‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 256 sur 607 · CONSERVATEUR · texte numérisé non relu

CONSERVATEUR

Mais ce fut au quatorzième siècle que le nom de conser vateur se répandit avec une véritable profusion. Plusieurs natures d'impôts eurent leurs conservateurs; on en créa un pour l’aide levée à l’occasion du mariage d'une des filles de Charles VI. Les états du Languedoc réunis à Montpellier en 1443, après avoir aboli le huitième du vin, le vingtième sur les marchandises et l'imposition foraine de six deniers par livre, établirent en place, pour trois ans, un certain droit sur la viande et le poisson, qui fut appelé équivalent. Il eut ses conservateurs, nommés juges conservateurs de l'équivalent, 1 y en eut aussi qui furent spécialement chargés de la conservation de la gabelle, et qui prononçaient sur toutes les actions relatives à la perception de cet impôt, etc. On en donna également aux märchandises et aux marchands, et même aux marchands étrangers. Les conservateurs des marchandises étaient des commissaires généraux qui prenaient le titre de gardiens et conservateurs des vivres et marchandises, et dont les fonctions se rattachaient à la police municipale. [ls étaient parliculièrement chargés de Pinspection des vivres amenés pour l'approvisionnement des villes. Les marchands de poisson de mer pour l’approvisionnement de Paris avaient un conservateur particulier, indépendamment dela chambresouverainede la marée : c'était le prévôt de Paris, Les foires en Champagne, et surtout à Lyon, jouissaient de certains priviléges dont la garde était confiée à des conservateurs spéciaux. Les conservaleurs des priviléges des foires connaissaient de toutes les contestations qui pouvaient s'élever en champ de foire. La conservation de Lyon s’est maintenue jusqu’à la Révolution.

Pendant un certain temps, tout le commerce qui se faisait en France fut à peu près la propriété exclusive des étrangers; mais parmi ces étrangers les Castillans éfaient les plus répandus. En 1364 ils obtinrent des juges conservateurs, qui devaient connaître de leurs contestations en matière de commerce. Ces conservateurs étaient au nombre de {rois : le doyen de l’église de Rouen, le bailli et le vicomte de la même ville. Les corporations étaient toutes sous la protection de conservateurs, Ici c'était le prévôt, là le - sénéchal, ailleurs le bailli ou le viguier, etc., etc. Néanmoins lautorité de ces conservateurs swbissait parfois quelque restriction; c’est ainsi qu’en {407 Charles VI défendit aux corporations religieuses de faire donner des ajournements devant les juges conservateurs de leurs priviléges dans les actions réelles. Les chasses aussi eurent des conservateurs chargés de veiller à la conservation du gibier. Il y avait en outre des conservateurs des trèves et même des conserva-

* teurs des prises. Enfin, en 1360, la conservation des juifs du Languedoc ayant été abolie, le comte d’Étampes fut créé leur conservateur général en France,

Les greffiers conservateurs ou simplement les conservaleurs se multiplièrentaussi beaucoup pendant les seizième et dix-septième siècles. Les premiers créés furent les conservateurs et gardes des fiefs et domaines du roi. I y en eut un par chaque bailliage et sénéchaussée; ils devaient veiller à la conservation des fiefs, domaines, titres et pancartes du roi ; ils étaient en outre chargés de faire toutes les recherches pour découvrir les portions de domaine qui avaient été aliénées, et dont la restitution pouvait être poursuivie, Vinrent ensuite les greffiers conservateurs des hypothèques, puis les conservateurs des hypothèques sur rentes. Postérieurement on établit des conservateurs des saisies et oppositions faites au trésor royal. Leur création est de 1706. Ceur emploi consistait à veiller à la garantie des droits que les créanciers avaient à prétendre sur les payements ou remboursements faits par le trésor. Toules oppositions devaient éfre faites entre leurs mains, sous neine de nullité. Les conservateurs des décrets volontaires furent les derniers Institués, en 1708, sous le litre de commissaires conservateurs des décrets volontaires : ils devaient tenir registre de tous les décrets relatifs à la purge légale des hypothèques.

