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tion , et elle échoua. Coligny ne se découragea point. Rigaud, brave et habile marin, avait pénétré dans les Florides, et y avait fondé une colonie ; l'ambition et la cupidité de quelques subalternes, des guerres avec les indigènes, et qu’il eût été facile d'éviter, compromirent l'existence de cette colonie, Rigaud avait péri avec une partie de la flotte qu’il ramenait en France. Une troisième expédition fut tentée par Dominique de Gourgues ; avec ses seules ressources et à l’aide de ses amis , il avait complétement réussi, et revint en France faire hommage au roi de sa conquête. Il devait s'attendre à une récompense : il fut forcé de se cacher pour échapper à la plus absurde, à la plus inique proscription.
Le massacre des protestants de Vassy, ordonné et exécuté par les ordres et sous les yeux mêmes des Guises , révéla dans toute son horreur le but de la sainte ligue, dont les princes lorrains venaient d’arrêter les bases dans leur conférence avec les agents de la cour de Rome et le principal ministre de la gouvernante des Pays-Bas. La ruine et la destruction des protestants étaient résolues ; il ne leur restait qu’à opposer aux Guises une résistance désespérée. Le synode général s'était prononcé pour la guerre; le prince de Condé avait été nommé généralissime, des forces imposantes appuyaient cette détermination. La bataille de Dreux (1562) est perdue par les protestants. Coligny recueille les débris de son armée, ét assure sa retraite en Normandie, où il s'empare de plusieurs places fortes. C’est alors qu’une accusation absurde et atroce vint menacer son honneur et sa vie. François de Guise avait été assassiné par Poltrot {février 1563). Le meurtrier est arrêté, et, séduit sans doute par la promesse de sa grâce, il accuse de complicité Coligny et les chefs protestants. Informé de cette accusation, Coligny a écrit à la reine mère, aux membres du conseil; il a demandé avec les plus vives instances qu’il soit sursis au jugement de Poltrot jusqu'à ee qu'il ait été confronté avec ce misérable, qu'il convaiacra d'imposture, On ne lui répond pas. Il écrit de nouveau.le 17 mars, et le 18 Poltrot est jugé, condamné et décapité. Tous les historiens du temps attestent qu’à l'audience et sur l’échafaud Poltrot rétracta sa première déclaration ; un arrêt ultérieur du parlement proclama l'innocence de Coligny, mais cet arrêt n’'empêcha point de renouveler l’insoutenable accusation.
Cependant les protestants, inquiets de l’attitude menaçante de la cour, résolurent d’enlever le jeune roi pendant qu'il était à Meaux pour le soustraire à l'influence des Guises. Ce projet échoua (1567); mais on ne pouvait plus reculer, La bataille de Saint-Denis, quoique sanglante, fut indécise, et la guerre continua. Après différentes rencontres où les avantages furent balancés, le prince de Condé est tué à la bataille de Jarnac. L’amiral, devenu chef suprême de son parti, se retire à Cognac sans être entamé. Il marche ensuite sur Châtellerault, dont il s'empare, et vient mettre le siége devant Poitiers; mais le duc d’Aujou le bat à Moncontour. IL parvint néanmoins à se créer des ressources nouvelles ; et les catholiques le virent avec étonnement à la tête d’une armée traverser en vainqueur une grande partie de la France. Cependant sa tête avait été mise à prix; cinquante mille écus étaient promis à celui qui le livrerait mort ou vif. La cour, épouvantée, parla encore de paix, et on conclut un troisième traité, à Saint-Germain (août 1570).
