CONSIDERANT — CONSIDÉRATION
dénué de fortune en même temps que privé de moralité. Dans les cours, la considération descend du monarque, qui
la distribue par des titres et des honneurs. Dans les répu-
bliques , elle se tire des emplois et des distinctions accor-
dées par les citoyens : aussi le courtisan la perd avec la
faveur du prince, et l’idole du peuple la perd avec la faveur
de la multitude. En un mot, vient-elle des choses, la consi-
dération n’a rien de solide; elle s'éloigne sur les pas de la richesse et déserte aussitôt que le pouvoir. Quant à la considération personnelle conquise par le génie, elle résiste aux rigueurs de la fortune et survit aux persécutions de lenvie. Le génie la porte avee lui, s’en pare et la communique à qui l'approche. La considération s'obtient encore par l'élévation du caractère, l'originalité de l’esprit ou la bonté du cœur: à ces titres, elle inspire l'attachement et féconde l'amitié, dont elle resserre les nœuds, Mais captive dans un cercle étroit, si elle ne s’appuie que sur l'esprit, elle s’use quelquefois, affaiblie par l'habitude ou glacée par le temps. Il y a celte différence entre la considérationetlaréputation, que la première pèse ses choix avant de les adopter, tandis que la seconde admet indifféremment tout ce qui la frappe : vice ou vertu, folie ou sagesse, tout ce qui sort de la foule ou fait quelque bruit suffit pour la captiver,
La considération diffère aussi de la célébrité : la renommée même ne la donne pas toujours, et l’on peut en avoir sans imposer par un grand éclat. La considération est un sentiment d'estime mêlé d’une sorte de respect personnel qu'un homme inspire en sa faveur. On en peut jouir également parmi ses inférieurs, ses égaux ou ses supérieurs, et en rang et en naissance. On peut dans un rang élevé, ou avec une naissance illustre, avec un esprit supérieur, des talents distingués, on peut même avec de la vertu, si elle est seule et dénuée de tous les autres avantages, être sans considération. On peut en avoir avec un esprit borné, ou malgré l'obscurité de la naissance ou de l’état. La considérationne suit pas nécessairement le grand homme : l’homme de mérite y a toujours droit; et l’homme de mérite est celui qui, ayant toutes les qualités et tous les avantages de son état, ne les ternit par aucun endroit. Pour donner une idée plus précise de la considération, on l’obtient par la réunion du mérite, de la. décence, du respect pour soi-même, par le pouvoir connu d’obliger et de nuire, et par l'usage éclairé qu’on fait du premier, en s’abstenant du second.
Enfin, pour puiser encore parmi les synonymes, on a du respect pour l'autorité, des égards pour la faiblesse, de la considération pour le mérite, de la déférence pour un avis, On doit du respect à soi-même, des égards à ses égaux, de la considération à ses supérieurs, de la déférence à ses amis. Le malheur mérite du respect, le repentir des égards, les grands services de la considération, les prières de la déférence. À y a telle nation où un chanteur jouit de plus de considération qu'un savant, parce que les hommes aiment mieux être amusés qu'éclairés.
Considération au propre est l’action par laquelle on considère, ou examine. On peut considérer attentivement quelqu’un, sans le considérer beaucoup. Un objet de peu de considération est un objet de peu d'importance. Considération employé au pluriel dans le sens d'examen, réflexions, observations, semble remonter à une époque assez récente. Montesquieu nous paraît avoir, sinon inventé, du moins popularisé cette expression par son livre célèbre : Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, Ce qui peut confirmer cette conjecture, c’est que l’acception donnée par l’auteur ne se trouve pas dans l'édition, publiée neuf ans plus tard, du Dictionnaire de Trévoux. Considération signifie aussi circonspection, attention dans la conduite : il agit sans considération ; raison, motif: étre mu par des considérations d'honneur et d'intéret ; égards qu’on a pour quelqu'un : C’est à votre considération qu'il agit ainsi, k
CONSIDÉRATION — CONSIGNATIUN
Je suis avec considération, avec une parfaite considéralion, avecune considération distinguée, avecune haute considération, etc., sont, tout le monde le sait, autant de formules plus on moins polies par lesquelles, sans tirer à conséquence, on termine une lettre.
