‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 20 sur 607 · COLIGNY · texte numérisé non relu

COLIGNY

de l'empereur, il accompagna le maréchal de Biez au siége de Boulogne. Le jeune de Guise fut blessé à ses côtés; Coligny ne le quitta plus, et lui prodigua les soins de la plus tendre amitié. Ce dévouement mutuel, cette fraternité d’armes, cette intimité sacrée , n’eut qu’une bien courte durée. Devenu chef de sa maison par la mort du duc Claude de Guise, son père, le duc de Joinville, inilié aux ambitieux projets de sa race, ne vit plus qu’un ennemi dans son frère d'armes dès que celui-ci fut un obstacle au succès de son ambition. L'histoire ne les présente plus que placés en face Pun de l’autre, à la tête de chacun des deux partis qui divisaient toute la France. À

Coligny avait été fait colonel en 1544; il rétablit la discipline et la subordination dans son régiment, et réussit plus par son exemple que par ses avis. Après la mort de François I°", le connétable de Montmorency, ayant reparu à la cour ayec plus de faveur que jamais, sollicita pour son neveu le commandement de l’armée d'Italie. Mais le crédit de Diane de Poitiers l’emporta sur celui du connétable, et Brissac obtint là préférence. Dandelot, qui s'était engagé dans cette expédition, parce qu’il espérait qu'elle serait dirigée par son frère, s’enferma dans la ville de Parme, où il fut fait prisonnier. Pendant sa captivité il se livra avec ardeur aux controverses religieuses, qui agitaient alors tous les esprits, et devint protestant. Cependant Coligny avait été nommé colonel général de l'infanterie française ; il remplit cette charge avec un zèle aussi ardent qu'éclairé : il peut être considéré comme le premier réformateur de l’armée. Peu de temps après il succéda à d’Annebaut dans la charge importante d’amiral, et se démit de celle de colonel général en faveur de son frère Dandelot, aussitôt que celui-ci eut recouvré sa liberté. Quelques années auparavant les deux frères avaient épousé deux filles de l’illustre maison de Laval, de la haute noblesse bretonne. Non moins habile politique que vaillant homme de guerre, Coligny avait été en 1550 chargé de conclure la paix avec la cour de Londres. Il fit avec le roi Henri 11 la campagne de Lorraine, dont l'issue fut la réunion des Trois-Évêchés. En 1554 il contribua par ses savantes dispositions au succès de la bataïlle de Renty ; François de Guise, qui y assistait également, ayant voulu s’en attribuer l'honneur, le roi fut obligé d'intervenir entre l’amiral et le duc pour les empêcher d’en venir aux mains.

La faveur dont jouissait Coligny excitait au plus haut point la jalousie du duc de Guise ; il s’attacha d’abord à attirer sur lui la haïne de Diane de Poitiers, et pour cela il n’eut besoin que de lui répéter ce que Coligny pensait d’elle ; car cet homme d'honneur, épris de la vie de famille et du bonheur domestique, était bien déplacé au sein d’une cour aussi corrompue. 11 ne lui fut pas difficile ensuite, avec l'aide de la favorite, de s'emparer de l'esprit du connétable , Son ami et son confident le plus intime, et de le détacher de ceux auxquels il était uni par les liens les plus sacrés, la nature et l'honneur.

Mais Coligny se vengeait de ces basses intrigues en servant son pays. L’ennemi le trouvait sur tous les champs de bataille, à l'attaque comme à la défense de toutes les villes occupées où menacées par lui, à Hesdin, Dinant, Bapaume, Mézières, Rocroy, Marienbourg, etc. Il venait de signer une trève avec le comte de Talaru , ministre de l'empereur on pi fut obligé de voler au secours de er +58 n d. assiégeait une puissante armée ennepr s'e Los ans la place. De prompts renforts lui / Proms ; une armée devait marcher contre les assiépare à en <- or put recevoir qu’une faible partie d’un nie et <rcrd se ge Dandelot, qui n'avait pu mit Ti dl on di emies qu'après une perte considél'a Douca mt à L At les opérations du cabinet ; d ŒNS des au rs e Saint-Quentin était inférieure À rrqhmnt nemis : elle fut battue, Coligny, réduit à une

&arnison soutenue par la milice bourgcoise, plus dé-

vouée que nombreuse, succomba après une longue et glo-

rieusé résistance. La ville fut'prise d’assaut et Coligny fait prisonnier les armes à la main.