Les conditions en étaient si avantageuses aux protestants, que les chefs en conçurent quelques soupçons. Mais l'âme de Coligny était trop élevée pour croire à une trahison, Charles IX l'avait appelé du nom de père; souvent admis à des audiences secrètes, il parlait au roi des succès que l’on pourrait obtenir en Flandre et des avantages que l’on retirérait d’une ligue contre l'Espagne; le jeune monarque paraissait ébranlé, Au mariage de Henri de Navarre avec Marguerite de Valois, Coligny, montrant à Henri de Montmorency d’Anville les drapeaux des protestants suspendus dans l'église de Notre-Dame depuis les délaites de Jarnac et de Moncon-
tour, s’écria : « Dans peu on les arrachera de là, et on les remplacera par d’autres, qui seront plus agréables à voir. » En vain, ses amis, alarmés de la physionowie sombre et mystérieuse de la cour, cherchaient à l’éloigner : Coligny croyait qu’il avait subjugué l’esprit du roi. « J'aime mieux, dit-il un jour, être tratné par les rues de Paris que de recommencer la guerre civile et donner lieu de penser que j'ai la moindre défiance du roi, qui depuis quelque temps m’a remis dans ses bonnes grâces. »
Quelques jours après, le 22 août 1572, comme il sortait du Louvre et retournait à son hôtel, rue de Béthizy, un homme aposté par les Guises, Maurevel, lui tira d’une fenêtre un coup d'arquebuse qui lui enleva un doigt de la main droite et lui fracassa le coude du bras gauche. Le roi vint dans l'après-midi visiter Coligny, lui témoigna la plus grande peine de cet événement, et jura que le coupable serait puni. Cependant les amis de Coligny voulaient lui faire quitter Paris ; il n’y consentit point, disant qu’il s’en remettait à la volonté de Dieu. La nuit du 23 au 24 août, jour de la Saint-Barthélemy, la porte de son hôtel est enfoncée , les gardes qu’on lui avait donnés sont égorgés, et un bohémien nommé Bême monte à sa chambre : « Est-ce toi, Coligny ? s’écrie-t-il.-C’est moi, répond le vieillard; jeune homme , respecte mes cheveux blancs. » Pour toute réponse Bême lui fend la tête d’un coup d'épée, et jette son cadavre par la fenêtre. Henri de Guise, qui attendait dans la cour, s’approcha pour voir si son ennemi était bien mort, et il frappa le corps du pied. Les restes du malheureux Coligny, après avoir subi les profanations et les insultes de la populace, furent accrochés au gibet de Montfaucon, où Charles IX
“alla les voir, répétant, à ce qu’on a dit, le mot de Vitellius
« qu’un ennemi mort sent toujours bon ».
Coligny avait épousé en premières noces (1547 ) Charlotte de Laval, morte en 1568; huit enfants naquirent de ce mariage. Il eut de la comtesse de Montbel d’Entremonts, sa seconde épouse, une fille, Béatrix. La comtesse de Monthel appartenait à une des plus nobles et des plus riches familles de Savoie. Le duc régent s’opposait à ce mariage ; mais, au risque de perdre sa fortune, la comtesse partit secrètement, et se rendit à La Rochelle; elle sacrifia tout à l'honneur de s'unir au plus grand homme de l’époque. La postérité mâle de Coligny s’éteignit dans la personne de Henri Gaspard, né en 1649, et mort en 1657. Louise de Coligny, veuve de Théligny, massacré à la Saint-Barthélemi, avait épousé en secondes noces Guillaume de Nassau, fondateur de la république de Hollande , et dont les descendants règnent aujourd’hui sur ce pays. La mémoire de Coligny, flétrie par arrêt du parlement de Paris, a été solennellement réhabilitée par un édit de 1599. Son corps fut enlevé des fourches patibulaires de Montfaucon par les soins du maréchal de Montmorency, son cousin, et transféré à Chantilly, puis de là à Châtillon-sur-Loing; et en 1786 M. de Montesquiou fit construire une chambre sépulcrale où furent déposés les rostes de l’illustre amiral. Ce tombeau , lors de la démolition du château , avait été transporté au Musée des Monuments Français.