CONSIDERATIONS (Le chapitre des). Ce chapitre-là méritait bien un petit article dans notre ouvrage; car dans Ja politique, dans la société, c’est le moteur secret de bien des déterminations, des plus grands comme des plus petits événements. Pourquoi les mémoires nous intéressent-ils beaucoup plus que l'histoire? C’est qu'ils nous donnent au moins quelques fragments de ce chapitre, que l'histoire passe tout à fait sous silence. Un grand mouvement popujaire renverse un roi du trône et semble menacer de nouveau la tranquillité de l’Europe; on prévoit de nouvelles alliances, de nouvelles batailles; on s’apprète à repousser la tentative d’une troisième invasion. Mais ces prévisions sont trompées, parce que la prudence est venne présider aux congrès des princes ; qu’elle a fait craindre de causer un ébranlement général en voulant le prévenir, et que dans tous les traités et protocoles figure, en article secret, le chapitre des considérations. Une opposition loquace est devenue tout à coup muette ; la satire a passé d’abord par la modération pour arriver à la louange; là se révèle encore pour un public malin la secrète influence de quelque paragraphe du chapitre en question. Avons-nous besoin de dire qu'il préside à la plupart des mariages, par les diverses considérations de fortune, de places, d'avancement ; que si un grand nombre de maris trompés sont aveuglés de bonne foi, il en est aussi qui pour ne pas voir ont placé entre leurs yeux et leurs femmes le mystérieux chapitre? Il paraît difficile d'énumérer toutes les formes sous lesquelles il se reproduit dans le monde. C’est le chapitre des considérations financières qui procure tant de soins et d’égards à un vieil oncle à succession ; c’est le chapitre des considérations gastronomiques qui attire tant de monde chez ce richard, Si cette jolie femme semble adorer ce magot, si cet ennuyeux auteur est loué périodiquement dans ce journal ignoré, soyez sûrs que vous frouveriez le chapitre des considérations dans l’écrin de la première et sur le registre des rares abonnements du second. Remercions ce chapitre, utilement médité, de ce que les duels, les suicides, trop fré- .quents chez nous, ne le sont pas encore davantage; de ce qu'il est un peu moins question d’adultère dans nos tribumaux que dans nos romans; mais regrettons qu’il ait enlevé plus d’une page piquante à des ouvrages qui semblaient promeltre de curieuses révélations. Il nous en coûte à nousmême de nous borner à ce simple aperçu d’un sujet qui, par sa fécondité, aurait pu remplir tout ce volume ; le chapitre des considérations est un de ceux qui ne finissent jamais.
Ourey.
CONSIGNATION (du latin consignare, sceller ; parce que chez les Romains le débiteur qui était admis à consignation renfermait les espèces dans un sac qui était cacheté de son sceau), C’est le dépôt fait entre les mains d’un offieier public du prix de tous les biens meubles et immeubles vendus et adjugés par autorité de justice, de tous les deniers et revenus saisis qui donnent lieu à des contestations, ainsi que des sommes ou effets dont toute personne chargée ou obligée envers un tiers offre en justice de se libérer, nonobstant les refus ou empèchements qui arrêtent sa libération. La consignation doit se faire à la caisse des dépôts et consignations. ù
On distingue deux espèces de consignations : les consignations légales ou volontaires, et les consignations judiciaires.
