‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 205 sur 607 · CONGÉLATION — CONGÉNÈRE · texte numérisé non relu

CONGÉLATION — CONGÉNÈRE

d’abord la pâleur, la rigidité, l’amincissement des parties, phénomènes qui s'expliquent par le refoulement du sang des surfaces vers le centre; arrivent le frisson et une sensation douloureuse de picotement dus à l’agacement des nerfs ; puis la partie se tuméfie, devient rouge ou bleue par la stase du sang dans les capillaires ; les fourmillements se changent en élancements douloureux ; la partie est froide et molle au toucher, ce qui prouve qu’il n’y à pas réellement congélation, La stupeur suit bientôt ; l'individu ne sent plus les parties frappées d’engourdissement, et dont les mouvements ne s’exécutent plus sous l'empire de la volonté : c’est ce que tout le monde éprouve lorsqu'on à ce qu’on appelle l'onglée. Cet appareil de phénomènes constitue le premier degré de la congélation , auquel appartient l’histoire des engelures.

Au second degré de la congélation, la vie est totalement suspendue ; les surfaces, comme frappées de mort, sont d’un blanc sale, marbrées de taches livides, sèches, dures et semblables à de la corne. Ces effets résultent moins fréquemment de la prolongation du froid et de l’exagération des phénomènes du premier degré que de l’action subite d'un froid très-intense, de vingt à trente degrés, par exemple. Dans ce cas, à peine si la douleur avertit du danger. On rapporte que dans la retraite de Moscou nos malheureux compatriotes, afin de prévenir les effets de cette congélation subite, convenaient de se surveiller et de s’avertir mutuellement lorsque l'aspect du nez ou des oreilles annoncerait l’imminence des accidents.

On sait que le froid a la propriété de conserver les tissus ; aussi les parties congelées peuvent-elles rester longtemps dans cet état sans que la désorganisation ait lieu et que la vie s’y trouve irrévocablement abolie ; en effet, on a pu les ranimer même après plusieurs jours de congélation. La gangrène et les autres désordres consécutifs sont le plus souvent la conséquence des moyens peu rationnels qu’on a mis en usage: ainsi, lorsqu'on a l’imprudence d'appliquer brusquement le calorique aux surfaces congelées, ia raréfaction subite des liquides entraine la désorganisation , de même que les fruits gelés se gâtent par suite de rupture des cellules de leur parenchyme, lorsqu'on les a fait dégeler près du feu.

Si cependant la congélation n’existe qu’au premier degré, à l’affaissement et à l’insensibilité totale l’intervention de la chaleur fera succéder le gonflement, le prurit et des douleurs quelquefois intolérables. Cet état transitoire peut se dissiper sans laisser de traces ; mais si l’irritation est plus intense, une sérosité transparente vient soulever l’épiderme , comme dans le second degré de la brûlure, si bien que, dans l’ignorance de la cause, il serait très-facile de s’y méprendre. Si la désorganisation a lieu, la sérosité, brunâtre, recouvre de véritables escarres gangréneuses, d’étendue et d’épaisseur variables, qui peuventapparaître sans formation de vésicules, et dont la chute donne lieu à des ulcérations souvent difficiles à guérir, Les effets de la congélation sont d’autant plus à redouter que le sujet est plus faible et moins apte à réagir contre eux.

Lorsque le froid agit sur l’ensemble de l’économie, au lieu d’affecter une partie circonscrite, il peut, s’il est modéré ou passager, déterminer chez les sujets vigoureux une réaction d’où résulte un surcroît d'énergie; mais si la cause oppressive est la plus forte, le sujet s’engourdit par degrés, ses forces l’abandonnent, il éprouve un irrésistible besoin de repos et de sommeil. Il faut lire dans les Voyages de Cook ces effets retracés par le D” Solander, qui dans une excursion sur des montagnes eut mille peines à vaincre ce fatal entraînement chez un de ses compagnons. La torpeur résulte de l'effet combiné du refoulement du sang vers le cerveau, et de l’action stupéfiante du froid sur le système nerveux : l’apoplexie et l’asphyxie sont en effet les deux genres de mort auxquels succombent alors les individus. Dans le premier cas, le visage devient livide, homme balbutie,

chancelle, tombe, et meurt en proie à des mouvements convulsifs, en rendant du sang par le nez et la bouche. Cette terminaison est la plus rare, et s’observe plus particulièrement chez les individus robustes; mais le plus souvent, et chez les sujets faibles, l’anéantissement est progressif : l'individu s’engourdit graduellement, et finit par tomber asphyxié. Ces deux genres de mort n’ont été que trop souvent constatés dans la campagne de Russie.