On attribue à Coligny des mémoires dont l'authenticité peut être contestée, et les éditeurs de la Collection universelle n’ont admis que son Recueil historique du siége de Saint-Quentin. Tous les historiens ont parlé d’un mémoire adressé par Coligny à Charles IX sur les guerres civiles et sur les moyens d'y mettre un terme. Tous attestent l’existence de ce mémoire, et ajoutent que Charles IX, par le conseil de Gondi, refusa de le lire, et le jeta au feu. Ce mémoire n’a pas été perdu, comme ils l'ont pensé; il n’était pas l'ouvrage de Coligny seul. Il avait été rédigé sur ses notes par Mornaÿ, son ami, qui depuis a joué un si grand rôle sous le règne de Henri [V. Ce mémoire a été publié avec les œuvres de ce savant et habile homme d'État. De Thou, Brantine, Lapopelinière, G. du Bellay, Le Lahou-
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reur, dans ses Commentaires sur Castelnau, ete., ont rendu hommage aux talents, aux vertus de Coligny. Les mémoires de Charlotte Arbalestre, veuve de Feuquiers, -renferment des documents précieux sur Coligny, et notamment sur les massacres de la Saint-Barthélemy : ils font partie de la dernière édition des œuvres complètes de Mor- .nay, son second époux. Nous avons plusieurs histoires par- -ticulières de Coligny : la plus remarquable est celle de Castilhon.. Durex (de l'Yonne).
COLIMA , État du Mexique, sur la côte occidentale, avec 63,335 habitants (1871), formant une vaste plaine entrecoupée par de nombreuses ondulations. C’est seulement au nord-est qu'on voit s'élever à une hauteur de 3,500 mètres le Pico de Colima, la montagne de la chaîne volcanique du Mexique située le plus à l’ouest, et jetant constamment de la fumée et des cendres. Le sol de cette contrée esl très-fertile et produit en abondance du coton, du sucre, du café et du cacao. Son chef-lieu, Colima, situé à 5 kilomètres en viron du volcan, sur le petit cours d’eau du même nom, compte une population de 31,000 âmes, et est le centre d’un certain mouvement commercial. A lembouchure de la rivière, on trouve Puerto de Colima ou Mazanillo, assez bon port. Dans la guerre de l’indépendance, le Colima se détacha de l'intendance de Guadalaxara, dont il avait jusqu'alors fait partie, et après quelques vaines tentatives pour se constituer en État indépendant, se plaça sous l'autorité immédiate du gouvernement fédéral. Les Français l’occupèrent en 1864.
COLIMACES. Sous cette dénomination Lamark comprend dans une seule famille tous les genres de mollusques qui habitent à la surface de la terre et respirent l’air libre par une ouverture qui l’introduit dans une cavité pulmonaire. Presque tons ces animaux habitent les lieux frais et ombragés. Les colimacés sont divisibles en deux sections, d’après le nombre de leurs tentacules, qui est de quatre dans la première, et de deux dans la seconde. Les genres hélice, carocolle, anostome, maillot, clausilie, bulime,agathine, ambrette, sont renfermés dans la première section; ceux de la seconde sont auwricule et cyclostome. Quelques-uns de ces mollusques portent un opercule sous le pied ; tous les autres, qui en sont dépourvus , y suppléent au moyen d’une ou plusieurs cloisons cal- «aires qu’on nomme épiphragme. L, LAURENT.
COLIMACON, terme vulgaire sous lequel on désigne les hélices terrestres.
Paulet appelle aussi colimaçon une petite espèce d’agaric dont le chapeau est contourné en forme d’hélice.
COLIN. Les colins forment une section du genre perdrix, caractérisée par un bec court, gros , bombé, plus haut que large , une tête entièrement garnie de plumes, des tarses lisses dans les deux sexes, et une queue généralement plus longue que dans les perdrix proprement dites. Tous les colins habitent Amérique. Cependant on est récemment parvenu à acclimater en Angleterre le colin houï (la perdrix d'Amérique de Buffon). C’est en imitation de son cri que les Natcher ont donné à cette espèce le nom de houï, que Vieillot lui a conservé comme désignation spécifique. Les parties supérieures de cet oiseau sont d'un roux fauve, avec le bord des plumes frangé de noir et de cendré; le front est noir, avec un double sourcil blanc; la gorge est blanche, encadrée de noir; les flancs sont roux, parsemés de taches ovoides blanches, entourées de noir. Les autres espèces diffèrent de celle-ci par le plumage. Queiques-unes ont la tête ornée d’une huppe. Les colins ont quelques rapports physiques avec les cuilles. Ils partagent leur tendance à engraisser.
On nomme aussi Colin, en langage du théâtre, un rôle de ténor léger.