L'article 814 du Code de Procédure porte que si le créancier refuse les offres qui lui sont faites, le débiteur peut, pour se libérer, consigner la chose ou la somme offerte. Quatre conditions sont nécessaires pour la validité d’une consignation volontaire, 1° 11 faut qu’elle ait été précédée |
d’une sommation signifiée au créancier et contenant l’indication du jour, de l’heure et du lieu où de la chose offerte sera déposée : le créancier depuis cette formalité a jusqu’au dernier moment la faculté de recevoir et de prévénir la consignation ; 2° que le débiteur se soit dessaisi de la chose offerte en la remettant dans le dépôt indiqué par la loi, avec les intérêts jusqu’au jour du dépôt. 3° qu’il y ait un procès-verbal dressé par l'officier miuistériel de la nature des espèces offertes, du refus qu'a fait le créancier de la recevoir ou de la non-comparution ; 4° que le procès-verbal du dépôt, en cas de non-comparution de Ja part du créancier, lui ait été signifié, avec sommation de retirer la chose déposée. L'article 1264 du Code Napoléon à tracé au débiteur ses droits dans lé cas de refus de la part du créancier. Les frais de la consignation sont à la charge du créancier.
Les consignations judiciaires sont celles qui se font lorsque le créancier ne peut recevoir, à cause des saisies: arrêts, des oppositions faites aux mains du débiteur qui veut se libérer. On les appelle zudiciaires parce que le débiteur doit les faire ordonner par justice.+L’arlicle 657 du Code de Procédure règle les formalités de la consignation en matière de ventes mobilières, et l’article 771 du même Code règle celles à suivre en matière de ventes immobilières.
La consignation a pour effet de libérer le débiteur ; à son égard, elle tient lieu de payement et arrête le cours des intérêts qui avaient commencé à courir. La chose consignée demeure aux risques du créancier.
Dans la coutume de Normandie, on nommaïit consignation de dot l'emploi ou remplacement fait sur les biens du mari des deniers de la dot de la femme.
En fait de commerce, remettre des marchandises en consignation, c’est en opérer le dépôt dans une maïson de commission pour parvenir plus facilement à la vente. Celui qui fait le dépôt prend le nom de consignateur, celui qui le reçoit est appelé consignataire. Celui-ci n’exerce alors que le mandat de negotiorum gestor, vend pour compte d'autrui, sauf son droit de commission sur le prix de vente, et son droit de consignation pour prix du mandat, s’il ne parvient pas à effectuer la vente. Les marchandises consignées demeurent toujours la propriété du consignateur, et restent à ses risques et périls ; et en cas de faillite du consignataire, le consignateur a le droit de revendiquer les marchandises qui lui appartiennent et qui se trouvent en nature dans les magasins du failli; à l'égard de celles qui ont été vendues, le consignateur a également droit de se faire restituer, sauf les déductions légitimes , le prix qui est dû au consignataire. 1l en est autrement lorsque le consignataire a reçu les fonds ou lorsqu'il a consenti à passer la somme en compte courant avec l'acheteur, Du moment qu’il n’y a plus d'action directe à exercer contre ce dernier, le privilége du consignateur pour le prix des marchandises consignées et vendues n’a plus lieu : il supporte alors, comme fous les autres créanciers du failli, sa part du sinistre général.
Dans le commerce maritime, toutes les marchandises qui composent la cargaison sont consignées sur le navire ; et dans ce cas particulier la principale conséquence de la consignation est d’affecter les marchandises non pas seulement au payement du fret, mais aussi à tous les risques maritimes, qui pèsent également sur toutes les marchandises : en sorte qu’en cas d’un sjnistre général, les marchandises qui ont été sauvées contribuent, dans des proportions déterminées, à payer l'indemnité due aux propriétaires des marchandises dont l'intérêt général a commandé le sacrifice. Toutes les marchandises consignées sur un navire sont affectées au payement des avaries. Le capitaine a d’ailleurs son action directe en remboursement du fret sur le prix des marchandises consignées à son bord, si le consignataire à qui elles sont adressées refuse soit de les recevoir, soit d’acquitter le montant de ce qui lui est dû.