Que la congélation soit locale ou générale, les moyens à employer ne diffèrent que par l’étendue de leur application. Le problème curatif consiste à ranimer par degrés insensibles la chaleur éteinte dans les parties. Dans les cas les moins graves, l'exercice et les frictions sèches suffisent pour ranimer les membres engourdis ; au delà commence l’emploi des moyens méthodiques : on fera d’abord sur la partie ou sur toute la surface du corps des frictions avec de la neige ou de la glace pilée, jusqu’au retour, non de la chaleur, mais de la sensibilité. On passe ensuite aux lotions avec de l’eau d’abord très-froide , puis successivement échauffée jusqu’à dix ou quinze degrés. Lorsque la päleur et les taches violacées sont disparues des surfaces, redevenues souples ét rosées, on frictionne avec une flanelle sèche. Enfin, on place le malade dans un lit chauffé, on le couvre convenablement, et on lui fait prendre des boissons tièdes aromatiques ou légèrement stimulantes. Si le malade est plongé dans un état apoplectique, il faut, en même temps qu'on emploie les moyens précédents, pratiquer une saignée ; s’il est asphyxié, on cherche à rétablir la respiration par les moyens indiqués dans l’apoplexie. Cela fait, reste à prévenir et à combattre les accidents consécutifs ; mais les effets immédiats de la congélation ont cessé , et la conduite à suivre appartient à l’histoire de ces accidents.

Nous ne terminerons pas sans dire un mot des moyens préservatifs de la congélation. Il serait banal d’insister sur les conditions de logement, de calorification, sur la qualité des vêternents et la prééminence des tissus animaux comparés aux tissus végétaux, etc.; mais il n’est pas inutile de rappeler les propriétés conservatrices de la chaleur que possèdent certaines substances : c’est ainsi que les Lapons et les Samoiïèdes s’enduisent la peau de substances grasses , dont l'indication leur semble avoir été donnée par la nature : on observe en effet qu’à l’entrée de l'hiver certains animaux présentent un embonpoint qui sans doute comporte un but final dans les vues de la Providence : tels sont les animaux hibernants. Nous voyons aussi que les individus matelassés, pour ainsi dire, de tissu cellulaire graisseux sont peu sensibles au froid. Peut-être eût-on prévenu quelques malheurs, dit quelque part notre collaborateur Virey, si dans cette déplurable retraite de Moscou, sur laquelle nous revenons toujours avec un profond sentiment de tristesse, on eût eu recours à des expédients de cette nature. Les substances résineuses jouissent de propriétés isolantes analogues à celles des corps gras, et l’on observe que les végétaux, qui eux aussi ressentent les effets pernicieux du froid extrême, sont dans le Nord abondamment pourvus de ces sucs résineux. Si ce moyen ne peut être immédiatement appliqué à la peau, on peut du moins en faire usage dans la confection de certains vêtements destinés à servir de surtout.

> D'° ForGET.