COLIN (ALEXANDRE), sculpteur du seizième siècle, né à Malines, en 1526, fut appelé à Inspruck en 1553 par
l'empereur Ferdinand I°° pour achever le mausolée qu'il y faisait élever à la mémoire de l’empereur Maximilien J°°. La majeure partie des figures qui ornent le monument sont de lui, Ses travaux en ce genre furent tellement goûtés que ce fut dès lors à qui voudrait faire faire d'avance son tombeau par lui. En 1577, il exécuta les décorations pour un monument octogone que l'empereur faisait élever sur une fontaine à Vienne. On lui doit encore le mausolée en marbre noir de l’archiduc Ferdinand, celui de la princesse Philippine et celui de l’évêque Jean Nasen marbre blanc. Il mourut à Inspruck, en 1612.
COLINES (Smon ne), imprimeur célèbre du seizième siècle, né à Gentilly, près de Paris, suivant les uns, à Pont-à-Colines, près de Montreuil, en Picardie, selon d’autres, aurait exercé d’abord son art à Meaux, si l’on en croit La Caille, mais il est plus probable qu’il travailla primitivement chez Henry Estienne l’aîné, qui en fif ensuite son associé. Des éditions en 1519 portent leurs noms-réunis. Henry Estienne étant mort l’année suivante, Colines épousa sa veuve, dont il eut une fille, et publia jusqu’à sa mort un grand nombre de livres remarquables par la beauté du papier, l'élégance des caractères et la correction du texte. IL employa dans le principe les types de son prédécesseur, mais en fondit lui-même bientôt de beaucoup plus beaux. Il introduisit en France le caractère italique, avec lequel il imprima des ouvrages entiers. Colines était très-versé dans les langues anciennes : il reçut des marques d’estime de plusieurs savants français et étrangers. La date de ses dernières éditions est 1546; il mourut sans doute cette année ou la suivante. Sa devise était : Viréus sola aciem retundit istam, et sa marque l’image du temps ou de Saturne. .
COLIN-MAILLARD (JEAN) était un guerrier célèbre du pays de Liége. Il devait la seconde partie de son nom au maillet, qui était son arme favorite, et dont il se servait pour abattre ses adversaires. Ses exploits lui méritèrent l'honneur d’être fait chevalier, par Robert, roi de France, en 999. Dans la dernière bataille qu’il livra au comte de . Louvain, il eut les deux yeux crevés; mais, guidé par ses écuyers, il ne cessa, dit-on, de combattre tant que dura l’action. C’est à la mémoire de ce guerrier qu’on fait remonter l’origine du jeu de Colin-Maillard, que nos aïeux, on le voit, ont connu et pratiqué il y a bien des siècles, et qui consiste, comme chacun sait, à bander les yeux d’un des joueurs, qu’on appelle Colin-Maïillard, lequel cherche ainsi les autres à tâtons, jusqu’à ce qu'il en aït saisi un, dont il est obligé de dire le nom, et qui prend immédiatement sa place. On assure que Gustave-Adolphe, ce puissant ennemi de la maison d’Autriche, faisait de ce jeu son passe-temps habituel au plus fort de ses triomphes.