Les droits attribués à ces officiers ayant été reconnus trop onfreux , leurs offices furent supprimés en 1718,

De nos jours le nombre des conservateurs est considérablement réduit; cependant ces fonctionnaires forment encora deux catégories bien distinctes l’une de l’autre par la nature même des fonctions qui leur sont attribuées.

Les uns font partie de l’administration générale, qui a pour but la prospérité matérielle du pays, et sont institués pour servir de garantie à la bonne foi publique et protéger les intérêts de tous. Tels sont les conservateurs des hypothèques et les conservateurs des eaux et forêts.

Lesconservateurs des hypothèques, tels qu'ils existent æjourd’hui, sont spécialement chargés de tenir des registres sur lesquels ils transcrivent les actes de vente des immeubles, afin de leur donner la plus grande publicité, comme aussi ils doivent enregistrer les titres qui constatent les droits acquis des créanciers sur les biens que les débiteurs ont affectés à la sûreté de leurs dettes. Les conservateurs des liypothèques, nommés par l'administration , sont soumis à un cautionnement; ils sont responsables non-seulement des fautes, mais même des erreurs qu'ils peuvent commettre, et spécialement de l’omission sur leurs registres des transcriptions d’actes de mutation et des inscriptions requises dans leurs bureaux, ainsi que du défaut de mention, dans les certificats qu’ils délivrent, des inscriptions existantes. Si la faute provient non pas du conservateur, mais de celui qui a fait une déclaration incomplète, alors la responsabilité cesse, parce que le conservateur n’est tenu que de donner connaissance de ce qui lui a été déclaré. Du reste, on juge que cette responsabilité qui-pèse sur les conservateurs se prescrit par dix ans, à partir du jour où ils ont cessé leurs fonctions, parce que la loi de leur institution (2f ventôse an vai) déclare leur cautionnement libre après ce délai.

Les conservateurs des eaux et foréts, d'institufion moderne, ont sous leur surveillance les eaux et les bois, afin de faire exécuter rigoureusement les lois et règlements qui concernent cette branche importante de la fortune territoriale, dont le gaspillage reserait pas seulementune perte pour l'État, mais porterait encore une grave atteinte à la richesse particulière.

La seconde catégorie de conservateurs se compose d’hommes érudits el laborieux (nous obéissons, en les qualifiant ainsi, à la tyrannie de l’usage), chargés de la surveillance des dépôts publics, tels que bibliothèques, cabinets et musées. Ils doivent y maintenir l’ordre, en fournissant néanmoins aux personnes qui fréquentent ces établissements toutes les facilités désirables pour leurs recherches.

L'épithète de conservateur a été donnée au sénat, parce qu'aux termes des constitutions impériales il est chargé de conserver les diverses libertés des citoyens et la constitution, et de dénoncer tout ce qui y porterait atteinte. On sait que le premier sénat ne s’aperçut que nous manquions de liberté que lorsque les étrangers furent à la porte de la capitale.

Les Latins avaient un Jupiler conservateur, des dieux conservateurs. Nous opposons encore, en politique, les principes conservaleurs aux principes réformaleurs.

Conservateurs est aussi le nom généralement donné dans les affaires publiques d’Angleterre aux membres du parti qu’on appelle aussi £ory, et qui défend l’ancienne constitution de l'État et de l'Eglise.