CONGENÈRE (en latin congener, foriné de cum , avec, et de genus, generis, genre : c’est-à-dire qui est du même genre). D’après cette signification, ce nom pourrait s'appliquer à tous les objets qui appartiennent à un même groupe générique. Ainsi, tous les corps organisés dont les espèces sont distribuées en genres, etc., sont dits congénères , lorsqu'ils appartiennent tous à l’un de ces groupes. Toutes les parties de l’organisme animal qui, en raison de leurs affinités et de leurs différences naturelles, se prêtent à une classification méthodique, peuvent recevoir cette ap-

| pellation commune , lorsqu’elles forment un seul et même

genre. En physio;ogie, lorsque certains organes ou appareils concourent à un même ordre de fonctions, on peut encore les nommer congénères. Mais on ne se sert de ce mot que pour les muscles qui exercent une même action. Ainsi, tous les muscles fléchisseurs d’une partie sont dits congénères. Les exlenseurs sont leurs antagonistes, et réciproquement. Nous n’avons pas dans notre langue de termes propres pour exprimer que des objets appartiennent à une même espèce, au même ordre, ou à la même classe. Dans les cas où nous voulons indiquer cette identité, nous étendons, ou nous restreignons le sens du mot congénère, ou nous y suppléons par des périphrases. L. LAURENT.

CONGÉNIAL ou CONGÉNITAL (en latin congenialis ou congenitus, de cum, avec, et de genitus, engendré). Ce mot est usité en pathologie pour qualifier les maladies qui peuvent affecter l’enfant dans le sein de sa mère et qu’il apporte en naissant. Ainsi, pendant le cours de sa vie intra-utérine, l'enfant est souvent atteint d’inflammations de divers organes, de hernies, de fractures, etc., résultant de shntes de la mère, de violences auxquelles elle aurait été soumise, etc. Dans d’autres cas, un nouveau-né présentera des symptômes de syphilis en arrivant au jour, de manière à ce que l’on ne puisse croire que cette affection soit récente. On sait aussi qu’il est certaines maladies héréditaires. Mais les affections dont l'enfant offre les caractères au moment de la naissance appartiennent plus ordinairement aux cas anormaux qu’on a nommés difformités, monstruosilés, qu'aux classes des maladies susceptibles d’atteindre aussi les âges subséquents. Quand il en est ainsi, le diagnostic est facile à établir. Les autres maladies congéniales sont trop souvent méconnues et peuvent être considérées comme une des principales causes de la grande mortalité des enfants nouveau-nés,

CONGESTION, terme de médecine; amas, accumulation, afflux d’un liquide dans un point de l’économie vivante. Ainsi, l’on dit congestion sanguine, congestion vurulente, etc., selon la nature du liquide accumulé. Mais dans le plus grand nombre des cas le mot congestion s'emploie seul, sans désignation du liquide dont il s’agit, et alors ce mot veut dire congestion sanguine; souvent on emploie aussi dans ce sens le mot de Jluxion. Toutefois, la congestion sanguine est un des symptômes de l'in flammation, et l’un de ceux qui se manifestent les premiers ; de sorte que lorsqu'il y a congestion, l’état inflammatoire est imminent, Aussi est-il important de reconnaître de bonne heure cette congestion , si l’on veut s'opposer avec succès .au développement d’une inflammation dont les chances sont souvent si douteuses.

Principiis obsta; sero medicina paratur, Cum mala per longas invaluere moras,

Haller, auquel on doit non-seulement un répertoire général des matériaux recueillis avant lui pour la physiologie, maïs qui par la coordination qu’il en a faite et par ses travaux spéciaux à tracé un sillon si profond dans de champ de la science, me semble avoir établi d’une manière singulièrement claire le mécanisme de la congestion dans ses expériences relatives à la circulation. Dès longtemps la médecine hippocratique avait propagé dans le monde médical l’adage ubi stimulus, ibi fluxus (où il y a irritation, il y à fluxion) : l'observation de tous les jours avait conflrmé cet aphorisme. Haller, étalant le mésentère d'une grenouille, dont les vaisseaux sont visibles aisément, en irrila un point par quelques piqres; il vit aussitôt le sang affluer de tous les environs, rétrograder même dans les veines qui étaient destinées à l'en éloigner, converger en un mot de toute la circonférence vers le point irrité, Une expérience aussi simple et par conséquent aussi claire indique déjà qu'une diminution de Ja masse totale du sang doit diminuer proportionnellement la disposition à la con-

CONGÉNERE — CONGIAIRE

gestion, ce qui constitue la méthode déplétive ; qu'une irritation plus forte déterminée dans un point plus ou moins éloigné doit remédier à cette congestion , ce qui constitue la méthode dérivative ; enfin elle indique surabondamment que pour faire cesser la congestion, il faut s’opposer à l’in-

fluence de la cause irritante qui la détermine.

