‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 216 sur 607 · CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

CONNAISSANCE

malheureux que la brute que la nature à pris soin de diriger elle-même, et qu’elle pousse par un instinct fatal vers le but pour lequel elle l’a créée. L'homme ne vaut quelque chose que par le travail et les acquisitions de son esprit, et plus son intelligence s'enrichit, plus il acquiert de grandeur et de puissance. Contraint par la faiblesse de sa nature physique à n’occuper qu’un point dans le temps et dans l'espace, le seul moyen d'échapper à son imperceptible petitesse, c’est de s’élancer par la pensée dans l’espace et dans le temps. Mais alors les siècles se déroulent devant lui, toute la terre se déploie à ses regards, et quand il s’est emparé de tous les faits qui l'ont précédé et qui existent hors de la portée de ses sens, sa vie n’est plus renfermée dans l’espace de quelques lustres, il n’est plus resserré dans les bornes d’une étroite patrie, il a vécu aussi longtemps à lui seul que toutes les générations dont il connaît l’histoire, il est présent à tous les lieux que sa conception lui décrit, il ajoute à ses années la durée de tous les âges passés , il recule les limites de ses sens jusqu'aux lieux où sa pensée a pu s'étendre; or, c'est à la connaissance seule qu’il doit ce prodigieux accroissement de son être, c'est à ses connaissances qu'il doit d’être un monde en petit, de résumer en lui toutes les merveilles de la nature, de pénétrer dans les secrets d’une création en face de laquelle il semble si peu de chose, et de s'élever ainsi à cette noblesse qui doit être le principal caractère de Phumanité, qui seule lui confère le droit de se regarder comme l’œuvre la plus sublime sortie des mains du Créateur. S'il doit aux conquêtes de la pensée un tel agrandissement de la vie intellectuelle, les jouissances qui constituent sa vie affective ne s’accroissent-elles pas aussi dans la même proportion par l'effet de ces conquêtes? Peut-on comparer les plaisirs d'un homme réduit à l'exercice de ses sens, aux plaisirs de celui qui peut promener sa pensée sur tous les lieux et dans tous les siècles, nourrir son imagination de ce qui a excité l’étonnement de tant de peuples divers, et contempler les merveïlleux ouvrages du Créateur, plus dignes encore de son admiration et de son enthousiasme que les plus admirables et les plus ingénieux ouvrages de l’homme? Si je considère maintenant sa puissance, là aussi je trouve que tout le développement qu’il lui a donné et qu’il peut lui donner encore, il ne le doit et ne le devra qu'aux acquisitions de son intelligence. Borné à ses forces corporelles et aux suggestions que lui fournit l'instinct de sa propre conservation, il est réduit à l'impuissance à l'égard de presque tous les obstacles dont il est entouré, Il ne peut donc aceroltre ses forces que de celles de la nature, et il ne peut contraindre la nature à les lui prêter qu’à la condition de les connaître, Mais quand il a arraché à la nature le secret des forces qu’elle peut mettre, pour ainsi parler, à son service, quand ses connaissances lui ont révélé les lois des agents qu’il peut s'approprier et faire travailler avec lui à son bienètre, comme sa puissance grandit tout à coup! quelles masses immenses ce faible corps va soulever? avec quelle rapidité cet être chétif va parcourir d’incroyables distances ? avec quelle facilité il va multiplier tous les objets propres à améliorer sa condition et à embellir son séjour! Quant à sa destinée, qui la lui révélera? qui lui révélera les moyens de l’accomplir, si ce n’est la connaissance de sa nature, de ses facultés, de leurs lois, de leur but, de la direction qu’il doit leur donner pour que ce but soit atteint , et des obstacles qu'il lui faut surmonter pour ne point dévier de sa route ? Non, l'homme n’a reçu d'instinct que pour satisfaire ses besoins les plus grossiers; il n’a point reçu de la nature celui de sa grande mission , et du chemin qu'il lui faut parcourir pour atteindre sa fin glorieuse, Rien ne peut suppléer pour lui à cet instinct, que les laborieuses acquisitions de sa pensée. Le développement intellectuel, c'est-à-dire le continuel accroissement de ses connaissances, voilà son élément naturel, voilà sa vie, son essence , voilà sa force ici-bas. Sans elle, il n’est plus qu’un être incomplet , manqué, faible, mal

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