‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 223 sur 607 · CONRAD · texte numérisé non relu

CONRAD

‘archevêque de Milan. Mais Aribert ayant réussi à s'évader de prison, une insurrection nouvelle éclata à Milan , et la dé- fense opposée par cette ville aux tentatives que fit pour la reprendre Conrad, qui d’ailleurs manquait du matériel nécessaire à un siége, fut si vigoureuse, que ce prince, au bout de quinze jours d'investissement dut s'éloigner, après avoir éprouvé de grandes pertes d'hommes. C’est dans son camp, sous les murs de Milan, que le 28 mai 1037 Conrad rendit sa célèbre constitution qui établissait l’hérédité des arrière-fiefs et défendait aux suzerains de confisquer les fiefs de leurs vassaux sans les avoir fait juger et condamner par leurs pairs. C’était donner aux petits vassaux la pleine propriété deleurs biens et ménager à l'empereur, c’est-à-dire au suzerain supérieur, Vappui de la petite noblesse contre les grands feudataires.

Le prince Pandulfe de Capoue, l’un des plus audacieux tyrans de l'Italie, se vit enlever son fief par voie de confiscation ; et l’empereur gratifia en 1038 le normand Rainulf du comté d'Aversa. En s’en retournant d'Italie en Allemagne, l'armée de Conrad ïut atteinte d’une maladie contagieuse, résultat de l’extrême chaleur de la saison, et à laquelle succomba, entre autres Kunebhilde, épouse du roi Henri et fille du roi de Danemark; l’empereur en était lui-même affecté quand il repassa les Alpes. Il fit couronner à Soleure son fils Henri en qualité de roi de Bourgogne; puis il s’en revint dans la Frise par la Franconie orientale et la Saxe, rétablissant et raffermissant partout l’ordre sur son passage.

Après avoir célébré la fète de la Pentecôte à Utrecht, il mourut dans cette ville le 4 juin 1039, et fut enterré dans la cathédrale de Spire.

Conrad II est l’un des plus remarquables empereurs qu’ait eus l'Allemagne. Il sut maîtriser avec fermeté les empiétements du pouvoir ecclésiastique sur le pouvoir séculier, et s’efforça de ranimer les franchises et les libertés populaires, supprimées partout par le système féodal. C’est ainsi que, pour abaisser encore davantage la haute noblesse, il imagina de conférer à sa famille les grands duchés de lempire : il donna successivement la Bavière, la Souabe et la Carinthie à son fils (Henri III). Ce plan, habilement suivi, eût fait de l'empire germanique, comme de la France, une monarchie héréditaire. Mais la guerre du sacerdoce et de l’empire, ou la lutte des papes, chefs spirituels de la chrétienté, contre les empereurs, ses chefs temporels, puis lobstination des empereurs à conquérir l'Italie, qui leur échappait toujours, assurèrent la division de l'Allemagne et l'indépendance des dynasties provinciales. Pendant que les empereurs passaient et repassaient les Alpes, les ducs eurent le temps de s’affermir dans leurs duchés.

CONRAD III, roi des Allemands (1138-1152), fondateur de la dynastie des Hohenstaufen, fils de Frédéric de Souabe, né en 1093, fut, à la mort de Lothaire ,en 1137, élu par les princes du Rhin, le 21 février 1138, à Coblentz, et couronné le 6 mars suivant, à Aix-la-Chapelle, par le légat du pape. A peine âgé de vingt ans, il avait avec son frère Frédéric bravement secondé contre ses ennemis l’empereur Henri V, à qui il était redevable de l'investiture du duché de Franconie, puis, au retour d’un pèlerinage à la terre promise, il s'était posé en antiroi de l’empereur Lothaire élu par le parti guelfe, et s'était fait couronner en 1198, à Monza, en qualité de roi d'Italie; cependant, de même que son frère, il dut en définitive se soumettre à l’empereur à Mulhouse : son brillant courage, sa modération et sa bonté, jointes à la frayeur qu’inspirait aux princes allemands la prépondérance de la maison des Guelfes, les avaient décidés, à la mort de Lothaire, à porter leurs voix sur Conrad au mépris des prétentions du duc de Bavière et de Saxe, Henri le Superbe, qui considérait la couronne impériale comme lui appartenant autant par droit de naissance qu’en vertu de son mérite. Henri, profondément blessé dans son orgueil, dut restituer les insignes impériaux, dont il avait déjà pris possession; ef bientôt après il se vit sommer par Conrad,