Les congestions vers la tête, vers la poitrine ou vers le ventre sont diversement imminentes selon l’âge : dans l’enfance surtout et dans la première jeunesse, la tête est plus fréquemment menacée que le reste du corps. Gardez-vous d’exciter l'imagination, déjà si active naturellement, des jeunes enfants; n’augmentez pas, dirigez seulement leur travail intellectuel, N'est-ce rien que d'apprendre la langue, que de passer en revue toute la nature pour la nommer, que d'apprendre la vie, qui est certainement la science la plus complexe ? Évitez surtout d’exciter mal à propos leur sensi- . bilité. C’est aux mères surtout que je m'adresse : chacune de ces larmes qu’une idée sentimentale arrache à votre enfant , et dont souvent vous vous glorifiez, est le produit d’un afflux plus considérable du sang vers la tête, et quelques gouttes de sang de trop dans les vaisseaux du cerveau produisent l’affreuse fièvre cérébrale. Les signes qui peuvent frapper une mère, comme annonçant une congestion cérébrale, sont les suivants : pâleur et rougeur variables de la face, disposition inaccoutumée au sommeil, sommeil inquiet, révasseries, le plus souvent constipation ; et quant au moral, accès d’entêtement souvent extraordinaires. Si l’ensemble ou la majeure partie de ces signes se rencontrent, hâtez-vous de prévenir le mal qui menace. Dans la période de la jeunesse qui touche à l’âge adulte, et dans le commencement de cettedernière période, les congestions vers la poitrine sont plus communes. Un sentiment de plénitude les annonce fréquemment ; une oppression légère, quelques palpitations, un peu de toux sèche, la nécessité d’être couché la tête haute pour dormir, complètent ordinairement le tableau , sans parler de l’état du pouls, qui est spécialement du domaine du médecin. Remédiez bientôt, par le régime surtout, aux causes générales d’excitation qui déterminent ou qui au moins aggraveraient cet état et pourraient amener ces violentes maladies aiguës de poitrine qui mettent en . peu de jours l’homme le plus vigoureux aux portes de la tombe, ou ces tristes affections chroniques qui détruisent pièce à pièce, à travers une longne agonie, l’organisation la plus florissante. Mais évitez surtout, dans l’âge suivant, de vous abandonner à ces écarts de régime auxquels votre sensualité vous entraîne avec violence ; l'organisation est complète depuis longtemps , l’activité est moindre, vous dépensez moins de force; n’augmentez pas par une alimentation surabondante la somme des matériaux réparateurs de l'organisation ; que votre régime soit coordonné , non pas à votre appétit, mais à votre faim ; non pas à votre goût, mais à vos besoins ; n’acquérez qu’en proportion de ce que vous dépensez, ne mangez en un mot que relativement à l'exercice que vous faites. Si l’on néglige ces préceptes, on voit bientôt les organes digestifs se fatiguer d'un travail inutile; le sang y afflue sans cesse, y cause des altérations d’abord à peine sensibles, puis plus prononcées, puis enfin des désordres véritables, et l’on voit se dérouler le sombre appareil de ces maladies chroniques du ventre dont le moins fächeux résultat est cette morosité capricieuse qui fait prendre la vie en dégoût, et en haine les amis les plus précieux naguère et jusqu'aux parents les plus proches. j

Baupry DE BALzAG,

CONGIAIRE, don ou présent représenté sur une médaille. Ce mot vient de conge, congius, parce que les pres iniers présents que l'on fit au peuple consistaient en huile et en vin, qui se mesuraient au conge. Le congiaire était proprement un présent que les empereurs faisaient au peus ple romain; ceux que l’on faisait aux soldats ne s'appelaient point congiaires, mais donatifs. L'inscription des congiairesn