Cet événement eut de graves conséquences, Jusque alors Coligny était resté neutre entre les factions religieuses qui divisaient la France; mais dans sa prison il se livra à une étude approfondie des doctrines des réformistes, et le 16sultat de ses études consciencieuses le conduisit à une conviction entière et réfléchie, Dès qu’il eut recouvré su liberté, au prix d’une grande partie de sa fortune, il se prononça franchement en faveur du protestantisme,

La captivité de Coligny avait laissé le champ libre à l’ambition des Guises. Devenus maîtres du gouvernement, dont ils avaient donné les principaux emplois à leurs partisans ; ils ne gardèrent plus aucune mesure avec la reine mère. Catherine de Médi cis fit plus d’une fois des ouvertures à Pamiral. Coligny voulait obtenir la liberté de conscience, conformément aux édits; mais il était plus modéré que Dandelot et le prince de Condé, lesquels voulaient armer sans délai tous les malcontents. 11 avait horreur de la guerre civile; et il n’eut recours à la force que lorsque la résistance armée devint une nécessité et un devoir. Sans accorder une entière confiance à Catherine, il espérait néanmoins arriver à son but par la voie des négociations. Coligny se trompait sur le système politique de Catherine, dont l’'ambition n’admettait ni partage ni concurrence; elle ne voulait point écraser un parti par l’autre, mais les maintenir dans un égal état d'opposition. I] réunissait deux gouvernements, ceux de Picardie et de l'Ile-de-France; il donna spontanément sa démission du premier, qui devait être conféré au prince de Condé : le roi et la reine-mère l’avaient formellement promis à ce prince; mais les Guises firent nommer Brissae, leur créature. La reine mère, pour déterminer Coligny à obtenir de son oncle le connétable sa démission de grand-matître de la maison du roi, lui avait fait les plus belles promesses en faveur des protestants. Une amnistie générale allait être proclamée à l’occasion du sacre de Cherles IX ; tous les protestants emprisonnés devaient être mis en liberté, et les procédures anéanties. La cérémonie du säcre terminée, le connétable, à la sollicitation de Coligny , donna la démission demandée, et, au lieu de lamnistie promise , les persécutions continuèrent avec une intensité toujours croissante ; le supplice d’Anne Dubourg en fut l’affreux prélude. La conjuration d’Amboise éclata et fut la cause ou le prétexte de nouveaux massacres Coligny, retiré dans ses terres, avait été appelé à la cour, alors à Amboise; il s’y rendit avec ses deux frères, Dandelot et le cardinal de Châtilion. Catherine de Médicis renouvela ses promesses; un édit de pacification fut publié, et, comme tous ceux qui l'avaient précédé, fut aussitôt violé. Coligny fut aceusé de complicité dans la conjuration d’Amboise. Sa justification fut prompte, facile et complète; mais l'accusation en forme ne fut qu’ajournée. Des troubles sérieux éclatèrent en Normandie; Catherine chargea Coligny d’aller les apaiser. Il réussit ; mais il n’en dissimula pas la cause, et il écrivit à la reine mère qu’il n’y aurait point de paix possible tant que les Guises resteraient à la tête du gouvernement ; qu’elle n'avait pas un instant à perdre pour se ressaisir elle-même de l’autorité suprême. Coligny parut successivement aux assemblées des notables de Fontainebleau, de Pontoise, de Saint- Germain, de Poissy, d'Orléans. J1 trouva un généreux auxiliaire dans le nouveau chancelier, L’ Hospital; mais il ne fut pas plus heureux dans ses efforts pour le maintien des édits en faveur de ses co-religionnaires : toujours les mêmes protestations de bienveillance, de confiance et de justice de la part de la reine mère, et toujours les mêmes déceptions,

Coligny ne s’était pas fait illusion sur l'avenir des protestants; et dès 1559 il avait projeté pour eux un établissement au Brésil; Villegagnon, chevalier de Malte, partit vour l'exécuter, On découvrit le but secret de cette expéd

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