COLIQUE. Ce nom, dérivé du latin co/ica ou colice, fait du grec x&lov, désigne la douleur perçue durant le cours de plusieurs affections des viscères abdominaux , principalement autour de Pombilic : il servit d’abord aux médecins à distinguer les souffrances ressenties dans Pintestin appelé colon , mais ils l’étendirent ensuite à celles qui proviennent des autres portions du tube intestinal. L'extension de cette dénomination est beaucoup plus grande pour le vulgaire, qui comprend sous le nom de colique toutes les douleurs qui résultent de l’état morbide des autres viscères de l’abdomen. La colique offre des nuances infinies sous les rapports de l'intensité, de la durée , de la sensation et des accidents qui l’accompagnent : en raison de cette variété, on l’'énonce plutôt au pluriel qu’au singulier,
Les coliques qui résultent de l’état morbide du tube intes. linal diffèrent déjà beaucoup entre elles. Celles causées par linflammation aiguë de l'estomac, inflammation presque toujours étendue jusqu'aux intestins grèles, déterminent un sentiment de brûlure dans l’épigastre, autrement dit creux de l'estomac, se faisant sentir quelquefois dans la poitrine et même jusque dans la gorge. Cette douleur est atroce dans
COLIQUE 2ù
le cas d’empoisonnements par les substances corrosives, et peut suffire pour tuer. Telle est encore la colique qui accompagne le choléra sporadique ou asiatique, et la fièvre jaune. Les accidents les plus graves se manifestent en même temps, surtout les vomissements et l'intolérance des boissons, Quand l'estomac est enflammé à un moindre degré, les coliques sont vives, mais les boissons ne sont pas rejetées. Lorsque l’inflammation aiguë attaque seulement les intestins gréles, sans complication de péritonite, elle ne détermine ordinairement que des douleurs obtuses, que les malades appellent des commencements de colique : elles peuvent cependant être portées à l'extrême, comme dans liléus, mais il est extrêmement rare de rencontrer l’inflammation aiguë sur les intestins grêles sans que l'estomac y participe. Dans tous ces cas, une constipation plus ou moins opiniâtre coexiste. Quand le siége de l’inflammation s'étend sur les gros intestins , les coliques sont encore trèsviolentes, et font éprouver les sensations de torsion, de déchirure, de perforation ; cet état pénible est accompagné d’épreintes, de selles séreuses, souvent bilieuses , quelquefois sanguinolentes. Lorsque l'estomac et toute la longueur du canal intestinal sont enflammés , les déjections s’opèrent par le haut et par le bas, et on observe une scène si digne d’exciter la compassion qu’on lui a donné le nom de colique de miserere, applicable aussi au choléra, à liléus ou passion iliaque. Les accidents décèlent si ouvertement l’inflammation que les coliques ont été appelées inflammatoires, comme on les nomme aussi bilieuses quand les déjections sont mélangées de bile. L’inflammation du péritoine complique souvent ces cas : alors les douleurs abdominales sont extrêmes ; la moindre pression sur le ventre est intolérable, agitation de l'atmosphère est même très-pénible.
Dans les inflammations chroniques de l'estomac et des intestins , les coliques sont beaucoup moins douloureuses que dans l’inflammation aiguë, mais elles sont fréquentes, et font partie d’une série d’incommodités nombreuses. Comme cette inflammation est moins patente, elle est la plupart du temps méconnue, et les coliques sont appelées nerveuses ; celles-ci offrent aussi quelques différences relativement aux portions du tube intestinal d’où elles émanent. Dans les nuances les plus faibles de cet état, et quand l'affection est bornée à l’estomac, ainsi qu'aux intestins grêles, sans complication de péritonite, les malades digèrent bien, ne ressentent de la gêne ou des douleurs sourdes dans le ventre que quelques heures après leurs repas : ils n’éprouvent souvent rien s'ils n'ont pris que des boissons. Jls sont habituellement constipés; la région du foie est indolente. Ces coliques sont souvent compliquées par une production considérable de gaz, qui s'accumulent dans les intestins et les distendent; ils font entendre dans l'abdomen un bruit qu’on nomme gargouillements, ou borborygmes : tantôt ils s’échappent bruyamment, tant par le haut que par le bas; tantôt la rétention de ces gaz cause des douleurs souvent trèsvives, qu’on nomme coliques venteuses. Quand l’inflammation s'étend aux gros intestins, la diarrhée et des coliques plus fortes succèdent à la constipation : souvent l’affection redevient ensuite bornée, comme précédemment : ce sont des alternatives qu’on observe très-fréquemment chez les personnes affectées de la gastro-entérite chronique.
Les divers degrés d’irritation et d’inflammation sur l’extrémité inférieure du rectum, qui caractérisent les hémorroides, se rencontrent souvent avec des douleurs abdominales, qu’on nomme coliques hémorroïdales ; cette dénomination n’est pas rationnelie, parce que ces coliques ne proviennent pas des hémorroïdes, mais d’un état morbide des intestins, dont l’affection du rectum est un effet et comme une crise. L'inflammation du foie aiguë et chronique, qu'il n’est pas rare de voir accompagnée de production pierreuse dans la vésicule du fiel et dans son conduit, cause des douleurs dans Phypocondre droit qu'on nomme coliques hépatiques.