CONGIAIRE — CONGLOMERÉ

est congiarium ou liberalitas. Tibère donna pour congiaires 300 pièces de monnaie à chaque citoyen ; Auguste, 250, 300, 400; Caligula, deux fois 300 sesterces ; Néron, 400. C’est le premier dont les congiaires soient marquées sur les médailles. Adrien donna des épiceries, du baume, du safran ; Commode, 725 deniers; Aurélien, des gâteaux de deux livres, du pain, de l'huile, du porc et d’autres mets. Les enfants n'étaient point exclus de cette libéralité du temps d’Auguste; auparavant il n’y avait que les enfants au-dessus de douze ans qui y prissent part. Il n’est plus fait mention de congiaires sur les médailles des empereurs depuis Quintillus, soit que les monétaires eussent cessé de représenter ces dons, soit que ces princes n'aient plus eu de fonds à affecter à ces dépenses, trouvant à peine de quoi faire face aux guerres qui de toutes parts menaçaient alors l'empire.

CONGLOBATION (du verbe latin conglobare, amasser, assembler en rond, en pelote). En français, ce mot n'est usité qu’en rhétorique, où il sert à dénommer une figure de pensée qui procède par développement, et substitue à une idée simple une réunion, un enchainement, une énumération rapide et serrée des propriétés différentes qui caractérisent cette idée, ou des parties qui la constituent, ou bien, enfin, des effets qu’elle produit.

CONGLOBE. Cette épithète, qui indique une forme arrondie, sert à désigner : 1° en botanique, les fleurs et les feuilles qui sont rassemblées en boule ( fleurs et feuilles conglobées )}; 2° en anatomie, les renfiements, nœuds ou ganglions qu'on observe sur le trajet des vaisseaux Jymphatiques, et qu’on nommait jadis glandes conglobées.

CONGLOMERATS, nom générique de certaines substances minérales : ce sont toutes les roches à structure arénacée, c'est-à-dire composées de fragments de roches préexistantes, gros ou petits, arrondis ou anguleux, et généralement réunis par un ciment. Les diverses espèces de roches que les géologues ont distinguées sous les noms de grès, de grawacke, d’arkôse, de psammile, de macigno, de mollasse, de nagelfluhe, depoudingue et de brèche, appartiennent toutes au genre conglomérat. Quelque différence que la nature et la grosseur des éléments établissent entre ces roches, elles n’en sont pas moins rapprochées par l’unité de leur mode de formation. Toutes sont le résultat d’une action mécanique plus ou moins puissante, et c'est pour cela que les naturalistes ont établi des distinctions entre les conglomérats, bien plus d’après leur structure que d'après leur composition. A voir les couches épaisses et les larges nappes que forment presqu’en tous pays ces roches fragmentaires, il est évident que des forces considérables ont attaqué la surface du sol existant, et broyé les obstacles qu'elles rencontraient; puis d'immenses torrents ont dispersé au loin et dans diverses directions ces fragments. L'action de ces torrents était bien inégale et souvent interittente. Elle était inégale, car tantôt ils ont, à la manière des mers battant contre une plage, réduit les fragments qu'ils charriaient en un sable fin, ou les ont aplatis en galets ; tantôt ils les ont entasssés en blocs, non loin de leur source, sans émousser leurs angles. De plus elle était intermittente, car on remarque de fréquentes alternances de conglomérats et de marnes, d’argiles, de calcaires, matières en grande partie déposées par une action purement chimique,

Les conglomérats se montrent à tous les étages des terrains de sédiment ; d’où l'on est conduit à conelure que la surface du globe a été remaniée à plusieurs reprises; et comme ces roches fragmentaires couvrent parfois d’inmenses étendues de terrains, une grande partie des deux Amériques, par exemple, on ne peut admettre qu’elles aient été dispersées par l’action répétée de grands courants, résultats passagers des orages ; il a fallu de vastes inondations, de véritables déluges pour peupler ainsi des continents de sables et de galets. Les recherches des géolognes ont d'ailleurs

DICT. DE LA CONVERS. — T. Vi.

démontré jusqu'à l'évidence que le sol s'était plus d’une fois couvert de végétaux dans l'intervalle de ces inondations ; la surface du sol a donc été plusieurs fois envahie par les mers et plusieurs fois rendue à la lumière et à la vie.