Cette dénomination passa sous le règne de Louis-Philippe dans le langage de ia politique française, pour désigner les hommes d'État, ou même les simples citoyens, qui s'étaient imposé, disaient-ils , le devoir de maintenir l’ordre social fondé sur l'équilibre des trois pouvoirs constitution nels, tel qu'il avait été établi par la charte replâtrée de 1830, avec la transmission héréditaire de la royauté dans la maison d'Orléans. Dispersés par le grand coup de tonnerre de 1848, les conservateurs, effrayés, se tinrent quelque temps à l'écart. Mais le cœur leur revint en présence de

de l'innocuité de la république ; ils intriguèrent bravement aux approches des élections pour la Législative, et inondèren# bientôt les bancs de cette assemblée, dont les actes les plus déplorables furent leur œuvre. C’est à leurs efforts qu’il faut attribuer deux créations, fort peu démocratiques, de cette époque,le Comité de la rue de Poitiers etl'Union électorale. En attendant mieux, ils ont poussé à l'empire, et n’ont pas été des derniers à accepter ses places, ses pensions et ses croix, toutes choses bonnes à prendre sous tous les régimes, sans renoncer d’ailleurs à leurs affections personnelles pour l’une ou l’autre des deux dynasties en non activité. Obtenir des places sous tous les gouvernements consfitue le grand art de certains conservateurs, et les conserver, -e premier de leurs principes en politique.

CONSERVATION (en latin conservatio , fait de la préposition cum, et du verbe servare, garder, maintenir ). Ce mot marque fout à la fois l’action de conserver, l’état de ce qui est conservé , et la charge de conservateur. Les philosophes disent que la conservation des choses n’est que la continuation de l’action par laquelle elles ont été produites ; des esprits tout à la fois plus justes et plus religieux font remonter la conservation de toutes choses au principe éternel de toutes choses, à Dieu. Après le besoin de la reproduction, l'instinct de conservation est celui qui est le plus impérieux chez les animaux et chez l'espèce humaine en particulier, 11 est le principe de toutes les alliances , et les hommes ne se sont assemblés en société que pour leur conservation commune, Il faut bien reconnaître cependant que dans l’état actuel de notre civilisation l’homme qui s’est insensiblement éloigné de ses instincts naturels, tout en attachant un soin important à l'acquisition et à la conservation de biens souvent imaginaires , a perdu le secret de sa conservation physique, et que les autres animaux , qui n’ont pas, il est vrai, de médecins pour remédier aux désordres de leurs appétits, en savent beaucoup plus que lui sur ce point.

En termes d’antiquaire et de numismate, le mot conservalion signifie le bon état, la perfection , l'intégrité d’une médaille que le temps n’a point usée, n’a point rongée, dont toutes les figures, tous les traits, l'inscription et les caractères enfin sont bien conservés. Le cabinet de la Bibliothèque Impériale possède un grand nombre de médailies d’une belle conservation. Edme HÉREAU,

On a aussi donné le nom de conservation à la juridiction des juges conservateurs et à la circonscription sur laquelle s’étendait leur autorité. La conservation de Lyon était un tribunal établi pour garder les priviléges des foires de cette ville et juger les contestations entre marchands et négociants, Quelques circonscriptions administratives ont encore ce nom aujourd’hui ; c’est ainsi que la France est divisée en conservations forestières.

CONSERVATION DES ALIMENTS. Cette partie de l’art est jugée beaucoup plus moderne que celle qui a pour but la conservation des corps, quoique l’on sache que les Tatars, les Mexicains, font dessécher leurs viandes pour les garantir, les premiers des-effets de la gelée, les seconds de ceux de la chaleur. Dans une partie de la Tatarie cette dessiccation est poussée si loin qu’on réduit aisément les viandes en poudre. Il est des contrées où il suffit d'exposer les substances animales à l’action des rayons solaires pour les dessécher complétement et en opérer la conservation ; c’est ce qui a fait dire à Becher : Nam cadavera in Oriente , in arena, apud nos, arte, in furnis siccari, el sic ad fi finem mundi usque à putr edine preservari. Nous ajouterons qu’en Égypte la siccité de l'air et la chaleur du climat agissent de telle manière sur les viandes qu'étant exposées , même en été, au vent du nord, elles ne se putrélient point, mais se dessèchent et se durcissent comme du bois, Les déserts offrent des cadavres ainsi desséchés, qui sont devenus si légers qu’au rapport de Volney un seul homme peut soulever aisément d’une seule main la char-

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