qui regardait sa puissance comme dangereuse pour le repos de l'Empire, de renoncer à l’un de ses deux duchés , conformément aux lois constitutives de l'Empire, qui prohibaient la réunion de deux duchés sous la même main. Henri s’y étant refusé, fut mis au ban de l’Empire par Conrad, qui adjugea la Saxe à Albert d’Ascanie, et la Bavière au margrave Léopold d'Autriche, Henri réussit bien à se maintenir en possession de la Saxe ; mais il lui fallut renoncer à {a Bavière. Étant mort peu de temps après à Quedlimbourg, en 1139, son fils, encore mineur, Henrile Lion, hérita du duché de Saxe, qu’Albert dut évacuer de nouveau. Léo pold d'Autriche , lui aussi, mourut à peu de temps de à et alors la Bavière fut attribuée comme fief, avec la Marche d'Autriche, à son frère Henri Jasomirgott. Mais Guelfe VI, frère du défunt Hen:i, qui prétendait lui-même à la possession de la Bavière, continua pour son propre compte la guerre contre les margraves d'Autriche et contre les Hohenstaufen, et fut battu sous les murs de Weinsberg, quand il vint au secours de cette ville assiégée par les deux Hohenstaufen, Conrad et Frédéric, au pouvoir de qui elle tomba le 21 décembre 1140.

L'Italie n’était pas non plus demeurée tranquille. En effet, en même temps qu'Arnaud de Brescia y tentait contre le pape et contre le clergé une espèce de réformation, et que la puissance du roi normand Roger I1 de Sicile faisait des progrès toujours plus alarmants, les villes de la haute Italie persévéraient de plus en plus dans leurs idées de liberté et d'indépendance, ainsi que dans l'attachement à leurs franchises municipales ; et les Romains notamment étaient en lutte ouverte avec le pape. L’un et l’autre parti invoqua le secours de l’empereur, et le sénat romain l’engagea à transférer de nouveau le vieux siége de l’empire à Rome. Mais Conrad, qui par expérience personnelle connaissait linconstance naturelle des Romains, et qui appréciait en même temps l’exiguité des ressources dont il pouvait disposer, fut d’autant moins tenté d'intervenir dans les affaires d'Italie, qu’il en avait déjà bien assez de sa lulte contre Guelfe VI et de ses démêlés avec les ducs de Pologne.

Cependant l’attristante nouvelle de la prise d’Édesse par les infidèles s'étant répandue vers ce temps-là en Europe, Conrad, cédant aux pressantes exhortations de l’abbé Bernar d de Clairvaux, se laissa déterminer à entreprendre une croisade en Palestine à l'effet d'y venir au secours des États chrétiens existant en ce pays. Pour que les affaires de l'empire ne souffrissent pas de son absence, il eut , avant de partir pour cette expédition, la précaution de faire élire en qualité de roi des Romains son fils Henri, encore mineur, et de lui confier l’administration de l'Empire, sous la tutèle de l'archevêque Henri de Mayence. Il mit en outre fin à ses démélés avec Guelfe VI, qui partit avec lui pour la croisade, et fit jurer par tous ses sujets l'observation d’une paix universelle dans le pays. Il partit alors pour la croisade avec un grand nombre de princes et d’évêques, traversant la Hongrie pour se rendre à Constantinople; mais, à la suite de la malheureuse bataille d’Iconium ( octobre 1147), et après d'inutiles efforts pour s'emparer de Damas et d’Ascalon, il était de retour dans ses foyers dès l’année 1148, sans avoir obtenu le moindre résultat de son expédition. Le duc Guelfe VI était déjà revenu bien avant lui en Allemagne où, plein de confiance dans la force nouvelle que lui donnait un traité d'alliance conelu en route avec Roger II de Sicile, il avait recommencé ses hostilités contre l’empereur; mais le jeune roi Henri le battit en 1150 à Flochberg dans une surprise; et ce fut l’intervention seule de Frédéric de Souabe qui put lui faire obtenir de bonnes conditions de paix. Henri le Lion, lui aussi, qui pendant ce temps-là était devenu majeur, entra alors en lutte contre lui, et essaya de faire valoir ses prétentions à la Bavière, tandis que le beau-frère de Conrad, le duc de Pologne, Ladislas, invoquait son secours contre ses frères, qui l'avaient expulsé de son pays,

Page 1