Nous n'avons parlé jusque ici que des noyaux qui entrent dans la composition des conglomérats; le ciment qui a lié ces noyaux et nous les présente en masses solides est venu postérieurement prendre place entre eux : il est le plus souvent le produit d’une action chimique qui s’est développée au sein des eaux ; mais certains conglomérats ont un ciment feldspathique, probablement vomi par le sol dans quelqu’une de ses tourmentes. Ainsi se forment sous nus yeux des brèches volcaniques de fragments de laves anciennes saisies par une lave nouvelle; d’autres brèches encore qui prennent naissance chaque jour nous enseignent le passé. On voit en effet, çà et là, dans les hautes vallées des Alpes et, des Pyrénées, les fragments anguleux entassés par les éboulements successifs des cimes des montagnes être empàtés peu à peu par les sédiments calcaires, séléniteux ou siliceux de sources qui les lavent, et former degrandes masses de conglomérats.

D’après ce que nous venons de dire de certaines brèches volcaniques, on a pu juger que les eaux n’ont pas été les seuls agents de la trituration et du transport des conglomérats, et qu’ils n'ont pas toujours été formés par voie humide. Il en est en effet qui ont pour origine la voie sèche : et d’abord ce sont les conglomérats volcaniques. Les laves et les gaz emprisonnés dans le sein de la terre ne parviennent à se faire jour qu’en chassant devant eux des quantités considérables de fragments résultant, soit du broiement des parois de la cheminée, soit de la trituration des laves préexistantes et refroïdies, soit enfin de la volcanicité elle-même (scories). Personne ne met en doute l’existence de conglomérats composés de ces matières ; mais il n’en est pas de même pour ceux qui, suivant quelques géologues, accompagnent quelquefois les porphyres etles autres roches ignées. Cependant, on conçoit facilement que des colonnes de roches poussées par des forces immenses tout à travers les couches solides de l’écorce du globe ont dû broyer les parois de la cheminée qu’elles s’ouvraient. Les fragments amenés ont été, plus tard, liés et consolidés par des ciments de diverses natures, et les roches qui en sont résultées ne se distinguent plus guère des conglomérats formés dans les eaux que par leur position géologique. On peut donc, suivant nous, et contre l’opinion des anciens géologues, rencontrer de véritables conglomérats dans les terrains dits primitifs, qui, d’après les nouvelles idées de la science, sont pour la plupart formés de roches plutoniques. Il faut, toutefois, ne pas confondre les conglomérats avec les roches à structure amygdaloïde on glanduleuse, dont le mode de formation a été différent; car les noyaux et la pâte sont de même date, comme on le reconnaît à des cristaux de même substance, disséminés dans l’une et dans es autres, comme on le reconnaît aussi assez souvent à l’identité de structure. : A. DES GENEYEZ.

CONGLOMÉRÉ (en latin conglomeratus, de conglome are , réunir en peloton, fait de g/omus , glomeris, pelote, peloton), terme d’anatomie comparée par lequel on peut qualifier tous les organes qui sont constitués par un très-grand nombre de lobules plus ou moins distincts, dont le tissu est plus ou moins complexe. En anatomie humaine on s’est borné à désigner sous ce nom certaines glandes, telles que le foie, le rein, les glandes salivaires, etc. Mais en physiologie générale on doit étendre cette signification à tous les organes parenchymateux, formés de lobules plus ou moins serres, dans lesquels le sang subit les élaborations diverses qui influent sur sa composition vitale, soit en le dépurant , soit en le renouvelant et le revivifiant, pour qu'il puisse lui-même répandre partout l'excitation vivifiante. L. LAURENT.