Dans les consignations d'argent monnayé, dont on veut faire opérer Le transport d’un lieu dans un autre comme marchandise, le voiturier qui a reçu les espèces sous enveloppe et cachetées ne contracte pas d’autre obligation que de représenter à destination l’objet qui a été consigné entre ses mains, dans l’état où il lui a été remis.
CONSIGNE, ordre, instruction que l’on donne à une sentinelle, à une vedette, à un chef de poste sur ce qui doit être l’objet de sa surveillance et sur ce qu’il doit faire et empêcher, ete : donner, observer, violer, lever la consigne. 11 se dit, par extension , des ordres, des instructions qu’on donñe à toute personne chargée de garder l'entrée de quelque lieu public : forcer la consigne. Enfin, à l'entrée des villes de guerre, des portiers-consignes sont placés à poste fixe par les gouverneurs ou commandants pour ouvrir et fermer les portes, surveiller les infractions qui ne sont pas uniquement du ressort de la troupe, et tenir note quelquefois de l’arrivée des étrangers et de la sortie des hommes de la garnison.
La consigne, en général, est une instruction contenant en détail les ordres que les militaires doivent exécuter dans les postes dont la garde leur est confiée. Elle varie suivant qu’il s’agit du service de garnison, de campagne ou de route, et peut être verbale ou écrite. Celle des sentinelles et vedettes est ordinairement verbale. On l'affiche cependant quelquefois dans les guérites. La consigne écrite se compose de deux parties , l'une générale et permanente, l’autre spéciale et passagère. La première prescrit aux factionnaires de ne se laisser relever que par le caporal du poste, de ne recevoir en faction une nouvelle consigne que du même supérieur, d’avoir toujours la baïonnette au bout du fusil, de porter les armes aux officiers en uniforme, aux légionnaires eivils ou militaires revêtus de leur décoration, de les présenter aux officiers supérieurs ou généraux, de crier aux armes ! à l'approche d’un détachement et de le faire arrêter à une certaine distance du poste jusqu’à ce que le caporal soit venu le reconnaître. Les prescriptions spéciales contiennent souvent pour la nuit d’autres consignes que pour le jour; elles diffèrent entre une garde de police et la garde d'un officier général , d’un palais, d’un magasin à poudre, etc. Feuquières rapporte dans ses mémoires diverses surprises de places qu'il attribue au défaut de consignes.
On donne aussi le nom de consigne à la punition qui interdit pour un temps déterminé aux militaires de sortir de la chambre ou de la caserne. fls sont obiigés de faire toutes les corvées, le balayage, le transport et le sciage du bois ; le service des magasins du corps, etc. En route, il est infligé des consignes à la garde de police, c’est-à-dire que la troupe est momentanément détenue au corps de garde du gite, Quelquefois une garnison entière est consignée dans une ville pour quelque faute générale. Enfin, dans des circonstances critiques, les régiments sont consignés dans leurs casernes pour que l’autorité supérieure les ait toujours sous la main prêts à prendre les armes au premier signal.
[ Dans la marine, c’est le nom qu’on donnait autrefois, à bord des bâtiments de guerre, au lieu où l’on conservait, jour et nuit, pour le service, une lampe allumée dans un fanal suspendu. Aujourd’hui la consigne est le poste où se tient le caporal de garde, et d’où doivent partir les feux accordés par l'officier de service pour l'éclairage des travaux intérieurs. A bord des vaisseaux et des frégates, la consigne est située dans le faux-pont. 11 n’y a pas d'autre lumière que celle de l'A a bit acle à bord des bâtiments inférieurs,
On donne encore ce nom, dans les ports, à des préposés à la garde du matériel des navires. Le nom de consigne ne figure plus dans les lois et décrets de réorganisation de la marine de l'État ; on trouve toutefois dans l’art. 5 du tit, mr du décret du 20 septembre 1791 des dispositions pénales contre les suisses, gendarmes, gardiens et consignse qu