Après avoir passé les dernières années de sa vie dans la pratique de la plus active bienfaisance , elle mourut le 6 septembre 1822. On lui doit la traduction de la Théorie des Sentiments moraux, suivie d'une dissertation sur l’origine des langues, par Adam Smith (1798, 2 vol. in-8°), et des Lettres sur la Sympathie adressées à Cabanis, ainsi que la partie inédite des œuvres de son mari, qu’elle a enrichie de préfaces remarquables.

CONDORI (Bois de). Voyez Bois De CORAIL DUR.

CONDOTTIERE, CONDOTTIERI, mot italien, employé surtout au pluriel, et que les historiens ont francisé ; il signifiait conducteur, et par extension technique chef de gens de guerre. De vieux écrivains l’avaient traduit par conductier. Plus d’un théoricien a confondu aventuriers et condoftieri : les uns étaient la troupe, les autres les capitaines des bandes mercenaires qu'au moyen âge différents États d'Italie tenaient à leur service. Venise en soldait déjà en 1143. L’Angleterre avait au treizième siècle des mercenaires sous des chefs d'aventure, et la France appelait à elle des archers Jtaliens, alors que l'Italie mettait sur pied des cuirassiers allemands. Walter Scott, qui, dans ses romans, a donné leur couleur véritable à tant de figures historiques, a peint avec exactitude le condottiere dans son Officier de fortune. Les condottieri qui portaient les armes en Italie ont été les premiers modèles des troupes de Suisse et de France, non sous le rapport du mérite comme militaires, mais sous celui d’un système d'organisation dont jusque alors on w’avait eu nulle part la moindre idée.

L'histoire a voué à notre exécration les condottieri, et a frappé d’un ineffaçable ridicule les guerres qu'ils se faisaient entre eux ; maïs plusieurs ont mis dans leur conduite assez d'habileté pour que de simples loueurs d’hommes qu’ils étaient, de simples entrepreneurs de guerres sans périls, ils se soient élevés au rang de ducs, de marquis, de connétables. Ces hommes d'épée, qui ne prenaient les armes que par un motif vénal et qui se concertaient pour

les ensanglanter le moins possible, étaient toujours prêts à changer de parti si leur intérêt les y poussait. Leur rapacité égalait leur mauvaise foi ; ils exigeaient une paye considérable pour eux et leurs cuirassiers; ils se faisaient délivrer des gratifications (paga doppia) pour le moindre succès, vrai ou supposé; ils prélevaient par avance une premièré mise, unñé prime d’engagement (mese compiuto), c'est-à-dire le montant complet de la solde d’un mois, comme étant dû “et échu le jour où ils passaient la première revue. Les con- “dotlieri guerroyant sous des bannières opposées simulaient les combats qu'ils se livraient; ils établissaient à leur profit “un droit des gens opposé au droit des gens des souverainetés qui les stipendiaïent; par un pacte tacite, ils ménageaient leurs hommes d'armes, qu'ils regardaient comme un mobilier, comme un fonds de commerce, et à l'issue d’une action ils se vantaient de la conservation de leur troupe, comme preuve que la victoire leur était demeurée. Quoique ennemis de nom, ils étaient frères et consorts de fait : ils s’éenrichissaient des rançons des indigènes opulents qui leur tombaient sous la main ; mais entre eux ils se contentaient, à la suite des combats, de dépouiller leurs prisonniers, puis ils se les renvoyaient réciproquement et gratuitement.

Les luttes des condotlieri étaient des espèces de parties de barrés , une sorte de jeu d'adresse qui avait pour enjeu

‘dés armes, des fourniments, des chevaux. Machiavel rap--

porte qu’au combat de Zagonara, en 1423, il ne périt que trois aventuriers ; encore furent-ils étouffés dans la boue. Ii ne fut tué personne au combat de Molinella, en 1467, et dans un engagement entre les troupes papales et les Napo- Jitains, en 1486, il ne résulta pas une seule blessure de tout un jour de mêlée. On pourrait multiplier à l'infini les citations de ce genre. Toutefois, pendant le quinzième siècle il n’en fut pas de même dans toutes les souverainetés : de sanglantes batailles eurent lieu entre des Italiens, car alors ce n'étaient plus des étrangers, mais des indigènes, qui vendaïent leur sang, et ils portaient communément au combat, sinon du patriotisme, du moins de l’émulation , un intérêt local, souvent même une ambition cachée.

Parmi les condotlieri célèbres, on voit figurer Carmau“nola et surtout John Haukwood : celui-ci a été le dernier d'origine étrangère ; quantité de généraux italiens se forimèrent sur son modèle , et acquirent assez de talent pour succéder aux chefs étrangers. Au nombre des condottieri nationaux qui Sillustrèrent après Haukwood, on voit figurer Brancaccio Montone, noble de Pérouse, qui s’y créa une principauté, et Sforza Attendolo, simple paysan de Cotignuola, qui parvint au rang de grand connétable de Naples, fut surnommé le Grand, et ouvrit à ses descendants le chemin du trône de Milan. Ces deux derniers, longtemps 0pposés l’un à l’autre, transmirent les germes de leur rivalité aux Capilaines qui, après eux, combattirent en Ilalie. La politique de Sforza amena l'extinction des condottieri.

CONDUCTEUR, Ce mot a plusieurs acceptions :

tandis qu'il s'applique à ceux qui conduisent des voilures ou des chevaux, on le donne aussi à ceux qui placent les voyageurs dans une voiture et perçoivent le prix du

voyage; tels sont pour ces derniers les conducteurs de di-

ligences et ceux d'omnibus.

Le condurteur des ponts el chaussées est un agent chargé de préparer et de faire exécuter sur les routes, ponts, canaux, etc., les travaux que dirigent les ingénieurs. 11 est aussi chargé de constater les contraventions en malière de grande voirie, de police de roulage et d'appareils à vapeur. C’est le ministre du commerce el des travaux publics qui le nomme et le révoque. II y a 1,800 conducteurs, divisés en 4 classes, Avant 1850 ils étaient parqués dans leur emploi, sans espoir d'en sortir; à cetle époque on admit en principe leur passage dans le corps des ingénieurs. En 1852, on décida que ceux-là seulement qui auraient dix ans de services effectifs seraient admis à

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