CONGLUTINATION (en latin conglutinatio, fait de gluten, colle, et de cum, avec). Peu usité dans le langage ordinaire, ce mot sert dans les sciences à exprimer l’action par laquelle une liqueur est rendue visqueuse, gluante et se solidifie même plus ou moins. On disait jadis, en médecine, que certains poisons conglutinaient le sang; on emploie de préférence le mot coagulation pour indiquer ce phénomène. On donnait aussi le nom de conglutinants aux médicaments qui ont la vertu d’agglutiner et de consolider les plaies. On les désigne de nos jours sous le nom d'agglutinatifs.

CONGO. Ce nom, dans son acception.la plus large, sert à désigner la moitié supérieure ou septentrionale de la côte occidentale d'Afrique située au sud de l’équateur, et plus particulièrement , dans un sens restreint , un royaume nègre de la Basse-Guinée ou Guinée méridionale, compris entre le 6 et le 9° de latitude méridionale, dont la délimitation à l’est n’est pas encore bien exactement connue, borné au sud d’'Angola par le Dando et au nord de Loango par le Congo ou Couango. Ce dernier fleuve est appelé par les naturels Zaïré; on sait qu’il prend sa source dans la chaîne de Mo zamba. Il forme dans les montagnes de l'intérieur diverses cataractes, et se précipite impétuensement, avec une incommensurable profondeur et une largeur d’environ dix myriamètres, dans l’océan Atlantique. Tout ce territoire forme deux contrées complétement distinctes, un pays plat s’étendant le lung des côtes, et à l’intérieur une succession de terrasses. La première, entrecoupée par de nombreux cours d’eau, ne présente une riche végétation qu'aux abords du fleuve, La chaleur y atteint un intolérable degré d’intensité, et elle est remplie de serpents et d'animaux malfaisants. Sur les plateaux du centre, le climat est tempéré et la fertilité extrême. On y trouve en abondance le palmier, le tabac, la canne à sucre, la racine d’Yam, les limons, les oranges, etc., une richesse extraordinaire en mé-

. taux précieux , argent, cuivre, fer, et en outre une population nombreuse, laborieuse, industrieuse; aussi les habitants du Congo ont-ils l'habitude de l’appeler le Paradis du monde.

La population du Congo et des contrées limitrophes parle la langue nègre, langue douce et harmonieuse, extrêmement richeen voyelles, la plus importante des deux langues en usage dans l'Afrique méridionale, Les Hoci-congis, peuplade féroce et très-belliqueuse du plateau le plus élevé, forment exception. Sur les bords du Zaïré supérieur on trouve de même un peuple montagnard , brave et belliqueux, mais laborieux et industrieux, les Anzikos, qui habitent le Mikoko. Les hordes de Chaggas, brigands sanguinaires des pays hauts, furent constamment la terreur des habitants du Congo ainsi que des missionnaires et des marchands portugas. Ce ne fut qu’à partir de l’année 1542 qu’ils commencèrent à abandonner leurs plateaux pour se répandre dans les basses contrées ; et après quatre ans de luttes, les Portugais réussirent à les refouler dans leurs précédentes demeures. Toutes ces peuplades nous présentent le type le plus parfait de la race nègre sous le rapport de la couleur et de la conformation physique, mais forment en quelque sorte la transition entre le Nègre proprement dit et le Cafre. Les habitants du Congo même sont une nation moins noire de peau, bienveillante, hospitalière, mais très-indolente.

Toute cette côte, dont Kabenda, sur le Congo, est la localité la plus importante, était jadis le théâtre d’un commerce d’esclaves extraordinairement actif. Quand en 1484 les Porfugais arrivèrent pour la première fois dans les eaux du Zaïré, les souverains du Congo réunissaient sous leur autorité toutes les provinces depuis le Loanda, au sud, jusqu'à Loango, au nord ; plus tard les gouverneurs des provinces dé Loango, Angola, etc., se rendirent indépendants. A l’arrivée de la seconde ambassade portugaise au Congo, en 1490, ke roi ou mani se fit baptiser dans sa capitale, appelée Am-