DAGT. DE LA CONYERS, — T. VI,
L'existence des différents vers qui naissent dans les intestins occasionne aussi des coliques, qu’on appelle vermineuscs. L’inflammation des reins excite des souffrances qu’on comprend encore sous le nom de coliques néphrétiques : on les ressent profondément dans les hypocondres; comparables en débutant au sentiment d’une forte compression, elles deviennent lancinantes, s'étendent aux aines, avec des intervalles de calme; des graviers mélés aux urines décèlent quelquefois l’origine du mal.
L’évacuation mensuelle de sang à laquelle les femmes sont condamnées durant une partie de leur vie est une autre cause de coliques assez communes , lorsqu'elle s’établit comme lorsqu'elle se supprime. L'état de grossesse et le travail de l’enfantement occasionnent encore des douleurs appelées coliques. Le plomb exerce sur l’homme une action toxique dont résulte des coliques dites saturrines ou coliques de plomb, parce que ce métal fut nommé Saturne par les alchimistes : elle est un des inconvénients des professions qui nécessitent la manipulation du plomb et de ses combinaisons. Tels sont : les travaux des mineurs, des peintres, des potiers , des fondeurs, des plombiers, des polisseurs de glace. Les ouvriers qui travaillent à la fabrication du blanc de céruse y sont surtout exposés. Cette colique, dite aussi méfallique, est également causée par l'ean qu’on conserve dans des réservoirs en plomb; par les vin: dont on prévient l'acidité ou qu’on adoucit en y ajoutant de la litharge : cette sophistication est commune, surtout, dit-on, dans la capitale de l'Espagne, où elle entretient une maladie endémique désignée par le nom de colique de Madrid. L'action délétère du plomb se manifeste sur les intestins grêles par des troubles dans l’acte de la digestion, par uu amaigrissement considérable et par des douleurs abdominales quelquefois très-cruelles. Ces coliques débutent ordinairement vers les lombes, s’avancent vers l’ombilic et remontent vers l’estomac : le ventre est tendu; à travers ses parois, on distingue sous le doigt des tumeurs inégales; les selles sont nulles ou très-rares, et alors les excréments ont la forme de crottin de brebis; dans des cas extrêmes, les vomissements et la diarrhée se manifestent. Ce poison détermine beaucoup d’autres accidents, des mouvements convulsifs , la paralysie, l’apoplexie, etc,
Sous l'influence des coliques violentes, l'homme perd sa force morale, comme sa force physique; l’anxiété éclate sur son visage ; ses jambes fléchissent sous son corps, et souvent il tombe en défaillance. Cet état, dans lequel le courage se perd avec la volonté, se retrouve dans la situation où jette la peur : aussi dit-on dans le langage populaire, d’un homme terrifié, qu'il a des coliques.
De ce qui précède il résulte que les coliques ne constituent point une maladie, ainsi qu’on les considère vulgairement, mais qu’elles sont les effets, les symptômes d’affections de divers organes, et qu’on ne peut y remédier qu’en combattant celles-ci. Les divers degrés de l’inflammation et de lirritation des intestins produisant les coliques le plus ordinairement, on jugera aisément qu’il est imprudent d’acministrer des boissons excitantes, ce qu’on fait journellement : on s’empresse de faire avaler aux patients du vin chaud, de l’anisette, du cassis, de l’eau-de-vie; les soldats y ajoutent quelquefois de la poudre à canon. C’est ainsi qu’on attise un feu intérieur lorsqu'il s'allume, et qu’il devient inextinguible. On ne saurait croire combien de gastro-entérites s’aggravent par cette cause, et elle n’a pas peu contribué à augmenter le nombre des victimes du choléra. Des boissons délayantes, des applications de cataplasmes émollients sur le ventre, des potions opiacées, des applications de sangsues au siége et sur les points douloureux, sont des moyens tres-efficaces pour calmer ces douleurs; mais ces remèdes doivent être employés avec discernement. Dans les cas de coliques accompagnées de constipation, il est au moins inutile de chercher à provoquer des selles par des lavements,