‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 204 sur 607 · E. DE CHABROL · texte numérisé non relu

E. DE CHABROL

CONGÉLATEUR. Voyez FRIGORIFIQUES (Appareils ). CONGELATION ( Physique). Presque tous les li-

quides que nous connaissons peuvent passer à l’état solide par l’abaissement de la température ou par une soustraction suffisante de calorique; mais parmi les liquides en général on distingue ceux qui, comme l’éther, l'alcool, le mercure, l’eau, présentent cet état aux températures ordinaires de l’atmosphère, et ceux qui ne se forment qu’à des températures élevées, comme les métaux fondus, Lorsque les premiers prennent accidentellement l’état solide, on donne à ce phénomène le nom de congélation ; lorsque les seconds reviennent à cet état qui leur est habituel, on dit qu’il y a solidification. Cependant quand du plomb fondu durcit en se refroidissant, il subit absolument la même transformation que de la cire qui se fige ou de l’eau qui devient glace. Il n’y a de variable dans ce phénomène que le degré de chaleur auquel il se produit. Tandis que le plomb se solidifie à 222° centigrades, on peut fixer ainsi le point de congélation de différents corps : étain, 228°; soufre, 109° ; cire hlanchie,68° ; cire non blanchie, 61°; suif, 33°,33 ; huile d’olive,2°,21 ; eau, 0° ; lait, — 1°,1; mercure, — 39°43, éther sulfurique, — 43°,33. Ces dernières tempérafures s’obliennent à l’aide de mélanges frigorifiques.

On conçoit facilement que les liquides qui deviennent solides doivent présenter les phénomènes inverses de ceux que présentent des solides qui se liquéfient, et que ces deux états différents doivent se succéder précisément à la même fempérature, en sorte, par exemple, que la glace commence à se fondre à 0°, comme l’eau commence à se geler à 0°, Cependant il y a des circonstances dans lesquelles un corps liquide peut être refroidi au-dessous de la température où il commencerait à fondre, s’il était solide, sans pour cela se congeler ou se figer. Ainsi, que l’on place dans une chambre dont la température soit à 6° au-dessous de zéro une masse d’eau pure, et qu’on la laisse dans un repos absolu, cette eau se refroidira peu à peu jusqu’à la température de Ja chambre, sans qu’il se forme la moindre parcelle de glace, Mais si l’on vient à remuer cette eau, il se forme immédiatement une certaine quantité de glace, et le reste de l’eau liquide est en même temps ramené à 0°. En couvrant l’eau d’une couche d’huile, Gay-Lussac est parvenu à la refroidir jusqu’à 11° au-dessous de zéro sans qu’elle se gèle.

La chaleur dilate les corps ; il semblerait résulter de cette loi que tout corps qui se congèle diminue de volume. Cela a lieu en effet pour la plupart d’entre eux; la cire, le suif, les huiles en. fournissent des exemples. Mais au contraire certains liquides augmentent de densité en se refroidissant; puis, arrivés à une certaine température qui est peu au-dessus de leur point de congélation, ils se dilatent de nouveau. L'eau offre ce phénomène remarquable, lorsqu'elle se transforme en glace. On attribue cette dilatation à des arrangements moléculaires auxquels l'eau se trouve soumise par la force de cristallisation, Cette dilatation expliqué pourquoi les glaçons surnagent les rivières, et pourquoi des vases ou des pierres se brisent par la congélation de l'eau qu’ils contiennent dans leur capacité ou qui s’est infiltrée dans leur intérieur,

CONGÉABLE .— CONGÉLATION

CONGELATION ( Pathologie). On comprend sous cette dénomination tous les phénomènes morbides directement déterminés par l'application du froid aux surfaces vivantes, de même qu’on donne le nom de brélure aux altérations occasionnées par l'excès du calorique, bien qne dans les premiers degrés de ces affections les tissus ne soient réellement ni solidifiés ni désorganisés par le froid ou la chaleur.

Les corps réfrigérants appliqués aux tissus vivants ont pour effet constant de leur soustraire une certaine quantité de calorique ; mais la sensation qu’ils déterminent varie suivant le degré de sensibilité individuelle. Cette sensibilité est d’abord relative à la texture : chacun sait que certaines parties du corps sont plus sensibles au froid que les autres, ce qui rentre en partie dans les conditions suivantes; puis à l'habitude : c’est ainsi qu’un Lapon et un Africain transportés dans nos climats éprouveront l’un une sensation de froid , l’autre une sensation de chaleur proportionnées à la température de l’atmosphère dans laquelle ils avaient coutume de vivre; c’est ainsi que de l’eau à dix degrés au-dessus de zéro nous paraîtra froide en été et tiède en hiver, en raison de la température ambiante; c’est ainsi que dans la désastreuse retraite de Moscou les régiments qui avaient fait toute la campagne résistèrent mieux au froid que les troupes récemment arrivées , lesquelles se trouvèrent anéanties en quelques jours. Une autre condition réside dans l'organisation ou la force de réaction propre à l’individu. L'homme fortement constitué supportera sans malaise un abaissement de température qui chez un autre déterminera des impressions douloureuses; les individus faibles, amaigris, épuisés par les fatigues, les privations, les maladies, sont très-sensibles au froid et y succombent avec facilité. L'activité physique et morale est également une condition favorable, par opposition à l’apathie, qui livre l’homme sans résistance aux agressions des agents extérieurs. Enfin, s’il est vrai que l’espèce humaine soit naturellement cosmopolite, il faut ajouter qu'elle le doit moins à son organisation qu’à son industrie, qui lui fournit les moyens de se soustraire aux rigueurs de la température : nos soldats eussent probablement achevé la conquête de la Russie si lincendie de Moscou ne les eût privés des abris nécessaires, et les Russes eux-mêmes, bien qu'habitués à leur climat, ne négligent aucun des moyens propres à tempérer les effets du froid.

Ces préliminaires posés, étudions les effets locaux et généraux d’un froid extrême appliqué aux organes. De même que les corps inertes se congèlent à des températures variables, de même l'impression de froid qu’ils déterminent varie suivant leur nature; cette impression est généralement en rapport avec leur densité et leur faculté conductrice du calorique ; c’est ainsi que les minéraux, et surtout les métaux, déterminent à température égale une impression plus vive que les tissus végétaux, les liquides et les gaz. Rappelons aussi que l'atmosphère en mouvement cause une plus vive sensation de froid que l'atmosphère immobile, à cause du. renouvellement perpétuel des couches réfrigérantes. L'application des corps très-froids détermine une sensation analogue à celle de la brûlure ; ils peuvent même désorganiser les tissus à l’égal du calorique. ‘ «

Ce que nous avons dit de l'influence de la réaction vitale explique pourquoi les parties saillantes, excentriques du corps se congèlent avec le plus de facilité : ce sont en effet les appendices , tels que les orteils, les doigts, le nez, les oreilies, qui sont les premiers paralysés par le froid, tant parce que ces parties sunt les plus éloignées des foyers de la chaleur animale que parce qu’elles se trouvent aussi en contact plus ininédiat avec les corps réfrigérants. L'humidité communique au froid une activité plus pénétrante; pendant la durée des froids secs et continus, il arrive en effet moins d'accidents de congélation. L'action du froid détermine

Page 1