CONGLUTINATION — CONGRE

bassa, avec les principaux grands du royaume et 100,000 de ses sujets. En 1539 et en 1615 les jésuites envoyèrent des missionnaires au Congo, et l’ordre des franciscains y envoya de son côté un certain père Zuchelli. Aujourd’hui on ne trouve presque plus de traces des rapides progrès que le christianisme avait faits à cette époque dans ces contrées. La puissance des souverains indigènes a aussi beaucoup aégénéré, et les différents chefs indépendants (chénous } qu’on y rencontre ne forment plus qu'une espèce d’État fédératif. Consultez Tuckey, Narrative of an Expedition to explore the Zaire ( Londres, 1818); Douville, Voyage au Congo (3 vol., Paris, 1832 ); Tams, Die Portugiesischen Besitzungen in Sudwestafrika ( Hambourg, 1845 ).

CONGRATULATION, témoignage de satisfaction donné à quelqu'un à l’occasion d’un événement heureux arrivé à lui ou aux siens : c’est ainsi que l’on congratule un ami sur son mariage , un mari sur la naissance d’un enfant, un héritier sur un legs, un député sur sa promotion au ministère ou au conseil d'État. De toutes ces congratulations, les deux premières #’acquittent en compliments épistolaires ou en cartes de visite, et les secondes toujours en personne. Inscrites au premier rang dans le code de la politesse, les congratulations ont été et sont encore en usage chez tous les peuples; mais en Europe depuis deux siècles elles ne coûtent plus que des phrases écrites ou parlées , tandis qu’en Orient elles se payent plus solidement. A la cour de Perse, le monarque reçoit de ‘ses courtisans des congratulations toujours accompagnées d'espèces sonnantes ou de présents; les courtisans, à leur tour, en exigent autant de leurs inférieurs : en ce pays, il n’y a que le peuple qui donne et ne reçoit rien; en France maintenant, le jour de l'an est la seule congratulation coûteuse qui ait survécu : le peuple reçoit et ne donne plus. Au moyen âge, comme aujourd’hui dans toute l'Asie, les congratulations se résolvaient en impôt, soit quand le suzerain mariaïl ses filles, soit quand il armaït chevalier son fils aîné, sans compter le droit de joyeux avénement , où tout le monde payaït au nouveau roi sa bien-venue. A Rome même, libre et républicaine, les clients devaient chaque matin congratuler leur patron, payer pour lui s’il subissait une amende, et le pensionner s’il tombait dans la détresse. Maintenant en Europe les petits ne doivent plus que des congratulations gratuites ; et s’ils savent les faire avec adresse et à propos, ils en tirent profit pour leur bourse et pour leur avancement. Nous terminerons en faisant observer que le mot congratulation a vieilli comme tant d’autres. Remplacé par les mots compliment et félicitation, on ne l’'emploie plus que dans le style familier, et par plaisanterie, SAINT-PROSPER jeune.

CONGRE , poisson que l’on pêche assez abondamment dans toutes les mers d'Europe, et qui a été aussi rencontré dans celles de l’Asie septentrionale et de l'Amérique jusqu'aux Antilles; Linné le plaçait dans son grand genre murène; mais Cuvier l'en a retiré pour en faire le type d’un genre nouveau, appartenant à la famille des anguilliformes, ordre des malacoptérygiens apodes. Les caractères du genre congre sont d’avoir les ouïes ouvertes de chaque côté sous la nageoire pectorale, la nageoire dorsale commençant immédiatement au-dessous de celle-ci, la mâchoire supérieure la plus longue et le corps arrondi.

Le congre commun, nommé aussi anguille demer (muræna conger ), qui est de la grosseur de la jambe , est long ordinairement d'environ deux mètres; quelquefois il en atteint jusqu’à quatre et même, dit-on, six. Ce poisson, qu’Aristote a connu ainsi qu'Athénée, est des plus voraces ; on le pêche dans plusieurs endroits, principalement sur les côtes de France et d'Angleterre, on le fait sécher pour l'ex. pédier au loin : à cet effet, on le fend inférieurement dans toute sa longueur, puis on lui fait sur le dos des scarifications profondes, et on le pend ensuite aux arbres. Lorsqu'il

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